‹ Lettre inédite de Bourdaloue au cardinalChapitre 5 sur 50 · NOTICE · texte numérisé non relu

NOTICE

Emmanuel-Théodose de La Tour, le futur cardinal de Bouillon, était né le 24 août 1643, au château de Turenne, en Limousin, et non pas à Rome, comme volontiers il le laissait croire plus tard aux Italiens. Avec les maisons de Lorraine, Rohan et Monaco, celle de La Tour d'Auvergne obtiendra seulement vingt ans après (16S2) les privilèges de cour accordés aux « princes étrangers ». Ces prérogatives étaient d'ailleurs assez puériles et toutes d'étiquette.

Fils d'un père protestant qui avait abjuré avant d'être nommé généralissime des troupes pontificales sous Urbain VIII, et d'Eléonore-Catherine-Fébronie de Bergh, d'une famille hollandaise, Emmanuel-Théodose perdit ses parents de bonne heure. Le duc Frédéric-Maurice de Bouillon, bon frondeur qui en 1651 avait fait payer sa soumission au roi, en lui cédant sa principauté de Sedan contre les duchés d'Albret et de Château-Thierry, les comtés d'Auvergne et d'Evreux, sans compter les moindres terres, mourut à Pontoise, l'année suivante, août 1632. Est-ce un des souvenirs qui attacheront plus tard le cardinal à cette pittoresque petite ville? Revoir Pontoise et mourir, ce sera presque le

1. Nous continuons la séi'ie commencée dans Bourdaloue, sa correspondance et ses correspondants (Paris, lletaux, 1899. In-8), et dans le suitplcinent paru peu aprèg : Deux nouvelles lettres de Bourdaloue.

dernier mot de ses lettres, dans la période de la disgrâce. Mais l'exil de Pontoise était une faveur trop recherchée.

Eléonore de Bergh ne survécut que cinq ans à son mari, et s'éteignit le 24 juillet 1657.

Emmanuel-Théodose était donc orphelin à quatorze ans. Mais un de ses oncles s'appelait le maréchal de Turenne. A quinze ans il devint chanoine de Liège. Comment et par qui avait-il été élevé? Rien sur ce point dans son autobiographie ni dans le volume de M. Reyssié. Il ne s'est raconté qu'à partir de ses études philosophiques et théologiques au collège de Navarre, Navarre où avait passé Bossuet^

Mais une notice de la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, parle P. Sommervogel, nous laisse entrevoir qu'Emmanuel-Théodose fut écolier dans quelque collège de l'Ordre. Le P. Jean Bertet est dit en effet avoir été son «préfet des études 2 ».

Ce jésuite, né à Tarascon, le 22 février 1622, avait enseigné en de nombreuses villes : Vienne, Carpentras, Embrun, Lyon, Grenoble, Aix, grammaire ou rhétorique, philosophie ou mathématiques. En Tannée scolaire 166S-1666, il est à Nîmes, éditant, malgré mainte traverse, les ouvrages de Théophile Raynaud, soit une vingtaine de volumes in-folio. Son frère (?), le capucin Théodore Bertet, ne lui fournit qu'un Index du tome XIX. C'est peu. Aussi le vaillant travailleur avait-il senti fléchir sa santé. En 1667-1668, il visite Rome. La plus charmante rencontre l'y attendait, celle du P. René Rapin. Le familier des Lamoignon, le correspondant de Mme de Sablé et de Mme de Motte ville, s'était courageusement arraché aux académies, aux cercles^, aux villégiatures, pour dépouiller aux archives du Saint-Office dix-huit tomes

\. Correspondance du cardinal de Bouillon, Arcli. iiat., R- 65, caliiei-7, fol. 106.

2. Sommervogel, Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, I, 1372. Mais à quelle éj^oque le fut-il ? Nous n'avons pas pu le déterminer.

3. «Ce fut en ce temps-là que je fis le voyage d'Italie.» Mémoires du P. Rapin, III, 404, à l'année 1668.

de documents sur le Jansénisme ^ Il recueillait ainsi aux sources les plus cachées les matériaux du « grand ouvrage » qui occupa les vingt dernières années de sa vie et a paru seulement dans notre siècle-. Entre deux copies de pièces authentiques, il trouvait encore le temps de tourner des vers latins en l'honneur de Clément IX ^, et môme de lui offrir à titre de « présent », ainsi qu'au cardinal-neveu Jacques-Rospigliosi, les thèses de Universâ theologià que venait de soutenir brillamment à Paris Fabbé duc d'Albret, Emmanuel- Théodose de Bouillon, futur cardinal*. De ces fameuses thèses nous parlerons bientôt.

Le P. Bertet profita d'un si agréable compagnon et ne revint en France qu'avec le P. Rapin. Celui-ci, qui lui avait déjà fait les honneurs de la ville éternelle, voulut lui montrer encore la capitale de la France et le ramena jusqu'à Paris.

Cependant on retrouve bientôt le P. Bertet à Lyon, professeur d'Ecriture sainte et d'hébreu. C'est un érudit et un mathématicien, sans parler du poète envers latins ou italiens. Il s'occupe des travaux de Gassendi et de Bourdelot, publie les découvertes et les voyages de Monconys. Leibniz écrira en 1694 à l'abbé Nicaise : « Je suis bien fâché de la mort de l'abbé Berthet [sic), qui avoit assurément d'excellentes choses sur la musique. ^ »

On comprend ce qu'un pareil religieux offrait de res-

\. Sur ce travail de dépouillement, v. notre étude Jansénius et le P. Rapiîi. Bruxelles, Vromant, 1890. In-8, p. 69.

2. Introduction aux Mémoires du P. Rapin, par Léon Aubineau, p.ix etxvi.

3. Voir les Odes VI, VU, IX, dans les Renafi Rapini carmina, 1681. In-12, t. II, p. 154, 156 et 160.

4. « .... ut ex eius theologiœ U7iivers3e thesibus, quas eius nomine obtuli E. V. cum eram Romae. » Rapin au cardinal Rospigliosi. Paris, 25 oct. 1668. Lettre latine inédite. Voir Appendice A. Ce passage nous apprend quel est le « presant » sur lequel Rapin revient à deux reprises dans une seconde lettre adressée par lui, le même jour, à un cardinal inconnu et qui a été publiée par le P. Sommervogel, dans les Études avril 1870, p. 612-614, article intitulé : Promenade à travers les autographes. Rapin à un cardinal. Paris, 25 oct. 1668. Les autographes que nous avons sous les yeux apjiartiennent à la bibliothèque de l'Ecole Sainte-Geneviève, à Paris.

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