Le même à Albret (Rome), même date. "Voir Appendice C
A Paris, ce 13" décemb. 1668.
Mon très reuend (sic) Père
Vous pouués bien iuger auec quels sentiments destime et de respect jai receu la Ire quil a pieu a V [otre] P [aternité] de mescrire, et faudroit que jeusse eii peu de cognoissance pour nauoir pas sceu de tout temps la vénération que le degré auquel vous estes, vre grande pieté et science vous ont acquis dans leglise, et, comme dieu ma fait la grâce di entrer, je prens à cette heure part auec plaisir au lustre que vos grands dons contribuent à lui donner. Je souhaite auec ardeur qu'il plaise à dieu que je ni donne pas de mauuais exemples, ne pouuant pas y apporter dautres auantages.
Vous aurés sceii la grâce que le roi a fait à mon neveu par sa nomination au cardinalat. J'en ai escrit à S [a] S[aintetéj de la bonté duquel jai desia receu beaucoup de tesmoignages et jose bien matendre aus offices de V[otre] P [aternité], dans lesperance que ceux qui aiment sensiblement leglise ne seront point tronpés dans lopinion quils ont de sa piété. Comme je scai que vre ordre en fait vne sincère profession, je souhaite beaucoup son aprobation pour lui, et pour moi de ne me pas rendre tout à fait indigne des marques qu'il vous plaist me donner de vre estime, lesquelles me seruirontà me montrer le chemin que ie dois tenir, et ne peut mestre marqué par une personne que j honore plus que vous et de qui je sois auec plus de respect Mon très reuerend Père
de V. PP.
très humble
seruiteur
TURENNEi.
1. Turenne à Oliva. Paris, 13 dcc. 1668. D'après le l'ac-similo de l'autographe. Ce fac-similé appartient à la bibliothèque de l'Ecole Sainte-Geneviève. De la manière dont nous venons d'exposer les faits, nous n'ignorons pas que nous nous sommes peut-être écarté des conclusions formulées par le très érudit historien de Bossuet, A. Floquet, dans ses Études (III, 195-258), et qu'il a formulées en ces termes absolus : « Qu'à Bossuet, à ses entretiens, à ses sermons, à son Exposilion doive, surtout, être attribuée l'abjuration de Turenne, le fait deineurera à jamais indubitable, quoi que Bouillon, sur cela, ait pu dire ou faire dire par ses complaisants; et nous avons à cet égard de meilleurs garants que les siens» (III, 254). Il nous semble à nous que Bossuet est assez grand pour n'avoir pas besoin qu'on lui sacrifie personne. Quant aux r/arants de M. Floquet, le marquis de Courcillon, faisant en 1707 et en 1715, trenteneuf et quarante-sept ans, après l'événement, des déclarations verbales rap-
La nomination du cardinal de Bouillon fut accueillie avec joie par les amis qu'il comptait dans le monde des lettres. « Sa naissance, ses mœurs, son esprit, son savoir, disait Pellisson, le rendoient véritablement digne de cet honneur. » La Fontaine dont la maison bourgeoise s'élevait à l'ombre du château féodal des ducs de Château-Thierry, alors la demeure des Bouillon, écrivait au jeune cardinal : « Vous voilà deux fois prince «, et il se félicitait de lui avoir prédit son élévation, en ces vers :
Le duc d'Albret donne à l'étude Sa principale inquiétude.
Toujours il augmente en scavoir.
Je suis jeune assez pour le voir Au-dessus des premières testes.
Son bel esprit, ses mœurs lionnestes L'eléveront à tel degré Qu'enfin je m'en contenteray.
portées par d'autres, ou « le zélé calviniste Frémont d'Ablancourt, si intime avec Turenne», ne sont pas des témoins tellement supérieurs au P. Rapin, lié avec Bouillon et écrivant au lendemain des faits. M. Floquet, si avide de documents de ce genre, n'ei'it pas manqué de citer les lettres du jésuite, s'illes avait connues, ainsi que celle de Turenne ; et ce ne sont point les bavardages de Saint-Simon, né en i6T5, et ennemi acharné des Bouillon, qui puissent seulement entrer en ligne de compte. Mais M. Floquet lui-même nous a montré Bossuet « indifférent en présence de ces puérils efforts de Bouillon, pour 's'attribuer le mérite d'une abjuration à laquelle ce neveu de Turenne n'avait eu d'autre part que d'y avoir été l'un des deux témoins de son oncle ». Mieux vaudrait un démenti donné par Bossuet que cette attitude incertaine. Mais Bossuet avait Une haute estime du cardinal de Bouillon, et la meilleure preuve en a été découverte par M. Floquet, qui a publié pour la première fois (Éludes, II, 515-524) cette Instruction devenue presque classique : Siu' le style et la lecture des écrivains et des pères de l'Église pour former un orateur. Ecrit composé par Bossuet, pour Emmanuel-Tliéodose de La Tour d' Auvergne, abbéduc d'Albret, promu, récemment au cardinalat et appelé maintenant le cardinal de Bouillon {1669-1670). «J'écris ce qui me vient, dit Bossuet en terminant, sans donner repos à ma plume. Je n'ai pas même à présent le loisir de relire; quoique pour un si grand prince de l'Église, et qui doit être une de ses lumières, il ne faudroit rien dire que de médité. Je sais à qui je parle, et qu'un mot suffit avec lui pour se faire entendre.» Cet éloge vaut bien ceux de Rapin, Oliva, Turenne, Pellisson et La Fontaine. — Avec le P. Le Lasseur . qui a connu la lettre de Rapin à Rospigliosi (Rapin, Mémoires, III, 480, note I), nous acceptons d'ailleurs ce fait « que le livre de Bossuet, Expositioii de la Doctrine chrétienne, a surtout contribué à la conversion de Turenne », et c'est sans doute tout ce que M. Floquet a voulu dire; mais il n'a pas tout dit.
Immortalité des souvenirs consacrés par la poésie! Le château a été rasé. Mais dans la maison du Bonhomme, transformée en musée, je me souviens avoir contemplé le portrait du brillant cardinal d'autrefois devenu son hôte d'aujourd'hui.
Le P. Rapin d'ailleurs n'avait pas été moins bon prophète. Au début de son ode sur la récente promotion du cardinal, il s'écriait :
Sic est : 7ion ego, Bulloni,
Augur vanus eram, débita cum iihi Sacrœ mimera purpurw
Jamdudum canerem : nec sua défait Vati, quum mentit, fidex '.
Le P. Oliva avait sa place aussi et très marquée dans le monde des belles-lettres. Louis XIV appréciait son talent dans l'art de bien dire. II aimait la variété de son style et « cette éloquence native qui coule d'elle-même-. » « Eminent théologien, écrit Crelineau-.Ioly, homme versé dans la connaissance des affaires, Oliva était encore doué du don de la parole, et il avait plus d'une fois brillé comme orateur dans la chaire du sacré palais. Ami du grand Coudé et de Turenne, il avait recueilli le dernier soupir d'Innocent X, qui pour mourir saintement l'avait appelé à son agonie ^. » II ne pouvait manquer de se joindre à ce concert d'éloges. Le jour même de la nomination de l'abbé d'Albret au cardinalat, il avait été reçu en audience, par le cardinal Rospigliosi, et la cour pontificale très éprouvée par la mort d'un autre neveu du Pape, Thomas Rospigliosi, arrivée le même jour (o aoCit 1669), lui avait paru consolée par la pensée d'un choix si heureux*. Le lendemain, il l'écrit au nouveau cardinal.
1. Op. cit., p. llU. Serpiii.ssimo principi Emmaniicli Theodosio a Tiirre Arveniiœ Jiullonio S. /{. E. Eminentissimo cardinali. Ode X. Quod acceplam imper, à Sionmo Ponlifice Purpuram, siln meritisqiie suis unice debeal.