‹ Lettre pastorale de Mgr Joseph-Alfred Archambeault, évêque de Joliette [microforme]Chapitre 11 sur 36 · CONS ROM, IV, ES · texte numérisé non relu

CONS ROM, IV, ES

leur ouvrir la source bénie des graces de la componction et du repentir ? “Le Seigneur, apaisé par cette oblation”, dit le Conciie de Trente, “ concédant la grâce et le don de la péni- ‘’tence, remet les crimes et les péchés, même les plus grands ” (*). Que fait le bon Maitre du fond de la prison dont l'amour a élevé les murs, sinon prendre la place même du pécheur et satisfaire pour lui ? Le pécheur injurie Dieu, Jésus-Hostie lui rend des hommages d'une valeur infinie ; le pécheur. par orgueil, se révolte contre Dieu, Jésus-Hostie s’humilie jusqu'à l'anéantissement : Ferbum abreviatum, Verbum fere annihilatum, disent les Pères de l'Eglise ; le pécheur s'éloigne de Dieu par un amour désordonné des biens sensibles, Jésus-Hostie vit au tabernacle d'une vie complètement étrangère à la vie des des sens ; le pécheur va parfois jusqu’à la haine de Dieu, Jésus- Hostie a fait de l'Eucharistie une fournaise ‘amour; le pécheur endurci se refuse à prier Dieu, à lui demander pardon de ses fautes, Jésus-Hostie ne cesse de faire monter vers son Père d'ardentes supplications.

Le pecheur redoute la rencontre de son juge, il désespère peut-être de son pardon; Jésus-Hostie se présente à lui comme un père prèt à le recevoir dans ses bras et à le presser sur son coeur, comme un ami souverainement bon et fidèle, comme 4 : un roi tout puissant dont l'accès lui est ouvert à toutes les heudu jour et de la nuit.

Le pécheur sent que ses forces l'ont quitté, il croit son mal incurable; Jésus-Hostie lui déclare qu'il est le médecin empressé à guérir les plaies de son âme et à lui rendre, avec la vie de la grace. les droits qu'il a perdus à la vie de la gloire.

(*) Sess.. XXII, ch. 2.

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ape”:

— ÜOS —

Le pécheur enfin a soif des de la terre; ‘ malheureux, “Jui crie saint Augustin, ‘ ven me à Jésus, le bonheur que

“ vous cherchez, lui seul peut vous le donner ”.

O! pauvres pécheurs, âmes égarées ou fascinées par l'attrait

trompeur des biens de ce monde, vous ne savez peut-être plus prier ; eh! bien, voyez du moins, et regardez vers l'Eucharistie. Vous avez peur de Dieu, vous fuyez sa présence, et cependant Jésus, au tabernacle, vous attend et vous appelle. Sous les voiles mystérieux de l'hostie, il vous excite à la confiance, vous invite au repentir ; il provoque les aveux qui rendront la paix à vos coeurs agités et troublés. Ne le fuvez pas, venez à lui, jetez-vous à ses pieds; vous vous releverez pardonnes, réconciliés, forts contre les dangers du lendemain, pleins d'espérance aux promesses d'immortalité. ‘Que d'ames coupables ont “ prié aux pieds de l'hostie, et n'ont trouvé le courage d'aller “avouer leurs égarements aux ministres du pardon qu'apr: > “les avoir longuement confessés, dans le secret de leur coeur “et par la voix de leurs larmes, au doux pasteur de l'Eucha- “ ristie, dont le silence les encourageait, dont l'inaltérable dou- “ceur les soutenait. après que les charmes de sa miséricor-

# dieuse présence les avait attirées! 7 (5).

b) L'Eucharistic, espérance des affligés. — La vie humaine, du berceau à la tombe, est pleine de misères (*). Anxiété de l'esprit, déchirements du coeur, désirs inassouvis de la volonté

toujours en quête de jouissances et de bonheur, souffrances

(“) Père Tesnières, oeuvre citée.

(SV JobAXIVR TE.

nombreuses et variées du corps; voilà le fait universel dont l'existence dans le monde est pour tant d'âmes une pierre de scandale et d'achoppement, un problème troublant et sans solution. Pour nous qui avons la foi, toutes autres sont nos pensées. La douleur, nous le savons, ne vient pas de Dieu; elle est l'oeuvre de l'homme, le fruit et le légitime châtiment de son péché (*).. Mais il y a plu... nous croyons à la transformation de la douleur, Le Verbe Rédempteur, en l'épousant, au jour de son Incarnation, en faisant d'elle la campagne aimée de sa vie entière, lui a communiqué une puissance et une vertu surnaturelles : puissance d'expiation et de satisfaction à la justice de Dieu; vertu de purification, de mérites innombrables, de détachement des choses de la terre, d’ascension à la plus haute sainteté. La tentation elle-mème, c'est-à-dire “ l'invitation au ‘mal, l'impulsion vers le mal; la séduction, l'artifice, la vio- ‘lence, mille forces enfin enrolées contre nous au service du

‘mal, nous circonvenant, nous persécutant pour nous faire mal

* penser, mal vouloir, mal agir, mal vivre, hélas! et mal mou-

‘ir ("}, la tentation elle-même, loin de nous nuire, est si nous le voulons, un des plus sûrs moyens de nous sanctifier, Mais, suivant la remarque d’un pieux auteur, ” rien n'est plus dangereux que de mutiler l'oeuvre de Dieu, d'en détacher des parties essentielles, de ne la plus ‘accepter dans sa puissante unité”. La souffrance existe, il nous la faut accepter et supporter ; la tentation nous tend partout et toujours ses filets, nous devons en triompher. Gardons-

nous de séparer un tel fardeau du secours divin qui le rend

(*) V. Genèse, Ch, ir.

(') Mgr Gay, Vertus chrétiennes.

tolérable et mème léger (**); n'allons pas au combat sans les armes capables de nous rendre victorieux. Eh! bien, vous qui

êtes tentés, vous qui souffrez, vous que l'épreuve accable, venez

donc puiser dans l'Eucharistie, au pied du tabernacle ou à la

Table Sainte, la force dont vous avez besoin, le courage que la nature vous refuse, l'espérance, la douce espérance dont un seul rayon mettra dans vos âmes, sinon la joie, du moins la paix et la résignation aux adorables desseins de Dieu sur vous. Les Saints Pères appellent l'Eucharistie * l'aliment des grands et “ des robustes ”, cibus grandium ac robustorum. * Quelqu'un “ est-il atteint d'une langueur mortelle ”, dit saint Laurent Justinien, ‘ou fatigué par le combat, et désire-t-il réparer ses for- “ces? qu'il reçoive dignement les mystères sacrés du corps et “ du sang de Jésus-Christ; sur le champ il recouvrera la santé, et avec elle toute vigueur première ” (*%*).

A celui qui, poursuivi par la triple concupiscence, communie dignement, Notre-Seigneur, adresse les paroles du prophète Jérémie à Judas Machabée: *“ Prends ce saint glaive, don de “ Dieu, avec lequel tu extermineras les ennemis de mon peu- “ple” (*). David, perçant les voiles de l'avenir, n'avait-il pas chanté à l'avance les merveilleux effets de l'Eucharistie à l'heure de nos luttes contre le démon, contre le monde, contre nous-mêmes: “ Vous avez préparé en ma présence une table “en face de ceux qui me tourmentent... Quand je marcherais

“au milieu de l'ombre de la mort, je ne craindrais pas les maux

(%) V. Matth. xI, 30.

(#) De disciplina et perfectione monusticae vitae.

(#) IF Mach., xv, 16,

‘ parce que vous êtes avec moi” (*). Saint Jean Chrysostôme ajoute, sous forme de glose: “ Qui sont ceux qui nous persé- “cutent et nous tourmentent? les tentations de l'ennemi, le “ mouvement des passions qui nous agitent, les désirs déréglés, “les délices et les honneurs du siècle ? car ceux qui vivent de la “sorte souffrent les afflictions de la char. Mais sitôt qu'ils

‘s'approchent de la table du Tout-Puissant, ces afflictions se

changent en consolations, parceque l'Eucharistie leur ôte ce “qui est de la chair, et leur donne ce qui est de l'esprit ”. Pos-

sédant l'esprit de force, pouvons-nous craindre la violence,

méme celle des démons qui, selon saint Damien, fuient épouvantés à la vue du sang de Jésus-Christ dont nos lèvres sont rougies ? Avant l'esprit de vérité, pouvons-nous craindre l’illusion et le mensonge? Vivant de l'esprit de vie de Jésus-Christ, pouvons-nous craindre la mort de l’âme ?

L'Eucharistie aide enfin à vaincre en détournant des plaisirs sensuels, et en offrant la perspective de la récompense. ” De nos jours, le désir insatiable des plaisirs de la chair brüle “tous les hommes qui, même dès leur plus tendre jeunesse, res- ‘sentent les effets de cette contagion morbide. Le remède à ‘un mal si affreux se trouve dans l'Eucharistie. Son premier "effet est, en augmentant la charité, de réprimer la passion... ‘ En outre, comme l'a enseigné saint Cyrille d'Alexandrie, la * chair très chaste de Jésus comprime l'insolence de notre chair. “ Bien plus, le fri tout particulier et très doux de l’'Eucha- “ ristie est celui que signifiait cette prophétie : “ Qu’y a-t-il de * bon en lui (le Christ), ct qu'y a-t-il de beau, sinon le froment

“des élus, et le vin qui fait germer les vierges? (ANS 17) (*). “Ne crains rien de ce que tu auras à souffrir ”, lisons-nous dans l'Apocalvpse, ‘ Sois fidèle jusqu'à la mort, et je te don- “ nerai la couronne de vie... Celui qui aura aincu, je le ferai “ asseoir avec moi sur mon trône, comme moi j'ai vaincu aussi, “et me suis assis avec mon Pere sur son trône ” (*).

Les affligés, ce sont d'abord les pauvres ; ceux à qui la fortune n'a jamais souri ou qu'elle a délaissés, les misérables privés des choses même nécessaires at soutien de leur famille, les ouvriers gagnant à la sueur de leur front la substance de chaque jour. Pendant que le riche est à la recherche du confort et du luxe, fréquente les théatres et les maisons de jeu, étale son faste aux yeux de la foule, le pauvre, lui, ne connaît de la vie que le côté sombre: les épreuves, les tristesses, les noirs soucis, sinon les découragements et le désespoir. Si la foi n'illumine pas ces coeurs angoissés, ‘on v

voit germer et grandir la jalousie et la haine contre les mil-

lionnaires et les puissants de ce monde. Ces sentiments, long-

temps comprimés, éclatent parfois en cris de révolte; alors c'est la révolution avec ses horreurs et ses irréparables maux. Dieu, qui a voulu l'inégalité des classes sociales, se doit à luimème de se constituer le soutien et le protecteur de l'indigent, la consolation et l'espérance du pauvre. Aussi, les psaumes sont-ils remplis de textes exaltant la sollicitude amoureuse de Dieu pour ceux qui peinent ou qui mendient leur pain: ‘ Le * Seigneur n'a pas oublié le cri du pauvre” (**). ‘“ Le pau-

(*) Encyelique de Léon NIIT, Mirae caritatis, 28 mai 1902. (%)}"Apocal. 27, 10; II, 21.

(fo) M ED EME

“vre vous est abandonné, c'est vous qui serez le protecteur de “ l'orphelin ” (*).“ Le Seigneur s'est fait le refuge du pauv--, ‘son aide au temps du besoin dans la tribulation ” (1°). Mais c'est au jour de l’Incarnation de son Verbe que Dieu a manifesté d'une manière éclatante sa prédilection pour les pauvres, qu'il est devenu leur asile assuré, leur inébranlable espérance. Son Fils bien-aimé a rendu la pauvreté glorieuse dans ses serviteurs, divine en sa personne. Il a voulu ètre pauvre, le roi des pauvres, leur frère et leur ami. Il choisit pour père nourricier un charpentier. Au moment de sa naissance, dans l'obscure etable de Bethléem, il parut dans une extrême nudité, couché sur le foin, enveloppé de pauvres langes, dépouillé de tout. Lorsque vint l'adolescence, il gagna sa vie du travail de ses mains, dans le modeste boutique de Nazareth. Durant les trois années de son ministère, il n'eut rien en propre, pas méme une pierre pour appuyer sa tête (1°). Lorsqu'il mourut sur ja croix, les bourreaux n'eurent à se partager que des vêtcments d'aucune valeur et une tunique sans couture (1%). Amant passionné de la pauvreté, Jésus s'en montra encore le protecteur, et l'ami plein de prodigalité. Parmi les pauvres, il

choisit ses apôtres et ses premiers disciples (1%) ; il avertit les

riches que la Providence compte sur eux pour être auprès des indigents l'instrument de ses bienfaits et les menace des suppli-

(") PS; + Ad

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