CRÉES S ET
(*) V. Matth. VIN, 20.
(©) V. Jean, xiIx, 23.
(®) V. Matth., 1v, 19 ; x, 2 et suivantes.
ces de l'enfer s'ils ne leur donnent pas le boire et le manger, le vêtement ct le logis (**); enfin Notre-Seigneur p'oclame les pauvres bienheureux, parce que le ciel est à eux (1: divine promesse qui projette déjà sur leur vie présente un ” premier “reflet de félicité et de gloire ”,
Jésus, l'ami tendre et compatissant des pauvres durant sa vie mortelle continue à l'être dans la sainte Eucharistie, “mais avec cette surabondance, cette perfection et “ce charme qui n'appartiennent qu'au sacrement de “l'amour”. Là, sous le voile blanc composé de simples accidents, il se montre à nous parfaitement pauvre, au comble mème de l'indigence: Son humanité s'y cache, non moins que sa divinité, *]1 s'y dépouille de l'extérieur de l'homme, de sa “ force, de sa beauté, de la majesté visible et de l'auréole divine “qui rayonnaient sur son visage... Invisible et dénué de “toutes choses, il se remet entre nos mains plus pauvre que le “mendiant qui tend la main au seuil de notre maison, plus dé- “ pendant que l'esclave qui est le jouet des caprices de son mai- “tre... L'humble hostie ne se choisit pas elle-même telle ou “telle demeure. Là, elle habite parmi les ric'es: ici, parmi “les pauvres, et, avec eux, près d'eux, elle partage leur extré- “ me indigence... A peine un toit pour le couvrir, une pierre “ pour lui servir d’autel ” (1%),
Du tabernacle, Jésus veille sur les pauvres avec une sollicitude infinie; il leur suscite des dévouements inlassables, il
(*) V. Matth., XXV, 41 et suivants.
(%) V. Matth. v, 3.
(*) Mgr de la Bouillerie, L'Eucharistie et la vie chréti nne,
les appelle à lui pour mettre du baume sur leurs plaies, relever leur courage, leur ouvrir une inépuisable source de force et de consolations, il leur rappelle des hauteurs de l'autel, comme du sommet de la montagne, que le ciel est à eux, le ciel, royaume de gloire et de félicité sans fin après les jours tristes, mais si vite écoulés de l'exil,
Of vous, guides et chefs des peuples, vous que trouble et préoccupe le problème des relations entre les pauvres et les riches, entre les ouvriers et leurs patrons, vous qui redoutez ce que demain vous réserve, laissez donc venir à Jésus-Hostie, au lieu de les éloigner de lui, les humbles, les petits, les travailleurs et les indigents. Là se trouve la seule solution que depuis si longtemps vous demandez en vain à l'expérience des siècles et à la science sociale ou économique. Au lieu de chercher à éteindre dans leurs âmes la foi au Christ Rédempteur, laissez-les donc accourir tous dans nos temples, s'agenouiller au pied de nos tabernacles, prier avec confiance et amour leur seul ami sur la terre, leur seule espérance ici-bas ; laissez-les se nourrir du corps et du sang de Dieu. Les uns et les autres trouveront dans le coeur du bon Maitre la force de supporter leur pauvreté, leurs durs labeurs, leurs incessantes épreuves ; leur volonté, soumise à celle de Dieu, sera prête à de nouveaux travaux, à de nouveaux sacrifices. Ils se glorifieront même dans leurs larmes, sachant que “ les tribulations si courtes et si “légères de la vie présente produisent en nous le poids éternel “ d'une sublime et incomparable gloire ” (11),
Les pauvres ne sont pas les seuls à souffrir; l'indigence n'est pas la croix la plus lourde à porter. Comptez, si vous le
CMCorS IT A7.
pouvez, les infirmités et les maladies qui crucifient le corps; les épreuves morales qui torturent l'âme, Que de souffrances physiques, que de brisements de coeur dans la somptueuse demeure du riche, aussi bien que dans le modeste logis de l'ouvrier et la mansarde du pauvre ! Les ennuis, les anxiétés, les doutes pleins d'angoisses, les déceptions, la mort des proches et des amis, le douloureuses séparations, la perte de la fortune et de la renommée, les lâches abandons, les inimitiés, les ingratitudes, les haïînes, ete,; ne sont-ce pas là autant de formes variées des afflictions humaines? Où donc, au milieu de si nombreux sujets de tristesse et d'abattement, le chrétien ira-t-il chercher l'appui que le monde lui refuse, la fermeté dont il a besoin, l'adoucissement à ses maux, l'espérance en des jours meilleurs? Qu'il préte l'oreille ; Jésus, du fond de son tabernacle, lui dit, comme à ceux qui sont tentés, et comme aux pauvres: Viens à moi, et je te soulagerai! Tu souffres dans ton corps? Viens, je te raconterai combien le premier, j'ai souffert par amour pour toi. Reçois l'hostie sainte; avant de devenir l'aliment de ton âme, je l'ai offerte comme une victime sur l'autel de l'immolation. Si, pour ton bien spirituel, je ne t'apporte pas la guérison, je t'apprendrai du moins à souffrir avec moi; à compléter en toi-même ce qui manque à ma passion (°°). De chacune de tes douleurs, je ferai un titre de plus à mes éternelles récompenses. Tu souffres dans ton àme ? Viens, repose sur le mien, si bon, si compatissant, ton pauvre coeur malade: j'en calmerai les troubles, j'en adoucirai les amertumes, Tes doutes, je les dissiperai, car je suis la lumière; tes
tristesses, je les changerai en joie, car je suis la t'oic qui con-
duit au bonheur; tes plaies, ie les guérirai, car je suis le médecin des âmes; les êtres aimés que tu pleures, je te les rendrai, car je suis la résurrection et la vie; tes pertes, je les réparerai, car, en me possédant, tu possèderas tous les biens désirables. Ne suis-je pas le meilleur, le plus fidèle, le plus puissant des amis? Mon jugement ne vaut-il pas celui des hommes ? Mes joies peuvent-elles être comparées à celles dont tu regrettes l'absence ? Tu te plains d'être abandonné, trahi, injustement humilié ? Viens donc contempler mes abaissements et mes humiliations dans la vie eucharistique que j'ai prise pour rester avec toi et te consoler dans tes délaissements et ta solitude. Regarde, je suis venu au milieu de mes frères, j'ai établi parmi eux ma demeure, et la plupart d'entre eux ne veulent pas me recevoir (1). L'impie jette un regard de dédain sur le sacrement de mon amour, ou il le blasphème : l'indifférent passe devant mes temples en détournant la tête ; le voluptueux ne croit pas aux chastes voluptés de mon Eucha-
ristie ; l'âme tiède recule devant les légers sacrifices qu'exige
la participation fréquente à mon corps et à mon sang; le pé-
cheur me reçoit, mais souvent c'est pour me livrer au démon, ajouter un horrible sacrilège aux crimes de sa vie déjà si coupable. Viens donc du moins, toi que ma joi illumine de ses divins rayons, toi qu: mon coeur appelle et attire, viens unir tes humiliations à mes humiliations, tes abandons à mes abandons, tu trouveras en moi la force qui relève, l'espérance qui soutient et dirige vers le ciel les veux fatigués ou attristés du specta-
cle des tristesses et des larmes de la terre.
c) L'Eucharistie, espérance des mourants. — T'homme craint naturellement tout ce qui peut le priver des biens qu'il possède, il le fuit par instinct, il s'évertue à en écarter la venue, à la retarder, si elle est inévitable : “ Nous ne voulons pas être “ dépouillés ” (112), C'est pourquoi la mort est cruelle pour ceux qu'elle surprend attachés aux choses périssables de ce monde : * () mort, que ton souvenir est amer à l’homme qui “ jouit de la paix au milieu de ses biens!” (11), dit le livre de l'Ecclésiastique. Ces biens, auxquels ils ont peut-être sacrifié leur äme. vont leur ètre enlevés, sans en excepter un seul.
Fortune, renoninée, autorité, estime, affections, voluptés des
sens ; ‘* tout passe, tout nous quitte, tout abandonne, tout finit,
“et nous passons et nous finissons aussi nous-mêmes. U'ext “Ja mort, oui c'est la mort qui finit tout, qui détruit tout, qui “renverse tout et qui anéantit tout. Rien ne peut lui résister,
“elle brise et elle écrase” (1).
Plus encore que la perte des richesses, des amis, des plaisirs, le mourant redoute la séparation de son corps et de son ame; la perspective de la pourriture et de la dissolution du tombeau lui fait horreur. S'il est pécheur, il tremble à la seule pensée du jugement sans appel qui va décider de son éternité; il envisage avec effroi les insondables mystères de l’Au delà.
Bien différentes sont en face de la mort jies dispositions des àmes vraiment chrétiennes. La divine
Eucharistie verse sur ces ämes, quand vient l'heure du
COM OTIICON NS (} Bceclésiastique, XII, 1.
(3) bossuet, SCrmons,
suprème appel de Dieu, une vive lumière qui leur montre sous un tout autre jour les choses du temps et celles de l'éternité ; elle les revêt des armes nécessaires à la victoire décisive, tempère 2 crainte du jugement particulier, leur met au coeur une invincible espérance ; en un mot elle transforme la mort, elle en fait l'épilogue heureux et serein d'une vie de travail, de luttes et de larmes: Felix vitae clausula, suivant la belle expression d'un Père de l'Eglise.
“ Que la terre me parait méprisable, lorsque je regarde le “cel”. Le chrétien moribond comprend plus qu’il ne l’a ja-
mais comprise la consolante vérité de cette parole de saint Ignace de Loyola. Il va quitter le monde; entre lui et les êtres aimés qui pleurent à son chevet se creusera bientôt une barrière infranchissable; mais, sourde déjà aux bruits de la terre, son oreille écoute les paroles de consolation et d'espérance de Jésus-Hostie reposant dans sa poitrine : “ Je suis la “résurrection et la vie, celui qui croit en moi, quand même il “serait mort, vivra, et quiconque vit et croit en moi. ne mourra “jamais” (#2), *“ Qui mange ma chair et boit mon sang a la ‘vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour ” (114), “Le corps ressuscitera dans l’incorruptibilité... dans la gloi- “re... dans la force... spirituel ” (15).
Il s'écrie avec Job: “ Je sais que mon Rédempteur est vivant, ‘que de nouveau je serai environné de ma peau, et que dans “ma chair je verrai mon Dieu” (1%), ce Dieu que j'adore
(#} Jean, XX, 25, 26, (#7) Iem; YF, 55:
(#5 I Cor:, xy; 49, 44,
(**) Job, XIX, 95, 26.
cache sous les voiles eucharistiques; et avec saint Paul: “ Je ‘ désire ma dissolution afin d'être avec Jésus-Christ..." (117), “Car pour moi vivre, c'est Jésus-Christ, et mourir un gain (us)
Son coeur saigne sans doute à la pensée des séparations prochaines, mais le bon Maitre lui promet qu'il retrouvera un jour au ciel, pour ne plus les quitter et les aimer d'un indéfectible amour, ceux dont il exige de lui présentement le douloureux sacrifice.
Déjà les ombres de la mort l'environnent, ses veux ne distinguent plus les traits des amis fidèles penchés sur son lit d'agonie; mais Celui qu'il possède dans son coeur n'a-t-il pas dit: “ Je suis la lumière du monde, qui me suit ne marche pas “ dans les ténèbres, mais il aura la lumière ct la vie ? ” (EST
Le Juge souverain s'approche, dans quelques instants il prononcera l'irrévocable arrêt; mais ce juge, n'est-ce pas l’ami et le frère qui l'a visité? Ne sera+t-il pas son viatique du temps à l'éternité? Sa sentence, ne l'a-t-il pas déjà prononcée en im-
primant sur les lèvres du mourant un suprème baiser de pardon
et de miséricorde? Encore tout inondé de la paix de ce baiser (*°), le chrétien ‘ s'endort sur le sein de son Dieu, comme “ l'enfant s'endort sur celui de sa mère... Il meurt, et sa mort
semble n'être qu'un doux sommeil qui le repose des fatigues “de la vie... Quel calme, quelle placidité profonde il s'est C#) Philip, 1, 23.
(%) Idem, 1, 21.
(*) Jean, vin, 12.