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“ fait tout à coup sur ces traits tout-àl'heure encore contractés ‘“ par la souffrance !... On garde un profond silence auprès ‘ de ces restes chéris, comme si on craignait de troubler ia pro- ‘“ fondeur de leur inquiétude par l'expression d'une douleur ‘ qui ne peut plus les atteindre... Il semble que le coeur qui ‘ les regrette sent en eux le germe de vie déposé par la divine “ Eucharistie dans ces corps inanimés, et, trompé par la viva- ‘ cité de ses désirs, il espère, ce pauvre coeur, contre toute es- ‘ pérance, et croit voir s'épanouir sur ces restes à peine refroi-
‘ dis la fleur glorieuse de l'immortalité ”” (121).
De ces considérations, auxquelles nous avons donné à dessein de longs développements, l’iniluence de l’Eucharistie sur l’esrance chrétienne, son efficacité à nous en faire produire des actes fréquents et intenses, se dégagent, il nous semble, fortes et lumineuses. Aussi, nous ne saurions mieux les résumer qu'en citant ici un remarquable passage de l'encyclique Mirae caritatis : ‘* Ce sacrement (l'Eucharistie) fortifie merveilleuse- ‘ment et l'espérance des biens immortels et la confiance dans “le secours divin, En effet le désir du bonheur, naturel à ‘toutes les àmes et inné en elles, est de plus en plus aiguisé par ‘la fausseté des biens terrestres, par les injustes violences ‘ d'hommes infämes, enfin par toutes les autres douleurs phy- “ siques et morales. Or, l’auguste sacrement de l'Eucharistie ‘est à la fois la cause et le gage du bonheur de la gloire, non “pour l'âme seule, mais aussi pour le corps. Car, tout en “enrichissant les âmes de l'abondance des biens célestes, il les
‘inonde de joies très douces bien supérieures à ce qu'imaginent
C#) Jesus, mon amour et ma vie, pp. 277 et 278.
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‘et espèrent les hommes: il les soutient dans l'adversité, leur “ donne des forces dans le combat pour la vertu, les garde pour la vie éternelle, et les y conduit en leur fournissant en quelque
‘sorte les vivres nécessaires au voyage ” (1*?).
30 Influence de l'Eucharistie sur la divine charité
La foi et l'espérance une fois infuses dans l'âme peuvent y conserver leurs racines indépendamment de la grâce sanctifiante, et agir, quoique sans efficacité pour la gloire, en dehors de son influence (1). Ces deux vertus ne sauraient donc, quelle que soit leur importance, leur nécessité même, constituer la véritable vie chrétienne, puisque la grâce seule établit en nous la filiation adoptive, source de notre droit au céleste héritage: “ Si nous sommes enfants de Dieu, nous sommes aussi “héritiers” (1%). Le licn de la perfection, c'est la charité (*#). La divine charité nous élève jusqu'à Dieu, non pour donner à nos intelligences la simple connaissance de la vérité révélée, non pour nous faire posséder comme notre bien propre le bien su. rême et en faire jouir nos volontés, mais afin de nous unir immédiatement, par une ineffable dilection réciproque, à la bonté divine, à l'ensemble des infinies perfections de
Dieu: “ Celui qui m'aime sera aimé de mon Père, et moi je
“l'aimerai... Nous viendrons à lui et nous ferons notre
C*#) Mirae caritatis, 28 mai 1902.
(#) V. Concile de Trente, sess. vi, De justif. chap. vit. (*) Rom. vint, 17.—V, Concile de ‘Trente, 1. c. canon x1.
(#) Coloss., 111, 4.
“ demeure en lui” (*). Mon bien-aimé est à moi, et moi à RCE TE
La charité, que seul le péché mortel peut éteindre en nous, le péché véniel ne constituant qu'un désordre par rapport aux moyens et non à la fin (1*#), a été nommée à bon droit la reine et la forme de toiutes les vertus ; elle donne en effet à chacune d'elles sa perfection dernière et les dirige toutes vers Dieu, leur fin suprême. Ce serait cependant une erreur de croire que la charité rend toutes les vertus chrétiennes égales en mérites et en dignité. Autrement, le martyre n'aurait pas plus de prix que le jeüne; la virginité, contrairement à l'enseignement de saint Paul, n'aurait aucune supériorité sur le mariage (12). “ Qui oserait affirmer ” dit saint François de Sales, dans son beau traité de l'Amour de Dicu, “ qui oserait affirmer que la “ charité, s’ajoutant aux autres vertus, leur ôte leurs propriétés “et privilèges, puisqu'elle n’est pas une vertu détruisante et ‘appauvrissante, mais bonifiante, vivifiante, et envahissant ‘tout ce qu’elle trouve de bon dans les âmes qu’elle gouverne ? ‘‘ Tant s’en faut que l'amour céleste ôte aux vertus les préémi- ‘‘ nences et dignités qu’elles ont naturellement, qu'au contraire “ayant cette propriété de perfectionner les perfections qu'il ‘“ rencontre, à mesure qu’il trouve de plus grandes perfections. “il les perfectionne toujours davantage ” (15°).
(**) Jean, xIv, 21.
(7) Cant., …, 16.
(**) V. Concile de Trente, De justif., sess. VI, ch. (MJUN 1 C0, MIE 58
(*) Livre x1, ch. v.
Si la bonté divine constitue l'objet principal de la charité, elle n'en est pas le seul. L'amitié qui nous porte à aimer quelqu'un ne nous entraine-t-elle pas à aimer aussi ses proches, ses amis, ceux qui nous les rappellent par une ressemblance physique ou morale? C'est pourquoi la mème charité, dont l'élan a pour terme final l'être de Dieu tel que la foi nous le manifeste avec ses perfections infinies en nombre et en intensité, s'étend encore à nous-mêmes et au prochain. Dans l’homme, créature et propriété de Dieu, se reflète en effet l'image de Dieu luiméme: sa spiritualité, sa liberté, son immortalité. Dans le
chrétien en état de grâce Dieu habite comme dans un temple;
sa grace, prix du sang et de la mort de son Fils bien-aimé, cir-
cule en lui riche et féconde en germes de gloire future. Le pécheur lui-même, malgré la rupture de ses liens avec Dieu, conserve jusqu'à la mort le pouvoir radical de la réconciliation et l'aptitude à jouir de la béatitude éternelle. ” Ce que je vous ‘ commande ”, — disait le Christ-Jésus à la veille de sa passion et de sa mort — ‘ c'est que vous vous aimiez les uns les “autres” (1%1), “Si quelqu'un dit: j'aime Dieu, et qu'il “’haïsse son frère, c'est un menteur. Car celui qui n'aime “point son frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il ‘ne voit pas ? ‘” (1*?).
La charité. répandue dans nos coeurs par le Saint-Esprit
('%), dans la mesure qu'il veut (*!), est susceptible d'un
(**) Jean, XV, 17.
CP) NTean, IT, 20:
CET. Rom, V5.
(2) VEiphes:, Av,7:
accroissement indéfini jusqu'à son plein épanouissement dans la gloire. Sous l'influence efficace de la grâce sacramentelle, ou par la répétition des actes mêmes qui lui sont propres, elle reçoit de nouveaux degrés, et acquiert par là l'énergie suffisante pour produire des actes d'amour de plus en plus fervems (5). Le Concile de Vienne a condamné l'erreur de ceux qui
affirment la possibilité d’un état où l'âme—encore voyageuse—
ne soit plus apte à augmenter en grâce. La perfection de la charité ici-bas ne peut pas, il est vrai, revêtir les caractères d'immutabilité, de pureté et d'action constante de la charité des bienheureux, mais elle n'en est pas moins une perfection digne de ce nom, quoique proportionnée aux conditions de la vie présente, aux faiblesses et aux défaillances inhérentes à notre nature déchue en Adam. Cette perfection comprend trois degrés bien distincts: la charité initiale, évitant le péché mortel et recourant aux moyens nécessaires pour ne pas le commettre ; la charité progressive qui, semblable à la lumière du jour, s'avance graduellement vers sa plénitude par la pratique des vertus chrétiennes ; enfin la charité parfaite, ou l'union active avec Dieu par le pur amour, par la conformité entière de la volonté humaine à la volonté de Dieu et à toutes ses manifestations.
La charité est essentiellement agissante. Le fruit propre de son exercice est la dilection qui consiste à aimer Dieu et à être aimé de lui, à nous aimer nous-mèmes et à aimer le prochain, nos amis en Dieu et nos ennemis à cause de Dieu: ** Tu aime- ‘* ras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme,
C#) V. S. Thomas, Somme théolog., 11, 11, q. XXIV.
“et de tout esprit. C'est là le premier et le plus grand com- “ mandement. Le second lui est semblable: tu aimeras ton “prochain comme toi-même ” (1%),
Le pur amour de Dieu n'exclut cependant pas l'amour imparfait de Dieu qui naît soit de la reconnaissance pour ses bienfaits, soit de l'appät des récompenses futures, soit même de la crainte des légitimes châtiments de la justice divine La seule condition requise est que dans notre élan vers Dieu sa bonté intrinsèque demeure le motif final et prédomirant, Le Pape Jnnocent XI a réprouvé les propositions quiétistes de Molinos établissant l'obligation d'aimer Dieu d'un amour séparé de tout amour de soi-même, quelque pur qu'il soit. Au reste, l'amour de Dieu renferme, virtuellement du moins et comme conséquence nécessaire, Le véritable amour de soi-même, puisque Dieu est notre fin dernicre, le bien suprème dont la possession peut seule nous procurer la plénitude de bonheur dont nous avons naturellement soif. Aussi le Psalmiste a-t-il écrit : * Celui qui aime “ l'iniquité hait son âme ” (#7),
L'acte de dilection est de sa nature total et souverain : il s'étend à tout l'être de Dieu et met à son service toutes nos facultés, celles de notre corps et celles de notre âme (*#) ; il se porte vers Dieu comme vers le seul bien véritable, le bien infiniment supérieur à tous les biens créés. La tendresse sensible, la vivacité de l'affection, quoique chose désirable, ne sont
cependant pas requises. Parfois des âmes moins parfaites
(*) Matth. XXII, 37, 39.