‹ Lettre pastorale de Mgr Joseph-Alfred Archambeault, évêque de Joliette [microforme]Chapitre 20 sur 36 · GS · texte numérisé non relu

GS

+ L'homme animal ne perçoit pas ce qui est de l'Esprit de

* Dieu... mais l'homme spirituel juge de toutes choses 7 (277).

a) Humilité, L'édifice de notre perfection a pour base lhumilite. Eclairé par la raison et par la foi sur les infinies perfections de Dieu, d'une part, et sur son propre néant et sur s°s péchés, d'autre part, l'homme comprend que * l'orgueil est Ta + folie de l'âme ”, suivant la remarque de saint Jean Chrysostome (1%), qu'il est insensé d'attribuer à son mérite les biens du Créateur où de s'en glorifier comme si on ne les avait pas reçus (17. Le fonds de l'humilité, c'est de n'estimer que Dieu. de reconnaitre notre néant devant Dieu, de ne compter que sur Dieu pour faire le bien et éviter le mal, de renvoyer à Dieu tout seul tout honneur et toute dloire CS).

La connaissance de notre abjection personnelle ne constitue cependant pas la perfection de l'humilie chrétienne. L'âme de l'humilité est l'amour : l'amour qui s'abaisse devant Dieu et lui soumet l'esprit et le coeur ; l'amour qui recherche les emplois

obscurs, le silence, l'oubli et la vie cachée en Dieu; l'amour qui,

loin de fuir les mépris et les humiliations, les désire et S'Y com-

plait: va — dit saint Bernard — ‘une humilité que la * vérité engendre et elle est sans chaleur; il y a une humilité * formée par le Christ, et elle enflamme : l'une consiste dans la

CHI GDS, HER, 15

pensée, et l'autre dans l'amour de son néant 7 (9).

Hoi, ul LEZ LE fs ANSE ET, FA

(PA) Sérin. 46.

L'humilité, nommée ‘la mère et la gardienne de toutes les “vertus ”, nous grandit aux veux de Dieu et nous ouvre le trésor de ses grâces :" Celui qui s'htunilie, sera exalté ” (1*). “ La prière d'un homme qui s’humilie percera la nue: elle ne * se taira point qu'elle n'ait été jusqu'à Dieu, et elle ne se reti- ‘rera point que le Seigneur n'ait enfin abaissé sur elle un * regard de complaisance ” (!*1).

L'humilité est enfin la condition nécessaire de tout avancement dans les voies de la spiritualité et de la perfection: * A ‘moins que vous ne vous estimiez inférieur à tout le monde, “ne crovez pas avoir fait le moindre progrès ” (1).

Jésus fut sur la terre le modèle accompli de la vertu de l'humilité, l'humilité elle-mème incarnée. Bethléem, Nazareth, les villes et les bourgades de la Judée, de la Galilée et de la Samarie, en particulier Jérusalem, furent témoins de la réalisation de la prophétie messianique de David: " Pour moi, je suis un “ver et non pas un homme; l'opprobre des hommes et l'abjection du peuple ” ("Aussi le Maitre a-t-il pu dire à ses disciples: * Apprenez de moi que je suis doux et humble de ‘coeur (M), Mais ne vous semble-t-il pas, que dans l'Eucharistie l'humilité du Christ est plus pro-

fonde encore ? Elle y brille d'un plus vif éclat et les leçons

d'humilité qui se dégagent de l'autel ont une force et des attraits

LUC, NVIH, 14, boeli,, XX, 21, mit. 1 11, ch, 2.

ESS + ri A

Matth. xx, 29.

irrésistibles. Jésus accompagne l'institution de la cène des actes et des leçons d'une humilité sans mesure. Se levant de table, il pose ses vêtements, prend un linge, le met autour de

ses reins, verse de l'eau dans un bassin. lave lui-mème et essuie

les pieds de ses apôtres (2%). La présence de Judas ne l'ar-

rête pas et quand le traître a quitté le Cénacle, afin d'aller livrer le doux Agneau à ses ennemis, Notre-Seigneur déclare que ‘ maintenant le Fils de l'Homme est glorifié ” (?*). Les paroles dont Notre-Seigneur se sert pour consacrer le pain et le vin sont une dernière prédiction de sa passion et de sa mort: “ Ceci est mon corps qui sera livré pour vous ” (17). Ceci “est mon sang, le sang du Nouveau Testament, qui sera “répandu pour un grand nombre pour la rémission des pé- “ chés ” (CS), Un débat s'étant élevé entre les apôtres, après le départ de Judas, “ sur celui d'entre eux qui semblait ètre le * plus grand, Jésus leur dit: Les rois des nations dominent sur “leurs sujets, et ceux qui ont puissance sur les autres se font * appeler bienfaiteurs. Qu'il n'en soit pas ainsi parmi vous. “ Mais que celui de vous qui est le plus grand, soit comme le ‘ moindre, et que celui qui tient le premier rang soit comme celui qui sert. Lequel en effet est le plus grand, de celui qui est assis à la table ou de celui qui sert ? N'est-ce pas celui ‘qui est à table ? Or, moi je suis au milieu de vous comme

celui qui sert (1%), L'avenir qu'il dévoile ensuite à leurs

(Rss) JT 10 O0 € OO C*) Jean, x, 51.

PE CESR 27 (%) Matth., XXV1, :

CENIENC AMIE

regards, loin de promettre ici-bas des triomphes et de la gloire, ne leur réserve que souffrances et humiliations : “ Le serviteur ‘n'est pas plus grand que son maitre. S'ils m'ont persécuté, ‘ils vous persécuteront aussi... Ils vous chasseront des syna-

‘* gogues, et l'heure vient où quiconque vous fera mourir,

‘’ croira faire une oeuvre agréable à Dieu” (1*).

Que dire maintenant de la vie eucharistique elle-même ? des anéantissements de Jésus-Hostie ? des mystères d’humilité qu'elle recèle ? des leçons qu'elle nous donne ?

“ De mystérieuses analogies existent entre le bois de la crè- “ che et la pierre de l'autel; entre les langes dont Marie enve- “ loppa son Fils et les langes sur lesquels le prêtre dépose les ‘humbles apparences qui voilent d’un nuage l'humanité du * Christ... Une humilité si étonnante nous pousse à l’humi- “lité... Dépouillant enfin les ambitions vulgaires qui n’aspi- “ rent qu'à monter, à l'exemple de votre Dieu n’aspirerez-vous ‘’ pas à descendre ?... Soyez humbles parce que votre Dieu est ‘humble. Entrez dans la voie qu’il vous a ouverte, et où lui- ‘ même vous a précédés ; reproduisez dans votre âme l’auguste ‘ modèle qu'il vous présente ; et sacrifiez un orgueil, fruit du ‘ mensonge et de l'injustice, à Celui qui, Fils de Dieu par “ nature et pouvant sans usurpation s'égaler à son Père, s'est * abaissé à cause de vous jusqu'à revêtir la forme de l'esclave.. “jusqu'à disparaitre dans l'Eucharistie ” (1°).

* Jésus-Christ vient, sous les espèces du pain, sur le trône de * son amour, à petit bruit, en silence, sans éclat, sans appareil.

CMISJeNT SV SUTANE 2

(‘) Père Largent, Scrmons cucharistiques.

nr DAS

“Ce n'est pas seulement la grace qui est cachée dans ce mys- “tère, mais l'auteur méme de la grâce: ce n'est pas un simple “trésor, mais le Dieu des richesses et des trésors 64 cache sa grandeur sous le rond d'une hosiie, sa puissance sous de * faibles espèces, so immensité sous tn atome, Sa sagesse SOUS “une apparente folie... C'est un Dieu plus caché que dans le “sein de la bienheureuse Vierge Marie, plus caché que dan: “la crèche, plus caché que sur la croix, plus caché que dans le “tombeau... I se met entre les mains des pecheurs, 11 leur “laisse manger son corps et boire son sang: il demeure enfer- ‘mé dans une prison si étroite qu'il est resserré sous un point. “ou pour mieux dire qu'il est réduit au néant... Jésus à l'autel “ humilie tellement son infinie grandeur, qu'il ne peut pas des- # cendre plus bas (#2). Modèle divin de lhunulité parfaite par l'être mystique qu'il revêt dans 1 Eucharistie, Notre-Keigneur l'est encore en supportant avec patience, avec un abandon total à la volonté de son Père, avec amour mème et avec un amour inaltérable, la négation audacieuse de <a présence réelle sous les espèces sacramentelles; les sarcasmes et les mépris des faux savants de ce monde qu'aveugle l'orgueil : les haines, les blasphèmes et les outrages des sectes oc-

cultes s'acharnant avec rage contre lhostie sainte qu'ils fou-

lent aux pieds où osent transpercer d'un glaive sacrilège ; les

froideurs et les indifférences d'un si grand nombre de chrétiens ; et, ce qui blesse plus cruellement encore son divin coeur, les communions indignes de ses amis de prédilection.

Ah! nous comprenons facilement comment, par la médita-

(%) Père Nouet, Méditations, Vol In,

tion constante du mystère eucharistique, les saints sont parve-

nus, aides du secours de Dieu, non selement à détruire entiérement en eux le fol orgueil, à ne jainais rechercher la gloire et la louange des hommes, mais à se détacher de toute vaine complaisance dans leurs oeuvres et leurs vertus, à subir sans fiel et sans trouble les ingratitudes, les oublis, les humiliations. Is en sont mème arrivés à s'aneantir dans leur estime, à vivre de la vie cachée aux veux du monde, à aimer d'être ignorées et comptés pour rien. [ls ont trouvé, dans cette pratique d'une humilité toujours croissante, le seul moyen d'imiter les anéantissements du Dieu-Hostie, époux adoré de leur âme, et de se rapprocher quelque peu de son humilite sans mesure : * Je vous ai donné l'exemple, afin que vous fassiez à votre tour tout ce

"que je vous ai fait ” (3 ).

b) Chasteté, — L'humilité soumet l'esprit à Dieu, la chasteté soumet le corps à l'âme; la fin de l'une et de l'autre est la clarité sans entrave et sans mélange. La chasteté, qu'un théolo-

gien appelle ‘la main mème de Dieu appliquée au corps de © lhomine ”, spiritualise la nature hutmsine dans la mesure que cette vertu est embrassée et pratiquée.

La chasteté commune a pour but de protéger les droits essentels de l'ame sur le corps, de sauvegarder la dignité de l'esprit en maintenant un équilibre exact entre lui et les sens ; de réprimer les révoltes de la chair qui aveuglent l'intelligence, corrompent le coeur, conduisent à l'oubli des devoirs les plus

sacrés, finalement à la négation où à la haine de Dieu

CO) rar, SEULS.

“ L'insensé a dit dans son coeur: n'y a point de Dieu 7 (7).

La chasteté, à ce premier degré, est nécessaire au salut: " La “ volonté de Dieu... c'est que vous vous absteniez de la fornt- “ cation ; que chacun de vous sache posséder son corps sainte- “ment et honnétement, et non dans la passion de la convaitise, “ comme les gentils eux-mêmes qui ignorent Dieu” (#5). "Ne “savez-vous pas que vos membres sont le temple de Esprit “ Saint qui est en vous... Glorifiez et portez Dieu dans votre “ corps "(Ni la chair ni le sang ne peuvent posséder “le royaume de Dieu, et la corruption ne possèdera point l'in- * corruptibilité ” (7). Ni les fornicateurs, ni les adultères, “ni les efféminés, ni les abominables... ne posséderont Île

“rovaume de Dieu" (1.

. . . , CE La chasteté, à son deuxième degré, ne se contente pas d'ob-

server les préceptes ; elle entre généreusement dans la voie des conseils évangéliques. Son empire sur le corps devient plus plus sévère, plus absolu; dans la crainte de le voir se révolter, elle le prive énergiquement de tout plaisir, de toute indépen dance mème légitime, mais que ne réclame pas l'accomplissement du devoir ; elle le réduit en servitude et le tient en captivité : * Je châtie mon corps ”, — écrivait l'apôtre saint Paul.—

“et je le réduis en servitude, de peur qu'ayant prèché aux

Ps., XI, 1.

I Cor,; YE- 19, LE Cor, SV,.56

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