ÉM)VET COR, VER
culier ceux du goût et du toucher. Véritable amie de l'âme chrétienne, gardienne vigilante de la chasteté, elle l'empêche de s'arrêter aux séductions du monde, aux sollicitations de la chair; détournant nos regards des images qui pourraient la fasciner, la tempérance les fixe constamment sur les biens impérissables de ia vie future, sur les chastes voluptés du devoir noblement accompli.
Les Pères du Concile de Vienne considèrent comme plus probable l'opinion selon laquelle les vertus morales, aussi bien que les vertus théclogales. sont infuses dans l'âme avec la grâce sanctifiante. D'après beaucoup de théologiens, ces vertus se surajoutent aux vertus déjà acquises par l'adulte; selon d’autres, les vertus naturelles sont simplement surnaturalisées ; l'âme, en état de grâce, en dirige les actes vers Dieu, au moyen de la lumière de la foi et de l'impulsion déterminante de la volonté mue par la divine charité.
Les vertus surnaturelles me donnent pas toujours la facilité extrinsèque de faire le bien. Les mauvaises habitudes contractées sont des chaînes qui demeurent méme après Ja justification. Le péché a été pardonné, il est
vrai, mais l'inclination au mal, fruit du péché, reste plus ou
moins forte, plus ou moins difficile à déraciner. Ainsi s'expliquent ces répugnances en apparence invincibles, ces luttes douloureuses, ces chutes fréquentes même chez des âmes sincèrement converties à Dieu, réconciliées avec lui et franchement décidées à lui rester fidèles. Que ces àmes ne perdent pas courage, que leur confiance en Dieu soit ferme toujours; si les vertus n'assurent pas un triomphe immédiat, leur mise en pratique promet, tôt ou tard, une victoire définitive.
30 Hiérarchie des vertus
La charité a la prééminence sur toutes les autres vertus, theologales ou morales : elle est le principe de leur vitalité et de leurs mérites: “* Quand j'aurais distribué tout mon bien aux “pauvres, et que j'aurais livré mon corps pour être brülé, tout
‘cela ne me servirait de rien, si je n'avais pas la charité ” (19).
La charité est la reine des vertus : elle leur commande, les met en mouvement; tout en respectant leur sphère d'activité propre et leur but particulier, elle les dirige toutes vers Dieu et rend ainsi leurs actes méritoires de la vie éternelle.“ La cha- ‘“ rité est patiente ‘, dit saint Paul, “ elle est douce: la charité “n'est pas envieuse ; elle n'agit pas insolemment ; elle ne s'enfle “ point ; elle n'est point ambitieuse ; elle ne cherche point son
“intérêt propre; elle ne s'irrite point ; elle ne pense pas de mal :
“elle ne se réjouit point de l'iniquité, mais elle met sa joie
“ dans la vérité; elle souffre tout; elle croit tout; elle espère “tout ; elle endure tout ” (2),
La foi et l'espérance peuvent cependant subsister dans le pécheur après la disparition de la charité (*1) ; seules des fautes graves d'infidélité ou de désespoir les déracinent de l'âme. Dieu l'a voulu ainsi, afin de ménager à son infinie miséricorde des ressources suprêmes qui lui permettent d'agir sur le pauvre pécheur, d’illuminer son intelligence, de toucher son coeur, de
(°) ECor:; XIE, 3:
(*) I Cor., XI, 4 et suiv.
(*) V. Concile de Trente, sess. vil,
Préparer son retour et sa conversion. C'est pourquoi la perte de la foi est le plus grand des maux, un mal très souvent sans remède, parfois le signe et le prélude de l'éternelle séparation de Dieu.
Au ciel, la charité continue seule à exister. La foi disparait puisque Dieu s'y montre sans ombre et sans voile, dans tout l'éclat de son ineffable beauté. L'espérance n'a plus sa raison d'être; le bienheureux est en possession du bien suprême, et rien ne peut le lui ravir. L'amour subsiste; uni à jamais à l'objet de ses ardeurs et de ses feux, l'élu fait sans interruption des actes de charité intense dont chacun renouvelle ses extases et ses éternels ravissements : *“ La charité ne finira jamais, pas “même lorsque les prophéties s'anéantiront, que les langues “ cesseront et que la science sera détruite ” (22):
(?) I Cor., XI, 8.—V. sur les vertus: Maynard, Devine et Mazella.
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