‹ Lettre pastorale de Mgr Joseph-Alfred Archambeault, évêque de Joliette [microforme]Chapitre 32 sur 36 · CRETE 10 F · texte numérisé non relu

CRETE 10 F

(*) Saint Grégoire le Grand, Morale, 1 1.

“ porte à chercher cette nourriture nommée par le Seigneur lui- ‘mème la volonté de Dieu ‘ (%*2).

Aussi est-ce dans l'Eucharistie, à la table sainte, que depuis dix-neuf siècles les apôtres ont puisé le courage héroïque de leur vie de labeurs et de renoncements ; les martyrs, la force de verser leur sang pour la défense de la foi; les pontifes, le zèle des âmes ; les confesseurs, la soif de la justice; les vierges, l'amour passionné de-la chasteté parfaite; tous les saints, le secret de leurs sublimes vertus, celui de leur immense charité

envers le prochain.

Le sacrement de l'Eucharistie après avoir uni l'âme du com-

muniant à l'humanité de Jésus-Christ, et par cette humanité à la divinité elle-même ; après avoir versé en elle la charité agissante du Christ qui a mis en activité toutes les vertus, achève son travail par une divine transformation accompagnée parfois des joies les plus enivrantes de l'union fruitive. Laïssons parler ici les auteurs mystiques de ces grâces extraordinaires qui semblent plutôt devoir être la récompense des bienheureux, que le partage des ämes encore voyageuses sur la terre.

“ Jésus-Hostie... veut consumer notre vie pour la changer “en la sienne... Là où il a consumé, c'est qu'il veut nourrir. * Quand il nous à mangés, c'est lui qui se donne; il donne en ‘même temps l'appétit de goûter ; il fait présent d’une faim et “ d'une soif éternelles. A cette faim et à cette soif il donne en ‘“pature son corps et son sang. Quand nous y communions ‘avec le dévouement intérieur, son sang plein de chaleur et de ” gloire coule de Dieu dans nos veines, et le feu prend au fond “de tous les coeurs, et le goût spirituel nous pénètre l'âme et

(%) Mgr Darboy, Réflerions sur l’Imitation.

“ke corps, le goût et le désir: la ressemblance de ses vertus “nous vient ; il vit en nous et nous vivons en lui... Il y a des hommes qui (dans la communion) font l'expérience de Dieu ; étonnez-vous donc si la joie les brise... Tout ce qui concerne l'humanité de Jésus-Christ, nous pouvons jusqu'à ‘un certain point l’absorber sans perdre l'esprit. Mai: quand nous sentons sa divinité, l'admiration nous emporte pardessus nous-mêmes dans l'amour suressentiel, et voilà que les

‘forces nous manquent devant l'autel du Seigneur à cause des

‘admirations et des intolérances de l'amour. L'amour entraine en soi son objet; nous entraînons en nous Jésus, Jésus nous ‘entraine en lui, et là il nous désire. Alors nous grandissons

et emportés au-dessus de nous, au-dessus de la raison, dans l'intérieur de l'amour, là nous désirons selon l'esprit et par l'amour nu; visant à la divinité, nous allons au-devant de l'Epoux, au-devant de son Esprit, qui est son amour, et cet amour immense nous brûle, nous consume avec notre esprit, et nous attire dans l'unité où nous attend la béatitude ” (2%). “ Par ce sacrement ”, dit l'auteur de l'Imitation, ‘“ vous avez ‘répandu et souvent encore vous répandez beaucoup de grâces "sur vos bien-aimés qui communient avec ferveur... Car vous les inondez d’abondantes consolations parmi leurs peines... (*%). Je rougis d'avoir un coeur si aride et si dur, de n'être ni tout embrasé devant mon Dieu, ni puissamment attiré et attendri, comme ces pieux fidèles, qui, dans l’ardent “désir de la communion et dans leur émotion profonde, ne “pouvaient retenir leurs larmes. Leur coeur et leur bouche

(%) Rusbrok, cité par l’auteur du Quart d'heure pour le Saint- Sacrement.

(%*) Livre 1v, ch. 1v.

‘ poussaient de profonds soupirs vers vous, à Dieu source de ‘vie, et ils ne pouvaient satisfaire ni tempérer leur faim qu'en "recevant votre corps avec une sainte avidité et des transports * d'allégresse ” (55),

“L'ame dévote ravie de la présence de son Epoux ‘est comblée de joie par le moyen de cet adorable "sacrement, remplie d'un contentement incroyable, abi- ‘mée dans son néant, environnée de lumière. jouis- ‘sant d'un repos admirable, fortifiée dans la foi. toute pénétrée des sentiments d'une vraie dévotion, unie à son Sau- ‘ veur par des liens indissolubles d'amour ” (2%),

Les joies intenses, que procure la sainte communion aux ames contemplatives, font naître en elles le dégoût de toutes les délices de la terre, et les rend insensibles à toutes les disgraces de la vie: ‘*O mon cher Maitre, qu'y a-t-il en dehors “ de la divine communion qui puisse me donner de la douceur “et du contentement (#7) ; elles les établissent dans une paix profonde, avant goût du ciel : “ Le Seigneur te donnera le repos

“sans interruption, il remplira ton âme de splendeurs... tu ‘seras comme un jardin arrosé, et comme une fontaine à laquelle les eaux ne manqueront pas ” (%°).

“ Heureux (donc), celui qui possède habituellement l'union avec Notre-Seigneur; plus heureux celui qui la possède en- “core actuellement; mais très heureux celui qui la possède à “ face découverte et qui est transformé, de clarté en clarté, en

“la parfaite ressemblance de la Divinité, mû, conduit, attiré

(%%) Livre 1v, ch. x1v.

(%) Saint Laurent Justinien, Discip. monast., chap. xXIx. (**) Saint Jean Berchmans.

Page 1