‹ Lettre pastorale de Mgr Joseph-Alfred Archambeault, évêque de Joliette [microforme]Chapitre 7 sur 36 · NY · texte numérisé non relu

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nous soumettre comme expiation et comme remède. Il convenait, dit Rupert, que nous fussions éprouvés de la même manière que nos premiers parents. Un aliment avait été l'occasion dont le démon s'était servi pour les tenter. Il leur avait dit : * Mangez et vous serez semblables à Dieu”. Jésus-Christ nous éprouve à son tour ; il prend du pain et du vin, il nous les offre et dit: “ Ceci est mon corps, ceci est mon sang: mangez “et buvez ”, et vous serez les fils de Dieu. Adam et Eve ont cru à la parole du démon, plutôt qu'à celle de Dieu qui leur avait dit : ‘ Du jour où vous mangerez de ce fruit, “ vous “ mourrez de mort”. Jésus-Christ demande de mème que nous avons foi en sa parole plutot qu'au témoignage de nos sens, et que nous réparions, par notre pieuse et ferme croyance en lui, les maux infinis que nous a causés la coupable incrédu-

té du premier homme et de la première femme (°°).

Notre Très Saint-Père le Pape Léon XIIT, dans son Encyclique M'rac caritatis sur la divine Eucharistie a décrit admirablement la sublimité de l'acte de foi à la présence réelle, ses conséquences nécessaires sur l'affermissement en nos âmes de la vertu de foi: ‘“ Rien n'est plus apte à sauvegarder dans les “esprits la vigueur et la ferveur de la foi que le mystère eu- “ charistique appelé proprement le mystère de la foi; lui seul, * par une abondance spéciale et une grande variété de miracles, ‘ contient tout ce qui est au-dessus de la nature... Ici toutes ‘les lois de la nature sont suspendues ; toute la substance du ‘pain et du vin est changée au corps et au sang du Christ; les espèces du pain et du vin, ne contenant aucune réalité, sont

* soutenues par la puissance divine ; le corps du Christ se trou-

€) V. Rupert., De Operc Spiritus Sancti, lib. 111.

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“ve simultanément présent en autant de lieux que le sacre- “ment s'accomplit simultanément... Ce sacrement, nous le voyons, entretient donc la foi, nourrit l'esprit, détruit les “systèmes des rationalistes et nous montre surtout la splen- ‘ deur de l'ordre surnaturel (2).

Celui qui croit au mystère eucharistique, croit aux autres mystères de notre foi. L'Eucharistie les résume tous. Nous confessons, par cet acte de foi admirable, l'unité de Dieu et la Trinité de ses personnes : sa puissance, sa bonté et sa sagesse infinies opérant, non d'une manière visible, comme dans l'oeuvre de la création, mais d'une manière ineffable qui échappe à nos sens, à notre raison elle-même. Admettre la présence réelle, la vérité du sacrifice de la messe, c'est admettre l'Incarnation du Verbe, son humanité et sa divinité : son royal sacerdoce, l'oeuvre de la Rédemption, par suite, l'existence du péché originel, la nécessité de l'expiation ; les mérites infinis de la passion et de la mort de Jésus-Christ, sa résurrection glorieuse, sa vie mystique sous les espèces sacramentelles. L'acte de foi à Jésus-Hostie est donc le plus total, le plus sublime qui se puisse concevoir. On peut mème affirmer qu'il l'emporte en mérites et en perfection sur l'acte de foi à Jésus crucifié: * Au calvaire, Jésus-Christ laisse percevoir, à “travers sa chair nue et sanglante, d'étincelants rayons de sa “ divinité; la terre tremble, le soleil se voile miraculeusement, “les rochers se fendent, d'épouvantables commotions ébranlent “la terre... A l'autel, plus rien! L'invisible, le silence, le néant.

“O chrétien, c'est là ton épreuve : c'est le combat suprême

‘où Dieu t'attend ! Tu es esclave de tes sens : tu te dégage-

(®) 2S mai 1902.

“ ras des sens pour t'élever sans eux jusqu'au mystère où ton “ Dieu te force à croire à sa parole nonobstant les écueils de “ l'apparence et les révoltes de la raison ” (°°).

b) Grâces que donne l'Eucharistie en vue de la foi. — Dieu ne saurait exiger de nous des choses impossibles, lui qui ne souffre pas que nous croyons tentés au dessus de nos forces (*1); lui dont la puissance vient au secours de ceux qui sont éprouvés (#2). Si l'Eucharistie demande à l'homme l'acte de foi le plus parfait, c'est qu'elle lui ménage en même temps la grâce de le produire.

L'Eucharistie nous livre d'abord, dans sa divine réalité, le Christ Jésus que saint Paul appelle “ l'auteur et le consomma- “teur de la foi” (*). Auteur de la foi, Notre-Seigneur l'est à plus d'un titre. N'est-il pas Verbe de Dieu, l'archétype éternel des oeuvres créées. la source, le foyer de toute lumière éclairant le monde angélique et le monde humain. le monde de la nature, celui de la grâce et de la gloire ? En sa qualité d'Homme-Dieu, il a mérité .par sa passion et par sa mort, la

restauration de l'ordre divin troublé par le péché de nos pre-

miers parents ; il nous a rétablis dans notre dignité première ;

il ne cesse, comme chef de l'humanité régénérée en lui et par lui, de verser la lumière qui dirige sur les sentiers qu'il faut suivre pour arriver au ciel. Le Christ est encore le “ consommateur “de ja foi”; car il n'habite pas dans les âmes sans y agir.

(*) Doublet, Conférences, l'Eucharistie.

(®) V. I Cor, x, 13.

(®) V. Hebr., XI, 18.

(*) Hebr., XII, 2.

Principe de la vie de la grâce, il l'entretient en elles, la protége, la fait croître. Source de la vertu de foi, il en assure, «dans une mesure inapréciable, la fermeté, la vivacité, la fécondité ; il communique la force nécessaire au chrétien pour traduire au dehors cette foi par des actes, la pratiquer avec constance, la confesser courageusement, au besoin au prix de son sang et de sa vie. Les martyrs de tous les siècles ont trouvé dans la sainte Eucharistie le secret d'une résistance invincible aux menaces et aux promesses de leurs juges, fussent-ils rois ou empereurs ; celui de leur force victorieuse en face de cruels tourments et d'une mort souvent lente à venir.

De l'Eucharistie ravonnent des dons illuminant l'intelligence sur ies mystères les plus profonds de la foi, des grâces puri fiantes qui permettent à l'ame de se dégager de la vie des sens, de contempler avec amour le Dieu caché sous les voiles du

tabernacle : des feux ardents qui embrasent les volontés et les

rendent capables des renoncements et des sacrifices exigés par

une foi pratique et solide. Enfin, l'assistance à la messe, les visites au Très Saint-Sacrement, la communion fréquente surtout invitent à l'esprit de prière, au recueillement extérieur, au silence du coeur ; toutes choses singulièrement favorables aux actes réitérés d'une foi intense. [La facilité elle-même avec laquelle nous croyons aux mystères multiples renfermés dans le sacrement de l'autel, n'est-elle pas une preuve saisissante de l'influence de l'Eucharistie sur notre foi 7? Songeons donc au nombre considérable de catholiques qui, — autrefois fermes dans leurs crovances religieuses -— les ont vu diminuer dans la mesure qu'ils s'éloignaient de l'église et du banquet divin, Avec l'abandon total de la sainte communion est venu,

pour plusieurs, l'abandon total de la foi. Soyons-en bien per-

suadés, nous devons à l'Eucharistie le bonheur d'être ancrés dans la foi, de pouvoir résister aux assauts du doute, aux ten-

tations du démon, aux révoltes de l'esprit et de la chair.

c) L'Eucharistie nous confirme dans notre foi. — Croire à la divine Eucharistie, c'est croire implicitement du moins à toutes les vérités révélées de la religion chrétienne. Mais où trouver une vérité plus solidement établie que celle de la présence réelle de Jésus-Christ sous les espèces sacramentelles, que la vérité du sacrifice de la messe ? Nous avons, pour nous. en convaincre, les paroles formelles du Maître et des Apôtres, les enseignements de l'Eglise, le témoignage universel de la tradition. Des miracles nombreux, dont l'authenticité ne saurait être mise en doute, sont venus, au COUrs des siècles, confirmer la croyance catholique. Que d'apparitions dont furent témoins les multitudes! Que de conversions soudaines et éclatantes ! Des àmes jusque-là incroyantes, ou angoissées par le doute, sont sorties d'une simple visite au Saint-Sacrement avec la paix du coeur et dans la pleine possession d'une foi qu'elles. croyaient à jamais perdue ! C'est done que Dieu réside réelle-

ment à l'autel, car seul il peut agir ainsi sur les intelligences et

sur les volontés. Enfin, le seul triomphe de l'Eucharistie dans le monde suffirait pour affermir notre foi. Devant l'Hostie se sont inclinés les génies les plus puissants, se sont agenouillés les peuples de tous les âges et de tous les pays. Partout où l'Evangile a été prèché, partout où la croix a été plantée, se dressent l'autel du sacrifice, le modeste tabernacle du Roï des Rois. Et cependant l'enfer n'a pas cessé, depuis dix-neuf siècles, de tra-

vailler à extirper du coeur de l'humanité la foi à l'Eucharistie.

Des hérésiarques puissants se sont successivement levés contre elle ; l'impiété l'a poursuivie sans relâche de ses blasphèmes et de ses sarcasmes ; l'incrédulité, de ses sourires et de ses froideurs. L'Eucharistie, parce qu'elle est le Christ, parce qu’elle est le Verbe incarné, est toujours sortie victorieuse de ces luttes sacrilèges. Plus que jamais, nous vous le disions naguère, la

blanche Hostie rourbe les fronts et captive les coeurs. 20 influence de l’Eucharistie sur l'espérance

Saint Augustin appelle l'espérance “la vie de la vie mor- ‘telle ” (**), et saint Paul nous la montre comme une source de joie et de paix {*%*). L'espérance chrétienne est en effet, dans l'ordre de la grâce, ce qu'est l'espoir da: l'ordre des choses du temps : “notre besoin le plus profond, le plus impé- “ rieux, le plus constant, le plus universel. Uù elle nait, tout “ s'anime: où elle persiste, tout se maintient ; où elle languit, “iout s'affaisse; où elle meurt, tout se glace et s'arrête... ” L'espérance tient à l'essence de notre vie terrestre: et le lieu “d'où elle est décidément bannie, ce n'est plus la terre, mais “enter.

L'espérance, soeur de la foi et compagne inséparable de la

charité, n'est-elle pas le secret de la force des martyrs, des con-

fesseurs ct des vierges? le soutien des hommes apostoliques ? la consolation de tous ceux qui souffrent? l'étoile qui guide

l'ame après le naufrage ?

("} In PSE (%) Rom., xv, 3.

(*) Mgr Gay, Vertus chrétiennes, 1 1.

L'espérance a pour fondement d'une part, {a bonté de Dieu considérée non en elle-même, mais par rapport à nous et dans les bienfaits dont elle nous comble; d'autre part, la puissance que Dieu possède, — puissance liée par les promesses les plus formelles, — de nous procurer les biens éternels dont nos ames ont soif (‘). Son objet principal est Dieu lui-même contemplé face à face dans la gloire : “* J'ai crié vers vous, Seigneur ”, chantait David, * j'ai dit: c'est vous qui êtes mon espérance, ma “ part dans la terre des vivants ” (**). L'espérance, embrassant la fin dernière de l'homme, a nécessairement pour objet secondaire tous les secours surnaturels indispensables ou utiles au salut (%°) ; elle s'étend même aux dons et aux faveurs qui, sans appartenir directement à l'ordre de la grâce ou de la gloire, s'y rapportent cependant par la direction que Dieu leur imprime, par le saint usage qu'en fait le chrétien (*).

Eh ! bien, où la vertu «d'espérance trouve+-elle plus abondant son aliment de chaque jour, une source plus féconde de son progrès, une incitation plus constante à se traduire en acte, que dans la divine Eucharistie ? Où pourraitelle chercher un appui plus ferme ? L'Eucharistie ne montret-elle pas comme à découvert les entrailles de la bonté et de la

miséricorde de Dieu {*)? Ne renferme-t-elk. pas les promes-

(7) V. Ps. LVI, 2, 3. — Prov., XVI, 10, Jean, IV, 13, 14. — Hébr., X, 22, 23. — Philip., 111, 20.

(#) Ps., CXLI, 6.

(®) V. Hebr., 1V, 16.

(*) V. I Jean, 11, 31 Matth, xx. 22.—-V, Mazella, De Virtutibus infusis.

(") V. Euc, nr 78,

ses du temps et de l'éternité (*) 2 N'est-elle pas le gage le plus certain de l'accomplissement de ces promesses (#)? Oui, affirmons-le hautement, de toutes les oeuvres de Dieu, l'Eucharistie est celle qui nous invite davantage à crier au ciel et à la terre notre inébranlable espérance, notre confiance aveugle en Celui dont le bras puissant nous soutient au milieu des vicissitudes de la vie présente, et dirige, avec un inlassable amour,

notre barque vers les rives de la bienheureuse éternité.

A) L'Eucharistie est une manifestation éclaiante de la bonté de Dicu. — * Dieu est amour ”, dit l'apôtre saint Jean (*) ; l'amour est sa loi, sa vie, son essence. 11 s'aime lui-même d’un

amour nécessaire, infini, circulant à flots précipités et sans

jamais <'épuiser, au sein de sa mystérieuse Trinité (4). Dieu

aime aussi le monde qu'il a créé : “ Vous aimez tout ce qui “existe, et dans les oeuvres de vos mains, il n’en est point qui * soit privée d'amour ” (#*). Mais parmi ces oeuvres, l'homme “couronné d'honneur et de gloire” (*), est l'être privilégié sur lequel la bonté et la libéralité divines se sont déversées avec le plus de magnificence. Dieu nous aime, d'un amour bre et spontané (%), d'un amour absolument dé-

sintéressé, sans avantage pour lui-même, sans titre aucun de

(EJOVS EPS ITS

(%) Ephes. 1, 14.

(FE Jen, 18,

(*) V. S. Thomas, 1H, 11, Qq 23, art. 1; Qq. 25, art, 2, (“) Sagesse, XI, 25.

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