BUT DES ÉTUDES CLASSIQUES
Dans la pensée de l’Église, Nos Très Chers Frères, le-collège classique n’est donc pas une institution destinée à former des spécialistes pour telle ou telle branche particulière de l’ac-
tivité humaine. Non, c’est une maison d’ur caractère plus général, un établissement qui 4 pour but de donner au jeune homme, futur ministre de l'Évangile ou futur membre des classes dirigeantes de la société, cette formation élevée de l'intelligence et du cœur, à laquelle se surajoutent les études professionnelles et sur laquelle celles-ci reposent comme sur leur fondement naturel. Pour cela, sans exclure l’enseignement des matières qu’on est convenu d’appeler pratiques et qui appartiennent plutôt soit à l'école primaire, soit à l’école spéciale, l'Église veut surtout qu'on y développe l'esprit des jeunes gens par l’étude des langues et des modèles classiques, qui, d’après une expérience répétée de plusieurs siècles, sont et seront toujours les instruments les plus efficaces de la formation intellectuelle. Non seulement, en effet, le commerce des auteurs anciens fait passer sous nos yeux ce que le génie littéraire a produit de magnifique dans le domaine du beau et du vrai, mais encore l'analyse et l’étude de leurs ouvrages, tout en développant les facultés de l'esprit, servent admirablement à mieux faire comprendre les langues modernes elles-mêmes. ,
Nous ajouterons que l’Église attache, non sans raison, une importance souveraine à l’étude approfondie des sciences philosophiques, les-
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quelles ont une portée et une utilité si générale. N'est-ce pas, en cffet, à la philosophie que les sciences inférieures empruntent leurs principes ? N'est-ce pas sur ses conclusions si sûres, si lumineuses que se fondent en particulier ct lascience du droit et la science de l’homme ? Aussi est-il désirable que tous ceux que leur vocation destine aux études professionnelles n’entreprennent ces dernières qu'après avoir puisé aux sources vivifiantes de la philosophie ces principes et ces connaissances qui font les esprits bien pensants, judicieux, capables de résister aux sophisraes de l'erreur et de jouer un rôle sérieux dans le gouvernement des États.
Il convient aussi de rendre à nos institutions classiques et autres 1e témoignage bien mérité qu’elles enseignent les sciences pratiques avec un succès toujours croissant et selon les besoins du pays, et qu’elles ne négligent rien pour développer les études qui peuvent être utiles dans le commerce de la vie, :
Du reste, Nos Très Chers Frères, cette haute
| culture classique, littéraire et philosophique, que
Nous vous recommandons, est en parfaite harmonie avec le tempérament, le génie propre et
| les aptitudes de notre race et des peuples catho-
liques en général, L'amour du vrai et du beau
dans la religion et les lettres a été, dès le prin-
ar ÊÉ
cipe, le signe caractéristique de la civilisation canadienne, et ce serait une faute grave, une. sorte de déchéance et d’abdication nationale que de renoncer sciemment et délibérément à un si juste titre de gloire.
Bénissons, Nos Très Chers Frères, la divine Providence d’avoir permis et voulu que la religion, en cette Province, exerçât jusqu’à ce jour un contrôle si efficace sur l’œuvre de l’éducation, et prions le Dieu tout-puissant de maintenir toujours parmi nous un ordre de choses si consolant. C’est une grande sauvegarde pour la foi et les bonnes mœurs; c’est aussi, disons-le, un motif de ferme confiance dans l’avenir intel’ctuel de notre patrie.