‹ Lettre sur l'interprétation des hiéroglyphes ÉgyptienChapitre 11 sur 39 · ET EXPLICATION DE QUELQUES VERSETS DE CE PSAUME. — BACCHUS ÉGYPTIEN · texte numérisé non relu

ET EXPLICATION DE QUELQUES VERSETS DE CE PSAUME. — BACCHUS ÉGYPTIEN

Quatre différents Àmon sont cités dans l'Ecriture, et le nom de chacun d'eux a une orthographe particulière. J'en ai rencontré trois dans le papyrus de Turin. Comme les quatre Amon présidaient aux quatre points cardinaux du ciel, aux deux solstices et aux deux équinoxes, il faut supposer qu'il existe des hiéroglyphes constatant la différence de ces quatre divinités. L'analyse que je viens de faire de l'hiéroglyphe œil nous donne le moyen de les trouver.

Amen-bal 2>**ïï-&&?v , Amen-ra &*5ïï-p&, Amen-on ZvUN-cutf, sont tous trois le produit des mômes observations et sont représentés en caractères hiéroglyphiques sur les monuments égyptiens. A mon avis, Amen-bal ou Baal- Amon, dans le sens de mari ou maître, était considéré comme

(1) Part. V, cap. yi,

le maître ou le dominateur de l'équinoxe du printemps, Amenda comme le maître du solstice d'hiver, et Amen-on comme le maître du solstice d'été. Amen-ra, principe de la création universelle, point de départ de tout être créé, cause des causes, devait avoir selon moi sa place mystique dans le Capricorne, où les prêtres astronomes des religions superstitieuses ont établi le symbole primordial de la création divine. Le premier jour de la Genèse est placé sous la constellation du Capricorne, et le septième sous celle du Cancer. Mahomet disait que le Coran, apporté par l'archange Gabriel du cercle céleste du Bélier sur la terre, était créé par Dieu, et gardé par lui dans le réservoir du cercle mystique du soleil en Capricorne depuis l'éternité. Ces propositions sont amplement développées dans mes travaux bibliques et couiiques (1).

Si c'est parmi les divinités du Nil qu'il nous faut chercher le quatrième Amon présidant à l'équinoxe d'automne, j'espère que les trois précédents nous indiqueront la route à suivre pour y parvenir. Que l'on se donne la peine d'analyser un second mot égyptien qui signifie œil et soleil, et auquel les savants n'ont pas fait attention jusqu'ici, et l'Amon inconnu nous sera bientôt révélé.

Les dictionnaires coptes nous donnent bouhe ko^r^E pour paupière, sans y ajouter aucun éclaircissement. Cependant ce même mot bouh ^ , qui se trouve aussi dans la langue arabe, signifie soleil. Cela prouve que le mot bouhe indiquait dans l'origine paupière et soleil en Egypte.

(1) Paralipomeni, ecc; Le vie simboliche dell' antico e ciel nuovo Testamenlo, ecc; Trallato délie simboliche rappresenlanze arabiche c délia varia generazione de' mrisulmam caratteri, ecc

Il est à remarquer que le chemes ttfDttf des Hébreux servait dans sa première signification à désigner les yeux, ce qui confirme la règle générale dont je viens de parler. La racine hébraïque de chemes est perdue en Palestine, mais on la retrouve intacte en Egypte, où elle nous présente dans le verbe soms cowC la signification de voir. Or, si Samson portait le nom de soleil, à' œil du jour, sa femme s'appelait Dalila nbv"î, ou maîtresse de la nuit, lune, œil nocturne; les deux noms renfermaient sans doute par leur opposition le secret tétragrammatique de Moïse.

Le mot bouhe dont je parlais tout à l'heure et qui signifie le soleil, en tant qu'il voit du haut des cieux l'univers, est employé par les Arabes pour désigner le lion céleste, appelé el-mobiho ^*1J à cause de Y œil constamment placé dans les représentations mystiques au-dessus du Lion, œil que l'on trouve encore dans l'astronomie religieuse au dessus du Taureau. Cela prouve que le mot bouhe pour œil et soleil remonte avec la religion païenne aux siècles les plus reculés.

Maintenant je puis bien démontrer que le nom de la vache, en copte bahce && act, n'est qu'une dénomination zodiacale du taureau postérieure à l'introduction dans ce signe de Y œil solaire par les prêtres égyptiens. En effet, bahce est un nom composé de bah &z>s> et de ce CE7 qui signifie le fils de la paupière, dénomination* symbolique du taureau zodiacal, ou, si vous voulez, de la vache; dénomination inventée par les prêtres païens afin de rappeler au souvenir des peuples Y œil de la Divinité bienveillante, œil caché sous la forme d'un disque bifurqué, image du principe femelle de la génération solaire chez les anciens idolâtres. Ces questions sont discutées dans mes ouvrages, que vous pouvez, Monsieur, lire et consulter à loisir.

La rencontre du mot balice dans la Bible, au commencement du psaume lxxxi, est un fait bien extraordinaire. Il est aisé de se faire une idée de l'embarras causé aux commentateurs par ce mot unique et sans racine dans l'hébreu, auquel ils voulaient pourtant donner un sens quelconque qui ne répugnât point à la raison. Malgré tous leurs efforts, ils n'aboutirent à rien. Dans le verset du psaume, il s'agit d'une trompette appelée bahce ^D^ T5W; l'épithète inconnue bahce offrait aux traducteurs une difficulté qui sera bientôt levée si l'on fait attention que ce mot biblique est égyptien, qu'il fut introduit dans le psaume parce qu'il y est question de l'Egypte, et que le chofar bahce doit être rendu par cornet à bouquin.

Les interprètes ont complètement faussé le sens originaire de plusieurs versets de ce psaume, dont il est d'ailleurs trèsdifficile de bien saisir la signification. Cependant il me paraît déraisonnable d'avoir modifié les paroles du Seigneur en les transportant, comme la Yulgate, de la première personne à la troisième, et cela afin de ne pas mettre dans la bouche de Dieu qu'il ne comprenait pas la langue égyptienne. J'ai fait une étude spéciale de ce passage dans mes Voies symboliques de la Bible, étude dont voici le résultai.

La Vulgate, d'après la traduction de le Maistre de Sacyr s'exprime ainsi : « Sonnez de la trompette en ce premier » jour du mois, au jour célèbre de votre grande solennité ! »j — Car c'est un commandement qui a été fait en Israël, et » une ordonnance à l'honneur du Dieu de Jacob. — Il l'a » institué pour être un monument à Joseph lorsqu'il sortit » de l'Egypte et qu'il entendit une voix qui lui était incon- » nue. — Il a déchargé leur clos des fardeaux : leurs mains » servaient à porter sans cesse des corbeilles, »

D'autres commentateurs ont traduit : « Sonnez de la » trompette à cette fête de nouvelle lune ; sonnez du kêse » au jour de notre fête. — C'est là l'usage en Israël ; ainsi » l'ordonne le Dieu de Jacob . — Il l'a établi pour loi à Joseph » lorsqu'il marcha contre l'Egypte, là où j'entendis une » langue que je ne comprenais point. »

Les archéologues interprètes des monuments égyptiens ont fait là-dessus les conjectures les plus vaines. Voici la belle poésie de ces versets rétablie par mes études bibliques :

« Sonnez du cornet à bouquin à la nouvelle lune le jour » de notre solennité, puisque le jugement du Dieu de Jacob » pour Israël a été : quil soit béni. C'est ce qui fut établi en » Joseph dès lors qu'il commandait sur la terre d'Egypte. » — Est-ce que j'écoutais une langue que je ne comprenais » pas? — J'éloignais du fardeau ses épaules, je retirais ses » mains du poids des corbeilles. »

Le point interrogatif sous-entendu lève toute équivoque dans ces versets. Le hok, dont nous avons beaucoup parlé, pris dans le sens de goupillon arrosant, d'absolution ou de bénédiction, sens que j'ai adopté, ennoblit la sentence et lui donne tout l'éclat de la vérité (II ; III).

De cette manière, le copte peut nous aider parfois à éclaircir les passages obscurs de la Bible, tandis que l'hébreu et en général les langues sémitiques nous sont très-utiles à l'intelligence des racines égyptiennes, et nous aident à rétablir celles qui se sont perdues.

Une fois convenu de donner au mot bah le sens (ïœil et de soleil, chacun y reconnaîtra l'origine du nom de Bacchus, du dieu licencieux qui présidait aux vendanges, comme présidant à l'équinoxe d'automne. Car ce nom ressemble à ceux que les prêtres égyptiens ont tiré de Y œil et de la vue, pour

donner à leurs grandes divinités solaires des noms indiquant en quelque sorte la splendeur et la dignité de celles-ci. Il faut savoir aussi que la racine bah -^ tout en désignant Y œil et le soleil, peut indiquer en même temps la nature des deux sexes que les païens ont attribués au soleil; ce qui explique les orgies qu'on dédiait à Baccbus.

Ce bah rapporté à Bacchtis, ou Diomjse des Grecs, considéré, d'après l'analyse sémitique de son nom, comme dieu équinoxial (1), nous découvre le quatrième Àmon qui nous restait à trouver. En effet, si Y œil hiéroglyphique placé audessous d'un Amon z>uïï était quelquefois lu bah, on aurait Amon-bah &uiï-&£yS> ouAmon-Bacchus, V Amon de l'équinoxe d'automne, le quatrième Àmon, qu'il faudrait joindre aux trois autres adorés en Egypte. C'est alors quAmen-ra, Amen-bal, Amen-on et Amen-bah, répondraient aux quatre Amon cités dans la Bible, et aux quatre têtes de bélier réunies en un seul corps par les prêtres égyptiens, monument que vous avez eu, Monsieur, la complaisance de rappeler à mon souvenir. Mais si l'on se refuse à reconnaître Bacchus clans bah , il faudra toujours admettre que cette racine copte et sémitique signifie œil et soleil, et l'employer à l'explication des légendes hiéroglyphiques avec toutes les valeurs nominales et verbales qu'elle nous prodigue.

Les langues sémitiques l'emportèrent sur la langue égyptienne quant à la manière de désigner les différents Amon par un seul mot ; car la valeur particulière de chacun d'eux est indiquée avec certitude dans ces langues au moyen d'une lettre initiale plus ou moins aspirée. Amon pDN était en effet Y œil de la maternité dans le Capricorne ; Hamon pDH

(1) Paralipomeni, ecc, part. V, cap. vi, p. 90.

Y œil du désir dans le Bélier; Hhamon pDîl Y œil de la chaleur dans le Cancer; et Aamon pDJ? Y œil des ténèbres dans la Balance. Les hiéroglyphes ne nous donnent que deux de ces quatre x4mon, savoir, M en et Amen. Ou sont les deux autres, qui nous sont pourtant nécessaires, si nous voulons démontrer que les quatre Àmon de la Bible sont ceux-là même que nous trouvons en Egypte ?

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