APPLICATION DU MOT BAH (OEIL) AUX HIEROGLYPHES
Les savants en antiquités égyptiennes, fermes dans leurs idées et voulant que l'œil hiéroglyphique ne fournît aux légendes sacrées que le nom de iri, lequel se prête assez bien à l'expression de eïre EXpE, faire, ont cru convenable de l'employer dans tous les cas où il fallait un verbe qui indiquât la fondation, l'élévation, le complément d'un édifice ou d'un monument quelconque sculpté en hiéroglyphes. Je ne prétends pas m'opposer à cet emploi du mot iri, mais je dois cependant faire remarquer aux savants que si ce verbe convient bien en certains endroits, il est en d'autres fort mal placé, car le verbe eïre E\pE ou ire exprime l'action matérielle et mécanique du travail, et ne peut se prêter à aucune autre signification que celle qui lui est assignée par le génie de la langue égyptienne. C'est donc à la place de ire, dont la nature ne s'harmonise point avec celle des inscriptions, que je propose le mot bah, qui a également la valeur àeYœil hiéroglyphique, et qui, par ses nombreuses significations radicales, nous fournit le moyen de pénétrer dans la profondeur des légendes sacrées.
Il ne faut pas s'attendre cependant à trouver une multi-
tude de significations à la racine bah telle que nous la possédons maintenant &&£. Nous devons la ramener à ouah oy*2, qui nous donne par son orthographe le bah ^ sémitique, et nous enrichit en même temps de toutes les expressions applicables aux légendes sacrées, savoir : élévation, restauration, construction, proclamation, manifestation, exposition au public, etc. Nous obtiendrons par conséquent sans peine, moyennant cette interprétation, un résultat fort utile à la lecture des hiéroglyphes.
Il importe maintenant, si nous ne voulons demeurer dans le vague, d'essayer cette interprétation sur quelques monuments. Je prends d'abord l'exemple donné par M. Champollion le jeune dans sa Grammaire hiéroglyphique (1), et reproduit par M. Gliddon dans son Précis sur ï ancienne Egypte (2).
Dans cette inscription, M. Champollion n'a pas jugé à propos de donner un sens aux images royales tenant en main tantôt la crosse, tantôt Yaspersoir, et quelquefois les deux ensemble, qui suivent les groupes hiéroglyphiques, et a ainsi expliqué cette légende :
J'exécutai (je fis) les ordres de mon père Amon.
Le verbe exécuter s'accorderait avec le sens de l'inscription si le mot copte ire exprimait cette idée d'accomplir une ordonnance. M. Champollion même, qui dans un cas pareil
avait traduit :fai fait deux obélisques, y ajouta, entre parenthèses, le mot ériger, et rendit ainsi la phrase hiéroglyphique : fai fait (ériger) deux obélisques ; cela prouve qu'il était alors dans l'incertitude.
Quant à moi, je n'hésite pas à établir que non-seulement il faut rendre Y œil par bah, manifester, mettre au jour, rendre public, etc., mais qu'il faut expliquer aussi les images royales parles emblèmes qu'elles tiennent à la main et delà manière que j'ai dit, savoir : la crosse pour le roi, et Yaspersoir pour ce qui est béni ou sacré.
KE6*£ COTTIK N£T*fc> St^aî tf&^Tq COTH^tf
Le roi sacré manifesta les ordres de son père, roi sacré,
Amon.
Je n'ai pas voulu traduire, suivant M. Champollion, moi, roi sacré, j'ai manifesté, à la première personne, parce que je pense que dans le cas où nul pronom personnel n'est marqué, la petite image placée au-dessous des phonétiques désigne exclusivement la première personne ; mais comme la troisième forme du pronom masculin existe évidemment ici, il serait absurde de la sacrifier.
Je vais choisir un second exemple dans la même grammaire (1) à l'appui de mon opinion sur Y œil hiéroglyphique, et m'occuper aussi d'un nouveau mot égyptien que M. Champollion a donné comme signifiant le chef. Ce mot est oèri a\Hp^, dont le son ni la forme n'ont existé dans aucune langue.
Le commencement d'une inscription en l'honneur de
Cambyse a été ainsi rapporté en copte par ce savant : z\ EspE st-TTtt\Hp5, et en français : La vernie étant du chef, etc. Ici iri, rendu par œil, est traduit par le verbe être, qui n'a guère de rapport avec la vue et la lumière, véritable expression de Yœil. En y substituant bah, le texte hiéroglyphique dira : L'arrivée s est manifestée du chef; adoentus domini apparuit; ce qui est tout à fait selon le style oriental et biblique.