‹ Lettre sur l'interprétation des hiéroglyphes ÉgyptienChapitre 14 sur 39 · PRIAPE ÉGYPTIEN · texte numérisé non relu

PRIAPE ÉGYPTIEN

J'ai résumé dans un petit nombre de pages tout ce que j'ai dit dans mes ouvrages bibliques sur le tétragrammate égyptien. Maintenant, je vais exposer comment les prêtres égyptiens exprimaient, au moyen de deux hiéroglyphes, un tétragrammate sacré qui se rapportait à une divinité différente du dieu Répo.

J'ai donné dans mes Paralipomènes l'analyse du mot Priape, et j'ai prouvé que ce dieu devait être égyptien, et que l'on trouverait probablement son nom dans quelques cartouches sous la forme verbale de Phré-ab, ou Dieu-père, Soleil générateur (1). Livré depuis à d'autres recherches, j'avais négligé cette question ; mais vous-même m'y avez ramené, Monsieur, en soumettant à mon examen un cartouche hiéroglyphique dans lequel, disiez-vous, se trouvait le véritable nom sacré de l'Amon générateur. En voyant à

(1) Paralipomeni, ecc, part. V, cap. v.

droite , dans l'intérieur du cartouche, un serpent uni au disque du soleil, je ne doutai pas que ce ne fût le nom de

* ^1 Phré; Y abeille qui dressait ses ailes à gauche,

1 ïjR IW^Ï et dont le nom copte est ap ou ah &tt, &6,

%2— L*^l vint augmenter ma conviction, et je n'hésitai pas à reconnaître le Phré-ab dont je soupçonnais l'existence dans les hiéroglyphes.

Toutefois, selon la manière dont les hiéroglyphes sont présentés dans ce cartouche, il est certain que le Phré-ab , Dieu le père ou Soleil générateur, se prononçait en Egypte Ab-phré, et que Phré-ab etAb-phré étaient l'inversion tétragrammatique imitée de celle que Moïse reçut de la bouche du Dieu d'Israël sur le Sinaï, lorsque le très-saint nom de Jeoa lui fut révélé.

NAHÈL, RAHET ET NAÏB, TROIS NOMS DE LABEILLE HIÉROGLYPHIQUE.

L'abeille a beaucoup tourmenté les archéologues, parce que la position dans laquelle les hiéroglyphes la présentent nous ôtent tous les moyens de l'interpréter convenablement. Champollion le jeune lui-même, qui s'en est le plus occupé, a traduit parfois Y abeille par serviteur, là où il fallait incontestablement lui donner le sens de maître. Cette erreur provient du défaut d'analyse et aussi de la répugnance des savants en général à recourir aux racines sémitiques lorsque celles du copte leur manquent. Quant à moi, qui, avec l'aide puissante des idiomes sémitiques, suis entré hardiment dans le sanctuaire des divinités égyptiennes pour étudier leurs noms et chercher aies déchiffrer, j'ai dû profaner, au sujet

de l'abeille mystique, la langue sacrée des prêtres égyptiens et lui faire contracter alliance avec celle de l'Arabie et de Mahomet.

L'abeille n'a en copte qu'un seul nom, celui que je viens d'indiquer. Il faut remarquer cependant, Monsieur, que l'abeille symbolique est placée par Ezz-eddin au Capricorne, et par Mahomet au Cancer. Vous avez pu en voir la preuve dans mon second ouvrage coufique (1). Les deux lieux opposés l'un à l'autre doivent par conséquent nous fournir les différents noms de cet insecte. Si ces autorités ne vous paraissent pas assez anciennes, le témoignage du livre de Job aura sans doute plus de valeur à vos yeux. On trouve en effet dans ce livre que les nahalim DvPO (les bienveillances de Dieu) ont leur demeure mystique dans le signe du Cancer. Eh bien! le mot pluriel nahalim, qui fait nahèl au singulier J^, est synonyme d'abeilles chez les Arabes. Par conséquent, le nom de Y abeille, son symbolisme de bienveillance et sa place allégorique au Cancer, étaient communs à ces peuples dès la première époque de leur civilisation.

J'ai expliqué dans mes Paralipomènes un scarabée portant en lettres phéniciennes le nom de Yabeille bNl"tt nahèl. Ce mot sémitique se partage en nah-el btfTD et présente, ainsi divisé, le sens de repos de Dieu, c'est-à-dire, selon la mythologie païenne, repos du soleil, solstice d'été. Voici donc un nom d'abeille qui doit être admis dans les légendes hiéroglyphiques . M ais comme l' on sera peut-être peu disposé à reconnaître que ce mot ait été usité en Egypte pour désigner l'abeille, je vais en proposer deux autres con-

(1) Part. 1TI e IV.

serves par les Arabes, et que nous devons nécessairement accepter comme ayant dû appartenir à la langue copte.

Le premier est rahet Lai., dont les radicaux nous donnent les significations verbales d'abeille, d' épanchement d'ailes, de terre basse où les eaux croupissent, et de réunion d'hommes. Si nous écrivons maintenant ce mot rahet en caractères coptes p&-2VT ou px- s> H'*"i, nous avons immédiatement un nom composé signifiant le soleil du septentrion, et en même temps Y abeille aux ailes ouvertes, l'abeille qui symbolise la basse Egypte, le nord, le peuple réuni, les hommes obéissant au roi, et, selon le récit d'Horapollon et des anciens auteurs, le roi même. Ce mot, comme on le voit, appartient évidemment au copte et nous a été conservé dans la langue arabe.

Le second de ces noms est naib woU Non moins fécond que le premier, celui-ci nous fournit des significations trèspropres à faire reconnaître son symbolisme dans le signe du Cancer. Car, en transcrivant les deux éléments radicaux en copte ne, nous obtenons, au moyen des voyelles interposées, ces divers sens : 1° nab nz>&, nom de Y abeille perdu en copte et conservé en arabe ; 2° neb tf h 6 , seigneur ; 3° nib ns6, le tout; 4° nob tto&, transgresseur dans le sens matériel de franchir une borne; 5° noub royê, or, métal. Ces cinq significations de Y abeille se rattachent positivement à cet insecte occupant la place du Cancer, place que lui ont assignée les prêtres, qui en connaissaient la valeur.

LÉGENDE DES TITRES ROYAUX AU-DESSUS DES CARTOUCHES. — VAUTOUR HIÉROGLYPHIQUE.

Nous comprenons maintenant pour quelle raison Ezzeddin a mis l'abeille dans le signe du Capricorne, au solstice d'hiver, tandis que Mahomet l'avait mise dans celui du Cancer, au solstice d'été. Car c'est dans le Capricorne que l'abeille va commencer avec le soleil le tour symbolique du ciel; elle l'achève dans le Cancer, où elle se repose. Elle se nomme, dans le premier, het ^et ou hit ^ vr ; dans le second, elle s'appelle naïb ïïm& ou nab tf&&.

Nous devons rattacher les mêmes idées à Voie, qui dans Ezz-eddin occupe le cercle du Sagittaire, attendu que là, c'est-à-dire, après être descendue de son premier siège mystique, le Cancer, elle achève le tour du ciel symbolique et cède son empire à l'abeille aux ailes ouvertes, prête à s'envoler. Il est donc évident que les deux animaux sont disposés au-dessus des cartouches royaux comme aux deux extrémités du cercle réel et symbolique du soleil : l'abeille du Capricorne achève de le parcourir, et l'oie du Cancer s'y dispose. J'ai développé ailleurs d'une manière complète le sens mystique et varié que les prêtres ont appliqué à ces deux signes (1).

Il ne faut pas négliger les lieux assignés dans le zodiaque aux différents animaux que les Arabes y ont inscrits. J'ajouterai ici, à cette occasion, une remarque sur le vautour. Cet oiseau de proie, symbole de la basse Egypte, s'appelle

(1) Traltato délie simboliche rappresentanze aràbiche, ecc, part. IV.

nouri myrps7 parce qu'il nous apporte la lumière du Capricorne ; mais lorsqu'il est arrivé au Cancer, il se nomme alors nocher rouj[Ep, le déchirant, le vorace, par la raison que, dans ce signe, le soleil commence à manifester la puissance de sa chaleur.

Je reviens à l'abeille, qui occupe une des premières places parmi les hiéroglyphes. Nous la voyons constamment pla- -^Mj^cée au-dessus des cartouches royaux, à côté de la t!îP^^' symD°le de 1°- naute Egypte, ayant à ses pieds A ^ le segment de sphère comme signe, dit-on, du genre féminin que la grammaire copte lui a donné. Mais permettez-moi une question, Monsieur : pourquoi lisez-vous le segment qui accompagne la plante et négligez-vous celui qui est au-dessous de Y abeille ? Par quelle raison donnez-vous aux deux premiers hiéroglyphes la valeur phonétique, et la refusez-vous ensuite aux deux autres? Pour réussir à expliquer d'une manière satisfaisante les légendes hiéroglyphiques, nous devons faire valoir tous les signes des deux groupes placés au-dessus des cartouches royaux.

Vous savez, Monsieur, que le nom copte de l'abeille, ab, ap, &&, &tt, s'écrit aussi haph ^&q, appartenant à la même racine. L'orthographe de ce nom nous permet de choisir, parmi les différents sens de la racine hap ^&tt, celui qui convient le mieux à la signification mystique de l'abeille, et ce sens est la chose cachée, mystérieuse, sacramentelle Enrs> hit, significations qui se rapportent à la doctrine occulte sacerdotale. Je lis donc sans aucun scrupule l'abeille des cartouches par son propre nom de hâph ^&q; j'y ajoute son segment et j 'en forme le mot haphtz&v^j , sacré, purifié, dont la racine existe aussi chez les Hébreux *p dans le sens de pureté.

Je passe maintenant à l'autre cartouche, dont les signes

extérieurs sont Voie et le disque solaire, qui signifient fils du

^ ® soleil. Cette explication est exacte, mais est-elle corn-

j^- plète? Je ne le pense pas. Il eût fallu d'abord ajouter qu'ils exprimaient le titre royal de pharaon, que M. Lepsius a confondu avec le mot Phré, qui est le nom propre d'un dieu et non pas d'un roi, titre dont j'ai précédemment donné l'explication (XVI). Ensuite, si nous lisons phonétiquement la plante et Y abeille du second cartouche, nous devons lire de même les signes du premier. Or, je soutiens qu'il faut commencer par lire les signes moyennant leurs propres sons, et arriver ensuite à l'interprétation de leur symbolisme. Voici la manière dont je procède.

L'oie et le disque me donnant les protogrammates sîma r et re p, j'en compose le mot ser Otp ou sir csp qui, depuis l'époque d'Abraham jusqu'à nos jours, indique grand seigneur, dominateur, auguste. En ralliant alors les phonétiques du premier cartouche à ceux du second, j'achève la phrase par ces mots: l'auguste roi sacré. Mais, d'après mes remarques, tout hiéroglyphe phonétique conservant le cachet symbolique qu'il ne faut jamais oublier dans la légende (1) , je réunis tous ces signes royaux qui sont phonétiques et symboliques à la fois , et je leur donne cette explication complète : « L auguste roi sacré, Pharaon (fils du soleil), maître absolu du peuple réuni dans la haute et la basse Egypte. » Cette interprétation nous met à même de reconnaître clans l'abeille hiéroglyphique tout ce que les anciens auteurs nous ont rapporté de son sens symbolique, et nous apprend pourquoi les prêtres égyptiens voulant établir certaines

( 1 ) Leitera al Koller.

légendes ont choisi, parmi les homophones de l'écriture sacrée, de tels objels figuratifs.

Quelle différence y aura-t-il donc, va-t-on peut-être me demander ici , entre le mot natikh, dont j'ai parlé plus haut (III), et le mot hapht que je viens d'expliquer, si nous donnons le sens de béni, de sacré, à l'un aussi bien qu'à l'autre ?

La différence entre ces deux termes, Monsieur, la voici : natikh (béni) peut convenir à tout homme de la caste sacerdotale, tandis que hapht (sacré) renferme l'équivalent de tout ce qu'il y a de plus profond et de plus mystérieux dans les croyances religieuses. L'homme portant ce titre est élevé au plus haut degré de la connaissance divine, laquelle en Egypte était le propre des prêtres en chef et des rois.

L'abeille dont il a été question ici est en effet du genre féminin ; cependant le signe de ce genre placé sous ses pieds avait, d'après nos remarques, une toute autre signification. Ceci nous indique la voie que nous devons suivre dans des circonstances semblables. Mais quand, selon l'exemple donné par M. Lepsius, cet insecte est placé au-dessus d'un trait indiquant le masculin, et du segment, marque du féminin, à quoi peut servir le signe du masculin? Cette difficulté paraîtrait insurmontable, si nous n'avions démontré que l'abeille a aussi des noms masculins, et que les deux signes opposés nous obligent par conséquent à choisir dans ce cas un nom masculin, et à le rendre féminin pour découvrir le sens que les prêtres y ont caché (XXIV).

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