PLACES ASTRONOMIQUES DES METAUX
Le mot naïb ou nab cité ci-dessus dans le sens d'abeille est un de ces noms, puisqu'il est du genre masculin et peut néanmoins être employé au féminin. Sans m'occuper des autres, je m'arrête à celui-ci, qui me fournit des observations très-utiles à l'interprétation des hiéroglyphes égyptiens. Naïb, par sa valeur orientale, nous donne plusieurs sens, dont les principaux sont ceux de vicaire et de retour. Le premier, vicaire, s'applique à une personne, homme ou femme, chargée de remplacer le chef et d'exercer son autorité. Un garde de sceau, un préfet de province, un gouverneur, un gardien de temple, peut à cause de sa dignité être désigné par Y abeille en tant qu'elle indique un vicaire.
Le second sens de retour se rapporte au retour du soleil, qui rétrograde dans le Cancer là où Yabeille se repose à la dernière étape de son voyage symbolique dans les cieux. Le mot copte et sémitique est noub ïïoyê, qui désigne la Nubie ou la terre du retour solaire, terre allégorisée par l'or, dont le nom copte noub «oy& est identique au nom de la partie supérieure de l'Egypte. Je vais, Monsieur, vous en donner la raison.
Il est bon de savoir que quatre métaux déterminent par leur sens mystique les quatre points cardinaux, les deux solstices et les deux équinoxes. J'ai démontré dans mes ouvrages que l'or est propre au Cancer, l'argent au Capricorne, l'airain au Bélier et le plomb à la Balance. Or, mettant de côté l'airain et le plomb, qui ne peuvent se rattacher aux noms de l'abeille allégorique, arrêtons-nous à l'or et à l'ar-
gent, auxquels on attribue dans la Bible une même valeur symbolique ; si ce n'est que parmi les peuples sémitiques de l'Asie l'or du Cancer était à leur gauche, et l'argent du Capricorne à leur droite, parce que les peuples en priant Dieu avaient toujours les mains tendues vers l'orient, qu'ils appelaient la face (XXVII).
En Egypte, au contraire, la marche annuelle du soleil était allégorisée de manière que la haute partie du pays (le sommet des pyramides) leur indiquât la marche rétrograde du soleil et son plus haut point dans le ciel, tandis que la basse Egypte (le pied des pyramides) représentait le plus proche ou le plus bas degré apparent du soleil. Par conséquent, l'or devint le symbole de la haute Egypte, et Y argent celui de la basse Egypte.
PLACES ASTRONOMIQUES DES DEUX PARTIES DU GRAND BONNET ÉGYPTIEN, NOMMÉ SNEPHET.
Une fois que l'or et l'argent eurent été ainsi placés dans le ciel allégorique par les prêtres égyptiens, la couleur rouge dut se rapporter à l'or et la couleur blanche à l'argent. Mais nous abordons ici une question épineuse, celle du bonnet allégorique, du prétendu pschent, auquel nous donnerons le nom de chnephet; ce bonnet, composé de deux parties principales, l'une blanche et pointue, l'autre rouge et plate, a donné occasion aux prêtres du Nil de représenter par cette opposition de couleurs et de formes les parties opposées des régions égyptiennes. La chose est simple et facile à comprendre, car, d'après nos remarques, le bonnet rouge représentait la haute Egypte,
tandis que la basse Egypte était allégorisée par le bonnet blanc. Cependant, tous les archéologues ont au contraire appliqué le bonnet rouge à l'Egypte inférieure, et le blanc à l'Egypte supérieure. De quel côté la raison se trouvet-elle ?
La forme pyramidale du bonnet blanc et la forme aplatie du rouge ont, je le suppose, entraîné les archéologues dans cette méprise. Ils auraient dû réfléchir du moins que l'on se coiffait d'abord du bonnet blanc, lorsqu'il fallait les mettre tous deux sur la tête, et qu'on plaçait ensuite le bonnet rouge par dessus. Le bonnet blanc, par conséquent, étant l'inférieur, devait figurer la partie inférieure de l'Egypte, et le bonnet rouge, étant le supérieur, devait représenter la région supérieure du pays.
Pour confirmer mon opinion, je vais, Monsieur, invoquer le témoignage de la Bible, où l'on trouve la description d'une coiffure à peu près semblable que portait le grand prêtre Aaron. La forme de cette coiffure présentait un bonnet blanc, pointu, entouré d'une couronne ou enveloppe bleue, et rattaché par une fleur d'or d'où sortait un petit cercle aussi d'or. La fleur et le cercle servaient à l'ornement de la coiffure, et attachaient la couronne au bonnet.
L'or qui décorait le sommet du bonnet sacerdotal d'Aaron correspondait à la partie rouge et supérieure du bonnet égyptien, et le blanc, placé au-dessous, à sa partie inférieure. Si l'or était en Egypte le symbole des hautes régions, le rouge ne devait-il pas être la couleur qui remplaçait l'or?
Je vais tâcher de prouver jusqu'à l'évidence ce que je viens d'avancer. La Bible nous apprend que la coiffure d'Aaron tout entière s'appelait mimephet HSJ^D- Or, si nous écartons la lettre préformative de ce nom hébreu, il nous
reste le sncphet égyptien, dont Moïse s'est servi pour caractériser la coiffure sacerdotale qu'il avait donnée à Àaron. Ecrivons en lettres coptes le mot hébreu, et nous aurons le mot égyptien çytf^Enr. Lephe adoucit la prononciation du nom, qui, dans sa rudesse primitive, serait chnep-hetyQïïzj\zz^c ou chneb-het ojïïe&^bt. Toutefois, je préfère lire chnoub-het cy-roYb-£ET, qui exprime parfaitement le composé d'or et d'argent, c'est-à-dire, le symbole des hautes et des basses régions de la terre, le Cancer et le Capricorne, les seigneuries civiles et religieuses du monde entier. Pourrait-on nier à présent que, des deux parties du bonnet égyptien, la rouge ne marquât la partie supérieure, et la blanche au contraire la partie inférieure ?
11 nous reste à examiner maintenant les différents lieux symboliques occupés en Orient et en Egypte par les deux parties séparées du chnephet hébreu et égyptien. Dans le système allégorique des Hébreux, le blanc, qui se rapportait au Capricorne, était placé à droite, et le rouge du Cancer par conséquent à gauche ; parce que le lever du soleil, ou l'orient, devait toujours être vis-à-vis d'eux dans leurs prières (XXVI). Mais il en était tout autrement chez les Egyptiens, à cause de la variété du système religieux astronomique qu'ils avaient adopté.
La composition tétragrammatique du nom divin étant cependant commune aux Hébreux et aux Egyptiens, qui consacrèrent le côté droit du tétragrammate à la sévérité et le côté gauche à la clémence de Dieu, il en résulte que l'emplacement des deux parties opposées du chnephet devait, en tant que symbole du grand nom divin, s'assimiler en Egypte et en Palestine. En effet, vous m'avez assuré, Monsieur, qu'en entrant ou en sortant par une porte dont les
piliers sont ornés d'hiéroglyphes, on voit constamment le bonnet blanc à droite et le rouge à gauche. Il n'y a en cela que l'apparence d'une contradiction, car cette circonstance est causée uniquement par la raison qu'on entre et qu'on sort en sens inverse des sculptures qui se présentent à l'œil. Or, si en entrant vous vous arrêtez sous l'architrave de la porte, les piliers intérieurs du temple à gauche vous présentent le bonnet blanc, et à droite le rouge ; et si vous faites de même en sortant, les piliers extérieurs vous offriront encore le bonnet rouge à droite et le blanc à gauche. C'est ainsi qu'il faut envisager l'emplacement des symboles en Egypte.
PSKHENT D'HORAPOLLON.
Les archéologues ont donné à ce double bonnet le nom de pschenty qu'ils ont cru trouver dans le pskhent ^yjvz d'Horapollon, en transcrivant ce mot en lettres coptes pschent ttûjWht > et l'ont appliqué à la coiffure sacerdotale tout entière. Lorsque, d'après une nouvelle interprétation du texte biblique, j'essayai de rétablir la forme des habits sacrés d'Aaron et de leur donner le sens verbal qu'ils portaient dès la plus haute antiquité, ce fut en analysant le mot abenet tMDX, dont la véritable signification avait jusqu'alors échappé aux interprètes, que je parvins à mon but (1). Je démontrai alors qu'il y avait dans ce nom deux articles, dont l'un était hébreu et l'autre égyptien. Or, ce nom biblique peut être ainsi rendu en copte c|im et pro-
(1) La sagra ScrîUura, ecc, part. 111.
nonce phent. Mais si on lui ôte celte prononciation adoucie, l'orthographe du mot revient à pkhent ttOen^i, qui se rapproche de celle donnée parHorapollon, sans être cependant tout à fait la même. Ce pkhent égyptien était le phent de la Bible, expliqué d'abord dans mes ouvrages par le voile dont Aaron se couvrait la tête et les épaules. Dans les cérémonies ecclésiastiques, nos prêtres font le même usage d'un voile semblable, de couleur blanche, que Ton nomme amict. En effet, la valeur de la racine copte khent ^^"T, î^tf'T, se prêtant au sens de chose rapprochée, adjointe, superposée, peut avoir fourni le nom de ce voile sacerdotal et royal que la Bible appelle phent.