HIÉROGLYPHES DE LA JUSTIFICATION
Si Yéquerre manque au groupe de la justice et qu'il soit
ainsi disposé, la légende devra alors être lue meï mH5,
Z c'est-à-dire, vérité. Mais il ne faut jamais confondre
^j les deux sens, quoique, comme le dit la Bible, la
vérité et la justice s embrassent.
L'équerre , comme protogrammate de la justice tam i^u 9 se rencontre assez fréquemment parmi les inscriptions des défunts et des vivants unie à un instrument dont la valeur verbale est parler. Les savants, séduits par la facilité de tirer ainsi le mot parole de ce signe, et toujours attachés d'ailleurs à la dérivation du mot meï (vérité) de l'équerre, ont lu aussi ces deux signes meï-lot «hwo^t et les ont traduits par le seul mot de véridique.
Ce mot ne suffit pas, à mon avis, pour témoigner de la justice d'un mort ni de celle d'un vivant. Est-ce que tous les véridiques sont justes? Est-ce que tous les justes sont
véridiques ? Si nous acceptons le premier signe hiéroglyphique pour justice, et si nous y ajoutons le sens du deuxième, parler, il en résultera le sens complet de justifié *t£*j- TOnf HrT, lequel se rapporte aux vivants ainsi qu'aux morts. Car dans l'ancienne Egypte l'homme pouvait être justifié sur la terre par une pratique religieuse, de même que chez nous il l'est par les sacrements du baptême, de la confirmation, de la pénitence ; et le mot justifié, s'appliquant à un mort, indique le résultat favorable du dernier jugement.
Les monuments arabes nous apprennent quel est l'instrument qui est souvent joint à Yéquerre, et dont on ne connaît encore ni la qualité ni l'usage. Si vous voulez, Monsieur, jeter un coup d'œil sur les planches que j'ai publiées contenant des représentalions et des inscriptions arabes, vous vous convaincrez que cet instrument est un stylet avec lequel la Diviuité trace une ligne au milieu d'un plan parfait (1). C'est donc un régulateur dont le nom copte thoch 0tt\oj donne le protogrammate t avec l'expression verbale des qualités de la justice parfaite, et s'accorde on ne peut mieux avec l'équerre.
LE KOUNTI ET SES HIEROGLYPHES. — SYMBOLES CACHES DANS LES DEUX COLONNES DU TEMPLE DE SALOMON.
Il ne nous reste plus rien à dire clés emblèmes divins considérés comme signes représentant, chacun en propre, les points mystiques du ciel. Nous allons maintenant examiner s'il existe quelques-uns de ces signes dans lesquels
(1) Trallato délie simbohche rappresenlanze arabiche, ecc, tav. m e xlv,
les prêtres égyptiens aient caché le symbole complet de la marche annuelle du soleil et de ses effets sur toute la terre. Le koanli et le tétrescare renferment, à mon avis, cette expression symbolique de la nature universelle. J'appelle hounti Koortf^- l'hiéroglyphe que Champollion le jeune
0 désigne sous le nom insignifiant de croix ansée. Cette
1 dénomination est trop vague et n'affirme rien; celle que je propose, au contraire, tirée des monuments (VII), nous révèle l'expression symbolique renfermée dans l'emblème.
Le kounti est, sans aucun doute, le symbole du principe éternel actif et passif des êtres ; principe infini de la création et de la destruction ; principe qui coordonne et varie l'existence de l'univers. L'inscription que Salomon fit placer sur les deux colonnes allégoriques du temple nous affermit dans cette pensée. Ces colonnes, faites à l'imitation des colonnes mystiques égyptiennes, renfermaient l'expression du tétragrammate divin; et Salomon, riche d'une science inspirée, écrivit au-dessus de ces deux colonnes : ikin ba-oz ÎJD pD\ c'est-à-dire, lkin avec Oz, dont le sens, d'après tout ce que je viens d'exposer dans cette Lettre et tout ce que j'ai dit ailleurs, vous est bien connu comme étant celui du principe femelle uni au principe mâle (VII, XV). Nous voyons en effet quelquefois, comme je l'ai dit dans mes Paralipomènes, l'anneau de ce même kounti superposé à une petite colonne et appliqué précisément par-dessus la partie sexuelle d'une déesse. Ce monument, que j'ai vu très-souvent, faisait partie des objets égyptiens du musée de i\i. Palin, à Rome. Il doit se trouver maintenant à Stockholm, oii ce musée a été transporté après la mort de son célèbre propriétaire.
Quant au principe mâle, la Bible, d'accord avec l'histoire
mythologique tout entière, nous atteste qu'il était allégorisé par le cippe, ou petite colonne phallique sur laquelle Acherà ou Vénus se tenait debout. La partie inférieure du kounti, ou son support, nous rappelle donc la petite base ou colonne mystique, car il symbolise le principe mâle comme soutien du principe femelle, ainsi que dans la représentation du tétragrammate égyptien que nous publions dans cette Lettre, le lion supporte la déesse Nature génératrice (PL h).
Il est aisé maintenant de concevoir que la ligne transversale qui partage le kounti n'indique pas autre chose que l'équinoxe. Elle détermine les deux points équinoxiaux sur lesquels les divinités païennes exercent le principe générateur, indiqué symboliquement dans les monuments par une main qui trace avec le stylet ci-dessus mentionné une ligne sur une petite pierre , ou bien par deux oiseaux qui s'accouplent. J'en ai parlé dans mes ouvrages, et j'ai publié les monuments qui en offrent la représentation (1).
Du reste, le kounti, seul, allégorisait la nature universelle, réunissait les symboles des quatre points cardinaux du ciel et de la terre, et représentait le tétragrammate égyptien (XV). Mais comme le caractère essentiel d'un tétragrammate divin quelconque était d'associer dans un seul mot l'idée de la vie et l'idée de la mort, je vais donner le moyen de retrouver ces deux différentes expressions dans la forme du kounti.
Dans le système des prêtres égyptiens, une ligne sur une ligne signifiait, au dire d'Horapollon, le chiffre dix. Or, il est évident que la partie inférieure du kounti représente une ligne sur une ligne T. Maintenant, remarquez bien, Monsieur, que le mot met u h^t, qui désigne le nombre dix des
(I) Trallalo délie simboliche rappresenlanze arabiche, ecc. , tav.in exLv.
Egyptiens, offre les radicaux qui dans les langues primitives et sacrées expriment la mort, JTO, ^y- Ainsi donc, s'il est vrai que la partie supérieure du kounti soit la vie, et le bas la mort, comment pourrait-on révoquer en doute le sens tétragrammatique que les prêtres égyptiens y ont renfermé? Cette vérité se manifeste d'une manière évidente par l'examen des phonétiques peints au-dessus de deux kountis dans la caisse de momie dont il a déjà été question plusieurs fois dans cette Lettre. Voici la représentation exacte de ces hiéroglyphes :
Les caractères phonétiques se lisent en copte 07ikh-eï aiflfc>-E\, ce qui signifie : La vie qui va et vient. Il est évident, d'après l'analyse précédente, que cette expression est renfermée tout entière dans chacun des deux kountis. S'il en est ainsi, me dira-t-on peut-être, pourquoi ce monument en présente-t-il deux réunis? Voici mon opinion à ce sujet. Je pense qu'il faut dans ce cas partager entre eux le symbole complexe de la vie et de la mort, en faisant valoir, par exemple, dans le premier kounti, sa partie supérieure seulement, laquelle est le symbole de la vie, et dans le second, sa partie inférieure, qui symbolise la mort ; ou bien, reconnaître dans l'un l'allégorie de la vie et de la mort des êtres du règne animal , et dans l'autre celle des êtres du règne végétal. Ces remarques expliquent en quelque sorte
pourquoi l'on trouve parfois en Egypte les images des rois et des dieux accompagnées de plusieurs kountis. Vous voyez, Monsieur, à quels heureux résultats une consciencieuse analyse des monuments peut nous conduire, et combien de temps il faut pour parvenir à connaître les choses les plus simples , et souvent les plus utiles î
KAMOU, CEINTURE SACREE.
Je vais maintenant, Monsieur, vous prouver par deux exemples que la partie inférieure du kounti a été employée séparément pour le phonétique m, protogrammate de son nom sacré met (XXXY). Voici le premier.
Des trois signes écrits au-dessus de cet emblème inconnu, deux sont extraordinaires et nouveaux . On discerne toutefois Qv-r v\ assez bien dans le premier les traces de la plume d'autruche. Le nom copte de cette plume est ignoré des savants ; mais les Arabes l'ont conservé avec le son et sous la forme grammaticale de khamal J^, dont le protogrammate peut nous fournir une des trois lettres K, ?D? % cappa, kheï, chi. Je choisirai la première de ces lettres, attendu que le mot arabe correspond à celui de kamal J*5\ qui signifie la perfection, représentée d'abord en Egypte par la plume de cet oiseau. Or, si nous donnons au deuxième élément phonétique la valeur, déjà découverte, d'un m, et si nous y ajoutons la voyelle du troisième, acceptée pour ou 07, la réunion de ces trois signes alphabétiques k«y formera le mot kamou krwoy, avec la signification de jonc (en hébreu NDJ1), ou encore de corde composée avec les fibres
de cette plante. Ce sera donc une petite corde dont le grand prêtre égyptien se servait pour attacher sur son corps quelque parure sacrée, de mêmequ'Àaron, au moyen d'un cordon de soie, appelé dans la Bible petil ;>V©, arrêtait sur sa poitrine l'écusson sacerdotal.
HIÉROGLYPHES DES SCEPTRES EQU1NOXIAUX.
Le second exemple du phonétique m *j nous est offert par le tam : les détails que j'ai donnés sur ce sceptre (XXXII) 1T ÎCr& me dispensent d'en parler ici de nouveau ; j'ajouterai seulement deux remarques : l°Le petit sceptre répété au-dessus de cet emblème y est placé en qualité de son protogrammate t; 2° parmi les homophones de la lettre m, on a choisi celui tiré du kounti pour indiquer la ligne équinoxiale allégorique, à laquelle, avons-nous dit, le sceptre lui-même se rapporte.
Je dirai maintenant quelques mots sur la légende du sceptre qui serpente , sceptre tiré du monument funéraire mentionné ci-dessus. Je n'en ai jamais rencontré de semblable. Le nom qu'il porte, phnami\nz> *j oueph-namap&ts, constate à la fois deux choses : d'abord, il nous répète le nom biblique noam OJW de Zacharie et des Psaumes, dont j'ai beaucoup traité dans mes ouvrages; il nous explique ensuite, par le sens du même mot sémitique, la faveur du régime, la douceur du commandement, la souplesse de cœur aux prières, la punition convertie en grâce, la rigueur ralentie, la fureur apaisée, Va justice miséricordieuse. La forme mystique de ce sceptre, loin de réveiller en nous l'idée de la fermeté
et de la rigueur divines, nous représente, au contraire, par ses replis, la souplesse et la clémence de Dieu. Les deux sceptres, l'un droit et l'autre tors, réunis, sont le symbole de l'opposition tétragrammatique, ainsi que nous l'avons remarqué plus haut (V), pour la crosse et Yaspersoir du dieu Osiris.