NOM HIÉROGLYPHIQUE DU SPHINX
11 ne me sera pas difficile, je l'espère, Monsieur, de vous faire agréer mes conjectures sur le véritable nom sacré du sphinx. J'ai déjà proposé, pour désigner ce symbole, les mots bellhon, ahmoue, ehnoue, et j'ai invité les savants à les rechercher dans les légendes hiéroglyphiques. Ces mots, en effet, représentent seulement le véritable nom sacré du sphinx, de même qu 'Eloïm remplaçait en quelque sorte Jeoa parmi les Hébreux (1).
Je crois pouvoir affirmer maintenant que le mot sphinx cyiyl, que les Grecs nous ont conservé, était en Egypte, et à quelque modification d'accent près, le nom mystérieux de l'animal à double forme. Voici comment, suivant la prononciation adoptée en Grèce, nous pouvons transcrire en lettres coptes le mot sphinx : Cc^yïïT; mais, selon moi, sa véritable orthographe était schfonkh ojc^umÎD, ou bien schponkh ojçTTCiïttO, qui ne s'écarte pas beaucoup de celle que les Grecs nous ont laissée.
D'après les remarques que j'ai faites, Onkhest le principe mâle et femelle tout à la fois ; il est le cachet du télragram-
(1) Paralipomeni, ecc, part. VIK, cap. v.
mate égyptien, le symbole de la double nature génératrice de la Divinité, celui enfin du Maître de la vie et de la mort (XXXV). La signification du mot sphinx nous sera bientôt révélée, si nous ajoutons à Onkh (lequel devient avec l'article Ponkh) la valeur de fils, contenue dans son premier élément alphabétique che 05, valeur que l'on doit prendre dans le sens adopté par les peuples orientaux. Nous comprenons alors sans peine que le sphinx était en effet la représentation du mot Onkh-eï (XXXV) ; que son nom signifiait : le fils de V Onkh-eï, ou le représentant de ï Onkh-eï; qu'il était enfin le signe de la dénomination et de la domination divines , sans être lui-même ni le nom de la Divinité, ni un dieu. C'est par cette raison que sur ce corps à double nature on ne voit jamais, comme vous me l'avez fait observer, Monsieur, aucune inscription hiéroglyphique, excepté celle des noms des rois, qui figuraient en Egypte le dieu sur la terre, O et celle du cachet tétragrammatique Onkh-eï, comme [ symbole de la puissance spirituelle et temporelle qu'ils exerçaient, et de leur droit exclusif sur la vie et la mort des peuples soumis à leur empire.
TÉTRESCARE HIEROGLYPHIQUE.
Le second emblème principal, représentant, presque à la manière du kounli, les quatre points cardinaux du ciel, est celui du dieu Phtah. M. Champollion le jeune donna d'abord le nom de nilomètre à cet emblème de la chaleur animale et végétative, ou du feu sacré qui vivifie, purifie et développe tous les êtres. J'ai démontré l'absurdité de cette dénomination dans Y Explication du monument phéniœ-égyptien de Car-
perdras, publiée il y a vingt-deux ans, et j'ai donné à cet emblème, à défaut du nom égyptien encore inconnu, le nom
Ïgrec de tétrescare, à cause des quatre brasiers dont il est surmonté. Mon premier ouvrage en présente une série très- variée, et précise évidemment le symbole qu'ils représentaient et l'usage auquel ils étaient consacrés. Enfin, l'analyse que j'en ai faite m'a démontré, 1° que cet ustensile renferme la signification de la racine thâ J?n (ty*), qui en hébreu et en copte signifie lumière; 2° qu'au moyen de l'article, il rend exactement le nom du dieu Phtah ou Ptah, auquel l'emblème des quatre brasiers en colonne a été consacré.
Ces quatre feux allégorisaient le soleil aux solstices et aux équinoxes, ou la divinité suprême qui, dans le cours de l'année, prodigue, des cieux sur la terre, les rayons lumineux et vivifiants de sa vertu, de sa puissance et de sa bonté éternelles. Ce sujet étant abondamment discuté et éclairci dans mes travaux philologiques, je puis me dispenser de répéter ici ce que j'en ai dit.
Or, le kounti et le tétrescare sont les deux signes allégoriques que j'ai pu reconnaître, parmi les emblèmes égyptiens, comme réunissant l'un et l'autre l'expression générale du tétragrammate égyptien, mais plus complète néanmoins dans le premier que dans le second, puisque celui-ci est une émanation de celui-là. Le tétrescare appartient en propre au dieu Phtah; le kounti est l'expression de la nature universelle, qui comprend toutes les divinités.
Les autres emblèmes, c'est-à-dire, la crosse et Yaspersoir, le snephet, Y abeille et la palme, le vautour et le serpent, les deux plantes de lotus, ne figuraient que séparément la haute et la basse Egypte, les solstices, les deux côtés mystiques du
grand nom divin. A part ces emblèmes, le tam, sceptre à tête de koukoufa, que je viens de révéler (XXXÏI;, est le seul qui puisse s'unir aux précédents, par la raison qu'il renferme les symboles des équinoxes, de l'orient et de l'occident, de la nuit et du jour.
La plume d'autruche unie quelquefois à ce sceptre donne plus de force encore à son expression équinoxiale, parce que l'autruche, par sa nature particulière d'animal bipède et d'oiseau , ainsi que par son vol et par le nom sémitique qu'on lui a donné, est elle-même un symbole équinoxial. Ce n'est pas ici le lieu d'exposer la preuve de cette assertion; je dirai seulement que lorsque la plume d'autruche, emblème de la rectitude et de la perfection, est placée sur le sceptre tam, cet instrument devient le symbole du véritable jour parfait équinoxial, qui, par sa perfection naturelle, allégorisait en Egypte la justice parfaite des divinités qui le tiennent à la main.
OREILLES HIEROGLYPHIQUES.
J'ai indiqué plus haut comment les deux yeux divins allégorisent les deux solstices ; j'ajouterai maintenant que les deux oreilles hiéroglyphiques sont, au contraire, les symboles des équinoxes. Vous avez pu voir dans mes Paralipomènes que le mot sémitique ozen [ÏN> j^ (oreille), tout en donnant bon nombre de significations différentes, indique par sa forme grammaticale du duel oznaïm (deux oreilles) l'instrument de la justice, c'est-à-dire, le moznaïm, ou la balance.
Nous arrivons également à ce résultat par le copte ; car le
mot madje w^i (oreille) pouvant aussi être écrit mâche *5-£cyç, nous donne par cette orthographe la signification du signe céleste de la Balance.