DEMEURE DU ROI , VILLE
c'est-à-dire, selon notre manière de nous exprimer : La ville du château royal.
De tout temps les peuples ont eu la coutume de désigner les capitales des en|pires, non par leur nom propre, mais par des locutions pompeuses qui faisaient allusion soit à leur grandeur, soit à leur puissance. Chez les Romains, ainsi que dans toute l'Italie, Rome n'était désignée que par le mot urbs (la ville). Pour nous catholiques, Rome, siège du christianisme, demeure du vicaire de Jésus-Christ, Rome, c'est la ville sainte. Jérusalem est encore la sainte pour les Hébreux, les chrétiens, et même pour les Arabes. Il est donc évident qu'en Palestine avot hammélekh devait signifier la
demeure royale par excellence, le château royal, c'est-à-dire, Sion, ou la ville de Jérusalem.
Remarquez aussi que le verbe sémitique aoua HIN, yS^> dans sa signification de demeure, fut si souvent employé par les peuples orientaux, que les Coptes eux-mêmes l'adoptèrent, comme le prouve le mot aouot jotO'T, qui veut dire habitation, demeure et cloître; de sorte que la phrase contenue dans le cartouche, bien qu'écrite en hébreu, pouvait être comprise par les Egyptiens.
Poursuivons nos excursions philologiques sur les bords du Nil, et entrons sans hésiter dans l'enceinte la plus secrète des temples. Les noms de l'Egypte, ceux d'Osiris, d'Isis, de Selk, de Sophré, de Canope, du monstre infernal, du dieu Àthem, de Baal-Chmin, du dieu Silence, n'ont pas encore été expliqués ; essayons de lever le voile qui nous dérobe leurs significations mystérieuses.
NOMS HIÉROGLYPHIQUES DE l' EGYPTE.
Tous les savants ont constamment traduit par le mot hheme ~£Hjl*e les différents groupes hiéroglyphiques qui déterminent la région de l'Egypte. Je me rangerais volontiers à leur avis, s'ils voyaient dans ce mot la terre de Kham, la région de la chaleur, ÎDeu, fc>E**v, ou le pays de Cham, fils de Noé, qui, selon la Bible, habita le premier l'Egypte. Loin de là, hheme; signifie à leurs yeux tout a© ce que la nature a de plus sombre, de plus triste, c'est-à-dire, les ténèbres, Y obscurité même, dans le sens tiré du grec par les Coptes. Cependant je crois que si dans ces hiéroglyphes on peut lire le mot hheme y.w*sz pour la dé-
nomination de l'Egypte, il n'est aucun autre groupe phonétique employé pour désigner la région du Nil qui se prête à cette inlerprétation, soit qu'on prenne le mot kheme dans le sens de ténèbres, ou dans celui de brûlante chaleur ; et mes observations m'ont amené à reconnaître dans les hiéroglyphes le nom de l'Egypte tel que la Bible nous Ta transmis.
Le mot misraïm D"H¥D dont l'Ecriture sainte se sert pour désigner l'Egypte est une forme grammaticale du duel qui se rapporte à la haute et à la basse région de cette contrée. Son véritable nom, tel que les Orientaux nous l'ont soigneusement conservé, est au singulier mesor H¥D, y*> . Cette dénomination, qui remonte à l'origine du genre humain, est celle que je rencontre le plus souvent dans les inscriptions hiéroglyphiques; mais, avant de donner la preuve de cette assertion, je dois expliquer le sens du mot choisi par les premiers peuples pour caractériser la terre du Nil. Quoique j'aie traité cette question dans mes Voies symboliques de la Bible, je vais néanmoins la discuter ici.
La racine sarà <j>yf signifie à la fois ce qui avance et ce qui recule, les eaux qui descendent et celles qui remontent, et même les eaux qui croupissent. Nous pouvons donc, à l'aide du sens que la racine sémitique nous fournit, décomposer masor enma wj et.w COp, c'est-à-dire, terre des eaux qui viennent, qui s arrêtent et qui s en vont. Ce terrain inondé chaque année pouvait-il recevoir un nom plus convenable? Or, si l'on écrit le mot biblique masor ou mesor en lettres coptes ut-ujjOp me-chor, on voit que la signification de lieu qui serre les eaux diffère peu de celle que je viens d'exposer.
Horapollon dit que Y encensoir ardent et un cœur étaient le symbole de l'Egypte. On sait que le cœur, het ^h^t, désigne la partfe septentrionale du pays, laquelle porte en copte
le même nom. Il est donc à présumer que l'encensoir ou le vase à feu ardent seul renfermait le nom et le symbole de la terre du Nil. Cet emblème exclut, il est vrai, l'idée cïobscuritè et de ténèbres que les savants croyaient apercevoir dans le nom de l'Egypte, et prouve, en outre, que le nom de la région niliaque était mesor, dont je viens de donner l'analyse; car l'encensoir s'appelle en copte mechir ixvyip et choure ojOYptf ^ dont les radicaux correspondent à ceux du mesor biblique. Ainsi, Yencensoir brûlant, symbole de l'Egypte selon Horapollor, donne évidemment le nom de mesor, et non celui de kheme. Examinons maintenant, pour nous en assurer, les groupes dont les prêtres se sont servis le plus souvent pour désigner l'Egypte.
L'Egypte est représentée tantôt par la seule extrémité de
la queue du crocodile, tantôt par le même hiéroglyphe ac-
^tffl ^ compagne du phonétique m , et parfois avec
ém. Qjf^ les caractères déterminant lesrégions. Voici un
groupe réunissant tous ces signes ; essayons d'en découvrir
le sens.
Le crocodile, en copie mesah *jtC£^, donne le protogrammate mi u ; la queue, sat C&'T, donne le sima C, et la partie extrême de cette queue, ra pb, fournit le ro p nécessaire pour compléter le mot mesor **cp (oECop) que nous cherchons. Le bout de la queue du crocodile se traduisait, par conséquent, mesor uECOp oumechor u£ojOp? nom identique à celui tiré du nom de Yencensoir brûlant, mechir ^ojsp, symbole de l'Egypte, selon Horapollon. Or, le seul bout de la queue du grand amphibie nous donne, comme on le voit, le nom biblique mesor H¥D; bien plus, il rappelle l'inondation à laquelle cette contrée est soumise ; car le crocodile demeure et se plaît dans l'eau du Nil.
À quoi bon, m' objectera- t-on, ajouter la chouette à la dénomination de l'Egypte, si le seul morceau de queue du crocodile suffit pour l'indiquer? Je réponds que la chouette, ainsi que tout homophone qui la remplace, n'est jamais inutile dans les groupes hiéroglyphiques ; car on sait que chaque signe renferme, outre le son littéral, une idée dont s'enrichit le mot donné par les signes. La chouette indiquera donc idéologiquement la grandeur et la science du pays (XXXI). Quant à son emploi phonétique dans le mot mesor y je dois faire remarquer que le crocodile, qui par son nom mesah fournit le protogrammate m, u , est aussi appelé en copte sokhi co^, dont le protogrammate est un s, c. La lettre m initiale , par conséquent, manquerait au nom de mesor, si elle ne se trouvait pas, dans ce cas, remplacée par la chouette, ou bien par un protogrammate homophone quelconque.
Lorsque les deux hiéroglyphes déterminatifs de région s'associent au bout de queue du crocodile, on doit les lire time ^wï, nom qui désigne en général les lieux habités des quatre points cardinaux de l'Egypte ; de sorte que les mots time-mesor ^u E-uECOp, c'est-à-dire, toutes les régions peuplées de l'Egypte, complètent la lecture du groupe hiéroglyphique ci-dessus présenté. Ainsi, toutes les fois que l'Egypte est désignée par le segment de sphère et par la queue, ou bien par la roue croisée placée au milieu même delà queue, on peut considérer ces signes comme une abréviation du groupe entier, et leur donner le sens que je viens de proposer.
Je suis convaincu que mesor était le véritable nom du pays traversé en tout sens par le cours sinueux du Nil , et que ce nom fut employé par les premières peuplades qui l'ont habité; qu'ensuite, c'est-à-dire sous l'établissement
d'un régime à la fois temporel et spirituel, le nom Mcsor fut changé par les prêlres en celui d'Egypte. Cherchons maintenant quelle peut être la valeur de ce dernier nom.
Sans me jeter dans l'abîme des vieilles opinions, je crois pouvoir avancer que le mot Egypte signifiait, dans le langage des prêlres, la région du mystère. Ecrivons, Monsieur, ce mot en lettres coptes, ékipto ^khtt^o, et nous trouverons en le décomposant les racines kep khtt, ^tt? Tott, qui expriment tout ce qui est occulte, caché, et to TO, région, terre, monde. Le mot Egypte signifiait donc, ainsi queje viens de le dire, la région du mystère, et il était impossible de substituer à mesor un nom plus convenable. Mesor, on le voit, était le nom profane emprunté à la nature du sol ; Egypte, au contraire, élait le nom emprunté à l'art, le nom sacré et employé par les prêlres seulement.
Il serait également possible de reconnaître les radicaux du mot Egypte dans le groupe hiéroglyphique affecté à Isis ® I ^(TA comme dame de la basse région de ce pays : khib ^J /jêC £>& ou khip JDtt , c'est-à-dire, occulte, caché, qualification propre à cette contrée de mystères, et que les eaux du Nil cachent en la recouvrant une partie de l'année.
NOMS HIÉROGLYPHIQUES D'OSIRIS ET d'iSIS.
Les hiéroglyphes qui désignent les noms des plus grandes
divinités égyptiennes, Osiris et Isis, sont encore dans une
obscurité profonde. Le nom d'Osiris est représenté par un
-*^^- trône surmonté d'un œil, et celui d'Jsis par J ^
J un trône accompagné des signes du sexe fé- J %
minin. Cette identité du signe principal prouve que si, d'un
côté, ers noms divins doivent avoir quelque expression commune, ils doivent, d'autre part, se distinguer par quelque différence essentielle. Cherchons d'abord la signification nominale du trône, base de ces deux noms divins.
Horapollon nous apprend clairement qu Isis signifie la femme par excellence, c'est-à-dire, le grand principe femelle de la création. J'ai développé cette phrase poétique dans les Paralipomènes (1), et j'ai démontré que Vise HfE des Coptes n'est autre que l'Isa ntëPN des Hébreux, c'est-àdire, \a femme, dont parle Horapollon. Si donc, chez les Egyptiens, Isis était la femme par excellence, Osiris devait aussi être Yhomme par excellence, ou le principe mâle de ce principe femelle. Le nom du trône nous donnera la clef pour ouvrir la porte du temple mystérieux d'Osiris et d'Isis.
Personne jusqu'ici ne s'est aperçu que l'expression du trône se trouve dans la première syllabe des deux noms, composée à'aleph et iod *>K, et qui se prononce i, selon les massorètes. Or, il est à présumer que ces deux lettres réunies avaient dans les premiers temps le double son aï, ainsi que le révèle la nature des deux éléments alphabétiques. Dans les langues sémitiques, ^> ^> i. signifie station, siège, demeure ferme (2), idées représentées en Egypte par un trône symbolique, que l'on retrouve avec sa signification radicale dans le mot copte paï tt&\ ou poï nos, qui, séparé de son article p, tt, revient au mot aï, et nous offre l'indication identique et précise du trône. C'est ainsi que le trône symbolique renferme en hiéroglyphes la première syllabe du nom des deux divinités Osiris et Isis.
(1) Part. V, cap. v.
(2) Paralipomem, ecc.j pari. 11, cap. ix,
Si nous examinons maintenant la deuxième syllabe sans recourir aux langues étrangères, nous trouvons dans le mot copte chi ojs ou che uje sa forme nominale avec la valeur d'égalité et de justice. Il est donc évident qu'en réunissant le sens des deux syllabes, nous obtenons l'expression entière de trône d'égalité, de justice.
N'est-il pas convenable que le juge suprême del'Amenlhi, assis sur son trône pour récompenser les âmes justes el punir les coupables, porte en soi-même le sens de justice ferme et parfaite? N'est-il pas raisonnable que la même pensée entoure aussi le trône de la déesse sa femme? Or, je conclus que les mots is t^N, homme, et isa TW^H, femme, des Hébreux ont concouru à la formation des noms d'Osiris et dlsis, et que les Egyptiens les ont choisis parce qu'ils pouvaient exprimer le principe mâle et femelle, ainsi que la justice, attribut essentiel et inséparable des divinités qui président au jugement final dans l'Amen thi.
Il me reste à rendre compte de la syllabe ajoutée au nom et au trône d'Isis pour désigner Osiris. Plutarque dit que le mot iri ip\ qui termine le nom d'Osiris signifiait œil en égyptien : rapprochons le sens de ce mot de tout ce que j'ai dit des deux syllabes précédentes, et le caractère propre du nom d'Osiris deviendra évident; car, si nous trouvons dans isi le trône de justice, nous lirons dans isiri Y œil du trône de justice, c! est-à-dire, le trône de l'œil de justice, le trône du soleil de justice; expressions pleines de grandeur, que l'on rencontre très-souvent dans la Bible. Ce nouvel exemple d'analyse hiéroglyphique me confirme dans la pensée que tous les emblèmes des divinités égyptiennes portent le signe du nom qui les distingue.
L'esprit ne doit pas s'inquiéter de la prononciation difîé-
rente que les peuples étrangers à l'Egypte ont donnée au nomd'Osiris. Il ne faut pas tenir compte des caprices et des fantaisies humaines ; mais il faut accepter la prononciation que les hiéroglyphes nous présentent, et que les plus anciens monuments nous apprennent par leur orthographe.
Les trois consonnes phéniciennes aleph, samekh etrec/ilDN représentent, sans voyelles, le nom hiéroglyphique de celte divinité, nom qui prend différentes formes et différents sens selon les voyelles que l'on intercale entre ces consonnes. Par exemple, dans ouchiri "H^W, orthographe donnée par la stèle de Carpentras, le trône et Y homme disparaissent, et il reste pour unique signification, celui qui voit tout oyujip\. Si nous transcrivons le nom phénicien en copte ôchiri atoj-^ps, nous obtiendrons un sens équivalent à celui qui précède, c'est-à-dire, qui a beaucoup d'yeux, signification du nom d'Osim, selon Plutarque, et cette orthographe nous rendra raison de celle adoptée par les Grecs [Ômpig) et les Latins, laquelle est parvenue jusqu'à nous. Ousir o^r-CSp nous donne le juge ou le souverain par excellence dont j'ai parlé dans mes Paralipomènes et dans l'interprétation des titres pharaoniques (XXV).
Maintenant , en intercalant de préférence entre les trois consonnes phéniciennes les voyelles qui peuvent donner le sens complet renfermé dans le mot osiris, nous pouvons écrirele nom hiéroglyphique de cette divinité aïsiri £SC$p$, et le partager en trois syllabes aï-ci-ri M-cs-pS qui donneront : trône de l'œil de justice. Mais comme le trône aï &\ se prononçait aussi oios en égyptien, nous pouvons trèsbien remplacer aïsiri par oïsiri oscipi, sans changer en rien sa valeur. Rappelons-nous, comme nous l'avons déjà vu, qu'en Egypte, ri pi eiiri ipi étaient synonymes, et que
tous deux peuvent recevoir le sens à' œil (XIII). On voit maintenant que toutes ces significations, malgré leur différence apparente, s'éloignent bien peu les unes des autres. Quittons les voies stériles de la grammaire, et ayons recours à l'histoire mythologique pour mieux aplanir toute difficulté.
D'après le système symbolique exposé dans mes ouvrages, Osiris et Isis paraissent être deux divinités équinoxiales ; elles doivent, par conséquent, se marier aux solstices, tandis que les divinités solsticiales s'unissent allégoriquement aux équinoxes. J'ai développé ailleurs ce cours voluptueux des astres sous le rapport du symbolisme que les religions superstitieuses y ont caché (1 ). Pour ajouter maintenant plus de force à mon opinion, je vais expliquer une légende hiéroglyphique qui attira jadis mon attention. Osiris, seigneur de l'Amenthi , portant à la main une seconde crosse à la place de l'aspersoir, est majestueusement voilé par les grandes ailes déployées d'Isis, la tête ornée de son trône d 'équité. Je crus voir dans cette représentation un mariage mystique, et je cherchai à comprendre les hiéroglyphes qui accompagnent l'action symbolique d'Isis dans cette scène. Voici le résultat de mes recherches.