XL1V
SURNOM D'iSIS. — EXPLICATION d'un VERSET DE JOB.
Il est constant que les divinités égyptiennes portent quelquefois dans les légendes hiéroglyphiques des noms différents, selon la variété de leur emploi céleste, de leur action
(t) Paralipomeni, ecc, part. IV, cap. vi.
directe ou indirecte envers les hommes, et des attributs multiples que la superstition des prêtres leur donnait. Je ne fus donc pas étonné de voir au-dessus de la tête d'Isis des hiéroglyphes qui , loin de représenter le nom propre de la déesse, en exprimaient un tout différent. Tâchons maintenant d'éclaircir ce point.
Le premier de ces signes présente la coupe dorée et renversée, laquelle symbolise, d'après les observations précéi«j dentés, \& Nubie, la haute Egypte, le solstice du Cancer. ■hk- Dans mon second ouvrage coufique, j'ai donné la ~L. raison du vase renversé, lorsque j'ai traité d'un dieu \^^ itiphallique versant le fluide dans une tasse que tient
1 fi à la main une femme couchée à srs pieds, qui se I réveillant est sur le point de se lever. La signification de cette scène me paraît assez claire (1).
Je ne m'arrêterai pas ici à expliquer les autres phonétiques, bien connus des savants archéologues. La légende du nom, écrite en deux signes, esinoufs NOYqC. Nous savons déjà que nouf se traduit par éjaculation (III) ; le sima c se rapporte donc ici, comme pronom personnel, à la femme qui reçoit la liqueur. L'article féminin placé au-dessous des deux premiers signes hiéroglyphiques donne le nom complet de la déesse Ti-noufs ^TOYqC, qui signifie : celle qui est arrosée. Isis porte donc ici le nom d'arrosée divine, nom convenable à sa situation céleste et à l'acte conjugal qu'elle accomplit.
Quant à la seconde partie hiéroglyphique, elle n'est pas difficile à lire; car, d'après l'interprétation que j'ai donnée plus haut au bras tenant l'aspersoir, il y est dit : tf pH-KOs>
(1) Vol. I , dichiarazioiie dclla tavola iv.
EC-CE, imbue de l'aspersion du soleil. Le mot koh KO^, coude, se reproduit ici pour les mots hok pîl des Hébreux et kak K£K des ('optes Ls>&k), dont nous avons parlé précédemment, et dans le même sens d'asperger (II, XVIII). En réunissant les parties de cette légende hiéroglyphique, il en résultera ceci : L'arrosée divine, enceinte par l'influence du soleil.
Ce qui peut étonner dans cette superstitieuse expression, c'est son rapprochement avec un passage du Coran, où Mahomet, dans une surate (1) consacrée à l'équinoxe d'automne, dit que la conception de Isa, fils de Marie, a été opérée dans le sein virginal par Sirion, qui est le Soleil rayonnant.
La scène d'où j'ai tiré cette légende hiéroglyphique est funéraire; car c'est le séjour des morts, ou YAmenthi. Ce mariage mystique à'Osiris et à'Isis, ou bien des deux principes éternels du soleil androgyne, rappelle ici la vie qui triomphe sur la mort, la vie qui remplace la mort, le dieu qui anéantit et qui vivifie.
L'œil placé au-dessus du trône d'Osiris nous facilite l'intelligence d'un passage de Job que les interprètes n'ont jamais pu expliquer d'une manière satisfaisante. Dans le chapitre xxvi, v. 8, on lit ces mots : Ï&HD rîDD""CD ÏÎ1ND IJjyi vby, qui ont été traduits ainsi : 1/ (Dieu) couvre la face de son trône, et il étend la nuée par-dessus. Cette traduction est inexacte, à mon avis, et je pense que son véritable sens est celui-ci : Dieu voit les extrémités de sa domination à travers le nuage épais qui les environne. L'auteur du livre de Job était, ce semble, aussi savant en hiéroglyphes qu'un prêtre égyptien.
(1) Surate xix, de Marie.
XLY
LE CHADDAÏ DES HEBREUX EN HIEROGLYPHES SE RAPPORTE A LA DÉESSE SELK DES ÉGYPTIENS.
Il est dans la Bible un nom divin qui a beaucoup tourmenté l'esprit des interprètes et des rabbins, et qui n'a jamais été bien expliqué. Ce nom, c'est Chaddaï, ordinairement traduit par Tout-puissant, J'ai déjà traité ce sujet avec étendue dans mes Paralipomènes, et le résultat de mes études m'a amené à conclure que Chaddai était synonyme de scorpion, dont les radicaux nous donnent le sens de victoire. Ainsi, le scorpion et la victoire avaient en hébreu un nom commun, et Chaddai répondait au Dieu vainqueur, au Jeoa de la victoire et du triomphe (1).
Les Egyptiens avaient également leur Chaddai; mais ils employèrent pour le désigner un nom du genre féminin, sans que la valeur du mot copte changeât pourtant l'expression hébraïque. En effet, la déesse Selk des prêtres <=*§& égyptiens, ayant sur sa tête le scorpion, nous invite W à chercher dans son nom le double sens de victoire JL et de scorpion, ainsi que nous l'avons trouvé dans celui de Chaddai. La racine copte gré 6"pH indique d'un côté le scorpion, et de l'autre, elle signifie la victoire, 6po gro. Voici donc le parallèle entre l'égyptien et l'hébreu bien établi ; voici comment le Chaddai sémitique est passé en Egypte, ou celui du Nil en Orient.
Observez maintenant que gré 6pn signifie encore écuelle, et que le nom de la divinité Selk est analogue au mot chlok
(1) Paralipomeni, ecc, part. IV, cap. vi.
ojAok, qui indique une espèce d'êcuelle. Ce rapprochement de sens identique nous permet de supposer que dans la langue sacrée du Nil selk et gré étaient synonymes de scorpion, ce qui expliquerait l'insecte placé au-dessus de la tête de la déesse.
Les vases allégorisaient en général les équinoxes, où les conceptions naturelles s'effectuaient. Selk appartenait, ainsi que Chaddaï, à l'équinoxe d'automne, époque où brillait la demeure mystique de la divinité distributrice des sorts (1).
Si le copte moderne est dépourvu de la racine salk ou slak, dont la déesse a tiré d'abord son nom, racine qui devrait nous fournir la signification de victoire, il est évident que dans l'origine cette racine existait en égyptien, puisque toutes les langues sémitiques l'ont encore. Le verbe arabe salak jjL, signifie, en effet, frapper, battre violemment, et le mot salakhyW, en hébreu, signifie bouleversement, destruction. Ajoutez à cela que la racine arabe salak d&j veut dire aussi celui qui entrelace une chose à une autre, et cette signification nous explique ce qui a lieu dans la demeure équinoxiale propre à cette divinité, c'est-à-dire, que là la nuit commence à l'emporter sur le jour. Les pinces mystiques du scorpion qui tiennent en équilibre le fléau de la balance ne font-elles pas prévaloir la nuit sur le jour et triompher les ténèbres de la lumière? Qu'elle demeure donc loin de nous cette déesse, de nous qui appelons de tous nos vœux le triomphe des splendeurs de la science sur les ténèbres de l'ignorance !
(1) Trattato délie simboliche rappresenlanze arabiche, ecc, vol. I, part, m, prima dozzina de' simbolici cerchi del Corano, n° 8, e i corrispondentigli.