DÉESSE SOPHRÉ. — EXPLICATION DUN VERSET DE JOB
Le nom de la déesse Sophré, l'une des plus grandes divinités égyptiennes, est représenté par ces trois hiéroglyfj'^C^^^yphes; mais les archéologues ont retranché la I @ M. valeur littérale du disque solaire, donnant ainsi à la déesse le nom incomplet à la fois et inexact de Soph; car c'est précisément de ce disque solaire négligé par les savants que la déesse reçoit sa dénomination véritable.
I La première syllabe du nom de la déesse Sophré est soph, qui signifie intelligence et science humaine. Ce mot , adopté par les Grecs, était fort en usage parmi les Egyptiens, et le
' nom de plusieurs Pharaons en est dérivé. Moïse nous apprend que Soph, c'est-à-dire, le savant par excellence, était le titre des dominateurs de l'Egypte ; car, dans les mystères de l'alphabet hébraïque rétabli par Moïse, il est dit que Dieu détruisit l'armée de Soph, pour indiquer en termes généraux et avec une expression de mépris, le savant qui a été submergé. Le surnom de Saphnat fGD¥ donné au patriarche Joseph en Egypte était formé des deux mots Soph-net, c'est-à-dire, le savant de Net , ou celui qui , selon les superstitions égyptiennes, devait sa science à l'inspiration de cette déesse. Le nom Soph se rapportait donc à la science (1). 11 suffira maintenant d'ajouter à ce mot la syllabe ré, pH, du soleil hiéroglyphique, pour obtenir le nom entier de la divinité Sophré ou Siphré, qui doit être conservé tel que les phonétiques l'énoncent.
(1) La sagra Scrillura, ecc, part. IV, cap. ni, § 9.
Essayons maintenant de trouver la signification des cornes que les prêtres égyptiens ont placées sur la tête de la déesse, et dont elle est en quelque sorte coiffée.
La corne se trouve, selon nous, renfermée dans le mot complexe bahse &£ ^CE, qui signifie vache et cornet à bouquin, et qui peut-être a donné naissance, comme nous l'avons dit plus haut (XVIÏI), au nom de Bacchus. Nous avons montré que toutes ces significations générales se retrouvent complètement dans la racine ouah oy^ (XIX). On peut, en effet, par ce verbe égyptien, attribuer à la corne les mêmes significations que le sémitique keren }~\p, jf nous présente, c'est-à-dire, lumière, réunion, association, mariage, etc., etc.; de sorte que le nom de cette déesse, accompagné dans les inscriptions hiéroglyphiques de deux ou trois cornes, en copte ti-Siphré ouèh ^-Cqp oyH^, veut dire: L'associée à la sapience divine, l'épouse resplendissante du soleil illuminateur ; le principe femelle du principe mâle de ï intelligence divine. Et toutes ces significations sont renfermées dans Po ttuj, qui indique le principe féminin du tétragrammate égyptien Bépo pHTiai. C'est avec raison, Monsieur, que vous avez dit que les inscriptions hiéroglyphiques appartenant à cette divinité suprême la qualifient de maîtresse de récriture, de l'architecture , des beaux-arts, et surtout de gardienne du temple de Dieu.
Il me paraît préférable de donner à cette déesse le nom de Siphré, parce que cette version, d'ailleurs très-juste, nous meta même de rapprocher ce mot d'un autre très-ancien et venu jusqu'à nous, le mot chiffre. De tous temps les astrologues, les magiciens, les interprètes des songes s'en sont servis et en ont abusé ; mais ils en connaissaient sans doute complètement le sens. Nous l'avons oublié ; les hiéroglyphes
le soumettent aujourd'hui de nouveau à noire consciencieux examen .
Dans l'antiquité, le chiffre signifiait particulièrement la profonde connaissance des œuvres opérées dans l'univers par l'intelligence divine. Le zéro, appelé en arabe chiffre, Ju*, nous montre par sa forme circulaire qu'il représentait au commencement le disque du soleil faisant partie du nom de la déesse Siphré; et que les Arabes ont sans doute emprunté leur motjk^ à ce nom divin, dont il représente exactement les lettres c, q, p. Les plus anciennes religions ont adopté le mot chiffre pour indiquer le livre par excellence, le livre de Dieu. Les Hébreux ont de tout temps employé le mot sepher HDD pour désigner l'Ecriture sainte.
J'ai éclairci dans mes Paralipomènes un verset de Job où il s'agit de ce mot chiffre, et je l'ai traduit par intelligence divine, laquelle met en mouvement les êtres dès leur origine. Je vais y revenir ici, parce que cette discussion, quoique peu étendue, aura un résultat clair et précis.
Ce verset, qui suit ceux dont j'ai donné plus haut l'explication (XLIV), est ainsi conçu : berouho chamaïm chiffra m£^ Q">Dttf TVTQ (chap. xxvi, v. 13). Ces mots signifient: Dieu avec son esprit chiffra les deux. Cette expression biblique ne correspond-elle pas à celle-ci : L esprit de Dieu mit en circulation les deux? Les mots suivants : Wrft VP 7vbr\ ÎTQ, viennent à l'appui de mon hypothèse. Ce versel, que les interprètes rendent par ces phrases : // a orné les deux par son souffle, et sa main a formé le serpent traversant, je le traduis ainsi : Par le souffle divin circulèrent les deux; sa main lança le disque rayorinaut pour les parcourir. C'est de cette manière que Ton devrait, à mon avis, traduire le texte original de Job pour lui conserver sa sublimité.
La déesse Siphré était donc, dans la doctrine des prêtres égyptiens, le cachet mystérieux de l'intelligence divine, de cette intelligence qui inspire aux hommes les moyens d'inventer et de perfectionner les sciences et les arts. Les rayons qui brillent sur sa tête représentent les planètes auxquelles elle commande, et les cornes lumineuses superposées aux rayons lui appartiennent d'autant mieux, qu elles renferment l'allégorie du soleil dans le Taureau, dont cette déesse fait partie en sa qualité de principe femelle du dieu androgyne. C'est ainsi qu'il faudrait examiner les noms et les attributs des divinités égyptiennes ; car il est maintenant à peu près évident que les emblèmes qui les caractérisent cachent dans le secret hiéroglyphique l'expression des divinités qu'ils servent à distinguer.