XLVI
DIEU ATHEM.
La lettre publiée par M. Lepsius nous offre une série de groupes qui représentent le nom et la figure du dieu Atmou. Selon ce savant archéologue, l'un des signes composant ces groupes , le traîneau, est quelquefois tout à fait inutile à la formation et à la prononciation du nom à'Atmou, par la raison que ce traîneau seul étant le symbole de cette divinité, renferme l'expression de son nom. J'en conviens; mais pourquoi cet instrument agricole est-il l'emblème du dieu Atmou et peut-il remplacer le nom de ce dieu? M. Lepsius, M. Bunsen, et les autres à leur suite, paraissent l'ignorer encore ; et tandis que d'un côté ils admettent cette manière de lire symbolique, de l'autre ils prétendent que le traîneau ne doit pas être lu dans ces groupes phonétiques,
et qu'il ne s'y trouve qu'en qualité de signe déterminatif de la divinité. Mais à quoi sert-il, peut-on leur demander, de I A placer à la fois dans ce groupe le nom, ^v£nr le déterminatif et l'image du dieu Atmou?
IL 4 Doit-on supposer que l'on répèle trois
fois dans un groupe hiéroglyphique le nom de ce dieu, lorsqu'une seule suffit? Cela serait évidemment absurde. La question est difficile à résoudre, et sans avoir la prétention de l'éclaircir complètement, je tâcherai néanmoins d'en diminuer l'obscurité.
Il faut convenir d'abord que le nom de cette divinité, d'après les phonétiques qui le composent , devrait être lu Athem. Le traîneau ne serait alors nullement superflu ; il remplacerait, au contraire, une lettre essentielle à la nature du nom divin.
Cela posé, il faut chercher comment le traîneau peut nous fournir cette lettre. La question serait inabordable si l'on devait emprunter l'élément alphabétique au nom égyptien aujourd'hui perdu du traîneau. Nous pouvons cependant, et moyennant une induction directe, parvenir à la connaître.
Les deux mots coptes amè h u^ et èmé eu^, qui signifient laboureur et manche de charrue, peuvent servir à prouver que ce traîneau champêtre portait en égyptien un nom à peu près semblable. Dès lors on conçoit parfaitement que la valeur radicale et primitive du nom de cette divinité était tout entière dans le nom égyptien du traîneau, puisqu'en ajoutant à ce nom le chei cy ou le sima c (lettres qui en copte ont la valeur du sin et du chin W hébraïques), et sans écarter le segment de sphère placé en tête du groupe hiéroglyphique, nous obtenons immédiatement le seigneur de la charrue, du traîneau champêtre, des instruments agricoles. Cela
suffisait en Egypte pour reconnaître, moyennant la valeur radicale du traîneau, le nom du dieu Athem, avec l'expression de maître de l'agriculture. C'était un des noms d'Osiris, comme nous l'apprend Tibulle dans ces vers :
Primus aratra manu solerti fecit Osiris, Et teneram ferro sollicitavit humum.
« Osiris le premier construisit la charrue de sa main hu- » bile, et laboura avec le fer le terrain amolli. »
Il suit de là que, loin d'être inutile dans les groupes hiéroglyphiques, le traîneau perfectionne, au contraire, par sa voyelle, la dénomination de la divinité Athem, tandis qu'isolé, il qualifie, par son propre son verbal, la nature de ce dieu. Quant au sens moral ou métaphorique de la racine am z>*3 , dont le traîneau, &ue amè, est tiré, on le cherche en vain dans la langue copte. Il faut recourir à la langue arabe, dans laquelle le verbe amm ~J signifie celui qui a précédé les autres de son exemple, et qui leur a appris ce qu'ils devaient faire. Cela est suffisant pour m'affermir dans l'opinion qu'Osiris, sous le nom à'Athem, était en Egypte l'inventeur des arts et des instruments agricoles, et le protecteur des récoltes. Descendons maintenant dans l'Amenthi.