GÉNIE BETSOPH. — EXPLICATION DU MOT COPTE ANTELEM
J'ai expliqué dans mes écrits bibliques ce qui conduit à l'intelligence du nom de l'épervier hiéroglyphique, de ses symboles variés décrits par Horapollon, et de la différence des protogrammates qui en résultent (1). Je ne discuterai pas de nouveau ces questions déjà épuisées, et je me bornerai à parler du génie de l'Amenthi dont la tête d'épervier domine le vase funéraire qui lui appartient. Examinons les hiéroglyphes qui renferment son nom, sa nature, sa mission.
(1) Paralipomeni, ecc, part. V, cap. vi.
Le premier de ces hiéroglyphes est un petit vase étroit et long, laissant échapper de l'eau pure par le bec. Cherchonsen la valeur phonétique et symbolique, pour bien comprendre sa signification.
Le prophète Zacharie, d'après mes remarques bibliques, donne le nom de santara rTTO¥ à un vase pareil à celui dont je parle ici. Les deux racines de ce mot sont san-tara, et signifient réservoir de liqueur (1). La langue copte m'offre (à part l'inversion des syllabes) un synonyme de ce vase hébreu; c'est le mot stibaï CTO^k&s (oé&m), qui signifie à la lettre de-parfums-réservoir.
Maintenant laissons de côté le parfum, et acceptons baï pour réservoir ou vase, sans lui ôter pourtant son véritable sens copte de porteur. En lui adjoignant le phonétique sima c gravé sur le monument à la suite du vase, nous obtenons le mot baïs &h\C, synonyme de baït &&st, qui est le nom principal de Yépervier dans la langue sacrée de l'Egypte. Ce mot baït revient précisément au nom que les Arabes ont donné au même oiseau , et nous rappelle de plus le mot baïth rVD, ^r:5, qui dans tous les idiomes sémitiques signifie maison. La maison, dans le sens métaphorique, pouvant servir à indiquer un réceptacle quelconque, les Orientaux l'ont adoptée aussi pour l'expression de vase et de fiole. En effet, bathé-naphes L^DJ">rû d'Isaïe veut dire, selon plusieurs interprètes, fiole de parfum. Cependant j'ai démontré dans mes Voies symboliques de la Bible que cette phrase d'Isaïe avait un sens bien plus étendu que ne le supposent les commentateurs. Néanmoins, je crois pouvoir affirmer que, dans l'interprétation des hiéroglyphes, bet ou
(1) La sayra Scrittura, ecc, part. II, cap. n, §7.
baït peut être pris pour maison, selon le sens général et biblique de réservoir et de vase.
Les hiéroglyphes qui suivent baïtnous offrent deux figures ayant la valeur des deux lettres coptes sima c et pheï q , et nous donnent le mot soph. Ce mot, comme nous l'avons vu dans l'explication du nom de la déesse Sophré ou Siphré, signifie Y intelligence, la sagesse (XLYI) . Le vase et le génie, tous deux à tête d'épervier, portent donc en hiéroglyphes le nom composé baïth-soph ou bet-soph, c'est-à-dire, vase de sagesse, dont le sens matériel s'applique à la forme du vase, et le sens moral à l'allégorie de l'épervier, symbole de Yâme et de l'intelligence.
On rencontre dans les monuments quelques variantes de betsoph ; mais bien loin de porter aucune atteinte à la valeur de mes observations , elles les confirment puissamment. L'une des variantes les plus fréquentes présente comme signe du mot bai un vase tantôt enfoncé dans le creux d'une base, tantôt posé sur une base planchêiée. Il faut savoir que cette base remplace le signe phonétique du sima c gravé sur le vase dont nous parlons, et qu'elle donne unprotogrammate qui a la même valeur. Je démontrerai plus loin que la base porte en général le nom égyptien de sas C&C (LU). Il en résulte que le sima, qui manquerait apparemment, se trouvant en tête de sast base, la variante du signe hiéroglyphique ne change nullement le mot ni le sens de la chose.
On voit encore sur d'autres vases trois sima placés à la ^x suite de baïs, épervier. Rien n'est plus clair, à I X \ mon avis, que le rapport de ces trois lettres identi-
mques avec le mot soph, dont elles forment le pluriel ni-soph, c'est-à-dire, les intelligences, les pensées. Ce *U^ pluriel peut être rendu à l'ancienne manière égyp-
tienne, en supprimant ni, «5, betsophi. Or, il est clair qu'entre betsoph et betsophi, il n'y a pas plus de différence qu'il n'en existe chez nous entre maison de science et maison de sciences.
D'après ces hiéroglyphes, Y homme accroupi est le signe déterminatif de la qualité divine dont le génie est revêtu. Les deux phonétiques qui suivent, et qui se reproduisent sans variations dans les quatre vases, expriment l'action du verbe donner, par le mot phti q^, qui signifie il donne, il présente.
11 nous reste rapprendre en dernier lieu quelle partie du corps le génie présente à Osiris. C'est le nom de cette partie qui nous indiquera la qualité des œuvres soumises au jugement du dieu.
Pour parvenir à ce résultat, il faut commencer une nouvelle analyse du vase à jet d'eau qui se représente ici ; car le sens que nous lui avons attribué d'abord va nous devenir inutile. Cherchons-lui donc dans la langue copte un nom qui nous donne un sens convenable à notre sujet. Ce nom sera moki uoks, que j'ai cité dans mon second ouvrage coufique, à cause de son rapport avec l'arabe mekary^ et l'hébreu mekor'ÏÏpfc, dans lesquels se trouve le sens de jet d'eau (1). Cette espèce de vase est appelée en France un biberon.
11 est bien remarquable que ce mot à la signification de vase joint aussi celle de cerveau. Il n'en est pas ainsi dans le copte; mais l'arabe mokh j^, qui veut dire cerveau, nous aide à découvrir ce mystère ; car le sens moral de la pensée
(1) Traltato délie simboliche rappresentanze arabiche, ecc, tom. II, dichiarazionc délia tav. xxxi.
se rattache au cerveau. Dans le copte, en effet, cette même racine ainsi redoublée mokmek wOKulK signifie considérer, réfléchir, penser. Il est donc évident que le nom pluriel de ce biberon jaillissant, en copte ni-moki, indique matériellement les cervelles, et moralement les pensées.
Je signalerai ici un rapprochement intéressant qui vient encore corroborer ce que nous venons de voir : en copte, hno £ttO, vase, nous rappelle par son orthographe le mot hne £ttç, qui signifie la volonté. Les pensées et les volontés du défunt se cachaient donc tout à la fois sous une figure mystérieuse et sous l'expression hiéroglyphique qui en dérivait.
Telle est la manière sublime adoptée par les prêtres égyptiens pour énoncer hiéroglyphiquement leurs idées. Le génie Betsoph, ou le vase d'intelligence, présente à Osiris, juge de l'Amenthi, la cervelle du défunt renfermée dans sa capacité, c'est-à-dire, les pensées et les volontés de son àme, telles que Thot les a pesées dans sa balance.
Après avoir analysé le quatrième vase, je résumerai les légendes entières de chacun. Mais, avant de passer à l'examen du second génie de la mort, je vais essayer de jeter quelque lumière sur le mot copte antelem iîm^u, qui signifie proprement le cerveau.
Les savants exclusifs qui prétendent expliquer les mots obscurs du copte seulement avec les racines de cette langue presque perdue, seraient assurément fort embarrassés de se rendre grammaticalement raison du mot antelem. Moi qui cherche la vérité partout où je puis espérer la trouver, j'emploie sans hésiter les idiomes sémitiques dans l'analyse de la langue copte, que je considère comme un rameau de ces idiomes auquel se sont joints un certain nombre de mots créés par les besoins ou les localités.
Revenons au mot antelem ?>«t[£>,iw : il vous sera facile de reconnaître, Monsieur, que ce terme se compose des deux mots hébreux an et thelem D;>¥"p>\ qui signifient image de l'œil. 11 est impossible de ne pas admirer la composition de ce nom, qui, tout en nous rappelant l'idée du cerveau, fait en même temps allusion à la manière dont les images apportées par les rayons visibles s'impriment dans cet organe. Et comme, chez les anciens peuples, œil, soleil, dieu, étaient des termes synonymes, le mot antelem devait signifier image de Dieu. Il n'est pas douteux que cette expression ne soit tirée de la Bible ; mais dans la sainte Ecriture elle se rapporte à l'homme tout entier, tandis que les Egyptiens l'appliquèrent uniquement au siège de la pensée, au cerveau.
Il faut encore remarquer que le mot antelem peut être lu, avec son double sens de cerveau et pensée, dans la forme de ce biberon hiéroglyphique, parce que aïn indique œil en même temps que fontaine oujet d'eau, et thelem, c'est-à-dire, forme, figure, corps, peut très-bien se rapporter à vase. De cette manière, si les savants archéologues refusent d'accepter ma première explication, quelque bonne qu'elle me semble, j'ai tout lieu d'espérer qu'ils accepteront volontiers la deuxième. Passons maintenant au génie cynocéphale.