GENIE HAPI. — EXPLICATION DU MOT COPTE ALTKAS
Uèpervier, qui s'élève dans les airs à une grande hauteur, a donné aux prêtres égyptiens l'idée de faire de cet oiseau l'emblème du mystère sublime de la pensée humaine. Le chien, toujours bruyant et fidèle, a été regardé chez eux comme le symbole de la parole sonore, qui doit suivre fîdè-
iement la pensée. Par conséquent, son nom, ou le nom du génie de l'Amenthi, est Hapi, le mesureur, le directeur par excellence des paroles, en tant qu'elles sont l'expression de toutes les lois divines et humaines sur la terre. Cette dénomination, très-connue des savants, ne demande aucun éclaircissement ; mais il n'en est pas de même de la partie corporelle du défunt contenue dans le vase, et du symbolisme qu'elle renferme. La science lumineuse du Père Ungarelli est restée sur ce point enfouie dans sa modeste cellule. Je vais tacher d'écarter les ronces qui embarrassent le chemin.
Le poumon, instrument primitif de la parole, s'appelle en copte altkas ^Tv^tk^C. Ce mot, qui au premier abord paraît étranger à la langue égyptienne, se compose de al &A et de ka k&. Nous avons établi plus haut que le copte al représentait, dans les titres de seigneurie, l'hébreu M 5$ et l'arabe âla ^J&, dans le sens de relever, exhausser (XVII), comme le prouve le mot aie &>x, monter. Or, ka k*, en copte, signifie au contraire poser, déposer, et cette opposition même constitue la dénomination véritable et précise des poumons; car altkas ê^tK^c, avec le sima c final, veut dire : chose qui se relève et s abaisse par la respiration. Le sima placé après ka forme le mot kas K&c, et indique un sifflement. La composition du mot altkas £A"Tï<£>C, comme celle du mot antelem &fcrT£>Xu, est donc pleine de justesse, et sa signification ne laisse rien à désirer.
Mais ce mot ne se prêtait pas, ce semble, à la double valeur hiéroglyphique, c'est-à-dire, qu'il ne pouvait indiquer à la fois les poumons et les paroles. C'est pour cela, je pense, que l'on a ajouté sur le vase une sorte de description des poumons. Remarquez que des quatre éléments hiéroglyphi-
ques ici sculptés résultent les mots nedji lob vmr&\ TttJ&7 lesquels nous indiquent poitrine répondante, c'est-à-dire, qui reçoit et qui renvoie, ce qui se rapporte à l'action constante des poumons.
Il faut considérer à présenties deux mots nedji-tob sous un autre point de vue, pour en tirer un sens moral et religieux. D'abord nedj-tob «e^-io& nous révèle, en rapprochant ce dernier mot de toubo ^tOy&o, purifier, un premier sens d1 énonciation pure ou dénonciation de pureté, selon la phrase orientale. Ensuite, le symbole de la divinité,
rnoute ^oy^ï, pris ici simplement pour son protogrammate ni tt, semble m'inviter à ajouter le sima c à côté du ni k pour en former le mot nés aec. Nés D3, dans la Bible, désigne l'emblème dont Moïse s'est servi pour élever dans le désert le serpent d'airain, emblème expliqué dans mes ouvrages par élévation divine (1). Or, nes-tob ïïEf-^ro& ainsi conçu et ainsi marqué par le mot noute, le sima et le vase ardent placé au-dessus, signifie que les paroles du défunt ont répondu par leur ardeur à l'intention divine, et au principe intellectuel symbolisé par le cerveau contenu dans le vase de Yépervier. Ainsi donc, Hapi, président du septentrion, présente, après Betsoph, les bonnes paroles du défunt Pnesthor, allégorisées par les poumons renfermés dans son vase, et atteste à Osiris que le défunt a été justifié par Thot. Aucune de ces observations n'est inscrite dans le livre du Père Ungarelli.
L'explication que nous venons de donner des légendes des vases appartenant à Betsoph et à Hapi va nous aider à comprendre plus facilement celle du vase d'Amset.
(1) Lasag. Scrit., ecc, part. III, cap. i, § 4; Paralip., ecc, tav.i a, 5.
GÉNIE AMSET.
Amset, président du midi, à tête humaine, n'est pas du tout le plongeant du Père Ungarelli, mais bien le soigneux. En effet, c'est aux mots sémitiques hamm 1», avoir soin, et set tW, qui dès les temps d'Adam signifiait poser, qu'il faut emprunter sa valeur nominale. Par conséquent, Amset âuCE'T est celui qui a soin, le soigneux. Il n'y a dans cette inscription hiéroglyphique, ainsi que cela arrive parfois, que les éléments principaux des deux mots constituant le nom composé d'Àmsei ; mais on rencontre souvent ces mots tout entiers dans d'autres inscriptions.
La partie corporelle qu Amset présente à Osiris se trouve bien déterminée par Y instrument agricole, dont le protogrammate est un mi «, ainsi que par le vase ardent, symbole du cœur, selon Horapollon. En effet, le mot qui en résulte est maht wmi, qui indique d'un côté les nobles viscères, la région prècordiale, tandis que de l'autre, par cette orthographe emhet h-s^n^i, il exprime le cœur. Tout cela appartient à la présentation de l'objet matériel renfermé dans le vase.
Quant à la signification secrète et morale, il n'est pas difficile de la découvrir. On sait d'abord, et j'en ai beaucoup parlé dans mes ouvrages, que tout ce qui a rapport au labour champêtre, au défrichement des terres et au semis, se rapporte symboliquement au travail de la génération humaine, aux actions physiques et morales de tout homme, et l'on se rappelle ces paroles de Jésus-Christ : « Mon Père est la- » boureur. »
Le labour est appelé en copie mahro **& 3po, et peut très-bien être représenté hiéroglyphiquement par la charrue et le vase enflammé, parce que hro 3po ou ^pa\ nous donne tout ce qui tient à la flamme et à Y inflammation. Les œuvres ardentes du bon cultivateur sur la terre, ou de Pnesthor le défunt , sont donc allégorisées par le labour mahro u&^po.
Le labour est aussi nommé hebi sz&\ en copte. Or, le nom du vase hiéroglyphique ayant pour premier élément phonétique la lettre b, 6 , il en résulte que ces deux programmâtes forment le mot hob ^a\&, dans le sens d' œuvres humaines. Amset donc présente à Osiris, avec le cœur du défunt, toutes ses actions conformes aux lois civiles et religieuses , représentées par la charrue et par Y encensoir brûlant, et il affirme qu'elles ont été justifiées par le dieu Thot.
L'ordre des idées allégorisées par les parties du corps contenues dans ces trois vases a été jusqu'à présent complètement suivi r du cerveau l'on est descendu aux lèvres et aux poumons, ensuite au cœur, et nous allons finir par les reins, que le vase de Canope renfermera sans doute. Dans les Psaumes, il est dit que Dieu scrute le cœur et les reins des hommes, sentence répétée dans le Nouveau Testament, et rappelée fréquemment aux fidèles dans la chaire évangélique. Les Egyptiens, dans leurs institutions religieuses, ne se sont jamais écartés des lois que les anciens Hébreux pratiquaient. Il n'est donc pas surprenant que le vase du quatrième génie de l'Àmenthi , dont nous allons entreprendre l'explication , symbolise par son contenu les paroles bibliques que nous venons de citer.
LU