‹ Lettre sur l'interprétation des hiéroglyphes ÉgyptienChapitre 28 sur 39 · GÉNIE CANOPE. — BASES D'AUTELS · texte numérisé non relu

GÉNIE CANOPE. — BASES D'AUTELS

J'ai lieu de m'étonner que les savants n'aient pas reconnu dans les trois hiéroglyphes de Y étoile, du vautour et du serpent, le véritable nom du génie à tête de chacal. Ces trois signes se trouvent constamment, à quelque légère différence près, dans tous les vases semblables à celui-ci. Le Père Ungarelli, enfermé dans les murs de son couvent, manquait de la liberté nécessaire pour parcourir librement les champs du mysticisme égyptien. C'est pourquoi on doit l'excuser d'avoir mal interprété le sens du quatrième génie et de ses légendes.

J'ai expliqué dès le commencement de cette Lettre l'épithète hat en-nouf à' Amon générateur (III). Ce mot, exprimant l'acte de Yéjaculation, est formé des initiales du vautour et du serpent, que nous retrouvons ici. Vous avez vu, Monsieur, dans mes précédentes analyses (XXXII), que Y étoile donne la syllabe ka K&, laquelle réunie au mot nouf que je viens de citer compose le mot kanouf, qui présente la valeur nominale de cessation de semence, dans le sens opposé de hat en-nouf, puisque l'un est le symbole de la vie, et l'autre, de la mort.

Ce Kanouf ou Kanoub n'est-il pas, Monsieur, le fameux Canope dont l'existence a été niée par le révérend Barnabite? N'est-ce pas ce Canope que la Grèce et l'Italie ont de tout temps reconnu comme un dieu égyptien? IN 'est-ce pas ce Canope qui a donné son nom à tous les vases funéraires connus jusque aujourd'hui? Le Père Ungarelli avait-il donc la présomption d'anéantir par ses rêveries hiéroglyphiques

des vérités historiques aussi évidentes et aussi bien constatées? Examinons maintenant la partie corporelle renfermée dans ce vase appelé campe, et quelles sont les actions dont elle est le symbole.

Le groupe hiéroglyphique tout entier indique la prostration des forces, l'anéantissement, l'extinction de la lumière, la cessation physique et morale de toute action : un sol aplati, deux petits autels sans brasier, le nœud symbole de la partie femelle renversé, au-dessous de la ligne horizontale, le membre viril flasque et mou. Il fallait avoir la simplicité du pieux Barnabite pour ne voir dans tout cela que des bandelettes préparées pour le corps de son Gnofhor.

Abordons maintenant l'interprétation de ces hiéroglyphes, La principale figure alphabétique de ce groupe compliqué est celle qui se présente à nous sous la forme, souvent reproduite dans les monuments, de deux bras en adoration, en sollicitation , expression de la prière , figure qui donne la lettre kappa K. Il est certain que les prêtres, ne trouvant pas dans les bras élevés vers le ciel une image suffisamment funèbre, les ont remplacés par des objets plus convenables au sujet qu'ils voulaient exprimer. La ligne horizontale et les deux bases placées aux extrémités de cette ligne ont ici la valeur phonétique du kappa , qui peut aussi être pris pour ghima tf^dans les légendes. L'absence de brasiers au-dessus des fûts des petites colonnes est indiquée par les mots copies lo XO, cesser, ou laav ^£2^, rien, dont le lamda A est le protogrammate. Mais cette lettre peut encore être obtenue du mot lôbch Acn^ai, fondation, qui résulte des bases placées aux deux bouts de la ligne horizontale. Le nœud mystique est admis comme le signe de la voyelle d, eu. Enfin,, Mo "toto, membre viril, nous donne le phonétique t, t*

Tous ces éléments alphabétiques tirés du groupe mystérieux composent le mot glôt tf?\ttJ<T, qui signifie précisément les reins. Il faut faire attention que glôt, tout en signifiant les reins, donne aussi, en vertu de ses hiéroglyphes et de ses syllabes détachées gal-ôti tf&^-ut^, le sens d'inertie des parties naturelles, ce qui fait allusion à l'anéantissement des facultés génératrices causé par la mort.

Ce que je viens d'exposer ne suffit pas pour nous donner l'idée du rapport que le génie Canope doit présenter à Osiris au sujet du mort. Cependant il est possible de démontrer que le mot saat c^h^s, abstinence, est renfermé dans le même groupe hiéroglyphique.

Sans recourir à la ligne horizontale, pour avoir, par le moyen du mot souten cov^zx, direction, un sima o, je proposerai la syllabe entière sa C£, tirée du nom sacré des fûts de colonne représentés ici.

Les bases d'autel dégarnies de leur brasier se rencontrent de temps en temps parmi les hiéroglyphes égyptiens, et j'en ai cilé plusieurs exemples dans mon premier ouvrage biblique. On a ignoré jusqu'ici le nom que les prêtres de la ^ nnn vallée du Nil donnaient à ces sortes de bases, qui représentent vraiment un fut de colonne. Dans la caisse funéraire de M. Papandriopulo, il y en a plusieurs, dont quelques-unes sont surmontées de trois caractères phonétiques précédés du symbole de la Divinité; ces trois caractères, qui constituent le nom de l'objet qu'ils surmontent, se lisent aisément sas çz>ç.

Il serait fort embarrassant de découvrir la signification d'un mot qui n'existe pas dans le copte , si nous n'avions pour nous aider les langues sémitiques, qui en fournissent sans peine l'explication ; car l'hébreu achich WWX et l'arabe

asas ^oU nous donnent le sens de base ou de fondement. Le symbole divin et les trois phonétiques s'expliquent conséquemment par ces mots : base divine, base sacrée.

Pour revenir à nos fûts de colonne, il est évident, comme je l'ai dit, qu'ils nous donnent, outre le protogrammate sima c, la syllabe sa c&. Àjoutons-y maintenant le protogrammate de la colonne, dite en général thouoti çoyo^, ou bien celui de Mo ^to^to, que nous avons expliqué un peu plus haut, et le mot hiéroglyphique saat C^&nr, omission, abstinence, prendra place dans ce groupe.

Le Canope porteur des reins affirme donc ici que Pnesthor ayant, de son vivant, exercé Y abstinence, c'est-à-dire, s'étant abstenu de faire tout ce que les lois lui défendaient, a été justifié par le dieu Thot. Ce sont les omissions dont l'illustre défunt avait à rendre compte.

Il est démontré aujourd'hui que le divin Canope a existé de tout temps en Egypte. Si les Grecs et les Romains ont dénaturé par des histoires puériles sa destination et ses qualités, cela ne détruit point son existence, l'usage funéraire auquel il était consacré, ni le culte que les Egyptiens lui rendirent anciennement. C'est pour cela que son nom l'a emporté sur celui des trois autres génies, de sorte que dans la suite tous ces vases furent appelés vases campes par les peuples étrangers.

Les Arabes ont conservé la valeur de Canope dans la racine kanab ^3, qui n'est au fond que le mot égyptien orthographié sémitiquement. À la vérité, kanab signifie soleil qui se couche, et kanoub w^:o, mot très-rapproché de Canope, signifie le soleil couchant (1). Le Canope égyptien était aussi

(1) Paralipomeni, ecc, part. IV, cap. ni.

le soleil occidental ; mais les racines coptes que j'ai expliquées donnent également plusieurs autres significations, telles que la cessation de la vie naturelle , la descente du soleil , Yéjaculation arrêtée, la mort.

Page 1