‹ Lettre sur l'interprétation des hiéroglyphes ÉgyptienChapitre 29 sur 39 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

YILLE DE CANOPE.

Il me reste à dire quelques mots sur le nom de la ville de Canope en Egypte , nom que le Père Ungarelli a exactement transcrit kah-ennoub K2>2-KtfO'r&, et qu'il a parfaitement traduit par ces mots : terre de For; expression mystique dont malheureusement il n'a pas compris toute la valeur.

J'ai discuté cette expression dans mes ouvrages bibliques, où j'ai expliqué les passages les plus obscurs de l'Ancien et du Nouveau Testament, dans lesquels le mot terre se trouverait évidemment déplacé, si on le prenait dans un sens matériel; et j'ai démontré que la terre de l'or était la région de la bienfaisance divine, la région des grâces de Dieu, symbolisées dans le signe du Cancer, en un mot, le paradis.

Les justes de l'Evangile qui auront en partage la terre sont ceux qui, grâce à leur justice, jouiront des biens de la région céleste, que Dieu leur donnera en partage, après la mort, comme une récompense éternelle. La même idée est exprimée dans un psaume chanté aux funérailles de David , psaume d'une grande beauté, dans lequel la doctrine de l'immortalité de 1 ame et d'une récompense éternelle dans le monde à venir est clairement indiquée. Malheureusement ce psaume sublime, si favorable à notre croyance, n'a été compris par aucun des interprètes anciens et modernes ;

cette considération m'a engagé à en donner, dans mes Voies symboliques de la Bible, une traduction nouvelle dont la fidélité, si je ne m'abuse, l'emporte sur toutes celles qui ont été faites jusqu'ici.

Je ne m'occuperai pas, dans cette Lettre, de ces questions bibliques. J'en parle seulement en passant pour rappeler à votre souvenir que la terre de l'or, qui a donné le nom à la ville deCanope, n'était autre chose, chez les païens, que la région du soleil dans le Cancer.

Cette ville fut donc appelée Canope pour lui donner un nom sublime qui indiquât la puissance et la valeur, un nom synonyme de celui que je viens de tirer des ténèbres de la mort.

Les variantes hiéroglyphiques du nom de Canope dans les monuments sont presque nulles, puisque Y étoile, le vautour, le serpent, s'y trouvent constamment. Le vautour porte quelquefois l'aspersoir sur son dos; nous pouvons alors y ajouter un ni tf, et prononcer kannouf K£ttttO*rq, au lieu de kanouf.

KANOUF TRANSFORMÉ EN NOUFKA PAR MOÏSE.

Je vais maintenant faire une remarque assez importante sur la manière employée par Moïse pour nommer ce kanouf dans l'ornement symbolique des Urim et Tummim. Il a placé à l'endroit du Cancer mystique la pierre précieuse nofekh "p3, dont les lettres nous donnent noufka , qui n'est autre que kanouf, dont la première syllabe a été changée de place. Or il ne faut pas supposer que Moïse n'ait eu en Egypte aucun exemple de cette interversion de syllabes, interversion qui

ne devait pas détruire l'allégorie du Canope. Je vais vous en donner une preuve incontestable.

On trouve dans presque tous les vases funéraires du Louvre, au-dessus des noms des quatre génies, le mot po ttut ou pot TTatT hiéroglyphique. Ce mot n'est pas nouveau pour moi ; il me rappelle les potot mnD, c'est-à-dire, les vases, qui faisaient partie des ustensiles du temple de Salomon, et dont le singulier pot HD se retrouve dans les hiéroglyphes. Le copte a conservé ce nom sous la forme littérale apot ^irat^ ; mais il est évident, d'après la Bible et les textes phonétiques, que son orthographe primitive était pot, et que le t, ~i, à la fin du mot lui servait d'article féminin. Il n'est pas rare, en effet, de lire dans les monuments ce nom ainsi écrit po ttou.

N'oublions pas, à ce propos, Monsieur, que po ttuu est le même mot employé parles prêtres du Nil, comme je l'ai dit précédemment, pour la dénomination sexuelle de la divinité Po, principe femelle du principe mâle Ré, lesquels réunis constituent le tétragrammate égyptien Rèpo (XV) .

Revenons au noufka de Moïse. L'interversion de syllabes que l'on remarque dans ce mot se rencontre aussi dans les hiéroglyphes du Canope, sur les vases funéraires qui lui f|^ sont consacrés, comme le prouve le groupe que je ^ jT mets sous vos yeux, dans lequel les deux signes vau- ^^ tour et coupe remplacent les trois phonétiques étoile,

jÊk vautour et serpent, qui constituent ordinairement le — — nom de kanouf. Cependant, si l'on veut suivre l'ordre tel qu'il est, la légende des deux hiéroglyphes doit être noufka, et celle du groupe entier pot en-noufka ttu.^ KttcvrqKfc, c'est-à-dire, réservoir ou vase de Noufka.

Il est probable que c'est afin d'offrir un dessin plus élé-

gant, ou par respect pour la représentation divine, que les prêtres égyptiens ont interverti l'ordre des phonétiques et ont donné la première place au signe qui ne devait occuper que la seconde. Nous pouvons donc, malgré cette interversion, lire kanouf au lieu de noufka. Cependant, d'après l'exemple et l'autorité de Moïse, la légende de noufka est d'autant plus rationnelle, que le noufka et le kanouf se composent des mêmes radicaux , et qu'ils nous donnent une signification identique.

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