‹ Lettre sur l'interprétation des hiéroglyphes ÉgyptienChapitre 31 sur 39 · ANMAS ET KHENT, COIFFURES ÉGYPTIENNES. EXPLICATION DES · texte numérisé non relu

ANMAS ET KHENT, COIFFURES ÉGYPTIENNES. EXPLICATION DES

MOTS COPTES MASMATOÏ , KERMES ET GALAP.

On pourrait croire que le mot anmas ^w5C, écrit en hiéroglyphes au-dessus d'un voile rayé, est le même que le mot nams que nous venons d'expliquer. Quelque petite que soit la différence entre ces deux termes, je crois pourtant qu anmas n'a aucun rapport avec nams. Anmas est un mot composé qui se divise en deux parties, an-mas z>r-*m>c, dont chacune a sa valeur propre, et les deux sens concourent à l'expression exacte de l'objet. En voici, selon moi, l'analyse.

Avon £yok signifie en copte, selon les dictionnaires, variété de couleurs. Je crois cependant que sa véritable signification est couleur; car, chez les Arabes, ce mot, avec îa simple addition de l'initiale l, a la même valeur : lavn ,J au singulier, et clvan J\J>\ au pluriel. Ne pouvons-nous pas en tirer la conséquence que les Egyptiens avaient aussi une double expression (avn z>vtt au singulier, et a von £Ycm ou avan &*r2>tf au pluriel) pour rendre les deux nombres? Je suppose donc que la syllabe an, première partie de anmas, indique la couleur, et que mas signifie ce qui est engendré, ou le fils, mot qui, dans la composition des noms, peut remplacer la valeur de la lettre chei uj, expression abrégée de fils. On conçoit dès lors qu an-mas signifie le fils de la couleur, et que ce mot est identique au terme employé dans la Bible pour désigner le voile d'Àaron, qu'elle appelle un ouvrage rayé en couleurs(i). Je pense donc que ce voile égyptien était le voile colorié à longues raies, tel que je le donne ici, et que nous le voyons souvent reproduit sur les monuments.

Il me serait facile de prouver par des exemples nombreux que le mot mas remplace, comme je viens de le dire, dans la formation des mots, la lettre chei eu, abréviation du mot

(1) La sagra Scriitura., eec, part. 111, cap. n, § 10.

che oje, fils. Je choisirai entre autres le mot mas-matoï W5C«^0S, soldat, guerrier, qui littéralement signifie Y engendré de V armée, le fils de l'armée.

Un autre exemple plus frappant est le mot KEpuEC, qui, formé de ker (cercle) et de mes (engendré ou fils), nous donne le sens complet et précis de fils du cercle, pour désigner une goutte. Le mot galap <5&?v&:it, qui en copte signifie aussi goutte, se décompose en gai, rouler p9Jl), et ap, chef ou père pN), et offre la valeur complexe de père du roulement. Ces exemples prouvent, à mon avis, que la composition des vieux mots égyptiens était opérée d'après les racines sémitiques et dans leur simplicité primitive.

Après avoir, dans plusieurs paragraphes de cette Lettre, exposé plus d'une hypothèse au sujet des bonnets et des voiles sacerdotaux, il me semble maintenant à propos de démontrer en peu de mots les preuves que je puis faire valoir, celles surtout auxquelles j'ai fait allusion (XXIX) en parlant du voile sacré et de son nom, qui dérivent, selon moi, de ^^y. la Bible. Les phonétiques placés au-dessus de ce voile, peint dans la caisse de momie dont j'ai fait plusieurs fois mention, n'admettent point d' autre légende que celle de khent fc)E tt'T . Par ce khent nous sommes assurés d'abord que \'abnet de la sainte Ecriture, dont j'ai rétabli la véritable orthographe par ma nouvelle analyse, signifiait réellement le voile blanc d'Aaron: que ce khent, avec son article pkhent hOe^t, n'avait aucun rapport avec le pskhent d'Horapollon (XXVIII), qui désigne la partie rouge du bonnet sacerdotal égyptien ; que c'était pour les prêtres le nom du voile sans couleurs et sans stries dont j'ai déjà indiqué le sens.

RÉCAPITULATION DES LEGENDES SCULPTEES SUR LES VASES FUNÉRAIRES DU CARDINAL LAMBRUSCHINI.

En résumant tout ce que je viens d'exposer concernant les quatre génies de l'Aroenthi, leur représentation par des vases, l'explication des hiéroglyphes qui constatent leur mission divine, et le double sens, réel et allégorique, des mots, je dois vous prévenir, Monsieur, que quoique chaque vase semble avoir été spécialement destiné à recevoir telle ou telle partie du corps du défunt, il ne faut pas en conclure que ces réservoirs sacrés ne devaient en recevoir aucune autre. Il paraît certain, au contraire, que chaque vase pouvait contenir tout ce qui se rapportait au caraclère physique et moral du génie. Par exemple, les yeux étaient sans doute réunis au cerveau dans le vase de Betsoph; la langue était avec les poumons dans celui de Hapi; le vase d'Àmset contenait le cœur, la rate et le foie; et enfin, dans celui de Canope se trouvait avec les reins tout ce qui est renfermé dans la région inférieure du corps humain.

11 est aussi à présumer qu'il n'était pas absolument nécessaire d'employer toujours aux funérailles du défunt les quatre vases avec les images que nous avons décrites. L'expérience nous apprend que dans les tombes égyptiennes on trouve tantôt ces vases avec les images des quatre génies, tantôt seulement avec l'image d'Amset ou de Canope, ou avec celles de Betsoph et de Hapi. Du reste, ces quatre génies représentant l'examen de conscience concernant les pensées, les paroles, les actions et les omissions du mort, ainsi que la justification qu'il a obtenue dans la balance de

Thot, il est évident que le récit de cet examen pouvant être fait à Osiris par un seul génie aussi bien que par les quatre, les parties de son corps pouvaient être également renfermées dans un seul vase ou dans plusieurs, sans rompre l'ordre des cérémonies funèbres observées dans le jugement de 1 ame du défunt.

Voici maintenant la version des légendes entières sculptées sur les quatre vases, selon leur ordre et selon l'analyse grammaticale exposée ci-dessus.

LE DIVIN BETSOPH, EN PRESENTANT LE CERVEAU DE PNESTHOR, CHEF d' ARMEE, ATTESTE QU'IL A ETE JUSTIFIÉ DANS SES PENSEES.

LE DIVIN HAPI, EN PRESENTANT LES POUMONS DE PNESTHOR, CHEF d' ARMEE, ATTESTE QU'IL A ETE JUSTIFIÉ DANS SES PAROLES.

LE DIVIN AMSET, EN PRÉSENTANT LE COEUR DE PNESTHOR, CHEF d' ARMEE, ATTESTE QU'IL A ÉTÉ JUSTIFIÉ DANS SES ACTIONS.

LE DIVIN CANOPE, EN PRÉSENTANT LES REINS DE PNESTHOR, CHEF d' ARMÉE, ATTESTE QU'IL A ÉTÉ JUSTIFIÉ DANS SES OMISSIONS.

J'espère, Monsieur, que cette interprétation, comparée à celle publiée avec tant d'éclat par le révérend Père Ungarelli, vous paraîtra d'autant plus exacte, qu'elle me semble dégagée de toutes les puérilités dont la sienne est parsemée.

Je suis heureux de trouver l'occasion de rendre au riche acquéreur de ces vases précieux un service littéraire qui aura du moins le mérite d'être gratuit.

Le Père Ungarelli, d'un caractère modeste et réservé, a été poussé par la faveur du cardinal Lambruschini à jouer

à Rome le rôle d'une autorité scientifique. Nul examen, nul concours ne s'y faisait sans sa participation, son conseil, sa voix trop puissante. Les professeurs de l'archigymnase romain avaient perdu leurs attributions et leurs droits, anéantis qu'ils étaient devant lui. Cependant le jour de la justice se lève tôt ou tard pour tout homme. Mes recherches au sujet des vases de la mort du cardinal Lambruschini seront, je l'espère, comme un miroir devant lequel les masques tomberont, et la vérité, devenue manifeste, triomphera.

LE DESTIN DE l'aMENTHI.

Je vais vous proposer, Monsieur, une nouvelle preuve de l'utilité, et je dirai même de la nécessité de chercher dans les langues sémitiques l'interprétation des mots inconnus que l'on rencontre dans les légendes hiéroglyphiques. Nous connaissons maintenant la nature clés quatre génies de l'Amenthi, et nous savons comment ils rendaient compte à Osiris des œuvres du mort. Il nous reste à savoir par qui la sentence suprême était prononcée.

Dans les scènes funéraires qui représentent le jugement final, on voit souvent un monstre à double nature, dont la tête ressemble à celle d'un hippopotame, et le corps à celui d'une truie. Cet animal paraît renfermer le symbole de l'opposition naturelle constituant l'essence de la divinité solaire d'Osiris. Sa bouche ouverte et ses longues dents indiquent sa voracité; ses mamelles gonflées le long de son ventre représentent, au contraire, la nutrition. Il est donc évident que sa figure se compose des symboles opposés de la vie et de la mort.

Jusqu'ici les archéologues n'ont vu dans ce monstre que la destruction, et ils ne lui ont supposé d'autre emploi que celui de dévorer les damnés. Cette supposition est d'autant plus erronée, que ce monstre infernal est souvent représenté se tenant devant Osiris d'un air calme et doux.

Il est nécessaire de faire attention aux deux différentes manières dont le nom de ce monstre est écrit dans les inscriptions hiéroglyphiques, parce que tantôt il est formé par deux phonétiques, am, tantôt par ces mêmes caractères répétés deux fois, qui paraissent destinés à redoubler ainsi le même son am-am. Voici le type original de ce nom, sur lequel je vais exposer mon opinion. Dans sa Lettre au professeur Rosellini, M. Lepsius affirme que les deux lignes formant la croix, X qui dans ce groupe hiéroglyphique se trouve au- £/JiX dessous du nom de la bête, sont homophones de III l'hirondelle. Cela est vrai; mais de même que M. Lepsius a mal compris la valeur de Y oiseau, il a mal expliqué les deux lignes.

J'ai dit plus haut, Monsieur, que Y hirondelle et la bouche, ou bien Y hirondelle toute seule, forment le mot bal &z>?v, seigneur, maître. Or, si les deux lignes formant la croix remplacent Y hirondelle hiéroglyphique, elles doivent donner également le même mot bal. Sil'on y ajoute, par conséquent, l'article féminin placé à côté, le titre de bal devient bail &&Xt, c'est-à-dire, maîtresse.

Il n'est pas difficile de découvrir la condition de ceux qui sont sous la domination du monstre clans l'enfer. La figure représentée frappant vigoureusement plusieurs êtres placés au-dessous d'elle, symbolise, si l'on en croit les savants, les coupables. Elle indique plutôt, selon moi, ceux qui sont punis

ou condamnés, EYrT<5&stfY. Le monstre, que les hiéroglyphes mettent au féminin, est la maîtresse des condamnés, de ceux qui sont frappés par la punition divine, et l'instrument avec lequel on les frappe est la hache symbolique de la divinité (VI).

Ce titre de maîtresse se trouve aussi dans le sceptre à tête

de taureau qui, dans les légendes sacrées, remplace parfois

.=» — I Yhirofidelle ou la petite croix en sautoir. Le nom de ce

' sceptre est baht, comme nous l'avons vu précédem-

Tment (XVIII, XIX). Or, les mots baht et balt, en (^ tant qu'ils signifient vision et seigneurie, sont synonymes ; par conséquent, le sceptre à tête de taureau, sceptre placé sous le nom du monstre infernal, doit être traduit de même par maîtresse.

Analysons maintenant ce nom composé, pour en déduire la signification cachée dans le mot simple. Ce n'est pas le copte qui nous fournira la racine dans laquelle nous pourrons reconnaître le mot am-am; ce sont les langues sémitiques. Nous avons vu que le bras, troisième phonétique dans le nom du dieu Reta (IX), représentait en même temps Yaïn 9 arabe et le heth t\ hébreu, ce qui prouve que ce phonétique, chez les Egyptiens, remplaçait les lettres aspirées, qui se ressemblent l'une l'autre. On ne doit pas s'étonner si dans le nom du monstre les deux bras représentent deux lettres différentes , pourvu que ces deux lettres soient aspirées.

La racine arabe hamm JU. renferme tous les sens nécessaires pour nous donner la signification du nom de la maîtresse de l'enfer; car le mot hammam 12^, qui exprime trèsbien le son des quatre phonétiques, signifie le mauvais destin, la fortune contraire, le fatum adversum des anciens ; et ham-

mim J^, chez les Arabes, n'était pas autre chose que Yenfer.

Ces divers sens réunis prouvent, à mon avis, que le mot hamm ' ^ indiquait en Egypte la destinée en général, bonne ou mauvaise, et que le mot composé hammam signifiait une destinée contraire. Par conséquent, la bête infernale à double nature, l'une féroce et l'autre douce, ne représentait devant Osiris que la Destinée, prête, après le dernier jugement prononcé par le dieu, à se montrer favorable à ceux qui sont justifiés, et impitoyable pour les damnés. Elle se nommait Baht-hamm dans l'Amenthi, ou dans les champs de délices et de réjouissances, et Balt-hammam au fond de l'enfer, dans les citernes d'eau bouillante, dans le feu éternel.

Le groupe hiéroglyphique qui forme le nom du Destin de l'Amenthi doit être lu : hammam hait enni-tuaïo, ^t>u *3h*± &z>ArT wks-t^mo, ce qui signifie : la Destinée ennemie, maîtresse des damnés. Voilà pourquoi la bête allégorique représentée au-dessous de cette légende hiéroglyphique dans le monument a la tête tournée au rebours de son corps. Elle semble dire : Je suis la Destinée adverse qui vous attend, ô hommes pervers !

BAAL CHM1N ET BAAL-EÏA, DIEUX ÉGYPTIENS. — EXPLICATION DE LA STÈLE DU MUSEE BRITANNIQUE. — BACCHANTES. — AMEN- OTP ET SEBEKOTP.

Quittons l'enfer, où nous ont entraîné nos recherches, et remontons maintenant au plus haut degré du soleil, au signe du Cancer, siège symbolique de la divinité que nous allons découvrir. J'ai déjà parlé, au commencement de cette

Lettre, du dieu Àmon générateur, et je lui ai donné l'épithète de Hat en-?iouf, épithète qui cependant ne peut nous donner la clef de toutes les difficultés que présentent les inscriptions hiéroglyphiques au sujet de cette divinité. En effet, le dessin reproduit dans notre planche IIe nous offre un nouveau nom pour ce dieu générateur; nom qui reparaît dans la planche Ire b, avec les signes indicatifs d'une ville. Il faut donc chercher un mot qui se rapporte à la fois et au nom d'une divinité et à celui d'une ville égyptienne. Ce nœud gordien, qui a jusqu'ici résisté aux efforts des archéologues, nous espérons parvenir à le dénouer sans l'épée d'Alexandre.

Entre Amon hat en-noufet Amon-ra hat en-nouf il n'existe aucune différence ; car Amon-ra étant le principe universel de toute la nature, pouvait recevoir autant de surnoms qu'il plairait aux prêtres égyptiens de lui en donner. Or, Hat ennouf, Amon hat en-noufet Amon-ra sont identiques ; car Y Arroseur, Amon l 'arroseur eiAmonle créateur, ne diffèrent point entre eux quant à l'expression radicale qu'ils renferment. Occupons-nous maintenant du nom inconnu qui appartient à ce dieu ainsi qu'à une ville égyptienne.

Lorsque j'ai expliqué dans mes Paralipomènesles groupes obscènes du papyrus de Turin (1), j'ai placé, selon les superstitions mythologiques, le dieu Baal-Semen (très-vénéré par les païens) dans le signe du Cancer. La deuxième partie de ce nom, ainsi orthographiée par les anciens auteurs, peut être aussi prononcée Smin; dès lors il est facile de conjecturer que la ville de Chmin cymtt a pris son nom de celui du dieu Baal-Smin, qu'elle adorait et sous la protection

(1) Paralipommi, ecc, part. V, cap. vi.

fluquel elle était placée. Les Arabes ont conservé ce nom sous la forme ahhmin c^?^.

Il faut maintenant examiner de quelle manière le nom Semen ou Chmin peut sortir de la vocalisation des deux hiéroglyphes, dont l'un, le nés, la potence mosaïque, le trône d'exaltation, est bien connu, mais dont l'autre ne l'est pas encore. Nous avons vu plus haut (XXXIII, XLIII) que le trône peut être rendu en copte par le mot chi ojs, égalité, mesure, qui donne le protogrammate cheï oj, ainsi que les lettres sima C et thita b, qui lui sont analogues. Ce mot chi s'appliquant à la potence ou à la forme de Yéquerre sur laquelle pose et s'étend dans toute sa largeur l'emblème de la Divinité, nous donne la première syllabe du nom que nous cherchons. Quant à la deuxième, il faut que nous nous reportions à la Bible, qui nous servira, dans ce cas, de guide infaillible.

Le dernier psaume, composé par David pour célébrer le Seigneur par l'accord de plusieurs instruments , dont la forme se rattache aux symboles des signes célestes, nomme, à l'endroit allégorique du Cancer, le minim D^JD, dont le singulier est min. Les interprètes n'ont pu jusqu'ici donner la signification de ce mot, ni comprendre la forme de l'instrument qu'il désigne. J'ai traité ces questions dans mes Voies symboliques de la Bible, et j'ai conclu de mes recherches que cet instrument ressemblait à peu près aux cymbales de la musique militaire, lesquelles sont devenues, en se rapetissant, des castagnettes, qui ont toujours conservé le type et le symbole de ce qui se passe dans le Cancer allégorique de la mythologie, au point du solstice.

Sans m'arrêter à énumérer les preuves émises dans l'ouvrage ci-dessus indiqué, je dirai que le signe hiéroglyphique

peut représenter une espèce d'instrument composé de deux ailes déployées, etimitant dansleur petitesse celles du soleil; ailes mystiques, s'unissant ensemble pour symboliser l'acte conjugal du disque solaire androgyne dans le Cancer. Nous verrons plus loin que, malgré la variété qu'elle présente dans quelques monuments, la forme de cet instrument ne détruit pas l'idée que nous avons conçue de son symbolisme, puisque chaque aile étant composée de deux parties pénétrant l'une dans l'autre, cette variété même vient à l'appui de mon assertion. Quoi qu'il en soit pourtant de la forme et de la nature de cet instrument, nous savons qu'il est appelé dans la Bible min ; or, ce mot ressemble parfaitement à celui de men, que les prêtres égyptiens ont choisi pour désigner leur grand dieu Amen ou Amon. Chmin ujustt est, par conséquent, un des noms de ce dieu, et par suite celui de la ville placée sous sa protection et dans laquelle il était adoré.

Si l'on voulait chercher l'origine du mot Semen, Semin ou Chmin, on la trouverait dans la racine que les peuples sémitiques ont adoptée, ainsi que les Coptes, pour la formation du mot theman, |DT»j heu5-ïï, qui indique la partie méridionale d'un pays. Les Egyptiens ont allégorisé la région de la plus forte chaleur par le sommet de la pyramide, où le soleil du signe du Cancer était représenté ; de sorte que Chmin signifiait chez eux trois choses à la fois : le nom du dieu, celui de la ville, et celui de toute la région méridionale de l'Egypte.

Les Grecs ont donné à la ville de Chmin le nom de Panopolis, c'est-à-dire, la ville de Pan. Or, le Pan des Grecs, comme nous l'avons fait voir précédemment, est le P-an des Coptes, Y œil solaire qui coule et arrose (VII). Le nom adopté

par les Grecs est donc un synonyme de Climin liai en-nouf. Nous reviendrons plus tard sur ce sujet.

L'inscription de la planche Ire, qui désigne le Hat en-nouf avec le symbole de la région ou de la ville qu'il protège, ne doit pas maintenant nous paraître difficile à lire : ^ui ojmiï £&nr-^ttOYq, le vivificateur des régions méridionales, ou , si vous le préférez , le vivificateur des régions de Chmin.

L'examen que je vais faire de la stèle du musée Britannique présente plus de difficulté (1). Je n'expliquerai pourtant que les hiéroglyphes de la partie supérieure du tableau mystique, parce qu'ils sont d'un grand intérêt ; quant aux signes de la partie inférieure, je me bornerai à l'explication de ceux qui appartiennent à la déesse Tanata, femme de Renpo.

Une fois parvenus à découvrir le nom de la divinité Kïoun, et renseignés sur le passage d'Àmos où il en est question (VII), l'inscription hiéroglyphique sculptée audessus est facile à déchiffrer.

Amos dit que Kïoun était la reine du ciel ; les hiéroglyphes répètent : <t-kn orpw, ne&t ntu, Kïoun, la reine absolue du ciel.

Les Septante, en traduisant le mot hébreu Kïoun par Renfam, se sont évidemment trompés; car Renpo, d'après ce monument égyptien, est là pour représenter seulement le côté fort de la déesse Nature, symbolisé par le lion ou la lionne qui la supporte.

Comme j'ai déjà beaucoup parlé, dans cette Lettre et dans mes Paralipomènes, de la déesse Kïoun, ainsi que du tétra-

(1) pi. h.

grammate Rèpo , dont le Ré-en-po de la stèle représente la première partie, je ne m'en occuperai pas davantage ici. Quant à la légende hiéroglyphique qui se rapporte à Renpo, je crois qu'on doit la traduire ainsi : piïTTUJ TOY'rp tt&&, neê tt&t im^, ^HK ftïWOTTTEp, Rewpo, le dieu grand, maître de la voûte du ciel, le fort des dieux.

Le second élément alphabétique du mot naa tt££, élément que dans mon interprétation je crois devoir prendre pour un alpha, est tellement effacé sur la pierre, qu'il laissera toujours des doutes dans l'esprit des plus habiles interprètes d'hiéroglyphes.

Vous devez reconnaître, Monsieur, dans le mot pat n&'T, que je traduis par voûte, la même signification que j'ai trouvée dans le mot pot TTttt'T, ou vase, puisque l'expression de vase du ciel correspond à celle de voûte ou arc du ciel (LIV). Vous reconnaîtrez aussi dans le mot hek ou hik la valeur de celui qui est en tête du nom composé ak-rabbim (îk-rabbim), nom tiré de la Bible, et dont vous avez lu plus haut l'interprétation dans le sens de force (II).

Avant d'achever l'explication de la partie supérieure du tableau , je dirai quelques mots au sujet de la femme de Renpo, représentée, au bas de la scène, recevant les offrandes de ses adorateurs. Cette déesse à l'aspect terrible est Po-en-Rè (seconde partie du létragrammate égyptien), qui, comme je l'ai dit plus haut, change son nom favorable en celui de Tanata, nom de colère et de mort. Les mots hiéroglyphiques inscrits au-dessus de cette image se traduisent en copte : t&ïï&<t&, o^pat, ïïe&t tt^^t ktîEj ^V^uuk MsttOY'TEp, ce qui signifie : Tanata, reine absolue de la voûte du ciel, commande aux dieux.

Tous les signes placés derrière la déesse sont idéologi-

ques, et leur signification doit se trouver dans le symbolisme qu'ils renferment. Par exemple, le premier signe, dont on ne connaît ni l'usage ni la nature, exprime sans doute le droit du pouvoir absolu; car, dans certains monuments, on voit les divinités la main étendue au-dessus de cet instrument, comme si par cet acte elles manifestaient l'indépendance de leurs droits. Le kounti qui suit est l'allégorie de la vie et de la mort (XXXV) ; le tétrescare se rapporte aux quatre gonds de l'univers (XXXIX) ; le sceptre équinoxial à la justice parfaite (XXXII); le lotus et le verrou donnent les deux phonétiques m, s, u , c, placés au commencement des deux syllabes du mot mesor «ECOp (XLII), nom de Y Egypte, que nous avons découvert dans les hiéroglyphes, et dont mêla utl?\£, papyrus, donne ici le protogrammate ; enfin, la corbeille, mm ou niben, tfst*, ksêçîï, signifie le tout.

Ainsi, la légende complète des phonétiques et des symboles consacrés dans le tableau à la déesse Tanata sera : Tanata, reine absolue de la voûte du ciel, commande aux dieux, dispose de la vie et de la mort, exerce du haut des quatre gonds de l'univers la justice parfaite sur toute l'Egypte.

Je me réfère, au sujet de Tanata, à tout ce que j'ai précédemment exposé (VIII) .

Je passe maintenant à l'examen des hiéroglyphes sculptés au-dessus de la figure d'Àmon générateur, qui diffèrent totalement de ceux que nous avons étudiés jusqu'ici. Le mot Chmin, qui y est placé comme nom propre, doit rappeler ici Âmon générateur ou Amon hat-en-nouf. Nous avons vu plus haut (XX) que Y hirondelle et la bouche doivent se lire bal &&?\; par conséquent, la réunion de ces deux mots donne le nom Baal-Semen que les anciens nous ont conservé. Cependant, dans cette inscription, Baal ne se rapporte pas à

Chmin, mais il s'accorde avec le mot suivant eïa es&, tiré des jambes et de Y aigle, et qui signifie purifier, laver, arroser. Ce mot est donc synonyme de hat-en-nouf, etBaal-eïa exprime, quoique en d'autres termes, le seigneur de l'arrosement.

Le mot eïa me paraît être l'origine de l'exclamation evoé que les Bacchantes furieuses prononçaient en invoquant Bacchus. Cette sorte d'ovation bruyante, loin d'être sans valeur, devait, au contraire, renfermer un sens convenable à la nature du dieu et à la fête dont il était l'objet; et le verbe égyptien eïa nous porte à croire que les Bacchantes criaient devant leur dieu : Arrose, arrose, ô Bacchus ! arrosenous, arrose-nous, ô le puissant des générations!

L'homme en attitude de félicitation, le segment de sphère et les deux plumes, forment un groupe que les archéologues traduisent ainsi : Celui qui se réjouit dans ses deux plumes; traduction à la fois absurde et ridicule, comme le prouvera, je l'espère, l'explication suivante.

La plume hiéroglyphique gravée dans l'inscription est une plume d'autruche , laquelle n'a aucun rapport avec celles dont est parée la tête du dieu. J'ai discuté ce fait dans ma Lettre à Koller, où j'ai prouvé que cet Amon plumifère est celui qui a donné aux hommes les lois religieuses et civiles: que les deux plumes sont gravées quelquefois sur deux tablettes, pour allégoriser l'écriture descendue du ciel, et que ces tablettes célestes rappellent celles que Moïse apporta, par ordre de Jeoa, sur le Sinaï, afin que Jeoa les gravât de ses mains. Les premières tables contenaient la loi divine en hiéroglyphes ; sur les secondes, elle était écrite en caractères phéniciens (1). Ce no ni hiéroglyphique, composé

(1) Paraliporneni, ecc, part. I, cap. vu.

de la plume, de Y encrier (en copte, merab) et de la ligne droite, peut donc signifier : L 'auteur de l'écriture divine, envoyée du ciel pour la droiture des hommes.

V homme les bras élevés au ciel n'indique nullement une réjouissance, et cette attitude, que j'ai expliquée dans mes ouvrages coufîques, au sujet d'une image semblable, se rapporte à un don précieux sollicité des astres, à une chose quelconque attirée du ciel sur la terre (1). La plume d'autruche est l'emblème de la justice; deux plumes signifient donc les deux justices, c'est-à-dire, les deux points équinoxiaux, lieu où l'écriture a été symbolisée par les prêtres égyptiens et par tous les peuples de l'antiquité. Les deux justices allégorisaient les deux lois, la loi divine et la loi humaine, la loi spirituelle et la loi temporelle. Le verbe divin fut annoncé à léquinoxe du printemps, et c'est à cet équinoxe qu'il faut rapporter le commencement de l'écrilure et l'apparition des lois divines sur la terre ; à l'équicoxe d'automne, au contraire, le verbe divin fut manifesté, l'écriture reçut son complément, et les lois humaines apparurent. Tel est le résultat de l'étude que j'ai faite des anciens monuments mythologiques publiés dans mes ouvrages.

Cet homme, symbole de la communication entre le ciel et la terre, et le segment de sphère, donnent le mot kot Kcjut, instituteur, dans le sens d'auteur, et mieux encore, d'auteur sublime. Ce mot kot égyptien est évidemment analogue à l'arabe khatt Jaà., écrire ; de sorte que kot KUJ'T, auquel nous avons donné le sens d'instituteur, pourrait signifier aussi écrivain.

Les deux plumes suivantes, ftsuE^ E CtfHOY, signifient

(1) Seconda opéra cufica, ecc, tom. I, dichiarazione délia tavola m.

aussi les deux justices, en tant que leur nom se rapporte à la racine mahi «£>£$, être justifié. Le groupe entier, dans lequel les archéologues ont vu Amon se réjouir dans ses deux plumes, signifie, selon mon analyse : L'auteur sublime de la double justice.

Le serpent, Yaigle et le bras composent, à mon avis, le verbe ephaï EqM, ou bien ephoï Equn, c'est-à-dire, Y existant, ou celui qui est, qui existe.

Le trait symbolise l'unité, qui, jointe au mot précédent, donne la signification complète de la cause première, tquis tt stttOYVT, la cause des causes, le principe primitif de tous les êtres.

Les trois signes suivants forment le mot otp a\TTT, qu'il ne faut pas confondre avec opt am^, offrande; car dans le premier le t précède le p, et cette interversion de lettres indique une racine tout à fait différente de l'autre, racine à laquelle nous devons chercher un sens convenable à Amon générateur, et qui puisse être appliqué à toutes les circonstances dans lesquelles ce mot se reproduit. Quoique le copte ait conservé ces deux mots, ni l'un ni l'autre n'a la signification que nous cherchons, et nous sommes forcé de recourir à l'arabe assf ^^, force véhémente, qui exprime bien l'action par laquelle le dieu fait produire à la terre toutes les espèces de végétaux nécessaires à ses habitants ; et la branche d'arbre qui termine l'inscription nous tient par son symbolisme le même langage.

Il est facile maintenant de lire et de comprendre le mot otp cjûnTT, lorsqu'il fait partie des noms propres pharaoniques, ou autres, dont l'interprétation a été pour les archéologues une source inépuisable d'incertitudes et d'erreurs ; car Amen-otp ào^ttcUTTr et Sebek-otp ckKat^TT peuvent

signifier, selon nous, le fort d'Anton et le fort de Sebek, ou bien, à la manière orientale, la force d'Anton, la force de Sebek.

Quelquefois le mot otp précède le nom de la divinité. Nous en avons des exemples dans Otp-Ptah tu^T\-i\^z>$, Otp- Ànpo anTT-£flTTtt\, Otp-Ousir uu^TT-OYCSp, qui ne diffèrent point de la légende indiquée ci-dessus, et peuvent signifier force de Ptah, force d'Anubis, force d'Osiris.

Ce mot otp est abrégé quelquefois dans les monuments au moyen du premier hiéroglyphe seulement, qui renferme la valeur et le son des deux éléments sous-entendus. Mais si l'on peut donner à cette abréviation le sens d'offrande aiin et de force cju^ttt, il faut aussi observer la position de ce symbole complexe, afin d'en bien définir la prononciation et le sens.

L'examen des trois derniers hiéroglyphes ne doit pas maintenant nous embarrasser, puisque si les deux premiers signes (la tête humaine et le trait droit) nous donnent la syllabe hra 3p£, le troisième (la branche), employé ici phonétiquement pour le che'i oj, nous fournira sans doute avec les deux autres une valeur convenable à son symbole, qui est celui de la végétation et de la production. Cependant le mot hrach ^p^uj ou hredj ^pH 6^ loin d'éveiller en nous cette idée, nous en écarterait, si nous en croyions les dictionnaires, qui traduisent celte dernière racine par avoir froid, cesser, reposer, signification bien éloignée de celle qui nous est nécessaire pour comprendre ce tableau hiéroglyphique.

L'arabe va suppléer encore à la pauvreté de la langue copte ; la racine kharadj -.^, tout à fait semblable à la racine égyptienne s> pn (^ signifie faire sortir, produire, sens très -favorable à notre opinion, et dont il faut enrichir le dialecte sacré de l'Egypte.

En rassemblant les résultats divers de l'analyse que je viens d'en faire, l'inscription hiéroglyphique placée au-dessus de l'Àmon générateur indique :

Le dieu Chmin, seigneur des générations, instituteur des lois divines et humaines, principe primitif de la force végétative.

Cette légende, à mon avis, explique bien l'attitude du dieu, l'aspersoir qu'il tient à la main, les plumes dont sa tête est surmontée, ainsi que les germes, le vase et les plantes dont il est entouré.

Je m'arrête ici. C'est à vous, Monsieur, qu'il convient de déchiffrer l'inscription dans laquelle un frère, une sœur et un fils présentent leur offrande à Tanata, déesse de la mort, et lui adressent chacun une courte prière. L'unique but de cette Lettre est de mettre sous vos yeux les thèmes hiéroglyphiques égyptiens que j'ai eu l'occasion de traiter dans mes ouvrages, et non de me livrer à des explications approfondies au sujet des légendes sacrées.

Quant à la représentation de la scène, il est évident que les deux principes de conservation et de destruction sont réunis dans la figure qui occupe le milieu. La partie sexuelle de la femme conserve la vie, la force du temps la détruit, et cette force est allégorisée par le soleil placé dans le signe du Lion. Les fleurs et les épis qu'elle tient dans sa main droite sont l'emblème de la végétation et de la nourriture des hommes ; les serpents dans sa gauche sont, à ce qu'il paraît, le symbole des siècles qui détruisent les mortels.

Le principe mâle et femelle est reproduit séparément parles deux divinités qui font cortège à la déesse. À mon donne

la vie, Renpo présente le tranchant de la mort. Mais tout est mort dans la partie inférieure du tableau. Un homme, une femme et un enfant se présentent devant la déessemeurtrière, et lui apportent des offrandes pour l'apaiser et l'éloigner le plus possible de la région des vivants ; ils implorent son secours en faveur de l'innocence, et la supplient d'anéantir les méchants.

CHMIN-HAK ET CHMIN-SABA . — SEBAOTH DES HEBREUX. — JUPITER SABASIUS. — BRAS SYMBOLIQUE.

Nous n'avons pas encore surmonté toutes les difficultés que présentent les différentes dénominations employées par les Egyptiens pour désigner Àmon générateur. Nous l'avons reconnu sous le nom de Hat-en-nouf, de Priape, de Chmin, de Baal-eïa; mais il nous en reste deux que vous avez, Monsieur, offerts à mon examen. J'espère parvenir à les expliquer, attendu que ces noms, quoique nouveaux pour moi, paraissent avoir beaucoup de rapport avec ceux que nous avons déjà analysés, et avec un nom divin hébreu qui a récemment été l'objet de mes études.

J'analyserai d'abord celui de ces noms qui présente le plus de difficulté, parce qu'une fois parvenus à le comprendre, il nous aidera à l'intelligence de l'autre. Le dessin que je présente reproduit les deux signes renfermant le nom de Chmin que nous avons expliqué plus haut, et sur lesquels il est inutile de nous arrêter. Ce r sont les deux hiéroglyphes du milieu qui exigent notre attention ; car si l'un est accepté généralement pour un hori ^, l'autre nous est tout à fait inconnu. Il est pro-

bable cependant que ce signe représente un écheveau, des cordes entrelacées, dont le nom pourrait être kap k&tt, qui signifie fd, corde, nom qui donne le protogrammate k, K? fort utile à nos recherches ; car le kappa K et le hori ^ forment le mot kah #&§, identique à hak 3>&k. Le groupe entier signifierait donc Chmin-hak, ojmtt- 3&K, ou Chmin l'arroseur, qui serait en quelque sorte un synonyme de Baal-eïa. Je dis en quelque sorte, parce que si leurs qualités nominales se ressemblent, la valeur symbolique des signes qui composent les deux noms est tout à fait différente. Dans Baal-eïa, en effet, les jambes de l'homme en mouvement et Yaiglenous donnent l'idée directe de la progression perpétuelle des êtres créés sur la terre et dans les cieux ; Y écheveau et la crosse réveillent, au contraire, en nous la pensée d'un commandement exercé par un lien moral et physique, tel que le mariage pouvait l'être en Egypte. Toutes ces considérations m'engagent à établir que Chmin-hak, indiqué par les deux hiéroglyphes Y écheveau et la crosse, exprimait pour les initiés aux mystères, le maître absolu des mariages et de toutes les liaisons naturelles.

Les Coptes, comme nous l'avons dit plus haut, ont aussi dans leur langue la racine hak ; mais ils l'écrivent sans aspiration kak k&k, dans le sens d'arroser. Je crois cependant cette orthographe fautive, puisque la Bible et les hiéroglyphes nous donnent celle que nous avons exposée déjà, JXI, ^&K ou K&z (II, XVIII, XLIV). Examinons maintenant l'autre nom sacré du même dieu.

Ce groupe hiéroglyphique renferme entre autres caractères le signe général de région et le déterminatif de Chmin, quoique par abréviation Yàpotence, ouïe nés, y soit supprimé. La lecture des trois hiéroglyphes intercalés me donnerait

assez de peine, si je n'avais déjà dans mes ouvrages déterminé la signification du nom sdiCYéJeoa-Sebaoth des Hébreux. ^ Mes recherches sur ce nom m'ont conduit à reconnaître dans Jeoa-Sebaoth le Dieu

maître absolu des solstices et des équinoxes, et dans Sebaoth seul, dont le singulier est Saba *Œ> le Seigneur des amours et de l'ordre universel, de tout ce qui dans la nature se lie physiquement et moralement (1).

Donnons maintenant aux trois phonétiques la valeur que les archéologues leur assignent, et ils former ont le mot Saba, analogue sans aucun doute au Saba des Hébreux, qui renfermant l'expression des amours, s'applique parfaitement à Amon générateur. Saba était donc un sixième nom de la divinité génératrice, et Chmin-Saba équivalait chez les Egyptiens au Jeoa-Sebaoth de Moïse.

Dans ce groupe, Chmin se rapporte à làville, et la légende complète nous donne: ex && ïï^*je tymtt, Saba, protecteur de la région de Chmin. C'est sans doute à ce nom Saba qu'il faut rapporter l'épithète Sabasius donnée à Jupiter.

Je vais m'occuper maintenant d'un nouveau groupe où Y aigle doit jouer un rôle hiéroglyphique, indépendamment des signes qui reproduisent ici les noms de Saba et de -**«&p~-\ * Chmin. Il est certain, selon moi, que

iL A I 1». ^es cun^rents signes employés par les

^^ ^ -* Jï^& prêtres égyptiens dans la composition d'un même mot donnaient lieu à une signification verbale différente, laquelle se rattachait à l'idéologisme enfermé dans chaque image hiéroglyphique. J'en ai donné plusieurs exemples, et ce groupe m'en fournit encore un.

(1) Paralipomeni, ecc, part. III, cap. m.

Vous savez, Monsieur, que le mot hak, ou arrosement, est écrit dans le zodiaque de Denderah, au-dessous de la Balance, avec les phonétiques de V aigle et de la coupe (LY). Nous avons vu tout à l'heure que ce mot hak se reproduit dans le groupe de Chmin-hak, moyennant Yécheveau et la crosse. Faudra-t-il supposer, dans ce cas, que les deux mots homophones soient pour cela identiques? Je ne le pense pas; car si les deux mots ne diffèrent pas l'un de l'autre quant à leur prononciation, ils doivent certainement différer quant à l'idée qu'ils renferment. J'ose donc affirmer d'abord que le mot hak emprunté à Yécheveau et à la crosse ajoute à la signification à' arrosement celle de liaison conjugale, et du dieu qui la dirige et la préside ; ensuite, que le mot hak écrit par Y aigle et la coupe exprime Y arrosement opéré par la divinité du haut des régions célestes, pour vivifier l'universalité des choses ; idée qui s'éveille en nous à la vue du vol de Y aigle, ainsi qu'à celle de la coupe , mystiquement placée dans le plus haut signe céleste du Cancer.

D'après ces considérations, je soutiens que dans le groupe que nous examinons, Y aigle placé sous le symbole de Chmin représente par abréviation le mot hak de la Balance, qu'il en reproduit l'idée, et remplace Yécheveau. On peut, par conséquent, lire ainsi le groupe entier : ^&K cz>&& kk^wi tyustf, ï arroseur amoureux des régions de Chmin.

Cette analyse, comme vous le voyez, rend très-facile la lecture de ce nouveau cartouche, qui d'ailleurs aurait été presque inabordable. L aigle du milieu reproduit le mot hak; sab C& est identique à Saba, et l'assemblage des emblèmes, des signes idéologiques et des phonétiques, forme une légende semblable à celle

%Ml

que nous venons de voir : ^&K c&&h h^«E ojusft, l'arroseur amoureux de la région de Chmin.

Voilà, Monsieur, tous les noms et surnoms d' Amon générateur. Je me suis efforcé de les expliquer de la manière la plus satisfaisante, en me servant des lumières que nous fournit la Bible pour pénétrer au fond des mystères de l'ancienne Egypte.

Je ne quitterai pas ce sujet, Monsieur, sans dire quelques mots sur l'usage constant chez les Egyptiens de représenter cet Amon avec un seul bras et sans testicules. Il est clair, selon moi , que ce dieu étant le symbole même de la création, ou le principe générateur, tout son être doit accomplir sans cesse le mystère de la création, sans qu'aucun de ces membres soit particulièrement affecté à cet emploi. De cette sorte, la partie sexuelle n'est en lui qu'apparente, puisqu'elle remplace le bras dont son corps est privé : le nom qui dans les langues sémitiques, comme dans le copte, indique les deux membres à la fois, en est la preuve. En effet, l'hébreu zerâ JHÏ signifie le bras et la semence, et le copte djepho *xc^o, engendrer, a formé le nom du bras, ^.a\o\ djephoï. Le dieu donc féconde avec l'un toutes les basses régions de la terre, avec l'autre il arrose la sublimité des cieux, et tous deux ensemble vivifient l'univers.

Page 1