DE CHEF
Tout ce que je viens d'établir ici au sujet du nez et des vases qui le remplacent est évidemment constaté par le nœud hiéroglyphique. Ce nœud mystérieux se rencontre de temps en temps dans les légendes sacrées, et parait y remplacer le nez et les vases que nous venons d'expliquer. Cela prouve qu'ils sont homophones. Cet entrelacement de lignes, si énigmatique pour les archéologues, tire son nom égyptien de la racine chant oj&wt, d'où dérivent pareillement le nez et les vases hiéroglyphiques. Sa signification radicale entrelacer, enjamber, empoigner, s'aider, se rapporte, par conséquent, à Y attachement solide et affectueux, à la protection ferme et durable, soit d'un mortel, soit d'un dieu, manifestée en faveur d'un lieu sacré ou profane, de certaines régions ou de certains peuples. On voit maintenant que le nœud, le vase arrosant, le nez respirant, tous dérivés de la même racine chante uj&tt'TE, n'étaient dans le symbolisme égyptien que de véritables homophones.
Cette analyse, d'aceord avec nos recherches précédentes, détruit l'explication du nez hiéroglyphique donnée par M, Lepsius. 11 faut donc rejeter tout à fait le mot phenti
qW^ inventé par lui, et adopter de préférence le terme chenu cyH tf^;, qui sort directement de chante cy&tt^ç., que je viens d'expliquer; il faut aussi lui donner la valeur, non pas de résidant, mais cl influent, de protecteur gracieux, secourable, constant, de pourvoyeur absolu, de celui enfin qui dispose sans réserve du trésor de bienveillance, et le verse sans cesse sur les maisons, les temples, les villes, les régions et leurs habitants.
Ce nœud hiéroglyphique, appelé en copte chante oj&tt'TE, nous offre, ainsi que le nez et les vases, le protogrammate cheï oj. L'utilité de ces recherches se manifeste d'abord dans leur application aux groupes égyptiens qui contiennent ce nœud, et dont on n'a donné jusqu'ici aucune explication satisfaisante et raisonnable.
Voici un groupe très-curieux et qui se répète deux fois dans la stèle dont vous allez enrichir votre remarquable collection de monuments égyptiens. Comment a-t-on lu jusqu'ici cette bouche suivie du nœud? D'aucune façon, Monsieur; mais, à mon avis, ces deux signes peu- <a vent nous donner le mot rech pBoj, origine du nom [IH d'une lettre phénicienne, et qui dans toutes les lanft- \ gués sémitiques signifie tête et chef, EW), ^j . Dans le copte même, le mot res pHC signifie la partie méridionale du Nil, symbolisée par le sommet de la pyramide. Le déterminatif de l'homme tenant un bâton vient à l'appui de l'opinion que j'ai avancée.
11 ne faut pas confondre le chef représenté par la bouche et le nœud avec le chef représenté par la bouche et Yhirondelle que j'ai expliqué plus haut (XX); car, outre la différence des racines bal et resch, il y a entre ces deux mots une opposition de sens. En effet, nous avons vu que le bal était
un chef à bouche ouverte, c'est-à-dire, qui avait la faculté de parler et de promulguer les lois ; le rech, au contraire, est un chef à bouche nouée, qui, marchant à la tête, soit des artisans, soit des ouvriers, n'a le droit ni de parler ni d'instruire ses subordonnés, ni de leur donner des lois.
Ces remarques, si elles n'ont pas tout à fait le cachet de l'évidence, ont du moins, je crois pouvoir l'espérer, celui du sens commun, tandis que plusieurs interprétations données par les archéologues peu versés dans la science égyptienne en sont trop souvent dépourvues.