APHT, OU HACHE SYMBOLIQUE
Vous avez eu l'avantage, Monsieur, de trouver en Egypte cet instrument original, que j'ai vu chez vous, sous la forme d'une hache, dont la tête en bronze se rattache, moyennant une solide ficelle de jonc, au bout d'un manche en bois ; instrument que les archéologues ont appelé hache, et que l'on trouve très-souvent dans les légendes, où il sert à exprimer la nature divine. Vous en avez publié un
dessin très-exact (1), mais qui pourtant nous laisse désirer encore son nom. C'est une hache, il n'y a pas de doute ; il désigne l'essence divine , cela est certain ; mais est-ce larigueur divine qu'il symbolise? est-ce l'amour de Dieu? ou bien les deux choses à la fois? Le nom que j'ai tiré de la caisse funéraire de Papandriopulo, et que je présente ici, va répondre pour nous à ces questions.
Deux exemplaires de la hache symbolique se présentent à nous dans cette caisse funéraire, et tous deux sont placés sous trois phonétiques, avec cette différence pourtant que sur l'une de ces haches il n'y a que son nom en trois lettres, ■=1 ^ ^ — et sur l'autre, ces lettres sont précédées de la figure de l'emblème ; et cela pour confirmer sa dénomination et sa destination divine. J'ai choisi celle-ci, comme vous voyez ; maintenant, sans faire attention à sa forme, cherchons la valeur des lettres qui l'accompagnent.
Les caractères plume, serpent et main nous offrent la lecture de son nom sacré apht sçyr. Ce mot, qui est introuvable en copte, se rencontre assez fréquemment dans la Bible au genre masculin, aph *]N, et toujours dans le sens de colère divine. La langue arabe toutefois nous donne, par la racine apht wil, les trois lettres égyptiennes et la valeur nominale de réprobation. Cela prouve que le apht égyptien indique aussi réprouver, et qu'il est synonyme du aph hébraïque. En effet, ce marteau mystique se voit, dans les représentations égyptiennes, à la main de ceux qui, chargés d'exécuter les vengeances divines, frappent vigoureusement les damnés (LIX).
(1) Vny. Monuments égyptiens, bas-reliefs, peintures, inscriptions, etc., d'après les dessins exécutés sur les lieux parE. Prisse d'Avermes, pi. xlvi.
Cet instrument est donc un symbole exclusif de la force divine, et rien de doux n'y est allégorisé. Il a dû être employé comme emblème général du dieu fort et puissant; il nous fournit, par son protogrammate, uu a £, et, par ses phonétiques, son véritable nom sacré apht, qui répond chez nous au marteau dont les papes se servent pour ouvrir, dans l'année sainte, la porte murée de l'église.
Une fois parvenus à ces résultats, nous pouvons en tirer ces conséquences : 1° Que les deux signes figuratifs les hom-
Aj&T % mes e* ^es femmes> Ie premier, une personne ac- 3i 4k croupie tenant un aspersoir à mi-corps, le second, une personne avec une fleur à pétale ouvert au même endroit, indiquent tout simplement et exclusivement en hiéroglyphes l'action et la différence des deux sexes ; 2° que les deux emblèmes crosse et aspersoir cachent en eux-mêmes un sens opposé de force et d'amour, de rigueur et de clémence, de condamnation et de bénédiction, de régime temporel et de régime spirituel ; 3° que parmi les symboles des deux extrémités de l'Egypte, le sceptre représente la haute Egypte, et X aspersoir, au contraire, la basse région du Nil; Zi° que les deux emblèmes doivent nous donner, par protogrammate phonétique, le nom de la divinité qui les porte, soit en les prenant par leur forme matérielle, qui nous présente Yaleph et le tav, A-T, soit par leur propre nom, qui peut nous fournir un aleph aspiré et un nun; 5° que dès lors nous acquérons les deux noms divins de la plus haute antiquité aleph-tav r\H et aleph-nun |K, c'est-à-dire At z>^t et Ona\Rj dont le sens a été toujours insaisissable pour les savants. Nous allons le déchiffrer.
TÉTRAGRAMMÂTE ÉGYPTIEN. — DIVINITÉS KÏOUN, RENPO ET TIANA.
Vous voilà maintenant arrivé, Monsieur, à une difficulté archéologique très-embarrassante, dont vous pouvez pourtant avec votre pénétration sortir victorieux. J'ai traité dans mes ouvrages bibliques (1) la question assez ardue du nom divin At, et j'en ai conclu que At était anciennement le nom figuratif ou hiéroglyphique de la Divinité, en tant que principe de la création et de la destruction, principe de la vie et de la mort; etqu'il était en même temps un représentant symbolique du tétragrammate divin, dont le mystère est incontestablement démontré par mes découvertes.
Cependant l'intelligence du nom secret At se trouvant complètement rattachée à l'expression du tétragrammate de Moïse Jeoa (c'est ainsi que je l'écris par quatre éléments alphabétiques en notre langue), tétragrammate qui existait de temps immémorial et qui donna lieu à la forme du tétragrammate égyptien Rêfô ; je ne puis me dispenser de revenir sur certains points que j'ai déjà traités, parce qu'ils nous aideront à lire plusieurs noms divins hiéroglyphiques encore inconnus.
Le prophète Àmos appelle Kïoim |VO une divinité qui, dans les Septante et dans les Actes des apôtres, où le même texte hébreu se trouve répété en grec, est Renfan. L'orthographe de ce nom, différemment marqué dans les textes anciens, a été, par de fortes raisons, établie dans mes ou-
(1) La sagra Scrittura, ecc, part. IV, cap. n ; Paralipomeni, ecc, part. V, cap. v, e part. VIIT, cap. y.
vrages Réfô, ou bien Rêpô JJBJTI (1). Ces quatre lettres nous constituent ainsi le tétragrammate sacré des prêtres égyptiens. Mais, si les Septante rendent par Renfan le Kïoun d'Amos, on doit supposer que les deux noms pouvaient être employés l'un pour l'autre . Par conséquent, comme le Kïoun signifiait, selon le prophète Amos, la reine des deux, la bienveillance divine, le Renfan des Septante, tout en renfermant les symboles de la double nature tétragrammatique, c'est-à-dire masculine et féminine, ne pouvait plus indiquer le côté de la force, mais seulement celui de l'amour signalé par Kïoun.
Du reste, tekoun koyk égyptien indiquant les aines, sans faire différence de sexe, et pouvant être par l'article p un nom masculin, par le t un féminin, a dû par ce moyen servir en plusieurs circonstances, tantôt à l'une, tantôt à l'autre des deux natures sexuelles. Il en résulte que Koun était en général le synonyme du tétragrammate égyptien Ré-po pK-TTtt\; que p-koun ti-koyk se rapportait à Ré pn t~koun 'T-KOnrïï hPo; et enfin que hRênpo des Septante nous amène, moyennant cette orthographe ptf-tfTTtfï, à reconnaître le Rè du Po; c'est-à-dire le seul principe mâle des deux principes mâle et femelle, constituant le tétragrammate égyptien.
J'ai rapporté encore dans mes ouvrages que, parmi les noms de l'ancienne mythologie grecque et romaine, il s'en trouvait non-seulement plusieurs avec le p et le t en tête, à la manière égyptienne, mais qu'il y en avait aussi quelques uns dont le p était changé en b, et le t en d pour en adoucir la prononciation, .l'ai cité à ce propos la Dione ou Diane,
(1) Paraliporneni, ecc, part. V, cap. v.
qui, enEgypte, devait être sans doute Ti-on ^-au^, ou Ti-an ^-iK, nom opposé à P-on TT-attf, ou P-an tt-mî, le Pan des Grecs (1). Ces deux appellations divines se rapportaient séparément au principe mâle et femelle du soleil, deux principes réunis en Répo par un mystère caché aux profanes.
C'est à ce point de notre conversation littéraire sur les divinités égyptiennes que vous m'avez tout à coup interrompu, Monsieur, pour soumettre à mes observations un monument unique, dans lequel vous supposiez pouvoir trouver ce que j'allais vous exposer (PI. II). Nous avons, en effet, reconnu à l'instant sur la stèle égyptienne (2), la divinité Kïoun d'Amos par les phonétiques ^j ^ nr-Ktf, et le Renpo des Septante par les quatre * *■ ^ lettres pmru\. C'est alors qu'une nouvelle lumière a jailli de cette merveilleuse représentation, où le principe actif et passif de la création et le principe de la vie et de la mort sont clairement signalés; lumière qui nous a donné le moyen de comprendre cette scène mystique, qui, sous une apparence obscène, renferme l'innocente allégorie de la création et de la destruction divines.
Remarquons maintenant que les quatre lettres du Renpo pttTUis (rnpo) gravées sur la stèle égyptienne, ne sont pas précisément celles qui doivent composer le tétragrammate divin, puisque ïn est ici une lettre étrangère à la nature du nom sacré, qui, sans contredit, était Répo pHTTtu^ mais qu'elle est placée là pour signifier que dans cette représen-
(1) Paralipomeni, ecc, part. IV, cap. ni, e part. VIlï, cap. i.
(2) Voy. Monuments égyptiens, pi. xxxvn.
tation le Ré est le principe mâle du principe femelle Po, et qu'il doit se rapporter à la partie sévère du nom tétragrammatique. On ne tardera donc pas, à mon avis, à retrouver dans d'autres monuments le Po du.Ré TTtti-ïïpH., c'est-àdire le principe féminin du principe mâle en opposition à celui des Septante que nous venons de voir, non sans étonnement, sculpté sur la pierre. Il nous arrivera, je l'espère, conformément à ces idées, de trouver parmi les légendes égyptiennes les groupes phonétiques du Répo et du Pore qui déterminent la lecture tétragrammatique de gauche à droite et de droite à gauche.
Quant à la représentation figurative du nom mystérieux, nous n'avons pas à la chercher, car elle a déjà frappé nos yeux. La déesse debout sur le lion cache en elle-même l'expression dont je parle. Lion et femme, femme et lion représentent ici le secret du Rè-po et du Po-rè ; de même que Moïse a placé le secret de Ho-hi et de Hi-ho dans la double légende de Jeoa.
DÉESSE TANATA. — LABYRINTHE.
Le dieu Renpo, que nous voyons très-calme dans la stèle du Musée britannique, quoique armé de l'emblème de sa rigueur, est sculpté sur d'autres monuments tenant à la main une hache à long manche et faisant l'acte de porter un coup mortel à quelqu'un, ou de vouloir briser de pleine force tout ce qui s'oppose à lui. Son nom est justement écrit RenpopïïT\tL\, parce que le côté qu'il occupe dans le tétragrammate égyptien est dû exclusivement à la force.
On croirait que la seconde partie tétragrammatique Po,
appartenant à la clémence divine, ne pourrait jamais trouver place dans cette représentation de la hauteur et de la férocité. Cependant, si les deux parties de la dénomination symbolique du dieu doivent allégoriquement se mettre en colère contre les pervers, les méchants et les ennemis de la Divinité, par quelle raison le Po n'admettrait-il pas une action furieuse, semblable à celle de Ré ?
La difficulté se résout par deux faits : le premier nous est offert ici même au bas delà gravure ( 1 ) , où la femme de Renpo se montre déployant sa force et satisfaisant sa vengeance divine. Si jamais Ton doutait qu'elle fût sa véritable épouse, l'incertitude disparaîtrait après un deuxième exemple.
En effet, ces deux divinités en courroux se voient dans quelques monuments, l'une vis-à-vis de l'autre, avec les mêmes armes, dans la même attitude et la même intention d'abattre et de se venger, le Ré en homme, le Po en femme. Par cela, nous apprenons immédiatement que cette déesse est positivement l'épouse de Renpo, le Po du Ré dont nous parlons. Mais comme il y aurait une contradiction patente entre un nom de douceur et sa représentation de fureur, nous sommes avertis que l'épouse de Renpo est tout autrement appelée lorsqu'elle se met d'accord avec son mari pour la destruction des impies.
A la vérité, le groupe hiéroglyphique placé à côté d'elle nous constate le changement de son nom; mais le sens de cette dénomination nouvelle a été mal saisi a % par les archéologues. La déesse, d'après ses hiéroglyphes, est appelée selon eux Anta; moi je pense que son véritable nom est Anata, qui, avec son article féminin mar-
(1) Pi. IL
que au dessous, revient à Tànata. Ne voit-on pas maintenant dans ce mot tànata égyptien l'origine primitive du thanatos Qà.vaxoç des Grecs, et sa signification de mort?
En effet, si les racines sémitiques ânach W2]J et ânat vjuic nous indiquent punir, tourmenter, périr, mourir, il est évident que le nom porté par la déesse Po en fureur est celui de meurtrière ou mortifère.
La Tànata nous invite à chercher la valeur du mot labyrinthe laSùptvdoç. Le pharaon Lahirus, d'après les historiens, (it bâtir en Egypte ce grand monument qui excita l'admiration du monde entier, et qui lui servit de tombeau. Partageons le mot en deux parties, labyr-inthe ?v£-&*p-Etf0£, appliquons à la deuxième le sens que nous lui avons trouvé de perdition, de mort, et le labyrinthe nous dira : tombeau de Labirus.
Voici l'avantage que nous apporte l'application des langues orientales aux mystères de la langue hiéroglyphique de l'Egypte. Vers la fin de cette Lettre, je donnerai l'explication des légendes hiéroglyphiques sculptées sur toutes les images qui décorent le tableau de la stèle du musée britannique (LX).
DIEU RETA.
J'ajoute ici, en passant, qu'il ne faut jamais se lasser de bien pénétrer au fond de ce système tétragrammatique adopté par les prêtres du Nil dans toute leur théogonie. Nous savons que deux divinités à tête de lion et de lionne ont un nom propre qui les spécifie. La femelle est Moui itOY^ qui joint au sens de lion et d'eau celui de splendeur,
et le mâle est Reta, dont la véritable signification est encore ignorée. Pourtant si Moui représente la lumière du soleil, Reta doit représenter sa chaleur. A la vérité, les racines sémitiques rata çjj et raiah nm, à défaut des verbes coptes, se prêtent à la signification de brûler de chaleur, de force ardente, d intensité d'ai^deur. L'opposition allégorique et tétragrammatique des deux divinités à tête de lion s'explique de cette manière, puisque Moui est la lumière et Reta la chaleur du soleil ; tandis que l'une et l'autre figurent le dieu soleil androgyne, en tant que cet astre renferme en sa nature l'expression du Répo.
AT ET ATNER.
Nous pouvons dès à présent concevoir sans efforts que la réunion des deux images séparées lion et femme, images qui portaient le cachet d'une divinité androgyne, ait pu dans l'antiquité donner occasion aux prêtres égyptiens de composer le sphinx, dont les noms h iéroglyphiques nous sont encore cachés. Je ne tarderai pas à en faire sortir quelquesuns des ténèbres qui les obscurcissent (XXII; XXXVIII).
Qu'il me soit permis, avant tout, de rappeler l'abréviation du tétragrammate faite par deux phonétiques qui remplacent les quatre autres du Répo. J'ai démontré dans mon premier ouvrage biblique que aleph-tav, la crosse et Yaspersoir d'Osiris, donnaient aux Hébreux le nom divin At par deux signes hiéroglyphiques propres à remplacer les quatre lettres du Jeoa (1). Jésus-Christ, dans ses paroles, nous donne la
(1) La sagra Scrittura, ecc, part. IV, cap. ni e iv.
clef de ce secret lorsqu'il dil à saint Jean évangéliste : « C'est moi qui suis Aleph-tav ; ou bien, qui suis At. » Il reste à savoir si cette abréviation du tétragrammate se rencontre quelquefois dans les écritures hiéroglyphiques des monuments égyptiens; je crois pouvoir l'affirmer.
Ce nom hiéroglyphique, sculptédans quelques cartouches, dont les savants archéologues se sont beaucoup occupés, a I A été enfin lu par euxAten &nr ïï ; et cela parce qu'ils ^ 0 ont mis de côté le disque solaire qui les embarrassait. Ce nom nous présente vraiment At-en-ré &T-tfpH comme nous avons lu sur la stèle symbolique Ré-en-po pH-UTTO.\^ si ce n'est qu'ici At figure le tétragrammate entier et signifie le principe mâle et femelle du soleil. Mais At chez les Hébreux était le principe unique de la divinité qui nous donne la vie et la mort.
Revenant aux cartouches, je soutiens que At était en Egypte un des noms mystérieux de la Divinité, nom emprunté aux Israélites, et qui peut être prononcé Atner &^\\p comme le Abner HJDN, père de la lumière, des Ecritures.