‹ Lettre sur l'interprétation des hiéroglyphes ÉgyptienChapitre 8 sur 39 · BAR ET BEN, NOMS DE FILS EN HIÉROGLYPHES · texte numérisé non relu

BAR ET BEN, NOMS DE FILS EN HIÉROGLYPHES

L'in (œil), selon M. Lepsius, signifie le fils et la fille. Ce-

(1) Paralipomeni, ecc, part. V, cap. vi.

pendant je ne puis m'expliquer comment Y œil (tr* , qui est du genre féminin, doit nous représenter un garçon ou un fils. Il faudrait donc en ce cas choisir, parmi les différentes dénominations de Y œil en égyptien, celle qui peut servir aux deux genres, laquelle est le bal dont nous venons de parler. La preuve en est que, dans les différents dialectes égyptiens, bal se prononce encore bar, et que bar nous donne le nom véritable et ancien de fils, qui devient bart au féminin (fille). Est-il possible que les seuls mots chiri uj h ps et chéri ^zp\ servissent, dans l'ancienne langue de la vallée du Nil, ppur désigner le fils et la fiîle? Je ne le crois pas, et je soutiens au contraire que non-seulement le mot bar existait en égyptien pour déterminer le fils, mais encore le ben sémitique, et personne jusqu'à présent ne s'en est aperçu. Un groupe d'hiéroglyphes composé des signes du mi w,

mm -i m rï une n ^? ^ un se9ment de sphère, de

awwv ^^ <Jg Y hirondelle et d'une figure de femme, est traduit par M. Lepsius Hirondelle (nom de femme). Je ne suis nullement de son avis, car le groupe hiéroglyphique de ce nom peut très-bien être lu tmenbeni luK-ÊEKi ou tmenkeni tuî^-khkl et signifier la fille ou le germe du soleil fondateur, parce que le mot qui sert en copte à désigner Y hirondelle se prête aux deux significations. Ainsi disparaissent tant de signes hiéroglyphiques superflus, qui, selon M. Lepsius, ne servent qu'à désigner le simple nom d'hirondelle.

La racine verbale des deux noms bar et ben, ou fils, nous est restée dans le copte. Le verbe beri &zp\ nous donne la signification de renouveler, être jeune et récent ; le mot béni &eîU nous donne seulement celle, à la vérité peu concluante, du fruit de dattier ; mais si vous changez le b en v

(oy) de façon à former le mot vert OYEtf , vous obtenez par celui-ci le sens d'exister. Cette observation suffit pour démontrer l'exactitude de mon assertion.

Il est cependant prouvé par des exemples incontestables que bar, ainsi que ben, faisaient autrefois partie des mots composés de la langue égyptienne ; barhit G>£pHvr (6&p^^). par exemple, fils de l'éjaculalion, est le bélier ; barèhi &spF^, fils du bœuf, la charrue; baroh 6&pO£>, fils du bercail, le berger; bredj 6pHss (EWO), filsdufeu, l'éclair; beregoout&zp^.(fâso,r-t (KtnT), fils de la roue, le char. Delà même manière, benipi êbïïyitv, /?k de /'arZ, est le fer; serbeni r^ p&z^i^filsde la piqûre, l'aiguillon; sowben cuuonr &eïï, /î/s de la germination et des ouailles, le pâturage, la prairie; nawben S5&Y.&W, /ifô de la vision, le pas; acheben ^ujE^tw, /?/s de /a pfame (^fc>S ^^0? l'instructeur, le savant. Ces exemples me confirment dans mon opinion sur l'existence de bar et de ben pour fils dans la langue sacrée de l'Egypte, et m'engagent à rechercher ces mêmes mots dans les textes hiéroglyphiques.

Nous avons un exemple frappant du mot bar dans le zodiaque de Déridera, à côté du dieu qui domine la constellation des Gémeaux. Car les hiéroglyphes war ox*p nous donnent le bar 6*p pour la filiation, qui forme en effet le symbole de ce signe. J'expliquerai plus tard quelques-unes des constellations nommées en hiéroglyphes sur ce même zodiaque (LV), bien que de savants archéologues s'efforcent de prouver le contraire.

chiri et cheri, noms de fils et de fille en hiéroglyphes. — origine de l'écriture du tétragrammate sacré. — analyse d'un proverbe de salomon.

Il est maintenant très-facile d'examiner deux mots que les Coptes nous ont conservés avec la signification de fils et de fille, c'est-à-dire chiri ojHps et chéri cy^ps, et d'en trouver la racine, qui est encore inconnue. Chiri ojHps^ d'accord avec la prononciation moderne, a pour second élément alphabétique Yeta, et signifie le fils; chéri porte Yeï et signifie la fille, de sorte que le changement de la deuxième lettre seule constitue leur différence essentielle. Or, quelle puissance radicale ces deux éléments alphabétiques ont-ils dans leur son et dans leur forme pour déterminer les genres, sans que l'on puisse se méprendre?

Pour exprimer d'une manière frappante la différence des sexes, les premiers peuples ont emprunté les mots à la forme que la nature a donnée aux parties sexuelles. J'ai dû traiter ce même sujet dans mes ouvrages, en expliquant les dénominations variées de Vénus et de Priape. Toutefois, il me paraît nécessaire d'en répéter ici quelques passages pour aplanir la difficulté que les deux mots coptes nous présentent.

Après le récit de la création d'Adam et d'Eve, la Bible, voulant indiquer la différence de leur sexe, appelle le mâle "Dï zekor, et la femelle fQpJ nekevà. Je vais vous expliquer en peu de mots , Monsieur , que dans zekor (jïj 3i) on reconnaît le seigneur du nid, et dans nekevà (trou) tout simplement le nid. Pourrait^on jamais mieux indiquer les

deux parties naturelles que par ces mots, inventés dès le commencement du monde?

Mes Paralipomènes vous apprennent qu'en examinant le tétragrammate égyptien, Ré-po, qui réunit le principe actif et passif de la génération, on arrive à un semblable résultat. Car Ré est en copte X arroseur, et Po est Y arrosée. Dans le premier nom on reconnaît la partie naturelle de l'homme ; dans le second celle de la femme. Plus tard, nous verrons que la divinité Po tire sa dénomination du mot po irai, qui en égyptien signifie vase (LIV).

Le nom tétragrammatique antédiluvien renfermait, plus décemment que l'autre, les pronoms personnels des deux sexes, lui-elle (1). Toutefois, si l'on examine le type phénicien des lettres qui représentaient dans leur origine hiéroglyphique ce nom sacré, il est clair que les deux pronoms prirent le son et la valeur verbale de la forme sexuelle qu'ils exprimaient. Le dessin que je présente ici en offre la preuve. Ces quatre éléments alphabétiques

rv T | nous donnent la secrète prononciation de l I I Jeoa, qui est Eo-hi. Les voyelles, au nombre *** O ~~ S^ de deux, sont affectées d'une même consonne aspirée. Or, d'après le rapport établi dans celte représentation entre les hiéroglyphes et les lettres sémitiques qui en sont sorties, il n'y a pas de doute que ho, c'està-dire lui, représente la partie naturelle de l'homme, et que hi, elle, figure la partie naturelle de la femme.

Dans les inscriptions égyptiennes, les mêmes phonétiques

0 sexuels se groupent noblement et secrètement dans

1 cet emblème, dont vous lirez bientôt la démonstra-

(i) Paralipomeni , ecc, part. II.

tion (XXXV). Remarquez maintenant que ce groupe allégo- Ksa f) les ri(îue signifiait simplement en Egypte : le divin

I I I I Pr^ncWe m®le avec le divin principe femelle, et cachait le létragrammate de Moïse, dont la valeur a été adoptée par les prêtres égyptiens (LXIII).

Du reste, les noms des deux lettres phéniciennes, vav et jod, révélaient chacun les parties sexuelles, attendu que va v signifie verge, crochet, et jod, dont le sens vient du copte oli o^ ou oi\, signifie le contraire. Par conséquent, le nom de la première lettre rappelait aux savants le sexe de l'homme, et le nom de la seconde celui de la femme.

Dans les Proverbes de Salomon, il y a un fameux passage oii tous les interprètes ont bronché. Je le reproduis ici parce qu'il m'aide à l'éclaircissement de deux mots coptes que je dois analyser. Salomon dit : rQJ?in PBW tl&X pki p» JliïV (xx, 10): pierre et pierre, boisseau et boisseau, sont l'abomination de Jeoa. C'est ainsi que le texte hébreu s'exprime littéralement.

Retranchons de ce texte toutes les futilités émises par les anciens commentateurs pour expliquer l'abomination du Seigneur envers deux pierres et deux boisseaux, dans le sens qu'aucun homme ne dépasse avec les premières le juste poids, et avec les seconds la juste mesure. Car cette abomination divine, assez souvent répétée dans les Ecritures, doit se rapporter raisonnablement aux mêmes circonstances dans lesquelles elle est constamment indiquée.

Mes recherches m'ont amené à conclure que les symboles sexuels sont renfermés dans ce proverbe. C'est ainsi donc qu'il faut l'entendre : homme avec homme, femme avec femme, sont l'abomination de Jeoa. Qui ne comprend aussitôt la force et la vérité du proverbe?

J'applique maintenant ces observations an chiri et au chéri des Coptes. Chi cys veut dire en égyptien boisseau; voilà donc le symbole de la fille tout trouvé, car voilà sans contredit sa racine verbale ; che oje, au contraire, signifie bâton, verge ; et voilà encore l'allégorie du fils dévoilée, l'origine de ce nom découverte.

Que faut-il faire à présent de ri ps, seconde syllabe dont le fils et la fille sont également affectés? Nous accepterons pour tous deux la valeur sémitique de ri &j ou de roui ^5jj, c'est-à-dire fluer, ou fluide qui déborde. Alors la composition des deux mots ne sera plus un mystère pour nous, car chéri nous inclique clairement la verge du fluide, et chiri le réceptacle du fluide.

Arrangez maintenant, Monsieur, comme vous le préférerez l'orthographe des deux mots, puisqu'elle est évidemment fautive. On aurait dû, à mon avis, écrire chéri m Eps le fils, et chiri oj\p\ la fille, à moins que les Coptes n'aient interverti l'orthographe de l&verge et du boisseau, d'où sont sortis les noms de fils et de fille en Palestine et en Egypte.

Il résulte de toutes ces investigations que M. Lepsius a tort de ramener ces mêmes noms à Y œil hiéroglyphique, parce qu'il est évident que leur signification essentielle ne dérive nullement de cet œil, ni sous le rapport du son verbal qui en émane, ni sous celui du sens qu'ils renferment.

Page 1