‹ Lettre sur la culture améliorée [microforme]Chapitre 2 sur 4 · ENT · texte numérisé non relu

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négligeait donc rien en France pour réaliser le progrès de l’agriculture! Non, et la présentation de ces décorations. de res primes d'honneur sous la présidence de l’ Empereur et des dignitaires de l’Empire, exerçait une grande influence sur les succès brillaats que lepeuple français obtient tous les jours en agriculture.

Oui, la proclamation de toutes ces récompenses et de ces men

tions toutes spéciales, démontrait l'avantage de ce système que l’on devrait inaugurer en Canada, et les plus grands efforts

dev:aient être tentés, vour en faire apprécier toute l'importance et l'urgence.

Dans cette causerie agricole,je traçais d’une manière générale et indirecte, la ressemblance assez vive du fonrtionnement de l'agriculture dans le pays, et je suggérais autan! de moyens certains et puissants d'améliorer un ancien mode de culture incapable de produire aucun effet profitable et avantageux. Pour établir la vérité de mes avancés, je disais : tâchons, s'il est péssible, de découvrir une amélioration sensible dans la direction et le fonctionnement de nos sociétés d'agriculture ; tâchons en même temps de prouver que les bureaux de direction ont essayé d'introduire dans leurs programmes, des changements remarquables et ayant une tendance au progrès; mais après avoir cherché et scru.é, je ne voyais dans ces programmes que la même uniformité et la même routine, c’est-à dire, que tous les prix offerts étaient ceux des années passées, convertis invariablement en argent, et destinés à récompenser les mêmes personnes qui l’avaient été précédemment Et cela au préjudice de toute une population qui, faute de moyens d'améliorer ses races chevaline, bovine, ovine et porcine, laissaient les plus favorisés de la fortune se partager des sommes destinées à l’amélioration du sol et des différentes races d'animaux, mais nullement destinées à là convoitise de quelques monopoleurs insatiables.

Je citais alors la liste des prix d’une société qui offrait 227 prix, représentat un montant assez considérable. Un certain nombre de ces prix était, je l’admettais, mérité par les. exposants, mais le plus grand nombre de ces mêmes prix était à peine digne d’une mention. Alors le système adopté d'accorder des prix à ceux qui exhibaient des articles de peu de mérite, était donc un système absurde qui encourageait l’exposant

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rétrograde à conserver, soit un article de peu de valeur, soit uue race chétive, abâtardie et ruineuse.

Pourquoi morceler ainsi, disais je, une somme aussi considérable en une infiuité de petits prix de $2 00, de 81.50 et même de 50 cectins, pour encourager le défaut de connaissances et de savoir d’une certaine classe qui, était imbue de préjugés, et qui : était for;ement opposée aux idées nouvelles et progressives ? Non, nous ne devions pas nous laisser vaincre, nous laisser décontenancer par de semblables obstacles. Je savais qu’il fallait être muu: d'une persévérance à toute épreuve et qu’il faudrait des auüées, pour nous retirer de l’ornière profond où nous étions . tombés avant de faire accepter le grand avantage des innovations. Alors chacun devait se réveiller en face des idées arriérées, et ceux qui manquaient de courage et de résolution, ne devaient pas empêcher la liberté du mouvement, et chacun devait répudier ceux qui osaient flatter les fausses opinions d’une certaine classe dans la crainte de faire des mécontents.

Je sais aussi, disais je, qu’on m’objectera : si nous n’accordons pas un grand nombre de prix représentés par des sommes d’argent à uue partie des membres de la société, nous ne trouverous pas les souscriptions suffisantes, et alors nous ne pourrons rencontrer la somme nécessaire pour obtenir l'allocation du gouvernement. Adumettons, ajoutais je, qu’il en soit ainsi pour un petit nombre d'individus aux idées étroites, mais faut il pour cela se laisser eutraîner à a remorque de ces quelques personnes qui ne sont guidées que par l'ambition de gagner une piasire ? Ne sait-on pas que ceite malheureuse piastre est destinée la plupart du temps à l'achât d'articles futiles, taudis que si La société d'agriculture leur avait converti ou retenu la moitié de cette piastre pour les aider à améliorer une race d'animaux abâtardis, etc., ce placement aurait rapporté un intérêt de cent pour cent, et les aurait empêché de se voler eux-mêmes d’une façon vraiment déplorable ? J’ajoutais aussi que les sociétés d'agriculture, composées d'hommes en pariie nouveaux, devraient préparer et rédiger pour l'avenir, des programmes différents et parfaitement étudiés.

Que les directeurs devaient retraucher en premier lieu, les prix superflus et non mérités ; qu'ils devaient en appeler ensuite au patriotisme de ceux qui crdinairement remportaient le plus grand nombre de prix,afin qu’un tiers ou la moitié de la somme ordinairement offerte en prix, fut employé pendant deux

ou trois ans à l'achât J'animaux reproducteurs que les sociétés d'agriculture p'aceraieut dans les paroisses les plus centrales du comté. Ces divers reproducteurs deviendraient, par là même la propriét» des merubres, qui seuls auraient le droil et l'avantage d'y amener gratuitement leurs animaux ; cette methode très

juste en elie même, forcerait les personnes ne faisant pas partie de la société à en devenir membres, si elles désiraient l'amélio-

ration de leurs bestiaux

ILétait absolument itutile de répéter de nouveau, l’avan. tage immense que tout le comité retirerait d ces beaux animaux reproducteurs, car il faudrait être privé de connaissance et d'intelligence, pour ne pas admettre l’efficacité d’un semblable système.

J'ajoutais aussi que les programmes devaient contenir des prix, pour les meilleurs pâturages ; car une bonne alimentation constitvait non seulement la conservation d’une bonne race, mais lui facilitait L s moyens certains d'enrichir le propriétaire. Ce n’était pas une récolte épuisante et médiocre qui indemnisait le cultivat-ur, mais les nroduits de la laiterie qui avaient toujours enrichi ceux qui s’étaient livrés à ce genre d’industr'.

L'on ne devrait pas oublier d'accorder des prix pour les animaux les mieux tenus en hiver, car comment pouvait-on éspérer que des animaux nourris, quelquefo s à la mauvaise paille, durant 5 à 6 mois, et abreuvés, une fois par jour d’une eau glacée, (puisqu'ils sont ordinairement conduits à la rivière par les plus grands froids d’hiver), pussent durant le temps de la gestation, produire au printemps, de beaux rejetons et donner ensuite des profits au propriétaire? L’on ne devait pas après cela s'étonner des maladies et des accidents foriuits qu’entrainait toujours la négligence de ces cuitivateurs irréfléchis, qui avaient de plus la triste habitude de renfermer hermétiquement le bétail dans une étable ou il n’y avait aucun conduit pour renouveler l’air fétide qu’exhalaient ces Jégoutants enclos ; encios où les vaches reposaient soit sur ne litiére décomposée et renouvelée qu’à de longs intervalles,soil sur un pontage humide et malpropre. Le bétail en stabulation devait être tenu proprement, pansé au moins une fois par jour, et devait être pourvu d’une alimentation saine à laquelle où devait ajouter et toujours, un peu de racines. Le cultivateur muni d’une chétive race de 5 à 6 vaches aux quelles il n’apportait aucune attention, devait changer sa méthode ruineuse de semer grain sur grain pour le

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vendre aussitôt, récolté, soit au marchand, soit au distillateur qu'il enrichissait la plupart du temps à son d'iriment; il devait améliorer surveiller et augmenter son troufeau, et alors il commeucerait à s’apercevoir qu’il fesait autrefois fausse route et que s'il portait toute sa surveillance an bétail, il réaliserait avec le produit de sa laiterie autant et plus que sa t rre pouvait lui donner en l'exploitant incessamment. De plus il obtiend'ait avec ce mode de culture un engrais volumi neux et riche qui reudrrit au sol sa fertilité primitive, car les animaux bien nourris, fournissent constamment et plus de meilleurs fumiers que ceux qui sont soumis à une alimeutation panvre et insuffisante.

Voilà à peu pres ou en substance ce que j'écrivais, en 1864, et dans céile même causerie, comme avaut et plus tard. j’ai parlé de la fondatioti, dans chaque comté, de fermes modèles et écoles dont ou parle encore actuellement.

De tels établissements sont-ils nécessaires daus la prov.nce de Québec ? Oni, et plus que jamais, si l’on aécile de ne pas y faire uniquement de la théorie et de la culture de fantaisie ou d'amateurs, comme on en a malheuseesement trop fat dans maints endroits.

Les théoriciens au long cours, les gentilshommes fermiers qui connaissent, plus ou moins, les principes de la culture savante sans en posséder la pratique, ont fait, pour la plupart, de trop tristes fiaseas on bredouilles pour qu'ils soient pris pour professeurs, pour modèles. Au contraire, il nous faut pour modèles, pour professeurs, pour patrons dans ces fermes-écoles, des praticiens expérimentés dans l’art agricole, et qui puissent avec intelligence et sagesse appliquer à à la pratique les règles fournies par la théorie. Sans cela, il faudra échouer encore et toujours.

Quant à moi, je le répète, j J'ai toujours demandé et recommandé la fondation des fermes-écoles, rnodèles et pratiques, dans chaque comté où au moins dans chaque” district de la province ; mais jusqu'à ce jour mes suggestions ont été infructueuses ou à peu près de nul effet.

Par malheur, les quelques fermes qui ont été établies dans notre province, soit par des corporations ou des particuliers, comme devant être des fermes-écoles et modèles, n’ont pas toujours répondu aux espérances, au: besoin et à l’attente que l’on devait en anticiper. Et au lieu de provoquer des innovations,

d2s :hangements ou une révolution bienfaisante dans la culture routine ces prétendues fermes-écoles n’en ont que de plus

en plus enraciné les préjugés et les idées arriérées des cultivateurs rétrogrades. qui ont censuré et ri de ces essais infructueux ou de ia culture savante et raisonnée.

Voilà le danger qu'il faut éviter à l'avenir, si nous voulons réell“inent changer et perfectionner le mode ruineux et irrationnel que les agriculteurs suivent généralement, pour soutirer d'un sol épuisé des rendements qu’il a produits abondamment, mais qu'il ne peut plus rapporter, faute des éléments qui lui manquen:, qui lui ont été enlevés avec usure et que l’on n’a pas eu la sagesse de lui rendre.

Quand dans le règne animal et végétal, l'organisme et l’ensemble des fonctions et organes productifs sont fatigués, épuisés par l& travail, par la production, il faut du repos, de la nourriture 1’est-ce pas ? Quand le cheval a fait une longue course, un dur travail, il faut lui donner du repos, du soin, des panse-

ments, une bonne alimentation n'est-ce pas, si on veut l'utiliser

: A0 uvuveau et si on veut qu'il nous rapporte encore du profit ? Alors, il en est de même de la terre, et n’allons pas croire que nous puiserons à pleines mains dans ses flancs, sans lui donner les soins, le repos et les substances qu’il lui faut, pour qu’elle r"oduise encore et toujours !...…

Ce qu’il lui faut, ce sont les amendements et spécialement les amendements calcaires dont je vais parler un inctant; car sans ces amendements, sans ces changements en mieux dans ia cul ture, inutile de faire de beaux labours, de beaux travaux pour faire produire une terre, lorsque les principes chimiques ou les

.élémunts essentiels à la production des plantes et des racines manquent.

Pour faire voir combien l’on ignore l'importance des amendements calcaires, je citerai l’appréciation qu’en fesait un jour, l’un des braves cultivateurs de mon endroit. Etant à faire charroyer par un fäbricant de chaux, plusieurs barriques de cet agent «chimique sur une pièce de terre qui avoisinait le chemin du roi, j'entendis un passant, un brave cultivateur s’écrier : “C'est 5... on ‘ne peut acheter de la chaux pour bousiller, pour blanchir nos bâtiments et Mr — la gaspille en la fesant jeter sur sa terre” Je fis descendre de voiture ce cultivateur, je lui montrai une pièce de terre épuisée, dépourvue de calcaire, où il poussait

beaucoup de mauvaises herbes et jc ‘::i expliquai pourquoi j'y incorporais un compost de chaux; mais il me laïssa neu cunvaincu du, résultat efficace que j'étais certain d’obtenii. ‘1 au plus tard, comme je lui apprenais que j'avais obtenu le premier prix pour l'orge sur cette même pièce de terre, il resta ébahi, et il sembla ne pas vouloir le croire ou se l'expliquer. Cesencaut, voilà un fait que je puis prouver par le maire de ma locaïité, qui possède actuellement cette terre, et par d’autres personne: ‘il en était besoin. Pauvre St-Thomas ! combien y en a-t-il comme ce cultivateur, qui voient, qui touchent même la plaie, et qui n’y croient que médiorrement cependant !...…

Des fermes-écoles établies dans chaque comté et bien administrées, pourrrext seules dessiller les yeux et raffermir la foi des aveugles et des incrédules. Espérons que ce projet nécessaire et patriotique, sera enfin entendu, compris et mis à exécution par nos gourvernants. Ponr en arriver là,il faudrait que les professeurs avec leurs élèves visiteraient, à de certaines éroques de l’année, sur la demande des cultivateurs, les fermes de ces cultivateurs cemm2 de bons médecins doivent visiter leurs malades; car, généralement, nos terres sont malades et dans maints endroits dangereusement malades !.… Il faut qu’elles soient visitées, diagnostiquées pour reconnaître où gît le mal, et elles doivent être pronostiquées en bien ou en mal, selon les soins judicieux ou irréfléchis qui seront appliqués.

N'oublions pas que la plupart de nos terres, depuis qu’elles ont été défrichées, c.-à-d. depuis au-delà d’un siècle, n'ont pas été amendées et que l'élément calcaire indispensable à ia production des céréales et des racines, et qui a été enlevé sans interruption par des récoltes épuisantes, n'existe qu’à l'état d’atome dans le sol. Cependant, il en faut et plus que le pensent généralement nos cultivateurs.

Les fermes-écoles avec l’intelligent personnel dont elles seraient composées, auraient pour mission de prouver que, pour rendre au sol son pouvoir et sa fertilité primitive ou première, il faut employer la chaux ou les amendements calcaires, car il est actuellcment dépourvu, en grande partie, de cet agent chimique et indispensable que les moissons ont absorbé ; que les fumigrs sans l'intervention des chaulages (là où:la chaux manque) exercent une influence médiocre et peu sensible, au lieu qu'il est enseigné par tous les auteurs que la chaux introduite particulièrement dans les terres légères, sablonneuses, froides et

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humides, change leur caractère dominant et fournit une C consistance dont elles étaient dépourvues. Dans les terres argileuses, ompactes, la chaux détruit au contraire l’adhérence du sol qui se trouve assaini et se réchauffe plus à bonne heure au printemps. Dans les terrains chaulés, les récoltes sont moins exposées à la verse, l4 paille acquiert une rigidité qui lui permet de se soutenir, le g'ain subit également son influence et augmente en poids. La chaux a de plus le pouvoir de détruire les insectes de diverses espèces ; et qui sait si la mouche à patates aurait fait son apparition ou aurait fait autant de ravage, si nos champs renfermaient une quantité suffisante de chaux ?

A propos du pouvoir de la chaux, j je dois reproduire ici et en partie, une autre correspondance que j'ai publiée dans le journal Le Nord, en date du six avril 1865, en réponse à un correspon-

dant. Je disais : ‘“ En parcourant les colonnes du journal Le Nord, j'y ai lu un article intitulé : ‘ La chaux comme engrais.”

J'ai lu bien attentivement la partie de cet écrit, d'autant plus que je sais que la chaux joue un grand rôle en agriculture, et que ses effets peuvent produire d’heureux résultats sur les terres dépourvues de cet agent chimique.

Mais si j'ai bien compris l’auteur, il recommande l'usage de la chaux comme étant un engrais, et comme devant remplacer les fumiers.. Ilme permettra dans ce cas, de différer quelque peu

avec lui.

Je n’ai pas l'intention de censurer les données et la, bonne intention du correspondant ; mais je-crains seulement qu'avec toute sa bonne volonté, il ait oublié de faire la distinction qui doit exister entre les mots engrais et amendements ; ou bien, il se fiait trop à la perspicacité et à la pénétration du lecteur, qui s'est pas toujours en état de donner une juste interprétation à un ouvrage, surtout lorsque cet ouvrage présente deux sens. Et celui qui n’a pas fait une étude approfondie des effets véritables de la chaux, pourrait peut-être se fourvoyer et obtenir des résultats désastreux.

La recommandation d’incorporer et de remettre au sol le calcaire que les récoltes ont épuisé ou absorbé est non seulement

excellente, mais indispensable. Cependant, il ne faut pas con-

fondre la différence qui existe entre les métaux calcinés et les

engrais proprement dits, c.-à-d. les fumiers et autres matières

provenant des déjections et urines des bestiaux, mêlées à la litière, dont les eifets ne sont pas les mêmes.

La chaux n’est pas un engrais, mais un stimulant qui, introduit dans les terrains qui en sont dépourvus, active et aide la végétation des céréales, &c., &c. Alors, son application a pour but seul d’amender le sol, qui ne peut produire et faire végéter les plantes à satisfaction, et qui de plus ne peut opérer l’action requise à la rourriture des végétaux sans la dose nécessaire de calcaire qui doit en faire partie. Et qu'il soit bien entendu que le chaulage saus l'intervention des fumiers, est un mode ruineux pour celui qui l’adopte. La maxime suivante, exprimée en peu de mots par les chimistes agronomes, est tranchante : les effets de la chaux ne peuvent se soutenir sans les fumiers, et ce n’est que par l’emploi simultané de ces deux agents que l’on peut se bercer de l’espoir d'augmenter et maintenir la fertilité que l’application du calcaire a fait surgir; etsice précepte n’est pas rigoureusement observé, et est transgressé, on doit dire que la chaux enrichit le père et ruine les enfants.”

Ensuite, l’application de la chaux n’est avantageuse que dans les terrains où le calcaire a été absorbé par les récoltes, ou dans les sols qui en sont naturellement dépourvus.

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