‹ Lettre sur les prodiges de la nature et de l'artChapitre 7 sur 15 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Des instruments artificiels merveilleux.

Je parlerai d’abord des merveilleuses opérations de la nature et de l’art, ensuite j’en donnerai les causes et j'indiquerai la manière de les produire. Dans tout ce qui va suivre, on verra qu’il n’y a rien de magique, et l’on verra que tout pouvoir magique ne peut rien produire de supérieur ni même d’égal à ces phénomènes.

Examinons d’abord les œuvres dues à l’art (1).

(1) Le passage qui suit a été reproduit, combien de fois! Dans la machine marine, on a voulu voir la machine à vapeur ; il faut de bons yeux. Bacon parle simplement d’une machine à leviers où la force est centuplée, ainsi qu’il le croit : il ne savait pas que, la quantité de force étant constante, ce que l’on gagne d’un côté on le perd de l'autre. Les chars reposent sur le jeu des pédales mues par les mains ou les pieds, c’est la première enfance de la bicyclette, son appareil le plus remarquable est sa machine à voler, il y a là une idée géniale. Bacon est le premier disciple de l’aviation ; quant à son dernier instrument, c’est tout simplement le moufle. Sur l’aviation, voyez l’article de M. Lefort : Y Analogie ( Initiation , 4e année, n° 7).

On peut construire des machines marines telles, que les plus grands esquifs maritimes ou fluviaux en étant munis, et un seul homme les montant et les gouvernant, ils auraient une vitesse bien plus grande que s’ils étaient pleins de rameurs. On peut aussi faire des chars qui, n’étant tirés par aucun animal, se meuvent avec une vitesse considérable ; l’on pense que tels étaient les chars à feux sur lesquels combattaient les anciens. On peut aussi construire des instrument pour voler; un homme est assis au centre de l’appareil et fait tourner quelque roue par laquelle des ailes artificiellement construites frappent l’air à la manière d’un oiseau qui vole. On peut aussi faire un instrument d’un petit volume pour pouvoir élever ou descendre des poids d’une pesanteur infinie, ce qui est fort utile à l’occasion. Car, à l'aide d’un semblable instrument d’une longueur de trois doigts, large comme eux et d’un volume moindre, un homme pourrait s’évader de prison, monter et descendre lui et ses compagnons.

On peut construire des instruments à l’aide desquels un homme tirerait à lui mille personnes avec violence et malgré elles, il en est de même pour les autres espèces de traction. On peut aussi faire des instruments avec

lesquels on se promène dans la mer et au fond des fleuves sans aucun danger pour le corps. Alexandre se servit de cette machine pour surprendre les secrets de la mer, d’après ce que raconte Ethicus l’astronome.

Toutes ces choses ont été expérimentées soit dans l’antiquité soit à notre époque, et je les affirme être véridiques, excepté l’appareil à voler, que je n’ai pas vu; je n’ai pas non plus connu d’homme qui l’ait vu, mais je connais intimement le savant qui l’a inventé. On peut faire une infinité d’autres choses du même genre, telles que des ponts traversant les fleuves, sans piles ni autres soutiens; des machines et bien d’autres choses ingénieuses peu connues.

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