‹ Lettres, 1841-1866, portrait en héliogravureChapitre 21 sur 80 · A MONSIEUR GODEFROY · texte numérisé non relu

A MONSIEUR GODEFROY

Mercredi, 12 Novembre i856.

Mon cher Godefroy, Ce Michel, beaucoup trop sage, ne veut me don-

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ner d'argent (pour le troisième volume) qu'après la publication du second. Je suis en train d'en écrire la préface, et, comme je n'accouche que douloureusement, cela pourrait bien durer quelque temps. Pcurriez-vous vous priver de 25o fr. ? En réalité, je n'ai un absolu besoin que de 200 fr., mais je vous en ferais rendre 260, pour vider notre vieille petite question. J'écrirais simplement au bas du traité : Je prie Michel de rendre à Godefroy, etc. . . Et vous me laisseriez seulement le plaisir de l'avertir le premier, par pure indulgence pour mon amourpropre. Si cela est possible, gardez le papier timbré, et j'irai vous voir le i3 ou le i4; et, si cela est impossible, renvoyez-le-moi. — Je ne crois pas que ma demande soit bien indiscrète; en tout cas, je sais que vous trouverez tout naturel que je me sois adressé à vous.

Tout à vous.

Et si cela, impossible pour aujourd'hui, était possible dans un délai assez bref, écrivez-moi un petit mot.

A POULET-MALASSIS

Mardi, 9 Décembre i856.

Mon cher ami,

Rien de plus judicieux et de plus sage que votre lettre. En réalité, c'est presque les conditions que Michel faisait, avant ses volumes à i fr. et à

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six raille exemplaires. Mais, chez vous, je ferai fabriquer honnêtement et élég'amment.

Je puis vous avouer maintenant tout le plaisir que m'a causé votre lettre. J'avais fini, — ne m'en veuillez pas trop, — par prendre vos indécisions pour une réelle défiance de mon talent. De plus, je m'étais mis dans un foutu cas. Un jour, dans un mouvement d'humeur contre Michel, je m'étais vanté à lui de pouvoir compter sur vous.

Enfin, les billets eux-mêmes (surtout celui de 200 fr.) tombent comme le Messie. Car, après votre départ, mon guignon a fait qu'au Moniteur on a pris la décision d'apurer avant tout les comptes de l'année qui vient de s'écouler, et V Arthur Gordon Pijni ne sera pajé que le i5 Janvier. Le premier numéro paraîtra irrévocablement le 8. Vous devinez dans quel état d'anxiété j'étais, — et vous voyez que j'ai quelques raisons d'être satisfait.

Je suis bien aise que vous ne veuilliez commencer qu'en Février et que nous commencions par la poésie. J'aurai tout Janvier pour éparpiller les trois ou quatre morceaux inédits du volume de prose, pour en tirer de l'argent, et en même temps nous pourrons disposer ensemble l'ordre des matières des Fleurs du Mal, — ensemble, entendez- vous, car la question est importante. Il vous faut faire un volume composé seulement de bonnes choses : peu de matière, qui paraisse beaucoup, et qui soit très voyante. Votre mot popularité m'a beaucoup fait rire. Point de popularité, je le sais, mais un bel éreintage générai qui attirera la curiosité; et

gÔ CHARLES BAUDELAIRE

puis, nous saurons avoir quelques articles dans les revues étrangères.

Je ne sais pas si vous enfermerez les deux livres dans le même traité; mais, que vous n'en fassiez qu'un ou que vous en fassiez deux séparés, si vous ne laissez pas en blanc le titre du livre en prose, mettez Miroir de l'art, Cabinet esthétique, ce qui vous passera par la tête. Nous modifierons cela, à votre gré, quand vous déposerez le titre au Ministère.

Le genre de traité que je vous ai demandé et que vous me faites a cela d'excellent qu'il est difficile de supposer que vous perdiez quelque chose, et que, si le livre se réimprime, les bénéfices futurs de l'auteur sont sauvegardés.

Donc : deux volumes, mille exemplaires, éternellement, cinq sols.

Poser le cas où Malassis ne réimprimerait plus pendant un an (?), et où Baudelaire serait libre. Avec vos billets, envoyez-moi votre ou vos traités, signés ; je vous retournerai de même les doubles.

Ajoutez, dans votre lettre, un conseil pour l'escomptage du premier (200).

J'ignore la part qu'a votre beau-frère dans votre décision, ou même s'il en a une. En tout cas, présentez-lui mes amitiés, si toutefois vous le croyez sensible aux pompes sataniques de l'étiquette. Autre aventure, mon logement définitif ne peut être prêt que le i5 Janvier. Ainsi, vous me retrouverez ici, et je reste jusqu'au i5 Janvier cloué

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dans l'hôtel de ce misérable qae MM. Havin et Léon Plée prennent pour un grand poète.

Mettez-moi de côté tout ce que vous accrocherez de Laclos et sur Laclos.

Vous recevrez ceci demain matin mercredi; je serais heureux, si je recevais votre paquet jeudi matin.

Si je ne craignais pas que vous me traitiez de maniaque ou d'insolent, je vous parlerais encore de quelques monnaies que je vous dois. Mais il sera toujours temps devons fâcher, quand vous viendrez à Paris.

Bien à vous.

Si vous voyez le seigneur Asinarius, guérissezle de ses superstitions grossières relatives à moi.

A POULET-MALASSIS

Le II Décembre i856.

Cher ami,

Voici votre reçu. Votre billet est chez Tenré, i8, rue Laffitte, en qui j'ai trouvé un ancien camarade de collège, et qui a bien voulu ne pas tenir compte des vingt jours de trop dont le billet est âgé. Cependant, il m'a demandé deux jours. S'il rend le billet, je profiterai alors de votre offre, et de votre bon vouloir.

Tout à vous.

Reçu de M. Poulet'Malassi^, imprimeur-'libraire

g8 CHARLES BAUDELAIRE

à Alençon, un billet à ordre de deux cents francs, acompte sur quatre billets â ordre, ensemble d'une valeur de cinq cents francs, prix convenu entre nous pour le tirage, à mille exemplaires chacun, de deux livres, l'un, de prose, intitulé Cabinet esthétique, l'autre, de vers, intitulé Les Fleurs du Mal, que M. Poulet-Malassis m'achète, dont traité à intervenir en Janvier, sur les bases fixées dans des letres échangées, du huit au dix Décembre, entre nous.

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A POULET-MAI-ASSrS

Mardi, lo Février iSjj.

Mon clier ami,

Le manuscrit a été remis à Madame Dupuy, mercredi, 4 Février; — ce n'est donc pas ma faute si vous l'avez reçu si tard.

Je recevrai donc, en même temps que les placards représentant la moitié de Spleen eildc'al, le paquet des pièces sacrifiées, mais non composé. En ceci, vous avez raison. Mais j'avais cru pouvoir vous demander cela, à cause de mon infirmité qui ne me permet de juger de la valeur d'une phrase, ou d'un mot, que typographies.

Quant aux épreuves, pourquoi ce petit sermon? Je sais que vous avez raison. Mais vous avez l'air de croire que je veux en abuser. Je demande une épreuve placard et une épreuve mise en pages. Vous avez été induit en erreur par ma phrase : tou^ Jours une double épreuve, c'est à dire : toujours la même épreuve, en double, — dans le but de fournir

BîBLIOTKEC*?

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CHAULES BAUDELAIRE

des citations (peut-être) à des revues ou à des journaux, — avant votre mise en vente, ce qui ne peut que vous être agréable.

Quant à la question typographique, je n'y entends rien, ou du moins je n'y entends qu'avec mon œil.

Je vous recommande seulement, lors de la mise en pages, de ne pas être avare de blancs, et puis de composer la dédicace dans un certain style solennel que vous saurez trouver, grâce à votre excellent goût. Cependant, il serait peut-être bon de ne pas donner à un manuscrit moderne les archaïsmes et les gentillesses du rouge. Pas de coquetterie.

Je suis profondément étonné de votre mot : de 35o à 4oo pages. Je ne l'aurais jamais cru, surtout avec du huit .

Vous aurez l'obligeance de m'expliquer comment on use de la poste pour les épreuves. Toutes mes épreuves de Corbeil, c'était Michel qui les expédiait.

Il me tarde fort de vous voir.

Tout à vous.

Pour le manuscrit Bric-à-brac, oui.

Le huit me paraît bien petit et bien peu grave.

A POULET-MALASSIS

Lundi, i6 Février iSSy.

Je croyais, mon cher ami, que c'était une question déjà décidée par vous. C'est pourquoi je ne

répondais pas. J'ai trouvé votre AMi7(alençonnaises) joli, et en effet fort adaptable à un format anglais. Mais il m'est impossible de deviner si votre neuf ferait mieux.

(Ajoutez à cela que je suis toujours préoccupé de l'horreur de la plaquette.)

Mais je puis vous dire quelque chose qui vous mettra bien à l'aise, et pour toujours. Dans toute question de cette nature, comme vous vous y connaissez infiniment mieux que moi, tontes les fois quiln'y aura pas de ma part répulsion radicale,

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