‹ Lettres, 1841-1866, portrait en héliogravureChapitre 23 sur 80 · A MONSIEUR DE BROISE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DE BROISE

Dimanche, 1 5 Mars 1857.

Monsieur,

Je sais qu'il n'est pas d'usage de répondre à une lettre qiion n'a pas reçue, mais je crois qu'il m'est permis de violer la règle dans le cas présent. M. Poulet-Malassis, mon très ancien ami, est parfaitement libre de rembourser à la Société le prix que j'ai reçu de lui, pour deux volumes, et, si M. Malassis exige à son tour que je le rembourse, je le rembourserai. Quant à la façon foute de confiance dont il a traité avec moi, et qui est un perpétuel sujet de reproches de votre part, je vous ferai remarquer, Monsieur, que tous les traités sont DE CONFIANCE, et que s'ils n'étaient pas de confiance on ne les ferait pas.

Auguste Malassis m'a offert de me servir d'abord TOUT mon livre en placards. Je ne le lui demandais pas, je n'avais pas osé, mais j'ai accepté: o^,cest vous qui êtes en retard.

Vous ignorez sans doute, Monsieur, ce que c'est que le soin et les lenteurs indispensables pour un

ouvrage auquel on attaciie de l'importance. Quant au second volume, j'ai répondu nettement à mon AMI Malassis qu'il était absurde que je fisse trois choses à la fois, parce que c'était le moyen sûr de faire de la mauvaise besogne. Dans peu de jours, je serai tout entier à ce second volume.

Je crois que j'ai répondu suffisamment au premier perpétuel reproche. Malassis, sachant ou ayant deviné que je pouvais avoir besoin de travailler sur une grosse quantité de matières, m'a offert plus que beaucoup, il m'a offert tout. Il avait raison; car, recevant beaucoup de matières, j'en renverrai beaucoup, et a la fois {explication du retard).

J'en viens maintenant. Monsieur, à l'objet de votre second perpétuel reproche : les surcharges de M. Baudelaire! Si vous ne voulez pas de surcharges, Monsieur, il ne faut pas envoyer d'épreuves TORCHÉES comme celles que vous avez expédiées, pendant que M. Malassis était à Paris. Ces justifications, et les termes dans lesquels je suis obligé de les faire, me sont extrêmement pénibles; mais je désire appeler votre attention sur ce point : si uous aviez mis plus d'actiuité et moins de négligence.,vous auriez eu moins d'embarras, et vous n'auriez pas éprouvé la nécessité (toujours facile à trouver) de faire de perpétuels reproches.

Je vous prie, Monsieur, d'agréer l'assurance de ma parfaite considération, et de présenter mes respects à Madame Malassis, et l'assurance de mon amitié à Auguste.

A POULET-MAL ASSIS

Je viens, mon cher ami, de jeter à la poste la première feuille, avec un bon à tirer, sauf l'arrangement de la dédicace; mais une idée soudaine me fait vous écrire ce petit mot :

Est-ce qu'une dédicace ne doit pas tout précéder, même le titre? J'ai le souvenir, je crois, d'avoir vu un faux-titre après la dédicace. Vous comprenez que toutes ces petites questions vous sont abandonnées.

J'espérais pouvoir trouver aujourd'hui le temps de vous écrire une long-ue lettre, je ne l'ai pas pu, et cependant j'ai raté, pour la première fois, mon feuilleton.

D'Aurevilly fait un grand article (qui devait paraître aujourd'hui) sur les Odes, article qui sera évidemment bien singulier, car il m'a dit qu'il vous avait accablé des plus jolies ilatteries, et, en môme temps, je sais que le livre l'a exaspéré jusqu'à le fureur.

A POULET-MALASSIS

Mercredi, iS Mars 1807, Mon cher ami, Je vous remercie, j'ai reçu ce soir la deuxième

Io8 CHARLES BAUDELAIRE

feuille et le ^nos paquet. Cela va maintenant aller rondement .

Il m'a encore été impossible de vous écrire aujourd'hui tout ce que j'ai à vous dire. Je vous adresse seulement, à la hâte, trois ou quatre observations :

jère^ Vos guillemets sing-ulièrement retournés. Est-il nécessaire d'en mettre tout du long- ?

gème^ Je vous rccommaudc ma dédicace, avec un amour infini. Quelque chose de menu, d'élégant, avec proportions, et mettant un peu plus en vue les trois ou quatre parties principales.

3ème^ Votre titre courant n'est-il pas trop près du premier vers? Il faudrait au moins autant d'espace entre le premier vers et le titre courant qu'entre les strophes.

^ème^ Yotre deuxième volume! 3e vous supplie de me laisser finir ceci d'abord ; autrement, vous me ferez mettre des vers dans la prose et de la prose dans les vers, ou bien de l'ornithologie ou des manœuvres de navire dont j'ai la tête cassée. Qui m'empêchait (si ce n'est la crainte du désordre) de vous laisser emporter de Paris ce second volume, auquel il ne manque que trois articles : Caricaturistes, Opium et Peintres raisonneurs? Mais alors les lacunes ! et les remaniements ! et le diable !

Vous dites bien du mal de moi sans doute, làbas; mais, dans quelques jours, vous jugerez combien j'ai raison.

Quant à la lettre, vous avez sans doute bien fait de la supprimer; vous avez évidemment deviné que

ce qui m'exaspérait était l'idée que votre beau-frère vous exaspérait, et qu'il en pouvait résulter une altération dans nos anciens et excellents rapports.

Mes respects à votre mère, si elle se souvient de moi. Vous aurez la bonté de me montrer la première feuille rectifiée. Je vous ai donné le bon à tirer pour vous mettre un peu de baume dans le sang-.

Quant aux notes, il faudra prendre un parti, et, si vous tenez à souiller le volume, je découvrirai un moyen mixte.

Eg-alité d'interlignes! lettres cassées, etc., etc.. Je présume qu'il est encore temps pour toutes ces petites choses, d'ailleurs importantes.

Votre ami.

A POULET-MALASSIS

Mercredi, 18 Mars 1857.

Mon cher ami.

Je réponds à votre lettre de ce matin : D'abord, il est absurde que vous vous fâchiez. Voyons, mon bon cher ami, je ne vous ai jamais dit que je voulusse des égyptiennes, des caractères gras^ anglais, amaigris, tic... Je sais ce que c'est que l'unité, j'ai toujours pensé comme vous là-dessus, et je connais l'importance de l'harmonie dans les caractères ; vous me parlez titre, et je vous réponds dédicace.

IIO CHARLES BAUDELAIRE

Vous me dites : C'est imprimé, vous voulez dire:

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