TIRÉ
Cette dédicace ne peut pas passer, et, puisque mon g^oût diffère du vôtre, — (je maintiens la nécessité de rétrécir la longueur, la hauteur, si vous aimez mieux de rapetisser tous les caractères, les prenant tous d'un œil moins gros), — je vous offre, et ne vous fâchez pas, de vous rembourser
LE PRIX DU PAPIER ET DU TIRAGE dc CCtte fcuilIe.
Mais, désormais, ne tirez plus sans le bon à tirer. Que je sache le prix que vous coûte cette aventure, et vous le recevrez, le i^'' du mois.
Pour le nouveau tirage, rectifiez toutes les fautes marquées sur l'épreuve {feuille imprimée) renvoyée par moi (sauf poète et vos guillemets, si vous y tenez). {Quant à ma ponctuation, rappelezvous qifelle sert à noter, non seulement le sens, mais la déclamation.)
Quant aux fontes mal faites, vous avez raison ; mais ce n'est pas ma faute si mon œil est trop bon.
Ainsi, voilà qui est bien entendu : il faut que cette feuille soit refaite; Je paie les frais, et vous ne faites plus tirer, sans bon a tirer. — Je vais vous renvoyer ce soir vos deux feuilles suivantes.
Votre bien dévoué .
Réponse, bien vite, bien vite.
Non, pas de Crébillon, c'est bien assez dc l'autre pour lequel je me donnerai beaucoup de mal.
A POULET-MALASSIS
Mon cher ami,
Vous êtes mille fois trop aimable, vous et votre Crébillon dont je ne veux pas.
Donnez cela à Monselet, ou à Babou. Après notre second volume, excepté en faveur cle Laclos, je n'écris plus d'articles. Je vous remercie du magnifique regret que vous exprimez à la fin, mais j'en profite pour vous faire remarquer que vous ne me dites pas un mot de la grosse question. Je vous ai déjà offert de vous rembourser, le i" du mois, le prix du papier et du tirage, mais j'ai réfléchi, depuis lors, que vous aviez peut-être défait les formes et les caractères ; dans ce cas-là, je vousrembourserai aussi une nouvelle composition, mais en une autre fois. — Dans ce cas-là aussi, vous auriez l'obligeance de me retourner l'ancienne feuille, avec ses corrections, en même temps que la feuille nouvelle, pour que je puisse bien vérifier. — Et il ne faut pas vous fâcher, et il faut accepter mon offre. Voulez-vous que je vous envoie le petit volume des poésies de Poe, imprimé à Londres ? Il y a là deux dédicaces imprimées dans le goût que j'essayais de vous indiquer.
Ah ! malheureux plein de pétulance, avez-vous donc fait le même coup pour les deux feuilles suivantes, c'est à dire celles que vous avez dû recevoir ce matin (20 Mars), et avez-vous tiré avant d'avoir
reçu les dernières corrections? Pour le coup, le cas serait encore plus grave, car il y avait quelques belles et solides fautes.
Les placards marchent, il y en a eu un fait, cette nuit. Dans deux jours, ce sera fini.
Tout à vous.
A POULET-MALASSIS
21 Mars 1867.
Hélas! mon ami, j'ai horreur des cartons, c'est donc la feuille refaite que je veux. Je veux, comme vous dites, faire une dépense absurde, et puérile (composition, papier, et tirage), et comme vous avez , je le reconnais, d'excellents motifs pour croire que vous avez raison, il est juste que je vous rembourse cette dépense. Croyez que j'ai assez d'ordre pour mettre cet argent de côté.
Votre nouvelle dédicace est mieux, beaucoup mieux.
Autres objets d'inquiétude:
Guillemets : vous vous trompez, mon pauvre ami; j'ai eu l'air d'approuver, et j'ai simplement réclamé, dans les placards, un système unique, et j'ai cru que vous préfériez celui qu'en réalité vous désapprouvez, comme moi. Donc, vous serez remercié par moi, si vous transformez cette abondance de guillemets en stricte suffisance, comme vous me l'expliquez si bien dans votre lettre de ce matin (21 Mars). — Seulement, que je sois bien averti
de la transformation, pour que je m'arrête à ce système définitif.
Autre malheur : qu'est-ce que c'est que ces deux feuilles que vous me réclamez, si ce n'est les deux uniques que j'avais et que je vous ai retournées, le 19 ? — Ainsi, la poste les a donc perdues, puisque vous auriez dû les tenir, au moment où vous m'écriviez votre dernière lettre.
Il ne manquerait plus, pour comble d'infortune, que vous ayez encore opéré votre tirage, sans les attendre; car, cette fois-ci, — dans ces deux feuilles, — il y avait de bonnes fautes.
Réparez donc, dans la feuille à recomposer, la question des guillemets, et, quant au reste, que le compositeur se conforme strictement à la dernière épreuve renvoyée, à ce que, malheureux que je suis, j'ai pris pour une épreuve.
Quant à votre proposition des quinze jours, oui, de bien grand cœur, — après que je vous aurai livré votre deuxième volume intésrralement.
Vous me traitez comme un fou, je voudrais bien vous voir vous-même risquer un ouvrage de vous dans des conditions non absolument satisfaisantes.
Votre bien dévoué, et excusez ma tristesse.
A POULET-MALASSIS
Mardi, 24 Mars.
l Mon cher Malassis,
^ La quatrième feuille, que j'ai reçue ce matin, est
Il4 CHARLES BAUDEI-VIRE
corrig'ée, avec bon à tirer. Les placards sont corrigés. Je regarde donc le travail comme presque fini.
Mais je suis trop inquiet pour vous envoyer quoi que ce soit, avant d'avoir reçu de vous :
1. — La première feuille, recomposée avec la nouvelle dédicace, d'après l'épreuve retournée portant bon ci tirer, — // compris cette épreuve, pour que je puisse vérifier.
2. — L'affirmation que vous avez reçu toutes mes lettres, ainsi que les deux feuilles suivantes avec bon à tirer (a'™^ et 3*™^), et que vous n'aviez pas tiré avant le bon à tirer.
3. — Que je sache si vous avez, dans ces précédentes épreuves, rectifié, de vous-même, le système des guillemets, comme j'ai vu avec plaisir que vous l'avez fait, cette fois.
Vous avez encore oublié de m'envoyer cette fois l'épreuve en double, ce qui m'empêche de servir L'Artiste, la Revue française, ou la Revue des Deux Mondes.
Quant à la question des frais, n'en soyez pas inquiet. — Je touche l'arg-ent de mes feuilletons au fur et à mesure. Rien ne me sera donc plus facile que de vous rembourser.
Vérifiez toujours avec le plus grand soin l'épreuve finale, — celle que vous obtenez d'après l'épreuve portant bon à tirer.
LETTRES lbt)7
ii5
A POULET-MALASSIS
28 I\Iars 1857.
Mon cher ami.
Je vous ai fait bien enrag-er avec votre première feuille. Je sais, par moi-même, combien les conseils excitent la haine, et je comprends qu'à la rigueur je n'aie même pas le droit de vous adresser un conseil, puisque vous ne m'avez pas envoyé votre catalogue.
Après l'avoir lu, je vous dirai, puisque je risque tout, que j'ai été heureux de n'y voir ni Laclos, ni mon nom.
Sérieusement, mon ami, tout le monde va se foutre de vous. Qu'est-ce que Sedaine? de Bièvre? Gilbert? J.-B. Rousseau? Le Sage (!!!), etc., etc.. Et pourquoi t^&s Paul et Virginie, et Œuvres choisies de BuJJ'on?
Maudissez-moi, foutcz-vous de moi et dites : De quoi se mâle-t-il? Mais, moi, j'attribue trop d'importance à votre réussite pour laisser passer les choses sans faire acte d'amitié.
Je relève avec soin les noms vraiment importants : Fréroii, Grosley, le Jansénisme (œuvre de génie, particulièrementpour les miracles de Paris; il faut être médecin, philosophe, historien, illuminé), Nicolet, Audinot (excellents), Chevrier, Mélanges et raretés (Uleyspiegel , mal orthographié),/"recferfc //, de Brosses, Sénac de Meilhan, Marivaux .
CnARLï;S BAUDELAIRE
Le plus raisonnable serait de supprimer radicalement votre catalogue, et de perdre vos frais de composition, ou du moins, si vous tenez à lancer un prospectus, de le disposer par catégories vagues :
Économistes. Sciences occultes.
Philosophes rationalistes. Facéties et curiosités. Illuminés. Romanciers.
Maçonnerie. Voyageurs {très im-
portant).
Où donc est Rétif de qui il y a d'excellents et ravissants extraits à faire ?
La catégorie romanciers est une mine admirablement riche. — Les utopistes,\es illuminés, excellentes catégories.
A priori, il faut chercher des curiosités, des choses oubliées, mais facilement vendables.
Je ne comprends pas qu'un homme comme vous, qui aime sincèrement le xviii™<= siècle, s'applique à en donner une si pauvre idée. xMoi, qui suis un remarquable échantillon de crapule et d'ignorance, je vous aurais fait un catalogue éblouissant, rien qu'avec les souvenirs de mes lectures, du temps que je lisais le xviii""<= siècle, — soit en philosophes matérialistes, soit en curiosités de sorcellerie et de sciences mystiques, soii en romanciers ou en voyageurs. Je parierais qu'en relevant les chapitres du Lycée de La Harpe, on ferait un catalogue plus attirant.
Maintenant, je vous le répète : Haïssez-moi. J'ai acheté la bonne édition des Liaisons dange-
reuses. Si jamais cette idée galopade nouveau dans votre tête, je verrai MM, Ouérard et Louandre, Louandrem'ayant promis de me mettre en relations avec un descendant (petit-fils ou petit-neveu) qui a des paquets de notes.
Je répète qu'il faut, dans ces aventures-là, se réserver beaucoup de marg-e, et préparer des prospectus très élastiques qui permettent de profiter des bonnes idées survenantes, et de se dédire souvent. Donc, vastes catégories. Quel jour verronsnous M. de Broise? Je désire le savoir. Je ne reçois rien de vous. Je vous le répète une dernière fois, je ne serais pas très-étonné que vous prissiez cette lettre fort mal, mais je me crois trop intéressé à votre réussite pour ne pas vous avertir. Supprimez votre catalogue.
Votre bien dévoué.
Et Les Incas, de Marmontel ? Vous les avez oubliés, n'est-ce-pas ?
Et Le Temple de Gnide ? Et' les Lettres persanes ?
Pensez donc au cas où votre catalogue tomberait entre les mains de Veuillot ou de d'Aurevilly.
A POULET-MALASSIS
4 Avril 1857,
Mon cher Malassis Je vous demande un million de pardons d'appeler encore une fois votre attention sur la nécessité
Il8 CHARLES BAUDELAIRE
cle corriger les épreuves. Mon œil, uniquement appliqué à de certaines choses, ne peut pas en voir d'autFes. Exemples : la page 44? pour 45, et, au troisième vers de la page 29, guères rimant avec vulgaire.
Je sais combien je dois vous irriter, mais je sais aussi que vous avez trop d'esprit pour ne pas tourner à bénéfice votre irritation.
J'ouvre, ce matin, le second volume de Monselet? et je tombe, page 21 3, sur la première ligne de la note :
M. Paul Delacroix... dans une hstoire, pour Paul Lacroix... histoire.
Je sais, je vous le répète, combien on se rend haïssable par ces taquineries-là, mais j'ai pris votre établissement très au sérieux, et, vous-même, vous m'avez avoué une fois que vous pensiez, comme moi, qu'en toute espèce de production, il n'y avait d'admissible que la perfection. Aprèsdemain, je serai tout à vous, et je reverrai vos placards, et je vous écrirai de nouveau au sujet de vos prospectus.
Bien à vous.
A POULET-MALASSIS
Samedi, 25 Avril iSSy.
Mon cher ami.
J'ai reçu tout à l'heure cette très étonnante lettre qui m'a pris beaucoup de temps, pour que je
LETTRES — 1607 Iig
la puisse bien comprendre, et qui, malgré toutes les belles protestations dont je vous sais le plus grand gré, m'a démontré que nos rapports étaient désormais chang-és. De nous deux, c'est évidemment moi qui en éprouverai la plus vive affliction , mais mon caractère se prèle à toutes les grandeurs, même à la résignation. Je comptais vous demander un nouveau service : les Poèmes nocturnes, qui seront faits après les Curiosités ; voilà donc un projet au panier.
La feuille que vous me réclamez, vous l'avez. A ce sujet, je vous prierai (évidemment, il est encore temps) de substituer, dans un des derniers Spleen, un vers avant un endroit chargé de corrections nouvelles : à
L'ennâi, fils de la morne incuriosité, Uennui, fruît de la morne incuriosité,
Cette correction, puérile en apparence, a une valeur pour moi.
Vos placards seront mis à la poste demain. Mais vous savez que la poste ne fonctionne pas le dimanche comme les autres jours. Il serait donc fort possible que vous ne les receviez que lundi soir ou mardi matin. Vous voudrez bien être indulgent pour ce retard de douze heures. Les trois morceauxlacunes du volume Curiosités vont être faits {Moniteur, Revue française. Artiste). Si vous voulez que je commence par remanier le commencement du volume, je le ferai.
Théophile Gautier me croit actuellement à Alençon. En effet, j'ai voulu aller vous retrouver, aussi-
ClI.Vr.LES lîAUDELAIKE
tôt le dernier feuilleton paru. Je voulais faire chez vous comme au Moniteur^ m'installer soit à l'holel, soit à votre imprimerie, et, décidé à ne m'occuper que d'une chose à la fois, travailler au jour le jour jusqu'à ce que tout fût fini. Différentes raisons combinées m'ont empêché de partir.
Il y a quelque temps, Théophile m'a demandé si vous seriez disposé à imprimer Le Roman de la Momie. Je ne vous ai rien écrit à ce sujet, parce que j'ai cru que j'allais partir pour Alençon. Il attache unegrande importance à ce livre, et m'avait chargé de vous dire que les amourettes de grisette, toute la folâlrerie niaise de l'ouvrageseraient enlevées, et tout le ton du livre, ramené à la solennité archaïque du commencement. Au dernier moment, je lui ai demandé comment il comptait traiter avec vous. Il m'a répondu que ce qui l'avait engagé à s'adresser à vous, c'était l'espérance de voir une pureté et un zèle typographiques adaptés à un ouvrage choyé par lui ; que, quant au prix, il réclamait de vous l'exécutiondes clauses de la maison Hachette : 1,200 fr. pour quatre mille exemplaires, même quatre mille cinq cents, même au-delà.
J'ai répondu que le seul embarras était l'exiguïté de vos tirages. — A cela, il a objecté que vous pouviez, si bon vous semblait, opérer vos tirages en quatre fois,clicher, recomposera votre gré, mais qu'il tenait à ce chiffre de quatre mille exemplaires, au moins. La somme en question, répartie sur quatre mille exemplaires, équivaut à votre prix, réparti sur mille ou mille deux cents exemplaires. Il n'y a
l.tiTTRliS 1807 121
donc pour vous qu'un embarras, c'est de savoir si vous pouvez opérer à coup sûr un pareil tirage.
J'espère que vous comprendrez que, vu mes relations avec Théophile et les services que je lui dois, il me serait douloureux de lui présenter moi-même un refus. Vous pouvez lui écrire, et croyez qu'il a assez d'esprit pour tout bien prendre. Ce qui m'a encouragé à me charger de cette négociation, c'est l'éloge que vous m'aviez fait de son ouvrage.
A POULET-MALASSIS
Lundi, 27 Avril 1857.
Mon cher ami.
Je vous remercie profondément de la lettre de ce matin, mais en vérité c'est trop beau, et, comme je ne vous donnerai plus d'occasions de colère, vous n'aurez plus d'occasions d'en effacer les traces.
Maintenant, voilà la question :
Je vous mets ce soir vos placards {tous vos placards) à la poste, remaniés avec tant de soin que la lecture des épreuves sera une besogne très minime.
Je puis donc dès après-demain me mettre aux Curiosités. La vraie besogne des Curiosités consiste dans le remaniement du premier morceau (Salon de i8^5), le remaniement de l'article Caricaturistes (à placer à la Revue française), et la confection de deux morceaux nouveaux {Peintres
CHAULF-S IJ.VUDELAIRE
raisonneurs^ Excitations artificielles), qui par bonheur seront à la fin.
Rien, en somme, ne m'empêche de vous expédier, au jour le jour, tout ce que je ferai; mais, si vous désirez savoir l'étendue réelle du livre, je serai obligé de vous faire d'abord un calcul de lettres.
La question d'Alençon :
Le dernier feuilleton fait, j'ai passé cinq jours à me soulag-er, pendant lesquels j'ai mangé tout mon argent. Il faut non seulement que j'aille à Alençon, mais aussi à Lyon; la question d'argent est minime, parce que je puis avoir le parcours gratuit sur toutes les lignes; mais je souffrirais de laisser derrière moi des inquiétudes, et je veux, avant tout, que ce manuscrit soit complet.
Donc, j'irai à Alençon, mais plus tard, dans quinze jours peut-être, et, pendant que j'irais à Lyon, vous composeriez les premières feuilles. Mais remarquez que, bien que je croie le manuscrit non finissable avant quinze jours, cela ne m'empêchera pas de vous en envoyer les premiers morceaux avant le lo, si vous le voulez.
L'affaire du Roman de la Momie m'inquiète, et voici pourquoi : je crains que vous n'y mettiez un zèle de vanité . Il est vrai que l'affaire est bonne, et que le prix se rapproche tellement du vôtre que c'est presque le même; mais Théophile est accoutumé à compter sur ses libraires qui répondent d'une vente forcée de quatre mille exemplaires. Vous savez que le tirage pourra être un peu plus fort.
Adiea, je vais me mettre à La Révolte^ au Vin. et à La Mort.
J'ai parcouru les bonnes feuilles des Cariatides. II y a des fautes cruelles. Vous devriez vraiment y prendre garde.
Je n'ai pas le sol pour affranchir ma lettre, et c'est la raison pour laquelle j'attends à ce soir pour l'envoi de la fin de Spleen et Idéal^ à laquelle je joindrai évidemment le reste.
Soig-nez bien ma dernière feuille.
A POULET-MALASSIS
Le 6 Mai 1857.
Mais, mon cher ami, ce n'était pas là ce qui m'intéressait le plus; je vous avais écrit un mot, au crayon rouge, derrière Lesbos, pour savoir si ma septième feuille, trop chargée, viendrait à bien, et s'il fallait que je la relusse. Une étourderie de ma part, un vers faux, que sais-je? ou bien encore une transposition de correction peuvent amener un malheur ridicule. Après que les corrections sont exécutées, les vérifiez-vous, et relisez-vous ?
Je viens de voir Th. Gautier, qui me mettra un fragment à L'Artiste. Il m'a paru fort enchanté de vous; il veut tellement exagérer ce qu'il appelle le côté embêtant de La Momie que la question de publication, chez n'importe qui, est renvoyée à six mois. Mais vous lui avez probablement fait quelque offre vague et gracieuse, car il est fort gracieuse-
124 CHARLES UACDELAIKE
ment revenu à la charge, comme un enfant terrible, et il m'a parlé d'Emaux et Camées comme d'une chose //ère dont il refuserait la réimpression à n'importe qui, jusqu'à ce que vous soyez venu à Paris.
Il y veut ajouter dix morceaux inédits et dans le même rythme. La question d'argent serait plus que facile à régler, mais il galope toujours sur son dada de beauté typographique.
Votre ami L est vraiment gentil. Ces jours-
ci, j'ai été la victime d'une demi-douzaine de petits journaux, à propos de quelques fragments publiés dans la Revue française. J'aurais présumé qu'à cause de vous, M. L n'aurait pas apporté son contingent à ce haro. J'espère que la Revue française ne commettra plus de pareilles erreurs.
Bien à vous.
Ce soir, ou demain, vous allez recevoir votre neuvième feuille; je sais juste combien il faut.
A POULET-MALASSIS
i[\ Mai 1857, 4 h-
Non, mon ami, vous ne serez pas encore délivré aujourd'hui. — Je ne le serai que demain, et vous> naturellement, vous ne le serez que deux ou trois jours après.
Je m'escrime contre une trentaine de vers insuffisants, désagréables, mal faits, mal rimants.
Croyez-vous donc que j'aie la souplesse de Banville ?
J'ai reçu une épreuve qui lui était évidemment destinée, ce n'était pas une bonne feuille. J'en ai conclu qu'il avait reçu la mienne, c'est à dire la huitième, à moins qu'elle ne soit pas encore tirée.
Ce matin, j'ai reçu ma neuvième feuille ; décidément, ne faites pas corriger une feuille avant de me l'envoyer. Gela ne sert qu'à introduire des fautes. — Ma note sur Révolte est détestable, je suis étonné que vous ne m'ayez pas fait de reproches à ce sujet.
Bien à vous.
A POULET-MALASSIS
Samedi, 16 Mai 1857.
Voyons, ne vous fâchez pas encore ; vous allez pouvoir venir à Paris. — J'aurai fini tout à l'heure, c'est à dire dans une heure.
J'avais besoin, pour corriger la neuvième feuille, de la huitième. S'il était dans votre intention de les tirer toutes trois ensemble, envoyez-moi au moins une épreuve à la brosse de la huitième, avec ces corrections faites.
Et la couverture ?
Et la table ? Vous pourrez la commencer. En voici la fin:
g/j, — Le Vin des chiffonniers, go. — Le Vin de l'assassin.
fiC) CHARLES BVUnSLAJUE