‹ Lettres, 1841-1866, portrait en héliogravureChapitre 35 sur 80 · I-ETTHhS — i86n · texte numérisé non relu

I-ETTHhS — i86n

Je me suis brouillé quatre fois avec Galonné ; il m'a écrit deux lettres d'excuses; et, une cinquième fois, il est retombé dans ses rag-es d'autorité et de direction littéraire. Cette vie-là m'est intolérable, et...

J'ai profité d'une invitation àt La Presse pour lui livrer Monsieur G ^peintre de mœurs, L Art

enseignant et Le Dandysme littéraire ou la Grandeur sans convictions (de celui-là je ne vous avais pas parlé). Quand sera-ce imprimé? Quand toucherai-je l'argent? Je n'en sais rien.

Pour nos arrangements, pour le paquet des Notices, pour recopier le traité, etc., j'emploierai la journée de mardi. J'ai pour trois jours de courses désagréables et inévitables.

Si j'avais fait recopier les articles ci-dessus indiqués, je prouverais à de Broise que ce n'est pas deux volumes sur quatre, mais trois qu'il me doit.

Quant aux Fleurs, il ne manque que trois pièces commencées, et une préface, commencée aussi, le tout resté là-bas.

Tout à vous.

Ma dédicace est-elle perdue?

Et la santé?

A POULET-MALASSIS

i6 Février 1860.

Le billet de i.5oo, envoyé par moi postérieurement, et enregistré dans mes comptes d'échéances,

sera-t-il appliqué à nos affaires? Dans ce cas-là, je ne demanderais à Duranty qu'un effet de 3oo et quelques francs. Je n'ai pas peur d'assumer sur moi seul toute cette responsabilité, sûr d'être aidé par vous au besoin, et décidé d'ailleurs à tout faire pour payer moi-même le plus possible. D'ailleurs, je répugne beaucoup à demander de nouveaux services à Boyer et à cet imbécile de G

Il vous est resté sur les 2.000 de Mai : 1° — 5oo, moins l'escompte... 2°. — Vous en avez un, de i.5oo... 3° — Plus, 80... — 2.080.

Nous avons encore à payer (26 et 28) 2.35o.

Puisque vous allez venir à Paris, je vous remettrai moi-même le paquet des Notices.

Ecrivez-moi, tout de suite, quel jour vous arrives, pour que Je puisse commander notre dîner.

Je ne partage pas du tout votre illusion sur la facilité de faire trois cent cinquante pages, avec trois feuilles de Revue contemporaine. Je vous rappelle qu'il vous est arrivé de faire des plaquettes avec des matériaux plus considérables.

Entre parenthèses, je vous dirai qu'il m'eût été agréable que vous me disiez votre sentiment sur la physionomie générale du livre, et en particulier sur L'Opium. De Ouincey est un auteur affreusement conversationniste et digressionniste, et ce n'était pas une petite affaire que de donner à ce résumé une forme dramatique et d'y introduire l'ordre. De plus, il s'agissait de fondre mes sensations personnelles avec les opinions de l'auteur original et d'en faire un amalgame dont les parties

fussent indiscernables. Ai-je réussi? Ma question ne vient pas d'une vanité enfantine ; elle résulte de la solitude où je vis, puisque j'en suis venu à ce point de sensibilité que la conversation de presque tous m'est insupportable. Et, d'un autrecôté,j'avoue que je suis toujours inquiet de savoir si ces travaux qui marchent si lentement, tantôt par ma faute, tantôt par les circonstances, sont d'une nature assez solide pour être offerts au public.

Je suis en froid avec Galonné. Je lui dois, tous comptes faits, 2 ou 3oo fr., mais il a un paquet de vers à publier. De plus, je lui ai déclaré très tranquillement que les morceaux promis paraîtraient à La Presse; que je ne pouvais plus, à mon âg-e et avec mon nom, supporter une pédag-og-ie fatigante et inutile; et qu'après tout le directeur d'un recueil littéraire n'avait le droit d'intervenir que dans le cas où on le pouvait compromettre par une maxime relig'ieuse ou politique...

J'ai gardé trois passages de mon texte primitif, pour autre réimpression.

Que d'ennuis! Je suis sans le sol, et en froid avec ma mère. L'indiscrétion des gens qui me doivent, ou qui me font de belles promesses, sans les tenir, a amené la nécessité de faire rembourser par ma mère des billets payables à Ronfleur. Je rougis de cela. Je dois à ma mère 10.000 fr. empruntés dans le temps de sa richesse, et il n'est pas convenable que je la tourmente, maintenant qu'elle est pauvre. J'aurai peut-être recours à vous, pour terminer l'affaire de R . Quand on se

brouille avec les g"ens, on les paie. Or, je ne suis pas payé; il m'est dû encore 4oo fr. que je voudrais bien expédiera Madame Aupick. Et notez bien que j'ai été insulté, insulté, parées drôlesqui ne savent même pas l'orthographe. Si je n'étais pas criblé d'affaires, j'aurais souffleté ce cuistre dans son cabinet... De plus, horreur! ils ont perdu des feuillets du manuscrit, et je suis obligé de les recommencer 1

Gardez pour vous mon soupçon sur M. A

Un tas d'affaires désagréables !

Voilà Guys, qui est bien un personnage fantastique, qui s'avise de vouloir faire un travail sur la Vénus de Milot et qui m'écrit, de Londres, de lui envoyer une notice de tous les travaux et hypothèses faits sur la statue. J'ai présenté à Guys Champfleury et Duranty, mais ils ont déclaré que c'était un vieillard insupportable. Décidément, les réalistes ne sont pas des obse/wateurs ; ils ne savent pas s'amuser. Ils n'ont pas la patience philosophique nécessaire.

Et puis Méryon ! Oh! ça, c'est intolérable. Delâtre me prie de faire un texte pour l'album. Bon ! voilà une occasion d'écrire des rêveries de dix lignes, de vingt ou trente lignes, sur de belles gravures, les rêveries philosophiques d'un flâneur parisien. Mais M. Méryon intervient, qui n'entend pas les choses ainsi. Il faut dire : à droite, on voit ceci; à gauche, on voit cela. Il faut chercher des notes dans les vieux bouquins. Il faut dire : ici, il y avait primitivement douze fenêtres, réduites à six par l'artiste; et enfin

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il faut aller à l'Hôtel de Ville s'enquérir de l'époque exacte des démolitions. M. Méryon parle, les yeux au plafond, et sans écouter aucune observation.

Riez un peu, mais gardez-moi le secret : notre bon, notre admirable Asselineau m'a dit, comme je lui reprochais, à lui qui sait la musique, de n'être pas allé aux concerts Wagner : ï° que c'était si loin, si loin de chez lui (salle des Italiens) !.., 2'^ qu'on lui avait dit, (Tailleur s, que Wagner était républicain!.. Je lui ai répondu que j'y serais allé quand même c'eût été un royaliste, que cela n'empêchait ni la sottise, ni le génie.

Je n'ose plus parler de Wagner; on s'est trop foutu de moi. C'a été, cette musique, une des grandes jouissances de ma vie ; il y a bien quinze ans que je n'ai senti pareil enlèvement.

La ! Vous ne sauriez croire jusqu'à quel

point vous vous faites illusion. C'est presque de la fatuité. La est faite pour tout le monde,

et vous n'en êtes pas indépendant. Vous m'avez parlé d'aphtes, de contrictions douloureuses à la gorge, au point de ne pas manger sans douleur, de lassitudes étonnantes, de manque d'appétit; oui ou non, est-ce, tout cela, des symptômes connus ? Si vous n'avez pas eu des faiblesses, des manques de souplesse dans les jarrets et dans les coudes, avec des tumeurs, même dans les attaches du cou, près de la tête, qu'est-ce que cela prouve, si ce n'est que le traitement salutaire (salsepareille, iodure de potassium) a peut-être prévenu ces accidents?

La blessure intérieure n'était pas , dites-

VOUS. La preuve? Quant à l'ulcération extérieure, je l'ai vue, et vous savez ce que je vous ai dit, tout de suite. D'une manière générale, rappelez-vous que tout traitement anti est excellent, et

rajeunissant, de sa nature, et qu'il n'y a pas de traitement anti sans mercure.

Tout à vous.

Quelle est l'époque, au plus tard, où vous désirez montrer Les Fleurs du Mal à votre exposition industrielle?

Il a encore été question des Fleurs dans Le Salut public^ à propos des Sonnets humoristiques. Je n'ai pas vu l'article. Vous avez manqué une belle vente de gravures imprimées en couleur. Il y avait là un grand La Fayette, de Debucourt^, beau comme un Reynolds.

A ARMAND FRAISSE

... Parce que la forme est contraignante, l'idée jaillit plus intense. Tout va bien au sonnet : la bouffonnerie, la galanterie, la passion, la rêverie, la méditation philosophique.il y a, là, la beauté du métal et du minéral bien travaillés. Avez-vous observé qu'un morceau de ciel aperçu par un soupirail, ou entre deux cheminées, deux rochers, ou par une arcade, donnait une idée plus profonde de l'infini que le grand panorama vu du haut d'une

montagne ?. . . Quant aux longs poèmes, nous savons ce qu'il en faut penser : c'est la ressource de ceux qui sont incapables d'en faire de courts. Tout ce qui dépasse la longueur de l'attention que l'être humain peut prêter à la forme poétique n'est pas un poème.

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