‹ Lettres, 1841-1866, portrait en héliogravureChapitre 39 sur 80 · Recommandations à Pincebourde · texte numérisé non relu

Recommandations à Pincebourde

A PAUL DE 3I0LÈNES

Samedi, 12 Mai 1860.

Cher ami,

Je vous adresse un poète qui veut être lancier, c'est à dire que ce poète, contraint par le hasard de devenir soldat, veut être lancier, pour être près de vous. C'est un homme d'un grand talent, plein de gaieté et de résignation.

11 serait plaisant que, tout en restant homme de

lettres, il devînt soldat pour de bon, mais ces choses sont des mystères. Pour ne parler que du présent, je me suis souvenu que vous aviez autant de bonté que d'esprit, et je vous recommande de tout mon cœur M. Albert Glatigny. Ainsi, il n'aura pas même le plaisir de triturer lui-même son livre, car l'infortuné avait un livre sous presse.

J'ai lu votre Sébastopol ; c'est vraiment grand et toujours délicat.

J'ai un bouquin nouveau à vous envoyer, mais le brocheur n'en finit pas. Prochainement, j'en publierai un autre où il sera question de vous, mais soyez tranquille ^yons serez en bonne compagnie.

Je suis encore à Paris pour quelques jours, Hôtel de Dieppe, rue d'Amsterdam; si vous m'écriviez, et si j'étais parti, le maître de l'Hôtel me renverrait votre lettre à Honfleur (Calvados), chez ma mère. Madame Aupick.

Mes livres vont se succéder rapidement; je serai donc libre, dans peu de temps, de m'adonner au nouveau, et j'aurai à vous reparler du Marquis du /«'■ Houzards.

Je vous recommande bien mon poète, qui a attrapé le numéro 4, et que vous verrez dans une huitaine de jours, à moins qu'on ne le juçe impotent, mais il me paraît dans des conditions tout à fait contraires.

Adieu! Souvenez-vous que je vous aime depuis plus longtemps que vous ne croyez, et présentez mes très respectueux souvenirs à Madame de Molènes.

A POULET-MALASSIS

18 Mai 1860.

Cher ami,

Vous pouvez dormir ; l'escompte a été rude : 22, sans compter les courses. Carie billet avait été refusé deux fois, à cause du onze^ et puis je suis allé, comme un imbécile, me casser le nez, le jour de l'Ascension.

Pour que je puisse acheter des exemplaires sur fil, il faut qu'il y en ait. Où sont-ils?

Et moi qui attendais cela, au moins pour Grandguillot {chose grave). J'irai chercher Les Fleurs, après l'affaire D , lequel demeure maintenant rue de Boulogne.

Il faudra désormais, mon cher ami, que vous fassiez comme tous les éditeurs : i.ooo veut dire i.ioo; — i.5oo veut dire i.65o. — Il ne faut pas perdre d'argent par les cadeaux forcés. Et le surplus, autorisé par tous les usages, doit être entièrerement consacré aux obligations inévitables. Cependant, quand le tirage est de 6.000 (6.600), je n'ai pas la prétention de donner 600 exemplaires.

Selon moi, vous auriez dû prévoir le cas, et, en faisant comme tout le monde, vous auriez évité de m'imposer une économie embarrassante.

Je vous remercie de tout mon cœur pour le chine, mais cela implique-t-il que je n'aurai pas de hollande? Je tâcherai de le garder.

204 CHARLES B-VUDELAIRE

Je me résigne au malheur de Saint- Victor, de GaifFe et de du Camp. Mais Janin, et surtout Grandguillot! A bientôt.

Tout à vous.

A POULET-MALASSIS

Mon cher ami,

D'après la lettre de Pincebourde que je vous transmets, vous verrez que votre cadeau, malgré la promesse de Pincebourde, se réduit à néant.

Le compte qu'il m'a fait, et que j'essaie de transcrire, ne doit pas être exact, car j'y porte Piogey qui a son chine, et je ne comprends pas bien : le Monsieur du Mans. — A fortiori, j'ai raison.

Je viens de rencontrer G qui n'en veut pas acheter. Il m'a même dit cela dans un style qui m'a beaucoup diverti. Un, de plus. Pincebourde devait donc m'envoyer deux exemplaires, sans compter celui de G , et vous voyez sa lettre.

Vous comprenez, cher ami, que je suis incapable de vouloir exciter votre mauvaise humeur contre votre employé, mais enfin il faut bien que je tire quelque chose de votre promesse. Que la lettre de Pincebourde soit inconvenante pour moi, c'est peu important. Ge qui est important, c'est que je sois ag-réable aux gens à qui j'ai des services à demander.

Tirez-moi de là, si vous pouvez.

J'ai un petit trafic à vous proposer, qui vous ira

peut-être. En échange de l'exemplaire de Feydeau, chargé de notes, et que je viens de lui chiper, en lui en promettant un exemplaire neuf, pouvez-vous ra'ofFrir des exemplaires vulgaires ? Vous fixerez vous-même le chiffre. Vous voyez que je bats monnaie, par tous les moyens.

Les corrections et réflexions de Feydeau sont horriblement nombreuses et très amusantes. Je dois avouer qu'il y en a quelques-unes utiles, et je vais les transcrire sur mon exemplaire.

Je travaille aux Fleurs du Mal. Dans très peu de jours, vous aurez votre paquet, et le dernier morceau ou épilogue, adressé à la ville de Paris, vous étonnera vous-même, si toutefois je le mène à bonne fin (en tercets ronflants).

Vous comprenez dans quel but je vous transmets les pièces du procès.

N'allez pas dire que je suis un mauvais coucheur, et me gronder, au profit de Pincebourde.

J'ai reçu de vous : 19 exemplaires vulgaires. — 2, surfil. — 2, sur chine. — i, que j'ai pris à Pincebourde. = 24.

Et la ?

J'ai, à moi seul, fait faire une annonce dans près de trois cents journaux. Toutes ont-elles passé? Jen'en sais rien. Je sais qu'elles sont parties du Ministère; moi, je ne le puis pas.

M. de Lescure se dit émerveillé du livre. Je crois que d'Aurevilly est content, mais il a écrit tant de

bêtises à propos de Pommier et d'Aubryet qu'on s'est moqué de lui et il n'ose plus parler de la jeune école. Ce terme n'est pas de moi.

Après le 20, je serai très affligé, ou très joyeux. Je sens que cette année je force mon va-tout.

Tout à vous.

Nous conviendrons donc, prochainement, de toutes nos affaires.

L'aflaire Poe se fera, avec grand luxe, mais que les griffes de Michel sont tenaces !

Le Wagner s'augmente tant que je serai obligé de le détacher du volume des Contemporains.

Octave de l'Ascension, 20 Mai 1860.

Mon cher.

J'ai reçu les 4oo fr.

Je vous remercie beaucoup pour les exemplaires sur fil. Je n'y comprends rien, mais cela m'est égal. Cependant, je vous dirai que je ne suis pas sans inquiétude, et qu'il me semble qu'il va m'arriver encore des malheurs; malgré vos ordres, je vais avertir Asselineau.

Nous aurons à parler d'une très grosse affaire. J'ai pensé à une association possible, entre vous, Bourdilliat et Bouju,pour une édition d'EdgarPoe, à 80 fr. l'exemplaire. J'ai, une fois, arraché à Michel Lévy la promesse {malheureusement ver-

baie) de me laisser faire, chez n'importe qui, une édition d'Edgar Poe, plus chère que la sienne, à la condition de l'abandon de la moitié de mes droits d'auteur. Sous le joug, j'accepterais cette étrange condition, uniquement pour sauver mon livre de l'oubli.

Mais nous avons longuement le temps d'y penser. — Le jour où j'irai voir ma mère, je vous avertirai.

Il fautqueje vousdiseque M. Pincebourde manque totalement d'intelligence pour la distribution et le lançage d'un livre. Croyez que je suis tout à fait sans mauvaise humeur, mais j*ai une idée fixe : c'est que toute librairie qui ne fait pas vendre plusieurs milliers d'un mauvais livre est coupable. — Vous lancez un livre contre Galonné. Est-ce que vous n'avez pas peur pour moi? J'ai failli avoir avec lui un duel (sans blague) pour mes derniers vers; jugez de sa rancune. Or, de plus, s'il y a dix-huit mois écoulés depuis Le Haschich, il n'y en a que cinq, depuis L'O/) mm. Et je ne suis plus son ami.

A GUSTAVE FLAUBERT

26 Juin 1860.

Mon cher Flaubert,

Je vous remercie bien vivement de votre excellente lettre. J'ai été frappé de votre observation, et, étant descendu très sévèrement dans le souvenir

de mes rêveries, je me suis aperçu que, de tout temps, j'ai été obsédé par l'impossibilité de me rendre compte de certaines actions ou pensées soudaines de l'homme, sans l'hypothèse de l'intervention d'une force méchante, extérieure à lui. Voilà un gros aveu dont tout le xix^'"^ siècle conjuré ne me fera pas rougir. Remarquez bien que je ne renonce pas au plaisir de changer d'idée ou de me contredire.

Un de ces jours, si vous le permettez, en allant à Ronfleur, je m'arrêterai à Rouen, mais, comme je présume que vous êtes semblable à moi, et que vous haïssez les surprises, je vous préviendrai quelque temps d'avance.

Vous me dites que je travaille beaucoup. Est-ce une cruelle moquerie ? Bien des gens, sans me compter, trouvent que je ne fais pas grand chose.

Travailler, c'est travailler sans cesse, c'est n'avoir plus de sens, plus de rêverie, et c'est être une pure volonté, toujours en mouvement. J'y arriverai peutêtre.

Tout à vous. Votre ami bien dévoué.

J'ai toujours rêvé de lire (en entier) La Tentation et un autre livre singulier, dont vous n'avez publié aucun fragment {Novembre). Et comment va Carthage ?

LETTRES 1860 26g

A POULET-BIALASSIS

Je n'ai pas le double de cette préface. Selon votre avis, je la perfectionnerai ou je la supprimerai.

Voici l'état des Fleurs du Mal. Si les cinq morceaux en tête ne sont pas finis le i5 Août, nous imprimerons.

Le i5, pour de bon, je serai à Alençon.

Votre adresse à Granville? c'est important. Je ne bougerai pas de mon côté, sans vous avertir.

Dans quelques jours, il n'y aura plus d'hôtel garni dans ma vie. J'ai loué un petit appartement où j'ai fait transporter mes débris, et je serai tantôt là, tantôt chez ma mère.

Dans la difficulté de me procurer des exemplaires du Paradis, j'ai vendu le livre à Feydeau, qui d'ailleurs est en Afrique, mais il y aura moyen de le ravoir.

Je ne sais à qui Christophe a prêté Ferrari.

J'ai vu M. de Lescure.Il m'a parlé de votre commandite. Expliquez-moi, si vous croyez que je puisse vous être utile.

Tout à vous.

Ecrivez-moi, de Granville. Je ne bougerai pas, avant le 12 ou le 1 3.

Serrez tous les petits papiers.

A SAINTE-BEUVE

Cher ami. Par précaution, je vous écris d'avance, tant j'ai

270 CHAULES BVUDELAIUE

le pressentiment que je n'aurai pas le plaisir de vous trouver.

J'écris récemment à M. Dalloz une lettre ainsi conçue, à peu près :

Rendez donc compte des Paradis artificiels ! Je connais, au Moniteur ^ MM. un tel, un tel, etc..

Réponse de Dalloz :

Le Hure est digne de Sainte-Beuve. (Ce n'est pas moi qui ^divXé). Faites une visite à M. Sainte-Beuve, à ce sujet.

Je n'aurais pas osé y penser. De nombreuses raisons, dont je devine une partie, vous en éloignent peut-être, et peut-être aussi le livre ne vous plaît pas.

Cependant, j'ai, plus que jamais, besoin d'être soutenu, et je devais vous rendre compte de mon embarras.

Tout ce qui a été dit sur cet essai n'a pas, absolument pas, le sens commun.

P. S. — Il y a peu de jours, mais alors par pur besoin de vous voir, comme Antée avait besoin de la Terre, je suis allé rue Montparnasse. En route, je passai devant une boutique de pain d'épices, et l'idée fixe me prit que vous deviez aimer le pain d'épices. Notez que rien n'est meilleur dans le vin, au dessert, et je sentais que j'allais tomber chez vous, au moment du dîner.

J'espère bien que vous n'aurez pas pris le morceau de pain d'épices, incrusté d'ang-élique, pour une plaisanterie de polisson, et que vous l'aurez mangé avec simplicité.

Si vous partagez mon goût, je vous recommande, quand vous en trouverez, le pain d'épices anglais très épais, très noir, tellement serré qu'il n'a pas de trous, ni de pores, très ciiargé d'anis et de gingembre. On le coupe en tranches aussi minces que le roastbeef, et on peut étaler dessus du beurre, ou des confitures.

Tout à vous. Aimez-moi bien... Je suis dans une grande crise.

A POULET-MALASSIS

12 Juillet 1860.

Mon cher ami.

Il y a eu un nouvel article dans je ne sais quel journal de librairie appartenant à Hachette. Je ne l'ai pas lu. Autre article, dans la Revue européenne, curieux. On y lit que : Malgré toutes les belles protestations de morale, il est douteux que lasanté intellectuelle de M.Baudelaire se soit améliorée. Cq matin, a paru dans Les Débats le troisième article de Deschanel.Toujourslamême chose, des coups de ciseaux, et pas de guillemets, c'est commode. — Je suis parvenu à acheter quelques exemplaires de mon bouquin, à la Librairie Nouvelle, mais figurezvous, mon cher, qu'il n'y en avait pas. Il y a quelques jours, un journal ayant besoin d'un exemplaire l'envoya chercher à la Librairie Nouvelle; il n'y en avait pas. En réalité, ce livre n'a été exposé nulle part et déposé que dans trois ou quatre

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endroits peut-être. Je vous demande bien pardon de vous répéter toujours la même chose. Mais si vous saviez la peine que vous me faites ! Je pense non seulement à mes intérêts, mais aussi à votre fortune. Il y deux jours, L , voulant l'acheter,

alla chez Caste; il n'y en Savait pas.

En revanche, l'infâme Revue internationale cosmopolite, fondée à Genève, le i^'' Août i85g, est partout, partout, partout. Je ne serais pas étonné qu'elle finît par avoir du succès, surtout quand elle dit : A cela, que répond Bossuet? des bêtises! des bêtises! ou bien : De Ouincey fut un homme universel, et en somme pas grand' chose ! S'il avait voulu profiter de ses relations de famille, il aurait pu se faire une position honorable dans le commerce.

Ecrivez donc, comme je vous en ai prié, un petit mot à de V

Je reviens à mes affaires. Le miracle du 20 n'est pas accompli. Il s'agit de théâtre, mais je suis convaincu qu'il aura lieu. Je vous jure que c'est la dernière fois que je profite de votre indulgence et que je laisse arriver l'échéance de cette insupportable dette sans vous alléger.

Je pars le 16 ou le 17, ayant fait beaucoup de choses, ayant arrangé mes affaires avec Le Constitutionnel, qui s'est vraiment fort bien conduit; j'ai livré passablement de matières, et j'ai reçu i.ooo fr. Je recevrai encore quelque chose, au moment de mon départ, et je travaillerai au Wagner et à mon drame, chez ma mère. Je vais faire une

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série de petits séjours en province : chez mon frère{(\xx\ vient d'être frappé de paralysie; la Providence aurait mieux fait de guérir une autre personne qui m'intéresse davantage) , chez Flaubert qui m'appelle à grands cris, chez ma mère, et chez vous; puis, retour à Honfleur. Il est évident que si je peux être à temps chez vous, c'est à dire deux ou trois jours avant votre départ, je vous m.ontrerai toutes les pièces que vous ne connaissez pas, et la préface (vingt lignes d'un majestueux dédain).

i'"" Août. 1.600 (payables chez qui?). — i.5oo (payables chez qui'?), — i.oio (chez Pincebourde).

Voilà les deux billets demandés. Mais l'escompte fera que vous n'aurez pas assez, pour vos 2. 5 10. C'est donc moi qui aurai à vous envoyer un surplus, sur mes 1.800. Je préfère me charger de l'affaire G (qui d'ailleurs tremble toujours), et il vaut mieux que je dépose l'argent chez lui que chez mon maître d'Hôtel ou chez mon avoué, qui pourraient Tun et l'autre commettre un oubli au dernier moment. Vous, chargez-vous de D et de Pincebourde.

Maintenant, croyez-vous que les i.ooo et les 1.800 suffisent à tout? Et dites-moi, aussitôt que vous aurez escompté, combien il vous manque. Aussitôt que j'aurai escompté, je vous dirai combien j'ai entre les mains. — Vous n'avez, n'est-ce pas, qu'un seul billet (r.oio) chez Didot etGélis? C'est important.

Maintenant, adieu. Je désire bien vivement pas-

ser quelques heures avec vous. Le genre bumaiu n'aime plus la conversation. Que je réussisse ou que je ne réussisse pas à vous voir avant votre fuite, sans faute, n'est-ce pas? nous commencerons Les Fleurs, le i5 Août, et nous ferons tout en six semaines.

A JOSI^PHIN SOULARY

12 Juillet 1860, Mon cher Soulary,

J'ai bien des torts vis à vis de vous, mais tous les grands poètes sont de bons enfants, et je suis sûrqu'en vous-même vous m'avez excusé. La vie est si pleine de contre-temps! J'ai lu vos charmants vers, et j'ai admiré, dans le plan de votre poème, votre esprit d'ordre (indispensable au vrai poète) et votre sentiment profond de l'allégorie.

Permettez-moi de vous traiter en vieil ami et de vous donner deux commissions :

1 . — Présentez mes profondes amitiés à M.Armand Fraisse, et tourmentez-le un peu pour qu'il me fasse l'honneur d'un compte rendu des Paradis.

2. — Informez-vous combien M. Perrinfait payer sa feuille (gr. in-8*^) et combien il faudrait de temps pour imprimer huit cents pages. On me dit qu'il me jfera souffrir le martyre, si je me mets entre ses mains.

Votre bien afFectionné.

J'ai oublié votre adresise.

A MONSIEUR ALFR.ED GUIGHON

i3 Juillet 1860.

Monsieur,

Me (lire qu'on aime si bien Edg^ar Poe, c'est m'adresser la plus douce des flatteries, puisque c'est me dire qu'on me ressemble. Je vous réponds donc avec empressement.

Je crois que vous avez eu tort d'acheter les morceaux en question. Je prépare, depuis longtemps, une belle édition dans laquelle je ne mettrai pas le livre de philosophie Eurêka^ lequel doit paraître dans la collection Lévy, à 3 fr., et, dans cette édition, je mettrai les morceaux inédits. D'ailleurs, je vous avais averti qu'ils étaient fort mal imprimés, particulièrement U Ange du Bizarre, où non seulement l'orthographe %urative, volontairement absurde, n'a pas été suivie, mais encore où ont été sautés des lignes entières et des mots, ce qui rend les phrases inintelligibles. Il y a aussi des fautes dans La Genèse d'un Poème.

Si je réussis, comme j'ai toutlieu de l'espérer, à monter cette affaire^ nous nous y mettrons l'hiver prochain; cela fera probablement un grand in-8o,de 800 pages.

Il y aura deux portraits, i'un, qui est en tête de l'édition posthume des œuvres de Poe (chez Redfield, New- York), reproduction d'une peinture qui était chez Grisevold ; ce Grisevold est l'auteur américain

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chargé de mettre en ordre les papiers de Poe, et qui non seulement s'est si mal acquitté de sa tâche, mais encore a diffamé son ami défunt en tête de l'édition; — l'autre, qui orne l'édition gr. in-8<> illustrée des poésies, édition de Londres. Mes collections ne sont pas à Paris, je ne me souviens plus du nom de l'éditeur.

Il y a d'autres éditions et aussi d'autres portraits, mais ils ne sont jamais que la reproduction plus ou moins altérée de ces deux portraits types.

Si je réussis à faire mon entreprise, je les ferai reproduire avec un soin parfait. L'un (édition américaine) représente Poe avec la physionomie connue du gentleman : pas de moustaches, des favoris, le col de la chemise relevé. Une prodigieuse distinction. — L'autre (édition des poésies, de Londres) est fait d'après une épreuve daguerrienne. Ici, il est à la française : moustaches, pas de favoris, col rabattu. — Dans les deux, un front énorme en largeur comme en hauteur ; l'air très pensif, avec une bouche souriante. Malgré l'immense force masculine du haut de la tête, c'est en somme une figure très féminine. Les yeux sont vastes, très beaux et très rêveurs. — Je crois qu'il sera utile de donner les deux.

Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de mes sentiments les plus distingués.

A POULÈT-MALASSIS

i4 Juillet 1860, 10 h. du matin.

Mon cher ami.

J'irai, lundi, chez Didot-GéHs, et j'écris à D, , bien que je ne comprenne pas notre nouveau plan. De plus, je remarque que vous désirez que je subvienne à tous les escomptes, ce qui me paraît difficile, ayant tant de petites choses à payer, avant de partir (définitivement, le 21).

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