‹ Lettres, 1841-1866, portrait en héliogravureChapitre 40 sur 80 · Malassis.) Escompte, à peu près · texte numérisé non relu

Malassis.) Escompte, à peu près

> (Baudelaire.) — — 55

120 fr. d'escompte, à peu près.

Ces quatre billets font 5.260, et nous n'avons à payer que 4-220 fr. : 1.600 — i.5oo — 1.120

Remarquez bien que j'ai trois volumes à vous livrer, dont le premier vous sera très prochainement livré, et que j'ai bien le droit de me décharger des escomptes sur un avenir très prochain.

J'ai tâché de trouver la raison de ce chang'ement, dans un ancien billet de moi, escompté au r\Ians par un de mes amis. Pvenseignez-moi sur le chiffre exact, et sur l'échéance. Songez quel malheur, si

cela arrivait à l'Hôtel, pendant mon absence et la vôtre, le maître de l'Hôtel n'ayant pas de fonds à moi, et le billet retournant chez de Broise.

Je veux bien accepter vos compliments (qui d'ailleurs ne me consolent pas) sur le caractère aristocratique de mes œuvres, mais je veux que la foule me paie; il m'importe peu qu'elle comprenne.

Rendez-moi un grand service. Ma mère est grande liseuse de morale. Je lui ai promis les Lettres et les Pensées de Joubert, et je ne peux pas les trouver à Paris, nichez Lagrange, nichez Didier; vous m'avez dit que vous les aviez.

J'espère que nous arrangerons ensemble Les Ffenrs, dans les deux derniers jours du mois, à moins que je ne commence mes voyages par vous. En tout cas, si je manque d'exactitude, je veux votre adresse à Granville. De votre côté, souvenezvous que toute lettre adressée à Madame Aupick, ou rue d'Amsterdam, m'arrivera.

Pourquoi diable m'envoyer, à moi, les i.5oo fr. de G ? Peut-être craignez-vous qu'il ne

soit pas à Paris, auquel cas je voudrais bien que son concierge ne les reçût que la veille. Ce concierge est bête.

J'ai fait trois essais de préface. Nous verrons cela ensemble.

Mon squelette m'inquiète, et même les fleurs. Je veux que tout le squelette soit clairement visible.

Ecrivez-moi vite. — Vous vous trompez, en me croyant gai. Je suis en colère, mais J'espère.

A POULET-MALASSiS

Samedi, 21 Juillet 1860.

Mon cher ami,

Je serai chez vous, dimanche^ ag.ie, lis, dans une de vos lettres, que vous partirez peut-être dimanche, 2g. Quant à moi, je ne puis pas vous aller voir plus tôt. Il me semble que, puisque nous nous voyons si rarement, vous pouvez bien, pour me plaire, remettre votre départ au 3i. — Nous causerons des Fleurs et de tout le reste, et je répondrai à toutes vos inquiétudes. J'ai parmi mes convictions l'idée que tout finira bien cet hiver, par une explosion d'habileté de ma part.

Je me chargerai, en même temps, de rapporter à Duranty ses i.5oo fr., puisque je serai à Paris leSi.

Son livre est très remarquable. J'ai été stupéfié. Quel besoin avait-il du patron Ghampfleury, dans ses affaires ?

Tout à vous.

A THÉOPHILE GAUTIER

Mon cher Théophile,

M. Duranty te demandera probablement une petite comédie quelconque, pour marionnettes. Tu

CHARLES BAUDELAIUE

seras ce que tu es, quand lu sens qu'il faut l'être, c'est à dire le plus charmant des hommes.

Souviens-toi que tu ne peux pas lui faire de plus grand plaisir que de lire son Malheur d'Henriette Gérard. Cela mérite d'être lu par toi . Je n'ai pas autre chose à te dire.

Ton bien dévoué ami.

A POULET -MALASSIS

Dimanche, 12 Août i86o.

Mon cher ami,

Faites en sorte que j'aie votre réponse, le i4, au matin. Voici un article d'Armand Fraisse, qui vous intéressera. — Il en a paru un, au Moniteur, de Gustave Claudin. — Pincebourde prétend que le livre va très bien. — Ou'esl-ce que le très bien de Pincebourde ?

Avez-vous perdu ou conservé la préface des Fleurs ? Je n'en ai pas le double. Nous serons obligés de renoncer à la publication des pages inachevées. J'ai hâte de paraître. Total des morceaux inédits : 82, dont nous avons la liste.

Je vais chez ma mère, le i5. Vous recevrez, par la poste, toutes les indications nécessaires pour commencer. Pais, j'irai à Alençon. Mais, pour que je puisse aller à Honfleur immédiatement, il me faut de l'argent.

Voici ma situation, au Constitutionnel. J'ai reçu

de l'arg-ent, et je ne dois plus rien. Ga/js (trois articles, qui sont livrés) a tout remboursé.

On m'avait dit que pourvu que je remboursasse, au fur et à mesure, les avances, je pourrais toujours compter sur une nouvelle avance. Il suit de là que, strictement, je suis en droit de demander de l'argent. Mais je n'ose pas m'y fier. M. Grandguillot est un homme charmant, mais qui oublie les rendez-vous. La dernière fois, j'ai perdu quatre jours, pour avoir un entretien avec lui, et je n'ai que deux jours pour préparer mon départ. Enfin, j'ai poussé la précaution, pour parer à son étourderie, jusqu'à faire mon manuscrit en double.

Il m'a dit, quand j'ai accepté son argent, actuellement remboursé, et que je lui ai demandé comment nous compterions plus tard, que je n'avais pas à m'inquiéter de cela, et qu'on me traiterait, comme avait été traité Sainte-Beuve. Je suis allé voir celui-ci. Réponse : Sainte-Beuve a reçu, pendant un an, i5o fr. par article, long ou court, soit 600 fr. par mois, et, pendant quatre ans, 200 fr. par article, soit 800 fr. par mois. Mais c'est trop beau, et je ne crois guère à la loyauté des journaux. En mettant les choses au plus bas prix, Granguillot est remboursé.

Je voudrais 5oo fr., pour le i5. Un billet à un mois, si toutefois vous le voulez bien;... pas de délégation. Personne ne sait encore que je travaille pour Le Constitutionnel. Et d'ailleurs nous prendrons l'argent d'avance. Avant de quitter Paris, je dirai simplement à Grandguillot : Monsieur, l'ar-

gent du second article appartient à M. Malassis: j'ai voulu éviter de vous emprunter de nouveau. Tétais pressé.

J'aurais bien accepté un traité régulier, mais comme j'ai ridée fixe, après les Variétés qui compléteront vos deux volumes de critique, de tourner mon esprit vers un autre genre, je ne voulais pas m'engager pour une éternité de Variétés.

Je recevrai peut-être un refus de vous, et, franchement, je dois m'y attendre. Ne prenez pas de mitaines ; vous savez que rien n'altérera jamais mon amitié pour vous.

Pour le i5 Octobre, je ferai un grand effort. Jusqu'à présent, /?zo/i intention est de vous donner, à cette époque, la moitié de la somme que je suis sûr de pouvoir tirer par Hostein. Cette somme ne peut être que considérable. — Enfin, j'ai lieu de croire que, vers la fin de l'hiver, ma mère et moi, nous paierons toutes mes dettes. Du moins, je lui ai ouvert un moyen, et, sans la tourmen. ter, je pousserai activement son esprit vers cette idée.

Détournez vos yeux de votre idée fixe de de Galonné. J'ai d'autres moyens. D'ailleurs, vous savez bien que je désire le quitter.

Comment vous portez-vous ? Je viens, quant à moi, de traverser une période d'atonie : plus d'appétit, plus de sommeil, plus de travail; pourquoi? je n'en sais rien. Je suis guéri, et je travaille très vivement; pourquoi ? je n'en sais rien.

Pincebourde dit qu'il va mettre 200 Paradis dans

les g-ares de chemins de fer. Oa'est-ce que cela veut dire ?

Souvenez-vous donc que, quand je vous demande un conseil littéraire, c'est très sérieux, et non pas par g-entillesse de modestie.

Tout à vous. A bientôt.

A POULET-MALASSIS

iC Août 18G0.

On prétend, mon cher, que les lettres ne se perdent pas. Votre mot de ce matin me prouve qu'à Granville on ne vous a pas remis ma lettre^ partie le 1 2, de Paris, ni un article d'Armand Fraisse, coupé dansLe -S'a/M^pMÔ/ic; les deux, affranchis par moi, et déposés par moi dans la boîte de la rue de Londres (grand bureau). Le i4, j'attendais votre réponse, avec une très grande impatience. Car je voulais être à Ronfleur .le i5, arranger mon volume (que je ne puis pas arranger à Paris), et être chez vous, le 18 ou le 19.

Veuillez, je vous en prie, réclamer à Granville et à Paris. Il y avait beaucoup de choses dans cette lettre, mais particulièrement une demande d'argent, d'autant plus facile à satisfaire maintenant qu'elle est fort diminuée.

Quand j'ai vu que je ne recevais aucune réponse de vous, je vous ai cru absent de Granville, je me suis remué comme un démon, et j'ai trouvé une partie de ce qu'il me fallait. Tirez-moi d'affaire,

zSf-i CflAP.LES HAUDKLAIRK

pour le reste. La lettre en question vous donnait toutes les explications nécessaires, mais, je vous le répète, elle était très longue et parlait d'autres choses.

L'article d'Armand Fraisse, où il y a de la lourdeur et de la lenteur lyonnaises, est cependant très curieux.

Le Ferrari était accompagné d'un petit bout de lettre.

Le billet que je vous demandais devait, selon ma demande, échoir à un mois. Tout bien considéré, c'est un peu court, surtout avec tout le temps que je perds.

Le Guys (trois articles) est fini et livré, mais il ne sert qu'à rembourser ce que j'ai reçu.

Tout à vous.

A POULET-MALASSIS

i8 Août 1860.

Mille remerciements .

Vous pouvez, maintenant, deviner quand je serai chez vous. Deux jours, pour emplettes, visites, Grandg-uillot, etc.. ; un jour de voyag-e; deux jours, à Honfleur (je supprime Flaubert); un jour de voyage. Total : six jours.

On peut bien dire que Les Paradis ont marché tout seuls, car il n'y a pas eu un article vraiment fort. L'Intérieur a refusé l'estampille à cause de la grande folie de la morale^ terme appliqué au sieur Pontmartin.

Avant de partir, je vais essayer, par mes relations, défaire revenir les gens sur cette mesure.

Si Pincebourde m'avait expliqué ces choses à temps, il n'y aurait peut-être pas eu d'échec.

Il m'a parlé de son congé. J'étais obligé de le voir, ce matin, parce que j'avais, à ce qu'il paraît, déposé plus d'argent qu'il ne fallait, pour le dernier billet. — Cette phrase théâtrale est sortie de sa bouche : Après avoir passé ici les trois plus belles années de ma vie... Tout de suite, un contre-Pincebourde s'est dressé dans ma tête, qui, dans la librairie Malassis, aurait passé ces trois années dans les jouissances frénétiques d'une existence orageuse.

Mais votre santé, voilà le grand point.

Il est impossible que vous grandissiez en âge, avec cette menace dans les veines. Il faut une consultation sérieuse.

J'ai rencontré hier Deschanel, qui m'a dit que dans ses feuilletons suv Les E xcitants ï\\si\a\l^^\issé une page sur Les Fleurs clii Mal, mais que M. de Sacy l'avait biffée tout entière, en disant : Comment un Journal comme Les Débats pourrait-il parler d'un livre jlétri par les tribunaux !

Tels sont les amis de notre ami Asselineau.

Tout à vous. A bientôt.

A POULET-MALASSIS

Voilà encore le frontispice à l'horizon. Je suis perdu. Comment pouvez-vous avoir encore confiance

286 CHAULES BAUDELAIRE

dans une inlerprétation d une idée quelconque par un artiste quelconque? Bracquemond va s'acharner à conserver ce qu'il pourra de sa planche. Ces fleurs étaient absurdes. Encore aurait-il fallu consulter les livres sur les analogies, le langage symbolique des fleurs, etc.. Voulez-vous accepter un bon conseil, sérieusement? Si vous tenez absolument à un frontispice, coupez proprement avec des ciseaux l'image de Langlois, et demandez à Bracquemond un faC'Simi le, strictement, rien de moins, rien de plus : le squelette, les branches, le serpent, Adam, Eve, tout. Seulement par ce moyen, vous arriverez à quelque cliose. On il ne se permette pas d'ajouter quoi que ce soit. Ce frontispice n'est plus le nôtre, mais il va au livre d'une façon telle quelle, il a ce privilège de pouvoir s'adapter à n'importe quel livre, puisque toute littérature dérive du péché. — Je parle très sérieusement.

Si vous ne faites pas cela, vous n'obtiendrez que des absurdités.

Au lieu de cela, que faites-vous?

Vous offrez à l'esprit de Bracquemond une combinaison qui restera toujours obscure pour lui ; vous vous exposez de nouveau au même danger, le danger de n'être pas compris; il ne sait pas ce que veut dire : squelette arborescent, puisqu'il n'a pas même voulu s'astreindre à votre croquis. Jamais, il ne pourra représenter les péchés sous forme de fleurs.

Croyez-moi, coupez la page de votre livre, et vous la recollerez délicatement, plus lard. Insistez

vivement sur ceci : qu'il faut copier strictement toute l'image, e^ ne rien ajouter, et ne rienchanger.

Il voudra conserver uîie partie de son squelette, dont les proportions sont détestables, dont les jambes marchent (pourquoi?), et dont le bassin est, en partie, caché par les fleurs. Enfin, il ne pourra jamais adapter des branches aux bras, puisque les mains arrivent à l'extrême limite de la pag-e.

Croyez-moi, rien^ ou la copie servile de l'imag-e macabre de Langlois.

Je suis convaincu qu'au moment présent Bracquemond n'a pas encore pu réussir à vous comprendre.

Pour le livre de critique, oui, sans doute. Les deux derniers morceaux, Guys et les Peintres philosophes, vont paraître.

Je m'attendais à votre hypothèse finale, à propos de la Philosophie de l'histoire. Je connais votre esprit, comme s'il était mon fiîs. Je crois que c'est en vous un vieux reste des philosophies de 1848. D'abord, ne saisissez-vous pas, par l'imag^ination, que, quelles que soient les transformations des races humaines, quelque rapide que soit la destruction, la nécessité de l'antajjonisme doit subsister, etque les rapports, avec des couleurs ou des formes diiférenles, restent les mêmes? C'est, si vous consentez à accepter cette formule, l'harmonie éternelle par la lutte éternelle.

Ensuite, je crois (à cause de l'unilé absolue dans la cause créatrice) qu'il faudrait consulter sur

CHAULES BAUDELAIRK

votre hypothèse un philosophe naturaliste, comme mon cousin, par exemple. Vous %urez-vous qu'une race quelconque d'animaux puisse absorber les autres races? Et môme, dans votre idée d'absorption de tous les peuples par un seul, ne voyez-vous pas que l'homme, animal suprême, devrait même absorber tous les animaux? Enfin, s'il est vrai que beaucoup de races (d'animaux) ont disparu, il est vrai aussi que d'autres sont nées, destinées à m.anger leurs voisines ou à être mangées par eiles, et il est vrai aussi que si des races d'hommes (en Amérique, par exemple) ont disparu, d'autres races d'hommes sont nées, destinées à continuer la lutte et l'antag^oaisme, suivant une loi éternelle de nombres et de forces proportionnels. Vous connaissez le mot de saint Augustin adopté maintenant par les docteurs de la création spontanée des animalcules : Dieu créera chaque seconde delà durée. Il en faut conclure que la lutte continue, à chaque seconde de la durée.

Vous me contraignez ainsi à faire le philosophe et à me jeter dans des questions que je n'ai pas étudiées.

Je reviens aux Fleurs. Un caractère plus gros que l'ancien, je vous en prie, et je reviens au terrible Bracquemiond.

Je lui ai laissé carte blanche^ dans ces limites : un squelette arborescent^ l'arbre de la Science du Bien et du Mal, à l'ombre duquel fleurissent les sept péchés capitaux, sous la forme de plantes allégoriques.

LETTRES 18G0 28g

On lui a déjà expliqué ce que c'était qu'un squelette arborescent, et vous voyez comme il l'a compris. Arbre de la Science du Bien et du Mal ne contient pas pour lui un sens plastiquement clair.

Vous l'avez et nous l'avons déjà engagé à se reporter à l'excellente gravure que nous connaissons; à quoi cela a-t-il servi?

Il faut qu'il la décalque, qu'il l'imite, qu'il la copie, dans sa totalité, et dans ses minuties.

Tout à vous.

Et vous lui laisseriez carte blanche I J'ai rencontré Ferrari, qui avait profité d'un congé pour quitter le Parlement et venir ici. Il m'a semblé qu'il s'intéressait plus vivement à la vente de ses livres qu'à l'unification italienne. II m'a semblé aussi qu'il était prêt à toute combinaison, et à entrer, à volonté, dans un Ministère Gavour, dans un ministère Garibaldi, dans un Ministère Mazzini. Moi, je lui ai donné le conseil de se faire Ministre de l'Empereur du Maroc. Il a beaucoup ri, mais croyez qu'il n'en serait pas éloigné.

Bons mots récents de la stupidité parisienne: Garibaldi est plus qu'un officier très brave et très habile, c'est une Religion. (Paul Meurice.)

C'est Garibaldi qui est orthodoxe, et c'est le Pape qui est hérétique. (Louis Jourdan.)

En voilà un qui est bougrement fort et qui va vous balayer tout ça proprement. Avant deux mois, Je fais le pari qu'Usera ci Vienne! (Matthieu.)

A propos des abeilles : Ces chères petites républicaines! (Léon Fiée.) Tout à vous.

A POULET-MALASSIS

Jeudi, 3o Août 1860.

Moi, j'ai toutes les inédites, excepté : la préface. Danse macabre, Sonnet d'automne, Chant d'automne dans la Contemporaine, donc faciles à trouver ; Duellum (dans U Artiste) ; et D'après Mortimer et Paysage parisien (dans Le Présent, donc très difficiles à trouver, si ce n'est à Honfleur). Cependant, je vais d'abord écrire à Paul Perret et à Melvil-Bloncourt qui écrivaient là-dedans, je

crois.

Maintenant, dois^je garder mon paquet pour le livrer à l'imprimeur, ou vous l'envoyer ?

Tout à vous.

Votre leltre de ce matin m'a affligé. Ce n'est pas, bien entendu, à cause de vos recommandations réitérées pour le i5 Octobre, mais à cause de votre mauvaise humeur et de vos découragements. Je n'entends rien aux finances, mais je vous affirme de nouveau que moralement voire situation est très bonne; il n'y a qu'un vigoureux coup de collier à donner, pour qu elle soit excellente sous tous les

rapports.

Si vous arrangez le paquet vous même, il faut que je vous envoie mes pièces inédites.

Le numéro du. Présent que je cherche contient : Paysage parisien, D'après M or ii mer, La Rançon ^ Hymne, et peut-être autre chose encore. L'idée m'est venue que peut-être vous auriez le numéro.

A POULBT-MALASSIS

8 Septembre iSGo.

Mon cher ami,

J'ai déjà reçu, hier soir j, une réclamation de M. B .11 se montre un peu pressé, il est vrai;

mais c'est qu'il a besoin de cela, demain au soir.

J'ai vu votre note relative à la librairie. J'ai remarqué que vous n'aviez pas fait entrer en compte ce qu'il peut y avoir, dans votre famille, de fortune personnelle, en dehors de l'imprimerie et de la librairie. Sans doute, vous avez considéré que cela n'y devait pas figurer. Il m*a été impossible de comprendre comment vous n'entriez que pour une part très minime dans une association où vos frère et beau-frère en avaient une fort grosse. Mais tout cela ne fait rien à la question en elle-même. Je verrai Gélis avant votre arrivée; j'éviterai d'entrer dans des détails minutieux; je me contenterai de sonder sa bonne volonté et de lui annoncer votre visite, avec l'objet de votre futur entretien.

Gélis m'avait offert défaire faire les fonds de la baraque de Polichinelle, pour Duranty, parce que, disait-il, leur maison ne pouvait se charger,

202 CHARLES BALDEL AIRE

elle-même, dune affaire aussi petite; mais, quand il a appris que Duranty cherchait à faire élargir son privilège et à fonder, au lieu d'un théâtre enfantin, un vrai théâtre machiné, avec trucs, pour pantomimes jouées par de véritables comédiens (reconnaissez-vous l'influence de Champfleury?), il a retiré sa parole. Je ne sais pas pourquoi Duranty n'a jamais voulu aller le voir. Je ne vous raconte cette histoire, que comme échantillon de la facilité de Gélis à entrer dans les affaires.

J'ai deux questions à vous faire. — i . — Si la chose réussit (et je crois sentir qu'elle va réussir), et si votre beau-frère, intimidé par cet élargissement de commerce, refuse son assentiment, pouvez-vous compter sur l'influence morale de votre mère? — 2. - Si vous réussissez, que voulez-vous faire? Avant tout, prenez bien garde de tomber dans le rêve d'une fabrication démesurée, à bas prix; votre originalité doit se placer ailleurs, et vous savez que la tendance générale est à hausser les prix. Le livre à 20 sols est le fléau des maisons Lévy et Bourdilliat. Si l'un de ces messieurs consentait à cesser le premier, l'autre serait délivré. Ils se font un mal réciproque, voilà tout.

Je crois que c'est là une question très importante : se faire une spécialité. Par le livre à 5 fr., le livre à 3 fr. et le livre à 2 fr., vous pourrez former une collection importante d'ouvrages bons ou passables, et bien fabriqués.

Je dois vous dire que toutes ces réflexions me viennent, en me souvenant de quelques mots que

m'a dit Delvau, relativement à vos futures ambitions. Autant que je puis me souvenir, Delvau me disait que vous vouliez fabriquer beaucoup, et à très bas prix. Je crois que ce serait votre ruine.

Et une boutique? autre question. Il y a cet immense avantage que cela multiplie vos rapports. Et que, comme vous vendriez les livres des autres, les autres seraient obligés de vendre les vôtres.

J'ai rencontré, hier, Bracquemond. Je lui ai demandé si vous lui aviez écrit de nouveau. Il m'a dit que non. Alors, j'ai pris la liberté de l'informer moi-même que je le débarrasserais de l'ennui de pensera des /leurs, et qu'il était prié, simplement, de copier, dans sa totalité, l'estampe en question. Donc, il vous attendra. D'ailleurs, on a refusé de lui prêter le livre, dans l'endroit que vous lui avez indiqué.

Tout à vous. Ecrivez-moi, je suis inquiet.

J'ai découvert, chez un affreux marchand, un dessin à la plume, de Delacroix.

A POULET-MALASSIS

27 Septembre 1860.

Mon cher ami,

Voici mon compte : 5 Octobre, 3oo. — i5 Octobre, 2.5oo (je mets 2.5oo, ignorant si vous avez détruit ou escompté un billet de i.ooo, de moi); 1.120; 1.691.= 5. 611. — Vous me demandez

deux billets de i.ooo que voici, et vous en avez un, de i.G5o, de D . 1,000; i.ooo ; i.65o.

= 3.65o. Je défalque 3oo (le 5 Octobre) que je paierai, sur les 5oo fr. que je prendrai, le i®"", au Constitutionnel. Et enfin je défalque les i.ooo dont vous n'avez peut-être pas usé. Il reste 661 que j'aurai à vous trouver, du 5 au i5, très probablement sur l'affaire Hostein.

Je suis enchanté que vous reveniez tout de suite, et que vous restiez longtemps ici. Gela activera mes opérations.

...Le billet de 920 que je joins ici, imprévu pour vous, a pour but de me débarrasser de l'Hôtol, dès les premiers jours d'Octobre, et d'aller habiter dans le logement où j'ai fait transporter mon mobilier, il y a deux mois. La personne qui y est et m'attend ne peut plus faire de billets, et le loyer est à mon nom. Donc, ce billet sera payé. Deux avantages à faire ainsi : d'abord, il faut, à tout prix, satisfaire Hostein, qui commence à s'impatienter (en voici la preuve) ; il faut le satisfaire vite. Et comment faire, si une querelle à l'Hôtel m'enlève mon repos, ou s'il faut prendre, en quelques jours, pour 900 fr. de copie, et négliger Hostein ? — Enfin, cela me décharge d'un grand ennui et me permettra de transporter plus d'argent de votre côté.

Mettez, si vous voulez, cet argent au chemin de fer, samedi ou vendredi soir; ou, si vous voulez encore en causer avec moi, apportez-le avec vous; pourvu que je l'aie hindi matin, tout sera bien.

LETTRES — îSOo 2g5

Justement, c'est lundi que j'aurai à voir Grandg'uiilot, pour les 5oofr. Les 200 fr. restants seront destinés aux mille petites dépenses d'une installation.

Votre préface est refaite et finie. Inutile de vous la montrer maintenant.

J'ai oublié de tenir compte des escomptes.

Un petit post-scriptiim dont vous ne vous fâcherez pas. — N'allez donc pas choisir un enfant comme Durantv, qui n'a pas connu notre vie, encore moins la mienne que la vôtre,pour lui exposer vos craintes sur mon avenir, sur mon imprévoyance, sur le désordre de mes affaires. Quand vous aurez trouvé un homme qui, libre à dix-sept ans, avec un goût excessif de plaisirs, toujours sans famille, entre dans la vie littéraire avec So.ooo fr. de dettes, et, au bout de près de vingt ans, ne les a augmentées que de 10.000, et de plus est fort loin de se sentir abruti, vous me le présenterez, et je saluerai en lui mon égal. Je sais bien ce que vous allez me dire : c'est de l'amitié. Je le sais, mais que votre amitié ne prenne pas d'autre confident que celui qui en est l'objet.

Voulez'vous que nous nous voyions au chemin de fer, dimanche soir? Un mot à ce sujet.

Tout à vous.

C'est par précaution que je n'affranchis pas.

J'ai dû dater partout de Neuilly, pour éviter une contradiction, ou la nécessité d'expliquer, dans une parenthèse, que je serais à Neuilly,à l'échéance.

A POULET-MALASSIS

27 Septembre iSfio. 6 h. 1/2.

Mon cher ami,

A peine ai-je mis ma lettre à la poste, celle que vous recevrez demain matin, vendredi, que je me suis souvenu d'une observation que j'avais oublié de vous faire : pourquoi, quand ma situation est considérée, à Alençon, comme responsable d'au moins i.5oo fr., non encore payés, la présentezvous encore pour une valeur de 2.000, au moins, de 2.920, au plus?

Tandis que nous avons Gélis, à Paris, chez qui votre sig-nature est très considérée ?

Est-ce de la coquinerie envers Gélis?

Vous comprenez bien, n'est-ce pas ? que ce n'est pas timidité de ma part; mais, puisque nous sommes obligés de jouer la comédie pour six mois encore, pour neuf mois peut-être, il faut la jouer avec toute la vraisemblance possible.

En un mot, vous faites mal la navp.tte.

Quel supplice que cette inquiétude périodique, qui tombe régulièrement au bout de six semaines ! Je suis résolu à en finir, et je mets sérieusement tout mon courage à votre service. Mais cette lettre va probablement vous arriver trop tard.

Je me recommande bien à vous, pour les 920 fr. Je présume que vous en comprenez l'importance. Je vous laisserai, si vous voulez les garder peu-

dant quelques heures, 3oofr., jusqu'à ce que j'aie iiché les 5oo fi Tout à vous.

touché les 5oo fr. de Grandg'uiilot

A POULET-MALASSIS

20 Novembre 1860.

Mon cher ami,

Que je sois payé très cher, et que je sois payé au far et à mesure (grande garantie d'activité), deux propositions qui doivent venir de vous, comme me connaissant très bien.

M. Stœpel viendra me voir aujourd'hui, à 4 h- Je le renverrai à vous; ou il ira vous voir, ou il vous priera de l'aller voir, à une heure déterminée.

Je viens de renvoyer au correcteur de Simon Raçon toutes les pages où il y avait des fautes : lettres tombées, lettres cassées, fautes d'orthographe; il y en avait bien d'autres, particulièrement celle-ci : XI, au lieu de XXI.

Tout à vous.

A POULET-BIALASSIS

Mon cher ami,

M. Robert Stœpel a voulu encore, ce soir, mardi, entamer la question d'argent, et j'ai vu qu'il craignait une demande trop forte. Tout en sauvegardant vivement mes intérêts, soyez aussi poli et gracieux que possible. M. Stœpel a l'air d'un galant

homme, vivement préoccupé de se faire en Europe un succès aussi net qu'en Amérique. Je crois que M. Slœpel et sa femme vivent uniquement par leurs talents; tout cela m'inspire beaucoup de pudeur ; mais, d'an autre côté, j'ai été obligé d'écrire à de Calonne, à Crépet et à Grandguillot qu'il fallait me foutre la paix, et me faire encore crédit d'une quinzaine de jours. D'ailleurs, la hesogne, sincèrement parlant, est rude. Figurez-vous que M. Stœpel, en arrivant d'Amérique, s'est adressé à Méry (qui s'est joué de lui, et a fini par lui déclarer que puisque lui, Méry, n'en pouvait pas venir à bout, la chose était impossible) ; à Emile Deschamps; à Henri Blaze (qui a voulu l'adresser à Saint-Georges); à PhiloxèneBoyer; enfin, à Banville, qui l'a adressé à moi. Il n'est venu à moi qu'en désespoir de cause (bien qu'on lui eût conseillé, à New-York, de venir me trouver), parce que tout le monde [particulièrement Vitu et M. M. Escudier) lui adit, ici, que j'étais un homme insupportable, intraitable et impraticable.

Il m'a dit, ce soir, qu'il pouvait consacrer 7.600 fr. à la première soirée. Franchement, c'est peu. Je compte les choses ainsi. La salle (je suppose les Italiens) : i.ooo (par soirée). — Emile Donay (traduction du chant) : i.5oo. — Moi (traduction du récit) : i.5oo. — Roger, ténor : 5oo. — Battaille, basse : 000. — Madame Lautey, mezzosoprano : 5oo. — M"^ Judith (déclamation): 3oo.=^ 4.800. — Restentdonc 2.200 pour les instrumentistes et les choristes (i5o), (j'ignore le nombre des

instrumentistes), tous i^ens dont j'ignore les salaires. Franchement, je désire que vous me trouviez le plus possible, et en même temps que vous soyez charmant pour ce monsieur, qui d'ailleurs le mérite.

Sur seize ou dix-liuit morceaux, je crois, je lui en ai livré deux.

Tout à vous.

A POULET-MALASSIS

5 Décembre i 8G0.

Mon cher ami,

Je lis votre lettre en un clin d'œil et je pense (jusqu'à plus ample débrouillement) qu'elle contient un rêve plein d'imprudences.

Mon cher, réfléchissons bien. Pour rien au monde, je ne refuserai de suivre une marche utile pour vous. Mais, sérieusement, en sommes-nous là? Et puis considérez qu'il m'en coûtera de me séparer de vous. Entre nous, il y a autre chose que des services d'argent (qui cependant sont beaucoup) pour me lier à vous. Il y a un charme, qui, pour moi, ne sera pas ailleurs. Je ne m'amuse pas à vous faire la cour; vous savez que vous vendez plus lentement que d'autres éditeurs.Donc, vous ne pouvez pas suspecter le sens d'amitié qui dicte ce que je vous écris.

En tout cas, et très malheureusement, je crois que si Hetzel a envie de quelque chose de moi, c'est de tout autre chose que de mes œuvres critiques, dont il ne peut pas deviner la valeur.

J'avais oublié les 4^5! !!

Quant à la délég-ation, elle va devenir très facile.

Wagner m'ayant envoyé son livre (j'ignore s'il est mis en vente), cela va me contraindre à rentrer tout de suite en relation avec Grandguillot.

Je tâcherai de passer chez vous, demain ou après demain.

Tout à vous.

Aujourd'hui encore, journée terrible, passée dans les rues ; billets protestés, et le musicien parti brusquement pour Londres, sans dire adieu.

Par bonheur, je reçois une lettre de lui.

J'ai donné huit bons à tirer à Simon Raçon. Depuis lors, pas d'épreuves.

Je veux que le portrait soit excellent.

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