‹ Lettres, 1841-1866, portrait en héliogravureChapitre 42 sur 80 · fr · texte numérisé non relu

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De Broise a maintenant 2.280 fr.

J'attends de l'argent de Londres, et la maison Lévy m'en donnera un peu après-demain, en grognant.

De Broise insiste pour voir G . Moi, j'ai

insisté pour qu'il vît d'abord J . Pour parler

plus nettement, je crains le guignon naturel de de Broise.

Bracquemond, que j'ai vu ce matin, m'a parlé du découragement visible de votre beau-frère. Peutêtre feriez-vous bien de faire, dans quelques jours, un voyage de quarante-huit heures.

Maintenant que jo n'ai plus rien à cacher à votre mère, je tiens vivement à me conduire de manière à être honoré. Mais n'y aurait-il pas moyen de classer mes dettes dans les dettes de votre maison, dans les futures évolutions que vous allez faire, et, sans compter l'intérêt régulier de toute dette, de m'acquitter par une série de cessions successives? C'est vous dire que je suis énervé par les inquiétudes, harassé, rompu.

J'ai eu, j'ai encore des cheminées qui me sont

tombées sur le dos. Je vous en parlerai plus tard, quand vous serez tranquille. C'est incroyable, inouï, plus étrang-e que tout ce que vous pouvez concevoir.

Avez-vous reçu ma dernière feuille,le titre, fauxtitre, et la table des matières ?

De cette dernière, je ne suis pas content. Pourquoi, je ne le sais pas. Elle ressemble à la table des matières d'un autre livre. De plus, la pagination de la table se confond avec les chiffres relatifs aux matières.

Le tout, en caractères (soit petits caractères, soit capitales) qui me paraissent bizarres et trop petits, mais fen réfère à vous.

11 est possible que j'omette quelque chose. J'ai la tête fatiguée, et^e ne fais rien.

A POULET-MALASSIS

16 Janvier 1861.

Mon cher ami.

Je suis assez dur pour moi-même, et pourtant toutes mes aventures m'avaient rendu malade. Dans mes ahurissements.j'âvais chargé de Broise de vous rendre compte de mes actes, n'ayant pas la tête disposée à vous écrire.

Je lui ai remis l'arg-ent de tous les billets, et je lui dois encore 280 fr. Si j'avais eu la libre disposition de mon temps, j'aurais déjà touché de l'argent deux fois (par moi-même). Je m'en occupe

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maintenant, et, avant très peu de jours ^ je vais les lui remettre. Je voudrais faire mieux encore, et la lettre désolée que j'ai reçue de vous hier matin me prouve que c'est urgent. Je reviendrai tout à l'heure là-dessus.

Mon grand éloignement de Paris n'a pas peu servi à la dilapidation, dans cet intervalle de quinze jours. En dehors de cela, mes dépenses forcées ont été de 20, chez T , de 26, chez S , de

10, chez G , et de 74, chez L (affaire

Ce que j'ai à recevoir, avant la fin du mois, se monte à 4oo fr.

Avant tout, je veux me soulager et vous dire ce que je n'ai dit à personne. Vous jugerez ce que j'ai enduré, et ce que j'endure encore. Je me suis sauvé de Neuilly, par dignité, ne voulant pas rester dans une situation honteuse et ridicule. Pendant vingt-cinqjours, jeme suis trouvé en face d'un homme quipassait toutes ses journées dans la chambre de sa sœur, depuis 8 h. du matin jusqu'à 11 h. du soir, m'empêchant ainsi de prendre mon seul plaisir, c'est à dire de causer avec une femme vieille et infirme. Quand j'ai voulu lui faire entendre, par la voix de sa sœur, que mon extrême gêne ou un accident quelconque pouvaient nécessiter de sa part un effort pour soulager sa sœur et m'aider moimême dans cette tâche, il m'a fait répondre que non, non, pour maintenant, et pour l'avenir. Plus tard, il est revenu là-dessus^ offrant de faire quelque chose, si, démon côté, je faisais une délégation

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sur ce qui pouvait me rester de fortune personnelle. Peut-on concevoir un monsieur qui revient du bout du monde, qui tombe de la lune, qui ne s'est jamais inquiété de sa sœur, qui en est à faire ses premières preuves de dévouement, et qui ose demander des garanties à celui qui a fait dix-neuf ans ce que le devoir ne lui commandait pas? Oh! ce n'est pas fini! A travers beaucoup de pleurs, j'ai obtenu de la créature l'aveu que, depuis un an, son frère vivait chez elle, maïs qu'il lui avait prêté 200 fr. !!... Mille pardons, mon cher Malassis, de vous entretenir de ces hontes. — Il m'a fallu vivre entre un drôle et une malheureuse femme dont le cerveau est affaibli. J'ai fui, j'en suis encore malade d'indignation, j'ai le cerveau tout affadi, et croiriezvous que j'ai du mal à écrire une heure de suite? Il y a quelques jours, vous m'avez ravi en m'écrivant qu'avec de la résistance, de la patience et de la dissimulation, tout serait sauvé. Hier, vous m'écrivez le contraire, et vous prévoyiez un désastre. Ne se pourrait-il pas que ces variations dans votre idéevinssentd'alternatives d'espoir et dedécouragement,ou d'un manque de hardiesse de votre famille? Il y a, au bout de votre tentative, de la gloire, et, peut-être, de l'argent : persévérez. Dans le cas de désastre, pensez aux Fleurs et aux Paradis, auxquels j'attache de l'importance.

Quant à ma dette, je ne vois qu'une issue, c'est de vous donner sans cesse de petites sommes. Je cherche dans mes papiers, et je vois que j'ai su, en dix-huit mois, donner à l'Hôtel de Dieppe une

somme énorme. J'en ferai bien autant pour vous. Sincèrement, je le veux.

Je n'ai pas besoin de vous parler de Tinsuffisance de de Broise. Il allume son gaz et son poêle.

A propos, de Broise croyait que j'étais en avance ; je croyais le contraire. Vous croyez que ce n'est ni l'un ni l'autre. Vous y penserez, quand vous pourrez.

Je vais sans doute demain matin recevoir de vous une lettre impatientée. Je ne l'ouvrirai qu'avec crainte. Une lettre, un coup de sonnette, un rien me fait sauter en l'air. Ma volonté est dans un état piteux, et, si je ne pique pa.s, par hygiène., et malgré tout, une tête dans le travail, je suis perdu.

Un mot encore, à propos de votre frère Edouard, bien que ces choses ne me regardent pas. Quelqu'un que je n'ai pas à vous nommer l'a rencontré dans un bal masqué, en compagnie d'une bande de petits fous, et il a tenu les propos les plus bizarres, parlant tantôt de s'engager, tantôt de fonder quelque chose, à lui tout seul. Tout cela, disait-il, dépendrait d'une certaine réponse d'Alençon. Estce que l'insensé penserait à quelque petit journal pour la jeunesse?

Tout à vous.

A POULET-MALASSIS

Baudelaire. — Vingt exemplaires. Combien sur chine ou fil?

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Reuue des Deux Mondes . — Buioz (avec une lettre de moi).

Revue contemporaine. — De Galonné.

Revue britannique. — Qui?

Revue européenne, — Lacaussade , Gustave Rouland (avec une lettre de moi).

Correspondant. — Qui?

Illustration. — De Wailly?

Monde illustré. — Gozian (avec une lettre).

Moniteur. — Sainte-Beuve (avec une lettre).

Débats. — Deschanel (avec une lettre). Guvillier-Fleury.

Presse. — Saint- Victor. Arsène Houssaye, directeur de La Presse (très important).

Constitutionnel. — Grandguillot (Vitu fera une note).

Siècle. — Taxile Del or d.

Pays. — D'Aurevilly (avec une lettre).

Patrie. — Edouard Fournier.

Opinion Nationale. — Levallois.

Salut public (de Lyon). — Armand Fraisse (avec une lettre).

Nord. — Jules Janin (avec une lettre).

Indépendance belge. — Oui ?

Idem. — De Ronsard, Ministère de l'Intérieur, très important, pour deux cents journaux (avec une lettre).

Union. — Pontmartin.

Gazette de France. — Guttinguer (promis un article, annoncé même, il y a huit jours).

Revue anecdotique. — Larcher.

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Revue de Genève. — Qui?

Figaro. — Monselet.

Journal amusant. — Nadar.

Times. Thackeraifs Cornhill Magazine (avec une lettre). Examiner. S pectator. Athenœum. Literarij Gazette. Press. Frazer' s Magazine. West' minster Review. Edinburg Review. Ouarierlij Review.

Russes et Allemands, je n'y entends rien.

Vilu fera une note au Constitutionnel ; La Fizelière, à L'Artiste.

Je voudrais bien me décharger sur vous de Banville, de Gautier et de Leconte de Lisle.

Plusieurs exemplaires doivent être accompagnés d'une lettre de moi . Je verrai de Broise, tous les jours. Evitez les doubles exemplaires jetés dans les journaux^ sans sûreté et sans garantie. J'ai quelqu'un qui s'occupera de l'affaire des journaux de Londres, et qui peut-être ira lui-même dans lesbureaux.

Si vous faites une note (trente-cinq pièces nouvelles, toutes les anciennes remaniées, portrait), communiquez-la-moi, je la ferai passer dans une centaine, au moins, de journaux de départements.

En fait de grands journaux de province, je ne connais que Le Salut public. Je ne garde pas le double de cette note.

A POULET-MALASSIS

Je vais voir Hetzel tout à l'heure, à 5 h. , et je

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vais le prier de vouloir bien m'attendre jusqu'à après-demain, car je n'ai pas les billets entre les mains. J'ai cru que vous me les enverriez hier.

J'ai rencontré, il y a trois jours, de Broise, désolé, qui m'a tenu dans la boue, au moins un quart d'heure, m'accablant de reproches, et ne voulant pas comprendre que cette fois j'étais impuissant, et que même il eût été dangereux que je parusse chez les escompteurs. Je suis obligé de me défendre vis avis de lui, mais quelquefois de vous défendre vous-même. Si je n'avais pas eu, retombant sur mon dos, 1.900 fr. à rembourser, dont 5oo sont déjà payés, il est évident que j'aurais pu vous être utile. Les jours précédents, j'avais essayé de lui demander pourquoi le portrait ne paraissait pas à L'Artiste, et pourquoi je ne recevais pas quelques épreuves du portrait retouché, où elles étaient, etc.. Il m'a ri au nez, très bizarrement. Dans toutes ses allures, dans toutes ses plaintes, il est si bizarre, même pour les affaires les plus vulgaires, que toute relation entre lui et moi devient de plus en plus difficile.

Trois mois et six mois, cela me paraît dangereux. Trois mois et quatre mois même me paraissent contenir une mauvaise chance.

Je vous ai dit qu'Hetzel n'était plus pour l'escompte dans les mêmes conditions qu'il y a quelques mois.

Le jour de ma rencontre avec de Broise, je sortais d'une imprimerie où on me détenait depuis trois jours, depuis 10 h. du matin jusqu'à 10 h. du

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soir, pour en finir avec le Wagner, qui va enfin paraître à l'Européenne. Jugez de l'état de ma cervelle, ce jour-là.

Répondez-moi, vite.

Tout à vous.

Celui de 5oo est, je crois, pour le i"; celui de i.ioo, pour un autre jour, le lo, je crois.

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