A MONSIEUR ANC ELLE
Jeudij i4 Juillet.
Mon cher Ancelle,
Tout a échoué. Un mouchard ne peut pas réussir dans une ville aussi défiante. J'ai été malade (diarrhée continue, palpitations du cœur, angoisses d'estomac) pendant deux mois et demi! Le joli voyag-e! Cependant, je veux qu'il me serve à quelque chose, et je fais un livre, sur Ja Belgique, dont les frag-ments paraîtront au Figaro. La question des mœurs (mœurs, politique, clergé, librespenseurs) est déjà rédigée! Maintenant, il faut voir Anvers, Bruges, Malines, Liège, Gand, etc.. En somme, je saurai faire un livre amusant, tout en m'ennujant beaucoup. Ici, tout a été contre moi. Tout m'a nui, surtout ma sympathie visible pour les Jésuites. Vous savez probablement dans quelle situation extraordinaire se trouvent la Chambre et le Ministère. J'espérais des coups de fusil et des barricades. Mais ce peuple est trop bête, pour se battre pour des idées. S'il s'agissait du renchérissement de la bière, ce serait différent.
Envoyez-moi, tout de suite, les i5o fr. du mois d'Août. Je partagerai cela entre moi et mon Hôtel, je garderai juste de quoi voir cinq villes. Par grand bonheur, les distances sont très courtes, et la vie (exécrable, d'ailleurs) à bon marché. Je compte que je recevrai vos i5o fr., samedi matin. Je par-
tirai dimanche matin. Observez que je ne vous ai rien pris, depuis six semaines.
Le souvenir de l'aventure Proudhon est encore vivant ici, et j'en parlerai. J'ai rencontré dans le monde{!) le député qui a le plus contribué à cette dégoûtante émeute. — Je serai encore ici, quand paraîtront à Paris mes premiers fragments. Or, Le Figaro est très lu ici, «m Cercle. Je ne vois plus personne, et je laisse voir mon mépris pour tout le monde.
Cependant, je tâcherai de voir l'archevêque de Malines . J'ai entendu la cloche des libres-penseurs, je veux entendre l'autre cloche.
Je possède maintenant, sur le bout du doigt, la question de la charité, la question des dotations, la question de l'éducation, la question du cens électoral, la question d'Anvers, la question des cimetières, etc. . .
Quel peuple inepte et lourd! Ici, les Jésuites ont tout fait, et tout le monde est ingrat pour eux.
Maintenant, pour tout dire, il faut avouer que le clergé est très lourd et très grossier. Hélas ! il est flamand.
Pourvu que vous ne soyez pas en voyage I
Tout à vous.
Je m'en vais laisser toutes ces saletés-là de côté et m'occuper un peu de peinture et d'architecture. Si vous êtes absent, faites-moi, tout de même, envoyer l'argent. Je serai en France, le i5 Août.
Vous recevrez ceci, vendredi matin. Pensez à moi, avant 5 h.
A MONSIEUR ANGFLLE
Vendredi, 2 Septembre 1864.
Mon cher ami,
J'espérais partir avant-hier matin, 3i Août, et dîner chez vous, le soir, mais je ne m'en sens pas le courage. Je voudrais que tous mes livres fussent vendus par l'ag-ent d'affaires que j'ai charg-é de cette commission à Paris; je veux traîner encore ici une existence de vég-étal, pendant une quinzaine. Et enfin, pour toutdire, je suis singulièrement affaibli par quatre mois de coliques I
Je suis content de mon livre ; tout ce qui est mœurs, culte, art et politique, est fait. Il manque la rédaction de mes excursions en province. Je ferai cela à Honfleur. J'écris à M. de Villemessant de ne rien publier, avant mon retour en France. Vous devinez pourquoi. Je suis très mal vu ici. D'ailleurs, je ne me suis pas gêné pour crier tout haut ce que je pensais. Et puis, on sait que je prends des notes partout.
Le Congrès de Malines a commencé. Cela nous regarde. M. Dupanloup y a produit un grand effet avec son discours sur V instruction publique. M. Dupanloup n'a aucune peine à passer pour un aigle, dans un pays tel que celui-ci.
Je connais Malines, et, si Malines n'était pas en Belgique, et peuplée de Flamands, j'aimerais y vivre, et surtout y mourir. Combien de carillons,
combien declochers, combien d'herbes dans les rues, et combien de béguines! J'y ai trouvé une église de Jésuites, merveilleuse, que personne ne visite. Enfin, j'étais si content que j'ai pu oublier le présent, et j'y ai acheté de vieilles faïences de Delft. Beaucoup trop cher, cela va sans dire.
Tout ce peuple est abruti ; le passé seul est intéressant.
Jetez un coup d'œil, je vous prie, sur cette étrange lettre de M. A qui, depuis vingt
ans (et plus) qu'il m'assassine, ne sait pas encore l'orthographe de mon nom. Vous connaissez, par cœur, l'affaire A . Je crois sérieusement que
j'ai reçu de lui 4-ooo fr. ; je lui ai souscrit dans ma jeunesse des effets pour i5.ooo fr. Il a vendu la créance ou bien emprunté 2.400 fr. sur la créance à un nommé R M
Piépondez-moi autre chose que vos horribles phrases habituelles qui équivalent à rien. Daignez me donner un avis sérieux sur ce qu'on pourrait faire pour me débarrasser de ce fléau de ma vie. Je lui ai répondu que toutes mes affaires en Belgique avaient manqué, et que si son R M
avait l'intention de me persécuter, je ne rentrerais pas en France.
Sérieusement, j'ai le plus grand désir d'y rentrer, mais il faut voir et travailler, encore un peu. Et puis ma mère! et puis mon jardin! et mes livres! et mes collections!
J'ai chargé un agent d'affaires littéraires de me vendre {à condition de lui faire une petite part
Sya CHARLES BAUDELAIRE
dans la vente) les trois ouvrages suivants : Paradis artificiels, Pauvre Belgique! et Réflexions sur mes contemporains. J'attends, avec inquiétude, une réponse ; mais toutes ces manœuvres du métier ne vous intéressent guère.
Si, par hasard, j'étais encore ici le 25, ce qui est bien douteux, je partirais avec Nadar qui m'a gentiment offert une place dans sa nacelle. Fuir ce sale peuple en ballon, aller tomber en Autriche, en Turquie peut-être, toutes les folies me plaisent, pourvu qu'elles me désennuient. J'ai vu ici Nadar et Hetzel; celui-là m'a donné deux mois, pour achever Les Fleurs du Mal et Le Spleen de Paris.
Voici 5o fr. auxquels vous ajouterez i5o fr. (dont voici le reçu); et vous déposerez le tout entre les mains de mon ancien hôtelier, M. Jousset, rue d'Amsterdam. Il ne sera pas mal de lui prendre un reçu de 200 fr.
Aujourd'hui même, entendez vous? C'est à dire demain, puisque Je vous écris, le 2. — Je vous en supplie, ne me faites pas la farce de délibérer dix jours là-dessus. J'aurais dû porter, ou envoyer cet argent,le i^^. — // y a plus de six semaines que Je ne vous ai rien demandé.
Si cet homme, à qui je dois encore, vous faisait quelques questions, dites simplement : Ce que Je crois, c'est que M. de Villemessant, à ma prière, va lui donner de l'argent. Et ne me nuisez pas.
J'ai besoin de passer trois ou quatre jours à Paris. 11 m'est impossible de décider quel jour je partirai. J'ai l'estomac et le ventre en révolution.
Tout de suite, les 200 fr. à Joussct. Et écrivezmoi, à propos d'A
Histoires grotesques et sérieuses vont paraître. Enfin ! Si vous saviez quel supplice de corriger un livre à l'étrang-er, avec une loi postale absurde, et sans ressources d'information! Bruxelles se fait passer, bien à tort, pour une capitale. La vraie capitale serait Anvers, si une capitale pouvait être un simple centre de commerce.
Je vous remercie bien vivement de toute l'affection que vous m'avez toujours montrée, et que j'ai quelquefois payée par un peu de brutalité.
Présentez mes respects à Madame Ancelle, j'allais dire, avec une étourderie impardonnable : et à votre mère. Ah! mon cher ami, j'ai quelquefois le cerveau plein de noir ; conserverai-je ma mère aussi longtemps que vous avez conservé la vôtre?
Jousset, 22, rue d' Amsterdam.
Si vous n'allez pas à Paris demain , samedi 3, envoyez un commissionnaire, avec les 200 fr.
A MONSIEUR ANCELLE
Jeudi, i3 Octobre 1864.
Mon cher Ancelle,
Le très long temps que j'aipris pourvous répondre vientdeplusieurscauses différentes. La première est que j'ai été malade, de nouveau (mais il ne faut pas écrire cela à ma mère, si toutefois vous lui écri-
vez). Cette fois, ce n'est plus le ventre, c'est une fièvre qui me réveille à i h. ou 2 du matin et qui ne me permet de me rendormir que vers 7 h. Cet accident journalier me fait voir, dans les ténèbres, une foule de belles choses que je voudrais bien décrire ; mais, malheureusement, il en résulte une très grande fatigue qui se prolonge à travers la journée.
La seconde raison est que malgré le ton charmant et cordial de votre lettre, et la bienveillance de votre offre, je in obstinais à nie passer de vous. Aujourd'hui, il m'est démontré que cela n'est pas possible. — Comprenez bien. Les fragments que j'ai faits représentent bien i.ooo fr. Mais je ne les laisserai pas publier, tant que je serai en Belgique. Donc, il faut que je rentre en France pour avoir de l'argent, et il me faut de l'argent pour m'en aller, et aussi pour recommencer une excursion à Malines, Bruges et Anvers (questions de peinture et d'architecture, six jours au plus). Il y a donc là un cercle vicieux. M. de Villemessant {Figaro) attend impatiemment mes articles. Lui demander de l'argent, et lui dire en même temps : Ne publies pas encore, franchement, ce serait abuser de sa complaisance. Et puis ces 1. 000 fr. que j'attends de mes fragments ne seront peut-être payés qu'au fur et à mesure de la publication.
J'aurai en plus à toucher le prix du livre chez un libraire. Mon livre n'est pas fini ; je le finirai à Honfleur, où j'emporterai toutes mes notes.
J'ai écrit à un agent d'affaires littéraires, à Paris,
LETTRES lS64 875
pour le prier de traiter, en mon nom, pour la vente de quatre volumes de moi : Pauvre Belgique! I vol. — Paradis artificiels^ i vol. — Mes Contemporains, 2 vol. — Et je lui ai offert de lui faire une part (quelle parti) sur le traité, s'il en obtenait un bon.
Si je trouve cette affaire faite, à mon retour à Paris, alors, seulement dans ce cas, je pourrai remettre quelque argent à ma mère, et à vous.
Je n'aurai retiré de mon voyag-e en Belg-ique que la connaissance du peuple le plus bête de la terre (cela est au moins présumable), un petit livre fort singulier qui sera peut-être un appât pour un libraire et l'incitera à acheter les autres, et enfin l'habitude d'une chasteté continue et complète (riez, si vous voulez, de ce sale détail), laquelle n'a, d'ailleurs, aucun mérite, attendu que l'aspect de la femelle belge repousse toute idée de plaisir.
Enfin, j'ai à peu près fini Histoires grotesques et sérieuses qui doivent paraître. Combien je me repens aujourd'hui d'avoir aliéné pour 2.000 fr. tous mes droits sur mes cinq volumes, quand je pense que Michel gagnera peut-être encore des sommes plus que considérables par cette vente continue!
Voilà mon bilan spirituel. Je vais maintenant vous donner les détails matériels que vous me priez de vous donner, avec une absolue franchise.
Mais figurez-vous, mon cher, ce que j'endure ! L'hiver est venu brusquement. Ici, on ne voit pas le feu, puisque le feu est dans un poêle. Je travaille en bâillant, — quand je travaille. Jugezce que j'endure,
moi qui trouve Le Havre un port noir et américain, moi qui ai commencé à faire connaissance avec l'eau et le ciel à Bordeaux, à Bourbon, à Maurice, à Calcutta; jugez ce que j'endure dans un pays où les arbres sont noirs et où les fleurs nont aucun parfuml Quant à la cuisine, vous verrez, j'y ai consacré quelques-unes des pages démon petit livre! — Quant à la conversation, ce grand, cet unique plaisir d'un être spirituel, vous pourriez parcourir la Belgique en tous sens sans trouver une âme qui parle. Beaucoup de gens se sont pressés, avec une curiosité de badauds, autour de l'auteur des Fleurs du Mal. L'auteur des Fleurs en question ne pouvait être qu'un monstrueux excentrique. Tontes ces canailles-là m'ont pris pour un monstre, et, quand ils ont vu que j'étais froid, modéré et poli, — et que j'avais horreur des libres-penseurs, du progrès et de toute la sottise moderne — ils ont décrété (je le suppose) que je n'étais pas V auteur de mon livre. Quelle confusion comique entre Tauleur et le sujet ! Ce maudit livre {dont je suis très fier) est donc bien obscur, bien inintelligible ! Je porterai longtemps la peine d'avoir osé peindre le mal avec quelque talent.
Du reste, je dois avouer que depuis deux ou trois mois,j 'ai lâché la bride à mon caractèrCjque j'ai pris une jouissance particulière à blesser, à me montrer impertinent, talent où j'excelle, quand je veux. Mais, ici, cela ne suffit pas, il faut être f/rossier pour être compris.
Quel tas de canailles ! et moi qui croyais que la
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France était un pays absolument barbare, me voici contraint de reconnaître qu'il y a un pays plus barbare que la France.
Enfin, que je sois contraint de rester ici avec des dettes, ou que je me sauve à Honfleur, je finirai ce petit livre qui en somme m'a contraint à aiguiser mes griffes. Je m'en servirai plus tard contre la France. C'est la première fois que je suis contraint d'écrire un livre, absolument humoristique, à la fois bouffon et sérieux, et où il me faut parler de tout. C'est ma séparation d'avec la bêtise moderne. On me comprendra peut-être, enfin.
Oui, j'ai besoin de retourner à Honfleur. J'ai besoin de ma mère^ de ma chambre, et de mes collections. D'ailleurs, ma mère m'écrit des lettres funèbres et s'abstient, avec une modération qui me fait mal, de me faire des reproches, comme si elle craignait d'abuser de son autorité dans ses dernières années, de peur de me laisser un souvenir amer. Cela serre le cœur. — Je finirai à Honfleur toute cette masse de choses inachevées, Le Spleen de Paris (interrompu depuis si longtemps). Pauvre Belgique ! et Mes Contemporains.
Vous devinez sans doute (ce n'est pas très difficile) la raison de ma répugnance à vous répondre et à accepter votre offre. Accepter, c'est diminuer encore votre confiance en moi, c'est vous montrer que je ne sais rien prévoir, rien combiner, rien amasser. De plus, puiser dans votre bourse, c'est puiser dans celle de ma mère, et cela me devient insupportable. — Enfin, je dois vous prévenir que
SyS CHARI.es BAUDELAIRE
la somme vous paraîtra forte: de plus, — qu'aussitôt que j'aurai reçu de l'argent de vous, après avoir payé le Grand Miroir, it vais prendre quelques nouvelles notes à Bruges, Namur et Anvers (six jours, sept jours), et qu'enfin je passerai trois ou quatre jours à Paris, avant de retourner chez moi. Mes affaires l'exigent absolument.
Ici, je n'ai jamais pu dépenser moins de 7 fr. par jour,quoiqueje dîne, presque toujours (quand mon estomac le permet), hors de l'Hôtel.
Je suis arrivé le 24 Avril.
Avril, cinq jours; 35 fr. — Mai; 210 fr. — Juin; 2 10 fr. — Juillet; 210 fr. — Août; 210 fr. — Septembre; 210 fr. — Octobre, quinze jours; io5 fr. — Total : 1.190 fr.
J'ai donné de l'argent pendant plusieurs mois ; j'ai cessé d'en donner au commencement d'Août, où je devais encore i54 fr.
Je dois donc encore : i54. — Août ; 210. — Septembre; 210. — Octobre; io5. — Total : 679 fr. auxquelsje suis contraint d'ajouter 100 fr., environ, pour le Mont-de-Piété de Bruxelles, 100 fr.de petites emplettes indispensables sur lesquelles j'ai donné des arrhes, et 100 fr. pour ma dernière excursion : les chemins de fer y sont compris pour 53 fr.
Hôtel; 679 fr. — Mont-de-Piété; 100 fr. — Emplettes; 100 fr. —Voyage; loofr. — Donc, 979 fr.
Et encore je suis obligé d'abandonner une très belle chose, achetée à Malines, sur laquelle j'avais donné des arrhes.
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C'est énorme, n'est-ce pas? Cependant, je prends votre bienveillance au mot, à une condition seulement, une condition qui vous fera rire, car rien ne s'opposera à ce que je viole cette condition, et je vous ai fait beaucoup de promesses que j'ai toujours violées: c'est qu'à partir du jour où je serai chez moi, à Honfleur, vous ne m'enverrez que strictement 5o fr. par mois, et que ce réj^ime sera maintenu, indéfiniment si je le veux, mais au moins jusqu'à ce que je ne vous doive plus rien, et que toutes mes avances (anciennes ou nouvelles) soient complètement remboursées. Alors, vous m'avertirez. Oui sait? je tiendrai peut-être cette parole-là.
Quant à payer mes dettes, quant à refaire une petite fortune, très petite, comme il convient à un homme qui n'aime que la liberté, hélas ! il est encore trop tôt pour parler de cela.
Je résume : aussitôt que je reçois de l'argent de vous,jepaie tout, ici ; je fais trois promenades, coup sur coup; je repars pour Paris ; je n'y reste que le temps nécessaire pour voir mon agent, Hetzel, Michcl et Villemessant ; ei ie retourne à Honfieur, où je ferai mon séjour habituel, sauf des excursions, à long^ue date, à Paris, de huit ou dix jours.
J'ai encore quelque chose à ajouter, assez important : vous allez recevoir cette lettre, demain malin, vendredi i/j. Pouvez-vous, non seulement me répondre avant 5 h., mais aussi mettre dans votre lettre une somme quelconque, comme 5oo fr. ? Je tremble d'être indiscret. Personne n'a jamais 1 000 fr.
38o CHARF.ES BAUDKLAIRE
disponibles immédiatement. Peut-être serez-vous obligé de vous cotiser avec ma mère, pour faire le total ; mais envoyez-moi ce que vous pourrez, tout de suite, c'est à dire le i5, au matin. On a eu beaucoup de complaisances pour moi, tant que j'ai payé; mais, depuis deux mois et demi, on méfait la mine; j'ai promis pour samedi matin, 15, et je suis ici un étranger.
Mon cher, cette lettre m'a exténué. Quand j'ai écrit seulement une cinquantaine de lignes, j'ai la tête embarrassée. Je voulais écrire à ma mère, ce soir, pour lui rendre compte de tout ce que je vous dis. Je ne lui écrirai que demain matin, vendredi 1 4 ; elle aura donc ma lettre, samedi i5, le matin, ou le soir.
C'est moi qui vous ai envoyé quelques livraisons du compte rendu du congrès de Malines; vous avez vu que le discours de Dupanloup manquait. Il a paru dans une livraison qui m'a échappé. Il a été édité, depuis lors, à Paris, rue de Tournon, chez Douniol. Votre fameux père Félix ne m'a pas intéressé. C'est un Cicéron. Le discours du'père Hermann m'a paru très remarquable et très curieux.
Je savais que l'opération que vous avez dû subir n'était ni dangereuse, ni très douloureuse. Seulement, il faut bien faire attention à une certaine chose... Ne m'oubliez pas demuÀn.
Présentez mes respects à Madame Ancelle.
Je vousrapporteraiun curieux livre sur l'Empire, un livredigne d'êtrelu,et non pas unesottised'exilé.
A MONSIEUR ANCKLLE
Dimanche, 28 Octobre 1864.
Cher ami, Je commence par vous remercier très cordialement de tout ce que vous voulez bien faire pour moi. Seulement, je suis très perplexe. Dabord, je ne montrerai votre engagement qu'à la dernière extrémité; par exemple, si on me tourmente, ici, dans la semaine qui commence demain. Je ne vois pas d'autre moyen de me tirer d'affaire que de tourmenter mon homme d'affaires, pour qu'il conclue au plus vite; et cependant // eût été avanta- (jeux de ne pas me pi^esser; ensuite, d'écrire à Villemessantque,mffi/^re ma répugnance à laisser paraître mes articles, pendant mon séjour ici, je l'y autorise immédiatement.
Enfm,j'irai à Paris etje tomberai sans doute chez vous le 3r ou le i^"". Si je trouve de l'argent chez Villemessant, ouchez mon libraire, je l'appliquerai aux dettes de Bruxelles, mais cela ne vous dispensera pas de tenir votre parole (600 fr.), puisque je destinais à d'autres créanciers l'argent que jecompte trouver à Paris. Alors, je retournerai à Bruxelles, où je me fiche parfaitement des mines sombres que je rencontrerai ; j'irai prendre de nouvelles notes à Anvers, Bruges et Malines (six jours), et je retournerai à Honfleur, immédiatement, peut-être par mer.
Comprenez bien mon embarras : ou aller cher-
cher de l'argent à Paris; ou rester ici, jusqu'au 20 Novembre. Franchement, c'est trop long !
Je veux vous rendre compte de l'emploi de votre argent. Sur les 200 fr. du 17, j'ai donné 180 fr. à l'Hôtel. Il paraît que, bien que je dusse encore i54 fr.jle i^"" Août, je ne devais que 468 fr., le 28 Septembre. — 468; donnés, 180. — Restent donc : 288, que je devais encore, le 28 Septembre. Depuis lors, en comptant 7 fr. par jour, jusqu'à la fin d'Octobre (trente-sept jours, multipliés par 7fr.), nous trouvons 269 fr., auxquels j'ajoute les 288 fr. restants. Total : 547 ^'^*
Impossible de donner quoi que ce soit à l'Hôtel, ce matin; je vais me débarrasser des petites dettes et du Mont-de -Piété, et il me restera 20 fr. que j'emploierai à courir à Paris, le i" du mois.
Tout cela, cher ami, ne remplit pas strictement votre but ; mais J'ai honte de me servir de votre billet, mais la littérature doit passer avant tout^ avant mon estomac, avant mon plaisir, avant ma mère.
Je m'absenterai, le 3i, sans même dire un mot à l'Hôtel, sur le but de mon voyage; je tâcherai, en vingt-quatre heures, de voir une dizaine de personnes, à Paris.
Quant à ma santé, tous mes maux de ventre ont disparu. Seulement, je n'ai jamais faim, et j'ai la fièvre, toutes les nuits. Du reste, je ne veux pas accuser absolument la Belgique. Je suis convaincu que j'étais malade déjà, en quittant Paris.
Je pourrais ajouter une foule de réflexions mo-
raies, qui pourraient vous faire plaisir, sur mon sincère désir àe refaire ma fortune, et de vivre toujours à Honfleur. Vous savez que je suis toujours très sage, en intention.
N'attachez pas trop d'importance à tous ces chiffres de budget pour la charité et l'instruction. Je connais la question, (/<? yiSM.Les constitutions elles institutions ne signifient rien chez un peuple qui ne veut pas, et ne peut pas s'en servir.
Bien à vous, et merci, bien que j'eusse fait merveille, si j'avais eu i.ooo fr., il y a huit jours.
A POULET-MALASSIS
3o Octobre 1864, minuit.
Mon cher,
Je suis si malheureux de cette vie de dissipalion sans plaisir que j'accepte, comme moyen de me contraindre à rester chez moi et de me soulager d'autres besognes, le bizarre travail que vous m'avez proposé. Faites coller des bandes le long des marges de votre traduction, et fournissez-moi une édition latine et deux glossaires. Quant au salaire, il sera ce que vous voudrez; payé, comme vous voudrez, en argent ou en billets, ou bien compté comme diminution de ma dette.
J'ajoute cependant ceci, — c'est que j'espère que ce sera pour vous un encouragement à me confier le Satyricon, un ouvrage sur lequel je serais fier de coller mon nom, et un travail critique sur Laclos.
Tout à vous.
384 CH\RLES BAUDKLAIUB
Avez-vous deux éditions latines? Il serait bon que celle que vous me prêterez n'eût pas de valeur et pût être souillée parle crayon. Marges larges, un feuillet de papier à lettre.
A MONSIEUR ANCELLE
Dimanche soir, i3 Novembre 18G4.
Mon cher ami,
N'oubliez pas la date, très importante, de dimanche prochain, 20 Novembre.
Pour que je puisse avoir vos 600 fr., dimanche, à 8 h. du matin, il faut que vous les mettiez à la poste, samedi, plus tôt que vous ne feriez dans Paris, puisque vous habitez la banlieue. Il y aune différence dans les levées de poste dont il faut tenir compte.
Si j'ai vos 600 fr. dimanche matin, je serai à Paris, à 9 h. du soir. Cette fois, je vous en supplie, ne brouillez pas mes plans. Croyez bien qu'il n'y a là aucune espèce de reproche pour vous. Je vous suis très reconnaissant de votre offre gracieuse, mais la difficulté pour vous de répondre immédiatement et complètement à ma demande du i3 Octobre a complètement bouleversé mes projets. Après avoir donné vos premiers 200 fr. à l'Hôtel, je n'avais plus que lioo fr. à remettre; à présent, c'est à peu près Goo, par suite de ce séjour prolongé d'un mois. Je sais que le i" de ce mois, c'était 617. Voilà trois fois de suite que je
dis à la maîtresse de cet Hôtel que je vais la payer immédiatement, et trois fois que je lui manque de parole. Ne m'oubliez pas, je vous en prie {samedi^ pour dimanche matin)', car, malgré ce que je vous ai écrit, l'horreur que j'éprouve à laisser publier mes fragments, pendant que je suis ici (et à n'avoir pas d'épreuves!) m'a empêché d'écrire à Villemessant.
Simon Raçon me cause les plus grandes colères par son service d'épreuves sans cesse interrompu.
De même, L'Opinion nationale.
De même, tout le monde.
C'est un parti pris, je crois, chez tous les hommes, de ne jamais faire, juste à l'heure dite, ce qu'ils ont à faire. Ce reproche contre tout le monde est bizarre dans ma bouche,puisque je suis moi-même, à cet égard, un des plus grands coupables. Mais je m'applique tous les jours à me corriger. Je suis convaincu que la fortune d'un imbécile vient de cette qualité, et que la pauvreté d'un homme de génie tient à l'absence de cette qualité.
J'ai tâché d'utiliser ce dernier mois en entrant plus avant dans certaines questions (par exemple, l'instruction publique), et j'ai fait les découvertes les plus drôles. Napoléon P"", Louis-Philippe, et surtout le sieur Duruy [qui veut faire de la France une Belgique) régnent encore ici. Si je peux trouver à Paris un éditeur courageux (car Le Fiffaro n'osera pas imi^rimer tout le livre), je dirai des choses plaisantes. Les ministres, les députés,
386 CHARLES BAUDELAïaE
les hommes chargés des affaires les plus graves ne savent ni le sens des mots, ni l'orthographe, ni la construction logique d'une phrase française ou latine. Il est vrai qu'en France on n'en sait guère davantage.
Je suis, en somme, incomplètement content de moi. La secousse que vous m'avez causée par votre retard m'oblige à renvoyer au printemps l'analyse de certains aspects de la province. Mais, pendant quatre ou cinq mois, j'aurai le plaisir de faire imprimer les deux tiers du livre.
J'ai à faire une vingtaine de visites, à Paris . Je crois que je pourrai faire cela, en une semaine. Ce livre sur la Belgique est, comme je vous l'ai dit, un essayage de mes griffes. Je m'en servirai plus tard contre la France. J'exprimerai patiemment toutes.les raisons de mon dégoût du genre humain. Quand je serai absolument seul, je chercherai une religion (Thibétaine ou Japonaise), car je méprise trop le Koraii: et, au moment de la mort, j'abjurerai cette dernière religion, pour bien montrer mon dégoût de la sottise universelle. Vous voyez que je n'ai pas changé, et que la Belgique elle-même n'a pas réussi à m'abrulir.
Si je pars dimanche, à 3 h., ce qui dépend de vos 600 fr., je serai à Paris, vers 9 h. du soir.
Je n'aurai donc le plaisir de vous voir que lundi matin.
Tout à vous.
Veuillez présenter mes respects à Madame An-
celle.
Ma mère m'écrit, de temps en temps, des lettres courtes, etoù je trouve un ton de tristesse (je n'ose pas dire d'affaiblissement) qui m'inquiète. Que savez-vous de sa santé? Car il se pourrait que, par crainte de me tourmenter, elle me cachât quelque chose.
J'oubliais de vous dire que, si j'avais votre argent plus tôt, je partirais plus tôt. Quant au remboursement, je n'en parle pas aujourd'hui, parce que je suis certain que vous n'y croyez pas.
A MONSIEUR ANGSLLE
18 Novembre 1864.
Mon cher ami.
Je vous remercie. Je suis honteux vis à vis de ma mère. Comme je serais heureux de lui rapporter quelque argent! Dans quelques jours, je saurai si cela est possible.
Ici, la poste ne dépose pas les lettres chargées dans les hôtels garnis. Elle laisse un avis qui vous invite à aller chercher la lettre au bureau central. J'ai été absent, hier, toute la journée. Je n'ai eu votre lettre que ce matin.
Dans deux jours, je ne devrai plus rien à Bruxelles ; je partirai mercredi, soit à 9 h. i /a , si ma fièvre me permet de me lever de grand matin, soit à 2 h. 1/2 ; et ainsi je serai chez vous, soit mercredi, à 6 h. du soir, soit jeudi matin, à 10 h.; vous pouvez être sûr de cela.
Je me souviens de vous avoir parlé d'un livre qui m'a paru curieux; c'est sans doute une étude de la société parisienne sous l'empire actuel, par un Allemand.
Je connais la brochure à laquelle vous faites allusion. C'est très y^f^eniVe, enfantin même, mais c'est d'un homme qui sent juste.
Vous me parlez de V instruction publique belge. J'ai fait des efforts pour comprendre cette organisation, et je n'ai pas pu y réussir. Tout ce que j'ai clairement compris, c'est que les études Httéraires étaient détestables^ et que les jeunes gens recevaient, en général, une meilleure instruction scientifique. Pas de latin. Pas de philosophie. Beaucoup de sciences physiques. C'est ce que j'appelle la sottise moderne, l'école Duruy.
A bientôt. Tout à vous.
Je vous remercie de toutes vos bonnes paroles.
Je vous rapporterai votre livre.
Mais ce n'est une merveille que relativement.
A MONSIEUR ANCELLE
Dimanche, i8 Décembre i8 64.
Mon cher Ancelle, En revenant de Malines, où j'étais allé demeurer quelque temps chez M. Rops,j'ai trouvé votre dernière lettre, et je réponds, tout d'abord, au postscriptum que j'ai trouvé un peu singulier, per-
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mettez-moi de vous l'avouer. Comment avez-vous pu me croire capable d'user deux fois de la même valeur, de l'argent d'abord, et puis d'un écrit représentant la même somme? Une pareille action est définie par un mot fort vilain. Si je ne vous ai pas renvoyé ce papier, c'est qu'il était détruit depuis très longtemps.
Vous désirez l'explication du mystère, c'est à dire pourquoi j'ai manqué au rendez-vous. J'avaisdonné rendez-vous à bien d'autres qu'à vous, à Michel Lévy,parexemple. Au dernier moment, au moment de partir, malgré tout le désir que j'éprouve de revoir ma mère, malgré le profond ennui où je vis, ennui plus grand que celui que me causait la bêtise française et dont je souffrais tant depuis plusieurs années, une terreur m'a pris, une peur de chien, l'horreur de revoir mon enfer, de traverser Paris, sans être certain d'y faire une large distribution d'argent qui m'assurât un véritable repos à Honfleur. Alors, j'ai écrit des lettres à des journaux, et à des amis de Paris, et à la personne que j'y ai chargée de mes affaires présentes, c'est à dire de la vente de quatre volumes, ceux mêmes que j'étais venu, si credulously, o^rir à cet infâme Lacroix.
Il m'est tombé entre les mains un document qui me permettrait de me venger cruellement de cet imbécile. J'aurai peut-être la férocité de m'en servir.
Ainsi, j'attends maintenant de Paris les nouvelles les plus importantes pour moi. Il est possible qu'elles me contraignent de courir à Paris le 25 ou
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le 26, malgré tout l'inconvénient qu'il y a à tomber là dans le tumulte du Jour de l'An.
Relativement au livre que vous êtes curieux de lire {Napoléonl H y ^ic..,, par un non. diplomate, — plein de sottises allemandes, mais cependant écrit par un homme qui pense), j'ai quelques détails à ajouter. Je ne vous l'apporterai pas moi-même. Tout Français est suspecta la douane, très suspect, et je me servirai de la contrebande (i fr. 5o par vol.) pour vous l'envoyer. C'est beaucoup plus sûr. Je m'en servirai également pour m'envoyer à moimême des choses suspectes. A cet ouvrage, il faut en ajouter deux autres, très curieux, qui ont paru depuis quelque temps.
Dialogue aux enfers ^entre Machiavel et Montesquieu, I vol. (par un avocat de Paris, dont j'ai oublié le nom). — Ouvrage écrit par un homme qui sait beaucoup, mais non suffisamment artiste.
Histoire de la Guerre de Crimée, précédée d'un aperçu très long sur la fondation du nouvel empire, par M. Kinglake (je crois que M. Kinglake est député aux communes), 3 vol. — Ouvrage où il y a de la sottise anglaise (chaque nation a sa sottise), mais en somme écrit par un homme sérieux et de très bonne foi.
Quant aux autres ouvrages défendus, ils pullulent, mais ce sont de pures ordures.
Tout à vous. J'écrirai à ma mère.
Je n'ai pas besoin de vous dire que je paierai tout d'avance. D'ailleurs, il le faut, bien que la
contrebande, naturellement, ne réponde pas des objets.
A MONSIEUR ANCELLE
Jeudi, 29 Décembre 1864.
Mon cher Ancelle,
Je vous présente mes souhaits de bonne année, ainsi qu'à Madame Ancelle.
Je vous demande pardon de vous donner trois commissions, dont une est peu digne de la gravité d'un magistrat, et devons prendre ainsi une heure ou deux de votre temps. Mais je connais votre complaisance, et d'ailleurs ces commissions sont très importantes pour moi.
1. — L'échéance pour dégager ce bijou, ou pour renouveler l'engagement, est arrivée, depuis trois Jours. Il est donc plus que temps. C'est un cadeau et un souvenir. J'y tiens énormément. J'ai une autre montre à Bruxelles, je n'ai donc pas besoin de celle-ci. Contentez-vous de renouveler l'engagement. Cela se fait en cinq minutes. Il y aura 3 ou 4fr. d'intérêts que je vous rembourserai. La rue Joubert est à deux pas du chemin de fer.
2. — Voir M. Jacquinet,presque à côté,rue Saint- Lazare, dans un enfoncement, presque en face la rue Pigalle ou la rue La Rochefoucauld, à côté d'un sellier.
M. Jacquinet est marchand de tableaux, encadreur, nettoyeur de gravures. J'ai laissé chez lui
plusieurs objets précieux pour moi, il y a déjà fort longtemps (dont je vous transmets la liste, pour la lui communiquer), et je crains, comme il n'a pas de nouvelles de moi depuis près d'un an, qu'il ne les égare ou qu'il ne se croie autorisé à les vendre. D'ailleurs, je crois qu'il y a beaucoup de désordre chez lui.
C'est ainsi que, par ma négligence, j'ai déjàperdu, ailleurs, des bronzes, un dessin de Rubens, un éventail de 5oo fr., etc..
Vous pourrez lui dire que je reviendrai prochainement à Paris.
3. — Voir M. ou Madame Desoye, boutique de bronzes et de porcelaines japonais, 220, rue de Rivoli.
Lui dire qu'elle ait l'obligeance de me garder encore quelque temps le pupitre en laque que je lui ai donné à réparer. Lui demander ce que je lui dois, et lui affirmer que je vais revenir prochainement.
Enfin, mon cher Ancelle,j'ai besoin de 60 ou 70 fr., pour des étrennes à faire aux domestiques^ et dans deux ou trois familles chez lesquelles je fréquente habituellement.
Ayez l'obligeance de me mettre, tout de suite, 100 fr. dans une lettre, de manière que j'aie cela, le 3i , au matin.
Vous vous souvenez que je vous ai promis de ne vous prendre, désormais, que 5o fr. par mois, pendant un temps fort long. Cela comptera pour Janvier et Février. Cela sera, comme je vous le
promets. Mes commissions vous paraîtront peutêtre puériles. Je vous assure que c'est important pour moi. Je vous envoie d'avance, avec ce reçu, mille remerciements.
C'est dans ce nouveau mois que je vous enverrai, par un moyen détourné, les objets que je vous ai promis, La surveillance est maintenant très grande. Il y a eu des perquisitions à Paris.
J'attends, pour retourner en France, des lettres d'un ou de plusieurs libraires. Gela va venir.
Je vais passer quatre ou cinq jours à Bruges, mais je ne partirai qu'après avoir reçu votre lettre. Le Spleen de Paris a recommencé dans la Revue de Paris.
Tout à vous.
A MONSIEUR ANGELLE
Bruxelles, i*'" Janvier i865.
Mon cher ami,
Je vous ai envoyé, le 29 Décembre, jeudi, une lettre que vous auriez dû recevoir, vendredi matin, à 10 h. Comme je n'ai reçu de réponse de vous, ni samedi matin, ni samedi soir,ni ce matin, dimanche i^'" Janvier,je peux craindre que cette lettre ne soit égarée, ou même volée, car elle avait l'air très chargée.
Voici ce que contenait cette lettre :
Une demande de 100 fr., avec un reçu signé.
Diverses recommandations, relativement à des objets d'art laissés à Paris.
Enfin, une reconnaissance de Mont-de-Piété dont l'échéance est arrivée le 26 Décembre dernier, et que je vous chargeais de renouveler, en attendant mon retour.
Si vous n'avez pas reçu cette lettre, il faut transmettre immédiatement la lettre ci-jointe au direc-
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teur du Mont-de-Piété de la rue Joubert, afin qu'il mette obstacle au dég-agement de l'objet par tout autre que vous ou moi.
Observez que,pour ces grandes reconnaissances, on n'exig^e pas de signature de la personne qui dégage. Ce sont des valeurs au porteur.
La privation des 100 fr. m'a été fort dure, hier, et ce matin, mais cet ennui est moins vif que l'inquiétude, relativement à ma montre, à mes dessins, etc..
Tout à vous.
J'ai essayé de supposer chez vous le cas d'absence, mais ce n'est pas l'époque où vous vous absentez. Si vousêtes malade, que Madame Ancelle m'écrive un mot.