‹ Lettres, 1841-1866, portrait en héliogravureChapitre 55 sur 80 · A CHAMPFLEURY · texte numérisé non relu

A CHAMPFLEURY

Jeudi, 20 i\Iai i865.

... J'ai voulu dire que le génie satirique de Daumier n'avait rien de commun avec le génie satanique; c'est bon à dire, dans un temps oii les portraits de certains personnages, par exemple Jésus-Christ, sont altérés par des sots qui y sont complètement intéressés...

... Manet a un fort talent,un talent qui résistera. Mais il a un caractère faible. Il me paraît désolé et étourdi du choc. Ce qui me frappe aussi, c'est la joie de tous les imbéciles qui le croient perdu...

A MONSIEUR ANCELLE

3o r\Iai i865.

Mon cher Ancelle,

Je crois que nous nous verrons très prochainement. Je suis très attendu, à Paris et à Honfleur. Deux ou trois jours après votre réponse, je partirai. Ayez l'obligeance de mettre pour moi i5o fr. à la poste, et écrivez simplement sur votre lettre : 2S\ rue de la Montagne. — Si vous êtes absent de

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chez vous, la lettre, la mienne, vous suivra, et je vous serais bien oblig-é de prier Madame Ancelle de me répondre pour vous.

Si je vous trouve, nous aurons à causer de bien deschoses.Çroyez-vous que je trouve,dans Neuilly, un emballeur accoutumé à faire des caisses pour des objets fragiles? Dans ce cas-là, j'aurais soin de rapporter à Neuilly deux grands tableaux que je veux expédier à Ronfleur, et que je joindrais au reste.

Je m'occuperai de votre T , en Juillet.

Tout à vous.

Le reçu est sur l'autre feuillet.

A POULET-MALASSIS

Lisez, pour vous amuser, le délicieux petit article de Joly, dans Le Sancho, sur votre procès.

Ce naïf garçon est convaincu, d'ailleurs, que Hic, Hœc, ^oc (ouvrage mentionné dans le réquisitoire) est de Mérimée. Il est également convaincu qu'il n'y a qu'un sénateur du second Empire qui puisse employer ses loisirs à de pareilles ordures. Il paraît que Hic, Hœc, Hoc est un ouvrage en trois volumes. Trois heures durant, Joly a dégueulé de la morale. Il ignore que vous êtes en cause, et n'a même pas pensé à me demander comment j'étais si bien informé.

442 CHARLES BAL'DELMUE

Mon cher ami,

J'ai dîné avecFannj. J'étais venu pour vous montrer une lettre fort drôle de Madame Paul Meurice, qui à coup sûr vous aurait fait rire, mais aussi pour vous demander conseil relativement à certains rapports relatifs au Melmoth.

Ne vous voyant pas venir, j'ai répondu sans vous attendre.

A MONSIEUR ANCELLE

Mercredi, 28 Juin iSG5.

Mon cher Ancelle,

Je crois toujours tout ce que je dis et tout ce que j'annonce. La terreur de ne pas réussir, le lambinag-e, un affaiblissement réel de la volonté, m'ont empêché d'aller à Paris discuter une grosse affaire, au commencement de ce mois.

Mais il faut en finir; envoyez-moi donc mon mois de Juillet (dont voici le reçu), et, si je ne pars pas après-demain, au reçu de votre réponse, je partirai le 5 Juillet.

Je vous ai envoyé une bao-atelle qui a été publiée, malgré moi, dans L' Indépendance, Car vous ne supposez pas que je veuille écrire dans les journaux belges.

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Mettez simplement sur l'enveloppe : 28, rue de la Montagne.

Tout à vous.

Si vous êtes absent, veuillez charger de cette commission Madame Ancelle, à qui je vous prie de présenter mes respects.

A MONSIEUR JULIEN LEMER

Mardi, 4 Juillet i865.

Mon cher Lemer,

Me voici dans un cas fort grave, et vous seul, je le crois, pourrez peut-être me tirer d'affaire. Les choses que je vous priais de résoudre, au commencement de Février, étaient déjà pressées ; maintenant, elles sont plus que pressées.

Ce n'est que par Manet que j'ai appris que vous vouliez bien vous charger de mon affaire, mais que vous attendiez la copie. La chose est actuellement si urgente que je vous porte moi-même à Paris tout ce que j'ai ici, à Bruxelles, et puis je vais à Honfleur vous chercher le reste. Maintenant, je vais peut-être apprendre que vous êtes absent ou malade, ou que vous n'avez pas le temps de vous occuper des affaires des autres. Que sais-je encore ?

Dans le paquet que je vais vous remettre, manquera le manuscrit Pauvre Belgique ! qui ne sera positivement revu, corrigé, complété et émondé qu'à la fin de Septembre.

fM

Cependant, il me semble qu'il y aurait avantage à traiter pour les trois ouvrag-es à la fois, ce dernier pouvant être un appât pour la librairie. Du reste, je vous expliquerai minutieusement ce que c'est que cet ouvrage.

Voici ce qui m'arrive : Malassis, à qui je dois de l'argent et qui est très gêné, vendra, le lo, la créance qu'il a sur moi, si je ne lui trouve pas 2.000 fr. qu'on lui offre ailleurs, dit-il. Je vous dirai le nom du spéculateur qui se propose, je crois, de me mener durement, de prendre partout tout ce qui pourra m'être dû, et même d'exercer des répétitions sur Michel et Hetzel. D'où il suit que me voilà menacé de toutes sortes de tracas, sans compter que je serai privé non seulement des moyens de retourner en France, mais peut-être des moyens de vivre. — Je vous montrerai demain la copie de cet acte, que j'ai signé en 1862, sans le lire, sans en méditer les conséquences, et dont Malassis ne m'a jamais envoyé de double.

Quant à tous les autres détails, je vous demanderai demain un rendez-vous, pour en causer avec vous, et puis j'irai à Honfleur vous chercher les quelques fragments qui manquent.

Croyez-vous, comme moi, qu'il y aurait avantage à faire une vente du tout, pour cinq ans, à partir de la publication? Ou bien faut-il se borner à vendre un certain nombre d'exemplaires de chaque ouvrage, à un prix aussi honorable que possible ? Dans ce cas-là, il faudrait vendre au moins trois mille exemplaires de chacun des quatre

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volumes, et stipuler le paiement (argent ou billets, ça m'est égal) sur livraison de l'ouvrage.

Pourrait-on obtenir 3 .ooo fr. pour chaque volume exploitable pendant cinq ans? — Mais, décidément, je vous laisse tranquille pour aujourd'hui. La conversation vaut mieux que la plume, et d'ailleurs je suis si inquiet que je me sens incapable de raisonner nettement. Depuis deux jours, je ne mange ni ne dors.

Les Paradis artificiels sont un livre très amusant, comme vous savez, mais assez court. Je crains au contraire que les deux volumes des Contemporains et que Pauvre Belgique! ne soient bien gros.

A MONSIEUR JULIEN LEMER

Vous aviez prévu juste. Hetzel me dégage, contre remboursement. C'est demain le 7 . Gare à Malassis !

Prévoyant le cas où le sieur Pincebourde serait, le 10, nanti du droit de réclamer 5. 000 fr., j'ai livré la copie de l'acte en question à l'homme d'affaires de ma mère (un ami de famille), espérant qu'il y verrait quelque vice qui permettrait d'introduire un arbitrage {date de l'acte, et puis date à laquelle je dois avoir remboursé. Juillet 1866).

Hetzel, comme vous, a trouvé quelque chose de bizarre dans la rédaction de cet acte.

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