‹ Lettres à Alfred de Husset et à Sainte-BeuveChapitre 40 sur 55 · I . Contre-partie de la coupure signalée p · texte numérisé non relu

I . Contre-partie de la coupure signalée p

moire et quand l'ennui de la solitude te prend, rappelle-toi que tu m'as laissé un souvenir plus cher et plus précieux que tous les plaisirs de la possession.

Je ne veux pas que tu restes à Paris pour mes affaires. Si tu as de l'argent, si tu as envie de voyager, ohl je t'en supplie, prends du plaisir ou au moins de la distraction.

Mes affaires vont bien à présent. Boucoiran n'étant ni amoureux, ni mort, il s'occupera de tout comme de coutume ; seulement je te prie d'aller voir quelquefois mon fils pendant que tu seras à Paris, et de le faire sortir si tu vois qu'il soit négligé par Boucoiran. Mais, à ton défaut, Buloz me donnera bien de ses nouvelles et ma mère n'est pas capable, je pense, de lui laisser manquer ses sorties. Je ne veux avoir aucune relation avec Planche.

Je vois, d'après la manière froide et réservée dont Boucoiran me parle de lui, qu'il y a beaucoup de vrai dans les rapports de Buloz.

Buloz est fou de te rapporter les mauvais propos. Boucoiran ne me dit rien, mais me fait fort bien comprendre à quoi m'en tenir.

J'aurai une petite explication avec Planche, qui se passera à huis clos, mais qui lui fermera la bouche pour longtemps. Quant à toi.

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la meilleure réponse que tu puisses faire, c'est de hausser les épaules et de dire comme autrefois : tra la la. Va donc où tu pourras et où tu voudras aller, pourvu que je te voie peu ou beaucoup comme tu Tentendras, mais au moins que je sache si tu es rose comme autrefois et gros comme tu t'en vantes, que je sois bien rassurée sur ta santé et que mon cœur se dilate en t'embrassant comme mon Maurice, et en t'entendant me dire que tu es mon ami, mon fils bien-aimé et que tu ne changeras jamais pour moi. Je ne sais pas encore si Pagello pourra m'accompagner • Ce grand voyage toute seule, et le chagrin qu'il aura de me voir partir m'effrayent un peu. D'un autre côté, je sais qu'il n'acceptera pas de moi le plus simple prêt et qu'il dira bien des Coai- Jiteor avant de se décider à faire ailleurs une dette. Il a pourtant bien envie de ne pas me quitter*... et il se fait une joie de t'embrasser. J'espère que cela l'emportera sur les embarras de sa position.

Encore un mot sur Planche ; Boucoîran \ me mande qu'il corrige les épreuves de tout \ ce que Buloz publie de moi. C'est fort bien l

I . Il manque ici trois mots environ ; le papier a été déchiré par la cire.

si ça l'amuse, et comme je ne l'en ai pas prié, je ne l'en remercierai pas. C'est une affaire entre Buloz et lui. Mais Buloz ne me paraît pas fort prudent s'il lui confie les lettres que je t'écris dans la Revue. Tu sais comme ces choses se passent, comme Buloz relit les épreuves corrigées et tu sais aussi qu'une syllabe changée peut altérer entièrement le sens d'une phrase et même d'un paragraphe.

Quelquefois la malice ou l'inadvertance font de singulières bévues, témoin le ou et le oà de Figaro,

Comment pourrais-je m'étonner ou me fâcher de tes questions ? mon cher enfant, ne sais-je pas que tu me dis la vérité quand tu parles de donner ta vie pour moi? Qu'ai-je de plus précieux au monde que cette confiance, sur laquelle j'ai bâti mon nouveau bonheur? Ton amitié n'est-elle pas la base de tout ce qui peut m'arriver d'important désormais? Tu m'as remise dans les mains d'un être dont l'affection et la vertu sont immuables comme les Alpes . Les petits maux que je puis ressentir de la vie extérieure sont entièrement à part de lui et de toi ; il ne faut pas y faire d'autre attention que de dire à Maurice : c( Ecris à ta mère », et à Buloz : a Envoyez

de l'argent à George ». Ce qui pourrait me faire du mal et ce qui ne peut pas arriver, c'est de perdre ton affection. Ce qui me consolera de tous les maux possibles, c'est encore elle. Songe, mon enfant, que tu es dans ma vie à côté de mes enfants, et qu'il n'y a plus que deux ou trois grands coups qui puissent m'abattre, leur mort ou ton indifférence. Quant à Pierre, c'est un corps qui nous enterrera tous, c'est un cœur qui ne s'appartient plus et qui est à nous comme celui que nous avons dans la poitrine.

Adieu, adieu, mon cher ange, ne sois pas triste à cause de moi. Cherche, au contraire, ton espérance et ta consolation dans le souvenir de ta vieille mignonne, qui te chérit et qui prie Dieu pour que tu sois aimé.

Fais-moi le plaisir de jeter la lettre cijointe au premier bureau de poste que tu trouveras sur ton chemin.

Demain, je mets à la poste la moitié du second volume de Jacques. Dis et redis à Buloz que le i5 juillet il aura reçu tout le roman et qu'il faudra qu'il m'envoye les derniers mille francs courrier par courrier. Je veux partir d'ici le 25. Tu me ferais bien plaisir de lire Jacques et d'en retrancher les

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choses les plus bêtes. J'espère que Buloz aura fait payer M. de La Rochefoucauld. On dit que Buloz a acheté la Revue de Paris et qu'il a fait une mauvaise affaire. Est-ce vrai?

Oui, il faut nous quitter pour toujours. Il est inquiet et il n'a pas tort, puisque tu es si troublé, et il voit bien que cela me fait du mal. Est-il possible, mon Dieu, que cela ne m'en fasse pas P Mais je pars pour Nohant, moi, je vais passer là les vacances avec mes enfants. Je ne veux pas que tu t'exiles à cause de moi. Je lui ai tout dit. Il comprend tout, il est bon. Il veut que je te voie sans lui, une dernière fois et que je te décide à rester, au moins jusqu'à mon retour de Nohant. Viens donc chez moi, je suis trop malade pour sortir et il fait un temps affreux. Ahl ton amitié, ta chère amitié, je l'ai donc perdue, puisque tu souffres auprès de moi.

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Je t écris sur un album, d'un petit bois où je suis venue me promener seule, triste, brisée, et où je lis ta lettre de Baden. Hélas ! hélas I qu'est-ce que tout cela ? pourquoi oublies-tu donc à chaque instant, et cette fois plus que jamais, que ce sentiment devait se transformer et ne plus pouvoir, par sa nature, faire ombrage à personne? Ah I tu m'aimes encore trop, il ne faut plus nous voir^. C'est de la passion que tu m'exprimes, mais ce n'est plus le saint enthousiasme de tes bons moments. Ce n'est plus cette amitié pure dont j'espérais voir s'en aller peu à peu les expressions trop vives. Et pourtant, je ne m'en inquiétais pas, de ces expressions, elles étaient la poétique habitude de ton langage de poète ;

1. Cette lettre comprend quatre pages sur grand papier, dont une blanche. Elle est entièrement écrite au crayon par George Sand et ne porte aucune date, ni suscription. Une ligne qui se trouvait en marge a été biffée aussi au crayon, sans doute avant Tenvoi de la lettre

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