I. Çhateaabrîand et son groupe
très fines et très précieuses, mine très abondante où, tout en cherchant le charbon et le diamant, ces deux extrêmes qui sont pourtant frères jumeaux, on trouve une foule de choses vivantes et qui communiquent la vie à qui les recueille avec soin. Chateaubriand a été, je crois, ici pour vous un but et un prétexte. Autant l'un que l'autre, n'est-ce pas ? Il était au suprême degré, on le voit, charbon et diamant lui-même, et tout le monde est cela. Seulement, plus on est diamant, plus aussi on est charbon. C'est ce que prouvent toutes vos excellentes critiques, et c'est la clef de voûte ingénieuse et philosophique de la plupart de vos travaux en ce genre. Vous aimez à relever les personnages secondaires, effacés ou méconnus. C'est généreux et délicat, mais prenez garde que c'est effrayant, car la morale de ceci est que, généralement l'intelligence poétique, ce qu'on appelle le génie, ne se développe tout à fait qu'aux dépens du cœur.
Moi je voudrais croire que tous deux peuvent vivre dans leur plénitude et que quelques mortels privilégiés ont eu cette grâce. N'en est-il point dans l'histoire ? N'y aurait-il que Jésus-Christ tout seul?
Alors mettons-nous tant que nous pourrons au second rang, car ce premier rang d'infortunés condamnés à n'aimer qu'eux-mêmes, et à vivre sans Dieux comme sans vrais amis, n'est point du tout enviable.
Et pourtant je vous dirai bien, dussé-je vous fâcher, que l'homme qui a écrit Volupté n'est pas un écrivain de second rang; il a tous les écarts, tous les mystères, toutes les souffrances et toutes les puissances du génie.
Je n'avais pas été frappée de cela à la première lecture comme je l'ai été à la seconde vingt-cinq ans plus tard, et je suis fâchée de n'avoir pas fait cette deuxième lecture plus tôt. Je vous aurais abîmé dans mes Af^moire^; j'aurais dit: « Il est de cette grande famille de passionnés et d'enthousiastes dont il dit tant de mal et tant de bien, comme s'il n'était pas juge et partie, en dépit de lui-même. Il a classé les écrivains en deux séries : ceux qui ont plus d'éloquence, et ceux qui ont plus de jugement : ceux qui agitent le monde et ceux qui le civilisent. Et il n'avait peut-être pas le droit de donner la préférence aux derniers, car il était des premiers tout autant que des seconds. » Attrape...
Quoi qu'il en soit, vous êtes certainement le seul critique de ce temps-ci, et le premier eu égard à tous les autres. En vous lisant, on apprend tout et on s'imagine être très fort parce que vous avez une manière fine et moqueusement modeste qui semble consulter en enseignant.
Vous me dites les choses les plus aimables du monde sur mes succès dans le monde *, Moi je ne sais rien du pourquoi ni du comment de tout cela. Je suis une pente qui monte ou descend, sans que j'y sois pour rien, La vie me mène où elle veut, et, depuis beaucoup d'années, je suis si désintéressée dans la question que je n'ai à me défendre de rien ; je traverse des régions sereines et je rends grâces à Dieu de m'y avoir laissée entrer :
mais comment cela s'est fait, je ne sais pas. Peut-être avais-je bonne intention : pax hominibus bonœ voliintatis.
Bonsoir, cher ami, et merci encore du beau livre; mais je veux encore : je veux les Caurséries du Lundi dont je n'ai lu que des parties. Je pense bien que vous ne les avez pas à vous; mais je vous prie de dire à votre édi-
I . Allusion au grand succès qu'obtenait dans les salons de Paris son roman : le Marquis de Villemer,
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teur de me les envoyer en faisant suivre le remboursement. Seulement il me fera la remise si vous le lui dites.
A vous de cœur.
Nohant, a3 décembre 1860.
Cher ami,
J'ai reçu tout ce gracieux et précieux envoi*. C'est un véritable cadeau que vous me faites et qui va me donner des heures heureuses.
Je n'ai jamais rien su lire en feuilletons et, d'ailleurs, je n'ai jamais été abonnée là où vous écriviez. Je ne sais plus où j'étais en i85o, je ne sais pas si j'ai lu alors ce que vous avez dit de moi dans le premier volume *. Je ne crois pas, je ne l'aurais pas oublié. Quoi qu'il en soit, je vous en remercie aujourd'hui, car naturellement, voyant là mon nom, j'ai couru, en égoïste, à ce qui me concerne.
J'ai été touchée surtout de voir la bienveillance de l'amitié persistante au milieu d'une