G LETTRES A ALFRED DE MUSSET
voulu vous en charger. Pleine de confiance en votre amitié dévouée, je vous donne ce mandat avec reconnaissance.
Mais vous me demandez des instructions écrites, et vous désirez qu'elles soient nettes et précises, autant du moins qu'il est possible de les formuler en pareil cas, sans vous enlever toute liberté d'action.
Il ne faut pas, en effet, qu'on puisse jamais vous accuser d'avoir trahi mes véritables intentions.
Voici donc ce qui est, de ma part, l'expression d'une volontée réfléchie et arrêtée :
i° La correspondance ne pourrait être publiée de mon vivant qu'autant que je viendrais à y consentir. Je tiens, vous le savez, à ce qu'elle soit publiée le plus tard possible. Il ne s'agit pas pour moi de réduire mes ennemis actuels au silence. Je ne m'occupe pas d'eux : il s'agit de rétablir, au moyen de preuves irrécusables, le fait des choses accomplies.
2° Après ma mort, vous serez seul juge de la question de mode et d'opportunité de la publication. S'il vous paraît suffisant de ne faire paraître d'abord qu'une partie de la correspondance, sauf à la publier tout en-
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tière plus tard, vous serez libre de le faire. A ous conserverez aux lettres leurs véritables signatures, ou vous emploierez des noms fictifs, ou vous les publierez anonymes.
Au besoin, vous consulterez ma famille et mes autres amis ; mais vous resterez le maître de faire prévaloir votre propre appréciation.
3° Il ne devra être rien changé aux lettres, ni un mot, ni une virgule. Vous respecterez les suppressions, d'ailleurs peu nombreuses, que j'ai cru devoir faire de certains passages relatifs à des tiers, bien que vous me blâmiez énergiquement de ce que vous appelez, a ce propos, mon excès de mansuétude1.
1. Quatre lignes ont été biffées à la plume dans la lettre du i5 avril i834 (dont une au moins relative à Pagello) ; — douze lignes coupées aux ciseaux, à la troisième page, dans la lettre du 29 avril i834 (apparemment, elles avaient trait aux querelles de Pagello avec son ancienne maîtresse) ; — une ligne coupée aux ciseaux dans la lettre du 12 mai i834 (évidemment, il s'agissait d'un tiers) ; — dix lignes coupées aux ciseaux, dans la lettre du a4 mai i83i (il s'agissait de propos tenus par Gusta\e Planche) ; — onze lignes coupées aux ciseaux, à la première page, dans la lettre du 26 juin i834 (il n'était question, évidemment, que des embarras d'argent éprouvés par George Sand à Venise et d'un affront qu'ils lui avaient attiré). — Au total, trente-huit lignes supprimées intentionnellement; sur les trente-huit, trente-quatre supprimées aux ciseaux, de sorte que des suppressions à peu près équivalentes se sont trouvées, faites de l'autre côté de la