G/| LETTRES A ALFRED DE MUSSET
frappaient tous deux en même temps. T'en souviens-tu, mon bon petit?
A quelle époque vas-tu à Aix? Arrange-toi, je t'en prie, de manière à ce que je sache où tu seras, afin que si je ne te trouve pas à Paris, je te rencontre du moins en route. Dis-moi, toi qui as fait le voyage par Genève, combien il me faut d'argent pour le faire seule, afin que j'ordonne mes affaires en conséquence.
Adieu, mon bon enfant chéri. Je t'ai prié d'aller voir mon fils, cela t'a peut-être contrarié. J'étais si inquiète que je ne savais à quel saint me vouer. Enfin Papet m'a donné de lui d'excellentes nouvelles. Adieu, cher ange, porte-toi toujours bien. Pagello me dit qu'il est en train de l'écrire un sermon sur le vin de Champagne; sois sûr que s'il en avait sous la main, il en boirait une bouteille à chaque point de son discours. Sois sûr aussi que tu es bien aimé. Adieu, adieu. Voilà l'heure du courrier. Ecris-moi beaucoup. Si lu savais quels bons jours sont ceux qui m'apportent une lettre de toi!
Venise, 26 juin i834.
J'ai reçu, mon enfant chéri, ton billet il y a quelques jours, et ta lettre aujourd'hui. Je te remercie mille fois de m'avoir donné tout de suite des nouvelles de Maurice, et de t'être occupé de ce sot envoi d'argent qui m'est enfin arrivé, grâce à un employé de la poste qui s'est donné la peine d'examiner toutes les lettres des bureaux de la poste restante et quia trouvé celle de Boucoiran dans la case de Londres. Le pauvre garçon, que tantôt j'accusais et que tantôt je pleurais comme mort et enterré , avait été d'une exactitude extrême. Enfin, j'ai payé mes dettes et j'ai de quoi dîner à discrétion. Tu ne peux pas t'imaginer, mon bon petit, par quelle série de souffrances et de déplaisirs mon destin s'est plu à me faire passer depuis quelque temps. Je t'en ai dit quelques-unes1