La mort du petit garçon né le i4 juillet i
ne le demandera jamais lui-même; mais il en sera bien reconnaissant.
3i janvier
Au moment d'envoyer cette lettre à monsieur Michel Lévy, qui doit vous la faire tenir avec l'exemplaire de Raoul, je reçois votre réponse. Vous voyez, par ce qui précède, que je n'avais pas douté de vous.
Encore à vous de cœur,
Nohant, 12 janvier 1866.
Cher ami,
Je vous annonce l'arrivée en ce monde de ma petite-fille Aurore. Elle est venue aisément hier matin, criant fort, et belle comme tout. Nous sommes heureux. Sa petite mère la nourrit.
Partagez notre joie et dites-nous d'espérer encore.
A bientôt et à vous toujours.
Nohant, 20 janvier 1866.
Mon ami,
Je devrais être de retour à Paris et vous l'annoncer, et vous dire que j'accepte avec empressement et gratitude le bon projet dont vous me parlez. Mais me voilà encore ici pour huit ou dix jours probablement. Ma Lina, après une couche très heureuse, a été plusieurs fois reprise, menacée d'une inflammation, avec de fortes crises de fièvre. Nous avons dû trouver vite une nourrice pour Aurore. La mère va mieux, l'enfant se délecte au sein d'une douce paysanne. Mais à travers tous ses soins, Maurice a été blessé et m'est revenu d'un incendie, la figure en sang; ce ne sera rien, mais son casque, tout bossue, m'a dit la gravité de l'avalanche qu'il a reçue et sous laquelle on l'a cru mort.
Toutes ces émotions sont payées avec la satisfaction du devoir accompli. Nous sommes des gens naïfs du temps où l'on croyait à la morale en action, et ça ne se perd pas. Me voilà retardée dans tous mes petits travaux pour
l'hiver, mais je ne m'en plains pas, si je laisse tout mon monde sur pied.
Je tenais à vous dire tout cela pour que vous fassiez connaître à votre grande amie1 le vif désir, que j'ai de la remercier de ses bontés et les graves raisons que j'ai de ne pas y courir au plus vite.
Soyez bien portant et vaillant. Je n'ai pas pu lire votre travail sur Proudhon, mais je me dédommagerai à Paris.
Croyez à ma vieille et fidèle amitié.
Paris, mai 1869.
Cher ami, Solange m'a dit que vous étiez souffrant, et qu'il ne fallait pas encore aller vous remercier de vos bonnes paroles d'affection. Je vais courir les bois pendant huit jours; j'espère vous trouver mieux et vous dire combien je suis touchée de votre amitié.
Jeudi soir.