Lettres nouvelles, t. I*^"", p
2. Celte comédie, intitulée d'abord Esope tout court, puis les Fables d'Esope, s'appela finalement Esope à la ville.
je ne doute point que trois semaines dUnterruption et les beaux jours d'après Pâques ne lui fassent perdre les trois quarts de son mérite. Il n'y a que cinq pistoles à dire que mes deux parts ne montent déjà à mille écus, et si le Carême eût été une fois plus long, je suis sûr qu'elles auroient encore monté à plus de cinq cents. A vue de pays elles iront à près de quatre mille livres, sans l'impression : et qui seroit assuré de faire deux pièces par an avec le même succès n'auroit guère besoin d'autre emploi... Sois persuadée que le plus grand plaisir que m'ait causé cet heureux succès a été par rapport à la part que tu voudrois bien y prendre. Je voudrois,. ma chère Michelon, qu'il y eût moins d'espace entre toi et moi, pour te donner de plus sensibles marques de la tendresse avec laquelle tu sais que je suis tout à toi. »
Cette lettre émue, ou l'auteur triomphait avec sa bonhomie habituelle, mais non sans enivrement, démontre qu'à cette époque le théâtre'attirait la foule autant que l'église pen* dant le Carême, et qu'on n'aurait pas songé à reprocher, comme autrefois, à l'abbé de Bois* Robert, d'être, en tout temps, plus assidu à l'Hôtel de Bourgogne qu'aux Minimes.
Un succès plus grand encore attendait VEsope à la cour, la meilleure des comédies de Boursault; mais il n^en jouit pas, car elle fut représentée pour la première fois le i6 décembre T701, et il était mort trois mois aupavant (le i5 septembre), à l'âge d^environ soixante-trois ans. Ghrysostome recueillit son dernier soupir tout à la fois comme fils et comme confesseur, et obtint que son corps fut déposé dans Téglise des Théatins, qui avait reçu déjà le cœur de Mazarin et qui, en 1790, fut transformée en salle de spectacle. Mais on nV donna jamais que des bals et des fêtes et Ton finit, en 181 5, par y établir un café, le Café des Muses.
La partie épistolaire n'est pas la moindre des œuvres de Boursault. Généralement ses qualités naturelles, la bonne grâce, la belle humeur et la verve gauloise, s'y coudoient en parfaite harmonie. Le ton s'élève, mais sans exclure l'enjouement, lorsqu'il s'adresse à des gens tels que les ducs de Bourbon, de Saint- Aignan, d'Aumont et de Noailles, le marquis
de Seignelay et autres personnages plus ou moins titrés. Ccs^^A^
Il nous a paru piquant de détacher de cette partie la correspondance avec Babet.
Cest un petit cHéf-d'^œuvre d^entrain et d'humour, un vrai duel à l'esprit entre deux amoureux, dont l'un a trente ans et l'autre dixneuf. Et c'est la fillçttê..qui. le pl^s souvent lance le mot le plus vif. EJjle a' toutes les audaces, en tout bien tout honneur. « Sa vertu étoit extraordinaire comme son esprit », dit Boursault dans la Préface de cette correspondance. Il se ^plaint à elle-même, dans une lettre, de ce que sa « vertu fait le diable à quatre à la moindre chose qu'on lui dit^». Pur euphémisme! il s'agit évidemment de privautés d'une autre sorte, puisque, loin de s'en scandaliser, elle riposte avec usure aux gaillardises. Babet a une supériorité sur Boursault: elle sait le latin, ce dont elle se targue en J riant, à propos de l'apparition des satires de Boileau, qui, selon Perceval, son maître de langue, a détroussé Juvénal. « Si l'un de ces jours, écrit-elle, tu as quelques moments à perdre et que tu veuilles te venger de l'affront qu'il