Lettre XXXV, p
de Michelon. En revanche, il rendit publiquement ses devoirs à la pauvre morte dans Pavant-propos de leur correspondance, avantpropos fort irrespectueux pour le lecteur et qu^ila crânement intitulé: « Préface qu'on lira si Ton veut. » Il s'y est tout d'abord attaché, ce qui était une concession, à démontrer l'existence de Babet qui fut, paraît-il, contestée. Affirmation superflue, car ses lettres pétillent d'un esprit trop féminin pour être sorties d'une plume virile. Seulement, ce qui confond, c'est la précocité gauloise de ses dix-neuf ans. Y^^'^BahQt appartenait à une famille bourgeoise, ^^'"^dont le chef, d'une profession inconnue, habi- V tait rue Vieille-du-Temple et possédait à Ba-
gnolet une maison de campagne, où il se rendait le samedi soir, pour y passer la journée du dimanche. Son frère était receveur des rentes et elle avait un oncle qui était secrétaire du roi. En signant des initiales E. R. la lettre de congé, adressée au sieur de Launay, elle a prouvé que le prénom de Babet n'était qu'un masque. Et ce masque est resté impénétrable, comme le constate le madrigal de la comtesse de La Suze :
Babet, qui que tu sois, que tes lettres sont belles ! Que pour toucher les coeurs elles ont de pouvoir!
Ce sont des beaute's naturelles
Qu'on ne se lasse pas de voir.
Les naïvetés enchantées, Qu'avec tant d'enjouement ton amour a dictées,
Ont d'inimitables appas.
Quand Tircis, insensible aux accents de ma lyre, Pour ne pas m'écouter portoit ailleurs ses pas,
Que ne te connoissois-je, hélas !
Tu m'aurois appris à lui dire
Ce que je ne lui disois pas.
M"i« de La Suze, à vrai dire, ne chômait guère de Tircis. Flanquée d'un mari borgne et ivrogne, elle ne lui me'nageait pas les suppléants. Lacger, secrétaire des commandements de la reine de Suède, avait ouvert la série. Puis étaient venus le comte de Lude, grand-maître de l'artillerie; d'Hacqueville, conseiller du roi et abbé; Saint d'Hierry, fils d'un écuyer du cardinal de Richelieu; Rambouillet-Candalle, beau-frère de Tallemant des Réaux, enfin un autre petit collet, Tabbé de Bruc. Et avec ce ^,^V^ train de vie, la bonne comtesse était demeurée "" assez ingénue pour trouver des naïvetés dans les lettres de Babet.