‹ Lettres à Babet. Notice de M. Émile ColombayChapitre 34 sur 36 · SIEUR DU MESNIL · texte numérisé non relu

SIEUR DU MESNIL

LU

Monsieur,

MON père, qui me vient de commander de vous aimer, m'a commandé une chose que je ne saurois faire. Ce n'est pas que vous n'ayez des qualite's aimables ; vous avez Pair aussi noble que la naissance ; votre corps est aussi bien fait que votre esprit; vous parlez normand aussi poliment et aussi correctement que pas un de votre province, et tout cela ne me touche point. Vous devez m'être obligé de ma sincérité, comme je vous le suis de votre

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amour, et me savoir autant de gré de la dépense que je vous sauve, que je vous en sais de celle que vous avez faite. Comme il n^est pas juste que vous ayez fait l'amour à vos dépens et que j'aie eu Thonneur de vous voir sans qu'il m'en coûte quelque chose, il ne tiendra qu'à vous que nous ne nous accommodions par moitié touchant les frais de vos voyages. Vous payerez ceux que vous avez faits à venir, parce que je ne vous ai pas mandé, et je payerai ceux que vous ferez à vous en retourner, parce que je vous en prie. Si vous m'en croyez^ vous prendrez le parti que je vous offre. Mon père, qui a plus d'amour pour moi que je n'en ai pour vous, et qui se repent, quand il est dans sa bonne humeur, de ce qu'il a fait quand il étoit dans sa méchante, ne me chassera pas si vite que le temps de semer votre orge ne se passe sans qu'il y ait rien de résolu. Laissez-moi vous avoir obligation d'une chose, qui autrement arrivera sans que je vous en aie; car pour ce qui est de nous marier ensemble, je suis Votre Servante,

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