‹ Lettres à Basile [microforme]Chapitre 11 sur 18 · CINQUIEME LETTRE · texte numérisé non relu

CINQUIEME LETTRE

Mon ‘cher M. Basile,

Si vos instincts n'étaient pas si mauvais, vous me feriez pitié, et j'abandonnerais la discussion par un sentiment d'humanité.

J’ai vu, un jour, sur une grande route de la Louisiane, un serpent que la hache d’un passant indigné avait coupé par morceaux. Chacun de ses tronçons mutilés se tordait convulsivement ; sa gueule jetait une bave sanglante ; son dard impuissant s’agitait encore, et sa dent venimeuse mordait la poussière du chemin. Eh bien, parole d'honneur, tout serpent qu'il était, je le plaignais presque ; et c’est à peu près le sentiment que je viens d’éprouver en lisant votre dernier article.

Vous vous tordez, vous écumez, vous mordez à tout ce vous pouvez mordre; et, en désespoir de cause, vous vous rejetez sans cesse avec fureur sur mes écrits passés, sans vous douter que vous ennuyez le-public à force de répétitions et de divagations interminables. Vous parlez si souvent de mes vers, M. Basile, que je commence à croire que vous voudriez m'amener à parler des vôtres. Mais soyez tranquille là-dessus ; votre troisième prix ne m'a pas rendu envieux, et votre gloire ne m'offusque pas. Le seul mal que je vous souhaite, c'est que vous en écriviez de meilleurs et j'en serai heureux. .

Tout en parlant de mes écrits, et en les sassant et ressassant à l'infini, vous essayez d'y trouver-la

Preuve que vous êtes’ justifiable de m'avoir taxé

d'irréligion et de m'avoir montré comme un diffs mateur des institutions de mon pays. Il faut voir

. Pargamentation ! Ma foi, si vous continuez, vous

allez inventer un nouveau mode de raisonnement

auquel on donnera votre nom: cela s'appellera de

la logique à la Basile !

D'abord, pour prouver que j'ai diffamé les institations de mon pays, vous citez les vers que j'écrivais pendant mon séjour aux Etats-Unis, contre nos ministres et contre quelques-uns des hommes flétris dont ils s’entouraient.

C’est cela même ; on voit cela d'ici: Paul Denis, J. B. Daoust, des Institutions ! ! !.... Il] ne manquait plus que cela.

Quant à Messieurs Cartier, Chauveau, Ouimet

et autres, je ne crois pas que même leurs admira-

teurs les plus fervents, aient encore songé à les

mettre au rang d’énslitutions nationales. Il n’y a que

vous qui puissiez avoir une pareille idée. Je ne désespère pas de vous les voir bientôt transformer en monuments publics... si cela paye.

Basile, va !

Mais passons au plus sérieux; à la ue de.

religion.

Ça, par exemple, c’est à encadrer ; cela vaut son pesant de sucre d'orge. Tenons-nous bien.

Je ne puis plus être catholique, paraît-il, attendu

que je ne suis point monarchiste, que je suis con-

tre les priviléges de castes, que je suis démocrate enfin! C’est plus mal écrit que cela sans guess

mais ça y est.

Bien, M. Ba le! vous avez toute ma reconnaissance. Je suis heureux que vous me donniez l’occasion de prouver, une fois pour toutes, votre

En) /7

‘ignorance crasse à l'endroit de la doctrine catho-

lique dans ses rapports avec les gouvernements

civils. Il y a assez longtemps que vous et votre

école essayez de faire croïre au peuple que le mot

république est synonyme d’hérésie ; que la démo-

cratie est une impiété, et que le système monarchique est la seule forme de gouvernement autorisée par l'Eglise. Vous allez avaler la coupe jusqu'à la lie. Je ne m'amuserai pas à raisonner la chose avec vous, M. Basile ; je vous lai déjà dit : la logique la plus simple “n'a aucune prise sur votre carapace. C’est avec les prupres paroles des auteurs catholiques les plus en renom, des théologièns les plus AM mie que je veux vous confondre.

Citons le cardinal Bellarmin, d’abord :

“ Remarquez, dit-il, que les formes du gouver- ‘“ nement, en particulier, sont du droit des gens, “ non du droit naturel; puisqu'il dépend entière- “rement de la multitude de constituer au-dessus “ d'elle-même un roi, des consuls ou des magistrats ; ‘et moyennant une cause légitime, la multitude ‘ peut changer une royauté en aristocratie, ou en démo ‘craie, et vice versà. ”

Est-ce assez révolutionnaire cela, M. Basile ? Excommunié, Bellarmin !

Voyons maintenant ce que dit limmortel Saavedra :

“ Comme la puissance, dit-il, ne put rester ré-

“ pandue dans tout le corps du peuple, à cause de

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“ la confusion qui aurait règné dans les résolutions “ et l'exécution; comme il fallait nécessairement & qu'il y eût quelqu'un qui commandât et quel- “ qu'un qui obéît, on se dépouilla de la puissance, “ on la déposa en un seul, ou en un petit nombre,

athorents.

votre mot émoonarautoe juser la à dit :

> sur s des 1éolos con

uverg'ens, itièrelessus strais ; ltitude , démo”

asile ?

] Saa-

er réuse de utions ement quelsance, mbre,

+ die

“ ou en un grand nombre; c'est-à-dire en l’une ‘“ des trois formes de toute république, la monar- “ chie, l'aristocratie ou la démocratie.”

Saavedra est-il un impie, M. Basile ?

Consultons maintenant Suarez :

“ La puissance civile, dit-il, toutes les fois “qu'on ia trouve en un homme ou en un prince, “est émanée, de droit légitime et ordinaire, du “ peuple, et de la communauté, soit prochainement “ soit d’une façon plus éloignée; et pour qu'elle “ soit jusle, on ne peut l'avoir autrement !”

Est-ce assez démocratique cela, M. Basile ?

Excommunié, Suarez !

Daniel Concina, dans sa théologie chtétienne dogmatico-morale, publiée à Rome er 1768, dit en propres termes : .

“ La puissance qui réside dans le prince, dans “ le roi, ou en plusieurs, soit nobles, soit plébéiens, ‘* émane de la communauté elle-méme, prochainement “ou d’une manière éloignée ; car cette puissance “me vient point immédiatement de Dieu... Ainsi “nous tenons pour fausse l’opinion qui affirme “ que Dieu confère immédiatement et prochainement ‘“ cette puissance au roi, au prince, à un chef quel- “ conque du gouvernement suprême, 4 l'exclusion “© du consentement tacite ou exprès de la république.”

Est-ce assez républicain cela M. Basile ? Excom-.

munié, Concina !

Passons à Billuart :

“ Cette puissance de Dieu réside dans la commu- “ mauté immédiatement et de droit naturel : mais elle “ ne réside dans les rois et les autres gouvernants “ que médiatement et de droit humain.” Est-ce assez démagogique cela, M. l'asile ? Excommunié, Billuart !

FORT breahées pue mme from

Mais ce n’est pas tout; le Compendium de Salemanque s'exprime ainsi:

“ Tous affirment que les princes reçoivent dé ‘“ Dieu leur puissance ; cependant, on dit avec “ plus de vérité, qu'ils ne la reçoivent pas immé- “ diatement, maïs moyennant le consentement du peuple, ‘“ car tous les hommes sont égaux en nalure, et, par “ la nature, il n’y a ni supérieur ni inférieur.”

Est-ce assez subversif cela, M. Basile? Ne vous semble-t-il pas entendre pétiller le pétrole ?

Continuons encore. Que dit Busenbaum dans sa: théologie morale, augmentée par St. Alphonse de Ligori : |

“ Le pouvoir de faire des lois, dit-il, appartient “ à la communauté des hommes, laquelle le transfère à “un ou à plusieurs, afin que ceux-ci gouvernent le : “ communauté elle-même. ”

Excommunié Busenbaum ! Excommunié St. Al:

phonse de Liguori !.

Ouvrons maintenant St. Thomas d'Aquin :

“ L'autorité, dit-il, a été introduite par le droit ‘ des gens qui est le droit kwmain.”

Le savant docteur enseigne expressément la même chose en plusieurs endroits : 1, 2, Quest. 90; art. 8 ad 2; et Quest. 97, art. 8 ad 8. Excommunié, St. Thomas d'Aquin !

Dans son Traité des Lois, qui date du ler tiers du dernier siècle, le cardinal Gotti énonce la même: opinion comme préalablement admise, sans s’arrêter à la confirmer. Excommunié, le cardinal : Gotti !

Je pourrais citer encore :

Mariana, (De Lee.)

Dominique Soto, (Lib. I, Quest. 18, art: 3.)

Ledesma, (2e purt., Quest. 18, art. 3:)

— 4T — Le- Covarruvias, (in Pract., cap. I); et une infinité d'autres théologiens dont les doctrines, tout aussi dé démocratiques, font autorité dans l'Eglise. ec Et dire que vous excommuniez toutes ces braves - gens-là d’un trait de ‘plume... O Basile! Quand rad je vous disais que vous délogeriez les saints du. LS) Paradis, si cela payait !......

Voyons, soyez franc pour une fois. Ces autous rités sont-elles suffisantes pour vous convaincre quon peut être autre chose que royaliste tout en ns restant catholique? Ces citations en disent-elles | 8e assez pour Vous prouver que vous ne faites qu’ex- | hiber votre ignorance lorsque vous représentez la nt reiigion comme nécessairement liée au monareù chisme, et que vous mé calomniez effrontément la lorsque vous m'accusez d'impiété sous prétexte que je suis démocrate ?

Al- Mais rappelez-vous donc, vous qui dites la bible

à propos d’Annexion, que si Dieu a donné un roi au peuple hébreux, l’Ecriture dit expressément

oit que c'était pour le punir de ses prévaricsdions.

Tenez, M. Basile, étudiez ! vous n'êtes qu'à lab c

la | de ces questions-là. En til je vous dirai 90, : avec Balmès : Pr Lié, ‘“ Si vous vous obstinez à prêter au droit divin k

“ un sens étrange qui n’est point le sien, présentez-

érs “ moi un texte de l’Ecriture-Sainte, un monument:

mé: . “des traditions reconnues comme articles de foi

'ar- “ dans l'Eglise catholique, une décision des con-

nal : “ ciles ou des pontifes, qui démontre que votre

“ interprétation est fondée. Jusqu'à cette démons- “ tration, j'aurai le droit de dire que vous imputez ‘“ au Catholicisme des doctrines qu'il ne professe “ pas, des dogmes qu'il ne reconnaît pas. ?

Une autre preuve que je suis un hérétique,

paraît-il, c’est que j'ai différé d'opinion avec une partie du clergé au sujet de la Confédération, Je répondrai à cela, M. Basile, quand vous m’aurez démontré que chaque curé est infaillible; que la religion nous défend de différer d'opinion avec un prêtre en politique, ou tout au moins, que le clergé était unanime à approuver ce changement radical de constitution, sans appel au peuple.

Du reste, dans le cas même où j'aurais manqué sur ce point, ce n’est pas à vous de me le reprocher, M. Basile! Croyez-vous qu'on ignore en haut lieu quel est l’auteur des diatribes insolentes que la Gazette des Campagnes a publiées contre les autorités religieuses du Diocèse ?

Toujours pris dans vos propres pièges... pauvre Basile!

Il paraît que vous avez encore sur le cœur ce que j'ai dit de vos écrits sur les Etats-Unis. Le fait est que c'était coriace ; mais pourquoi diable vous mettez-vous toujours le doigt dans l’œil ? Vous écrivez à tort et à travers sur le compte des Américains; vous entassez à leur sujet, dans des colonnes de journaux, les plus ébouriffantes platitudes qui puissent germer dans une cervelle détraque ; et puis vous venez après cela nous avouer

tout naïivement que vous n’ar mais visité leur pays; vous ouvrez les v’ nds comme des piastres en vous aperce qu’il y a des plaines

dans l'Ouest; vous êtes tout ébahi de trouver Pittsburgh un reu plus grand que Trois-Rivières ; vous tombez des nues en voyant des sujets religieux dans les sculptures du capitole, vous admettez ingénument, à Chicago, que vous avez eu jusqu'à présent des idées fausses au sujet des Etats- Unis, et—sublime du genre —vous confessez que

ne dure = rte . + : . a ms . PER -

“vous n'avez pas encore lu lu vie de Washington...

Büsile, Basile, Basile !

Quant au Aire de Dieu et au Rire des hommes, vous pouvez y tenir tunt que vous voudrez; je ne ‘tiens pas plus à en faire voir le ridicule, qu'à dé- ‘montrer que vous êtes plux Busile que jamais lorsque vous tirez gloire de ce que vous n'avez perdu votre élection que par 40 vaix, contre un jeune homme comme vous, dans un comté où vous aviez en votre faveur toutes les influences du gouvernement et des fuux billets de banque ; tandis que j'ai perdu la mienne par 300 voix, dans un comté beaucoup plus populeux, quand le gouvernement, les chemins de fer etles grandes compagnies commerciales employaient des somines fabuleuses et inême la coercition pour fuire triompher tin adversaire, qui avait en outre tous les avantäges que donnent une haute position et une popu: larité cultivée depuis vingtans Au reste, pour un homme qui méprise tant l'opinion populaire, je trouve assez extraordinaire que vous vous incliniez ainsi devant le Vor Populi..…….

Tenez, M. Basile, je lisais daus l'Opivion Publique de la sernaine dernière, une peintu.e si vraie de vous et de votre école ane je ne pris m’enpêcher d’en faire deux courts extraïls, Le premier est de la plurne de M. Mousseau, ui conservateur bien con :

“ T'ous les honnêtes gens, dit-1l, son profondément désottés d'i rôle odieux joué par de jeunes ambitieux qui, pour faire ler: * petit bonhomme de chérin, cherchent à se rendre indispensables dans la sacristie e» mnorigénant les évéques et en jetant de la boue à la figure de journalistes catholiques qui

sont au moins Je urs égaux sinon leurs supérieurs ; 4

Me: Yes

à tous les points de vue. Que ne combattent-ils l'impiété ? Non; üls aiment mieux aigrir des jeunes gens respectables,.qui ne demandent qu'à marcher sincèrement dans les rangs de la grande armée religieuse. Ils se croient de taille à sauver seuls l’autel et ne “veulent pas d’associés. Ces jeunes missionnaires croient qu’il est de bonne politique de donner du ‘bâton à tous ceux qui pourraient leur aider.” Le second porte pour signature le pseudonyme de Balsamo :

a: inion publiinêtes gen s sont livrés nergum te = croient que tout leur est permis pour la gloire de ieur fausse religion, il n°y a plus: de limites à l’exagération, à l’invraisemblance et même à la siAonn lets, N’y aura:t-il pes une réaction puissante d pays pour mettre un terme au règne de ste FRE reli- Pass dar plus dangereuse encore que la ie politique ?” seurettement. M. Bazil cette réacti nelquenJ ee uet en l'honneur de l'Immac Conception, à à ÇA même table que notre Archéy ru deux candidats qui, aux élections dernières, étale nt représentés par vos journaux et par certains prêtres de votre école, comme des apostats, des garibaldiens, des pétroleurs, des communistes et des complices de l’assassinat de Mgr. Darboy,—l'un d'eux a été tout particulièrement diffâmé par vous,—on peut avoir espérance dans l'avenir. Le æègne du cagotisme est fini ; c’est le tour des honmêtes gens et des catholiques sincères, quelles que soient leurs convictions politiques.

Tiers, mais vous parlez anglais aussi, M. Basile !

EEE à EE

Vous avez écrit what is that sans une seule faute d'orthographe ; certes, ce n’est pas mal du tout! Eh bien, moi, j'ai une chose à vous dire, et je vais vous la dire en bon.francçais, M. Basile :

Vous m'avez encore, dans votre dernier article, jeté le mot de lächeté à la figure; or, je sais où vous voudriez ra’amener avec cette tactique d’escobar, et voilà pourquoi je ne vcus demanderai point ce qu'on se demande en. pareil cas entre hommes de bon ton. Âussi bien, je me rappelle ce qu'un grand poète a dit de ces journalistes de robe courte à aise retrenchent derrière ieurs principes pour insulter les honnètes geus impunément :

...... Quand on'va chez eux pour chercher leurs oreilles, x Leurs oreilles n'y sont jamais !

Ne vous y fiez pas trop cependant, M. Bose:

car si la mesure devenait comble, ; je pou rrais trouver quelque jour sous ma main ou que tout gentilhomme a à sa disposition lorsqu'il s'agit de châtier un manant.

De nez- vous le pour dit, M. Basile,

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PARUS à

SIXIÈEME LETTRE.

Mon cher M. Baxile, le

Vous êtes né sous une mauvaise étoile; tout le monde conspire nn peu conire vous. Aussi, vous : pleurnichez, vous faites la lippe, vous vous tournez ile tout côté pour chercher des sympathies ; ei iSTSQUE vans n° apercevez autour de vous que des sourires sarcastiques et moqueurs, vous vous écriez du ton que prennent les moutards quar i ils vous menacent de le dire à maman: “ M. Fréchette n’est pas le seul à m'en vouloir; toute la presse voltairienue et libérale est liguée contre moi!” Ponrquoine pas dire de suite fous les ennemis de Dieu, M. Basile 2... C’est évidemment ce que vous aviez dans la de dites-le allez ; ne vous sênez pas, vous en avez dit de Pise

Une chose vous a urtout agacé les nerfs. C’est

articles avec ceux de vous exaxpère, Yous suru none Ï lignes de moi, et p'enant votre pose à eflel, vous intimez l’ordre à l Oninion Publique de “ déclarer sur la Joi de Phounenr, s! c'est là écrire comme Villemot!” Voyons, M. Basile, calmez-vous Je conçcois que vous eussiez préféré que le compliment s'adressât aux Causeries du Dimanihe ; mais c'est votre faute aussi. Pourquoi m'avez-vous comparé vous-même à M. le Lamartine ? Vous avez donné mauvais exemple aux autres, M. Basile; subissezen les conséquences,

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