‹ Lettres à Basile [microforme]Chapitre 13 sur 18 · SU · texte numérisé non relu

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“ laissées aux poissardes. Quelle que soit la haîne “qui déborde du cœur, il y a des injures, des in- “vectives qui appartiennent au bourbier, et qui ‘“ ne doivent pas sortir de la bouche d’un homme “ bien'élevé. ” |

Il y a de rudes choses dans la Voix d'un Exilé,

c'est vrai, M. Basile. La phrase n’y est pastoujours ,

musquée ; le vers ne s’y présente pas toujours en gants blancs. Enfin, ce n’est point de la poésie de salon, et—je ne le contestérai pas, —c'est peut-être mauvais genre. Mais que voulez-vous, M. Basile, däns mon indignation contre les gens de votre espèce, si jai ouvert le vocabulaire des poissardes, c'est que je l’ai trouvé entre. les mains de M. Veuilloi, votre i{lustre maître, le type du gentilhomme, celui que vous proclamez être, quant à la forme, le premier écrivain de son temps.

Vous n'avez probablement pas lu M. Veuillot plus que les autres auteurs que je vous ai déjà cités ; ch bien, moi qui ie lis quelquefois, je vais vous faire connaître un peu sa manière, Vous me direz sila Voix d’un Exilé n’est pas un modèle de mansuétude et de bon ton, comparée au Satyres et aux Couleuvres du grand défenseur de l'arche d'alliance.

Voulez-vous des expressions à l’eau de rose ? Ecoutez : ;

‘ Peugles en train de pourrir—mordre des “ fanges,—chant de la peste et de la pourriture, — “ ce que dit l’ulcère sur les corps dévorés,—odeur “de gros vices,—pain des anges vomi des “ chiens ! ” etc.

Voulez-vous savoir comment M. Veuillot, traite ses adverso’res, lisez ; je cueille au hasard : “ Cuistres, valetaille, faquins, reîtres, ribauds,

“ crapauds-volants, bourriches, bêtes, vauriens, “ singes, coquins, béliîtres, bavards, oisons, char- é “Jlatans, vantards hurleurs, carognes, gueux à “ insolents, canaille, chenapans, bandits, pillards, ; “chacals, goujats pirates, montres, avortons, j “ bâtards, égorgeurs, scélérats, vampires, renégats, “ porcs, gorilles, taureaux, vipères, assassins !”

Voulez-vous de gracieuses images, du style d'homme bien élevé ? Pincez-vous le nez:

—Pied-plat ! que n’es-tu né dans ta Sparte si chère ! Bâti comme tu l’és, plein de honte, ton père T'aurait fait disparaitre au fond du lieu secret.

—Sans blâmer.son amour pour sa mère Cybèle, J'estime qu’il se grise à lui prendre le pis.

—....Nous voyons sur la scène 1}

$ Ignoble et vomissant, le chœur de ces salis.

—Cynique, lâche et tout fumant De vin, d'orgueil et de viande,

—Mais pressé de produire, il cherche encore sa forme ; T1 craque et ne peut pondre. Un sage interrogé Lui dit: Fais... (un mot bas), tu seras soulagé.

écrivain de son temps, quant à la forme :

Le beau, Finoche d'ordinaire e ? Va sécrétant son petit lait. Il n’a ni style ni stylet, Nature, sauf l'air pistolet, les L’'a d’un esprit tout débonnaire

Voulez-vous du style ‘“ troussé ” par le premier | | — Troussé !

Voulez-vous de ces vers où la chasteté de l'expression le dispute à la délicatesse de la pensée ? Il n’y a que l'embarras du choix :

Quand je voyais la gloire,.,,....

Comme une fille immonde aux bras des polissons.

—Le dandy préférant la crasse à la disette, Lui vend, avec son nom, les restes de Friseite.. Le sire est éreinté ; saurut-il faire souche

| Qui lavera le corps de la prostituée ?

—Un jour que vous trottiez, la brise

Fit voir votre jambe bien prise ; . Cette jambe prit un lion ,.... :

—Sans mépriser à fond quelques restes d'appas,

Elle maintient ses droits au rang de vierge sage ;

Pour le monde et pour Dieu, son âme et son corsage, Tout est règlé comme un compas.

—.... Pétrarque, sans retards, Peupla Carpentras de bâtards.

— Pondu dans l'ombre, en débarras, Par mademoiselle, sa mère ..... ‘

—Inv:'e à ton lit les escrocs

Lt des Tilis toujours plus sales.,.,..

Va, gueuse, et prends-en à mourir,

Et qu’on te voie enfin pourrir

Dans tes ordures colossales !

C’est la première fois, M. Basile, que ce que vous appelez la ruelle de lEvénement, donne asile à de pareilles ordures; et moi, le mal élevé, le libéral, l'impie, j'ai rougi en transcrivant ces infamies qui ont pourtant été écrites et signées par le chef de votre école, et cela ii n’y a pas encore cinq ans. Cependant malgré toute ma répugnance à pêcher dans un pareil bourbier, il ia bien fallu le faire afin de montrer au public ce qui se cache sous vos capuchons de aux moines Osez maintenant parler de la Voix d'un Exilé, et dire que j'emprunte mon style au vocabulaire des poissardes !

Tenez, mou cher Basile, finissons-en avec la Voix d'un Exilé. Voulez-vous savoir toute ma pensée ? Je vous dirai avec M. Veuillot : ‘J'ai écrit comme

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j'aisenti; je ne m’accuse ni ne m'excuse de l'amertume de mes expressions,” seulement j'avouerai que cette satyre était beaucoup plus dirigée contre: votre école hypocrite, envieuse ei servile, que contre le parti purement politique qu'on appelle conservateur. Je n'ai tait aucune distinction, car vous étiez intimement liés alors. Mais aujourd’hui que ce parti vous répudie ouvertement, il gagne immensément dans mon estime, el si j'avais à l’apprécier de nouveau, je ne manqrerais pas, M. Basile, de faire une distinction qui ne serait pas en votre faveur, je vous l’affirme.

Cher saint homme, doux chrétien, charitable apôtre, comine vous savez bien tronquer une phrase, retrancher une ligne, jalsifier une idée, pour faire croire à ceux qui ne m'ont pas lu, que j'ai sanctionné l'assassinat politique, à propos de la mort de M. McGee, et que j'ai engagé le peuple à ne pas s'arrêter là! Je vais reproduire au long le passage que vous défigurez si perfidexent, en

soulignant ce que vous avez retranché ; les lec-

teurs jugeront jusqu'à quel point les saints de votre acabit peuvent être considérés comme d’honnêtes gens : ; Pourtant sublions tont quand le cuupabie tumbe… Que dis-je, couvrons-nous le‘ front d'un double deuil ; Après avoir pleuré su vertu dans lu tumbe, Pleurons sur son propre cureueil !

Tu viens donc de frapper ta première victime, O peuple! ef qui peut dire où lu larréteras ?. Le orme J'ait-g'isser sur la pente :lu CRIME, Æt le gouffre est béant au bus!

Arrête, peuple !.,.., et VOUS, Vous tissez vos suaires, Aveugles oppresseurs que lou paie à prix d'or ! Quand donc cesserez-vous, imprudents belluaires, De larder le lion qui dort ?

Hâûtez-vous ! conjurez l'orage populaire !.:..,,

j Ê j Ë EE f CR:

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