‹ Lettres à Basile [microforme]Chapitre 4 sur 18 · PP. MUR · texte numérisé non relu

PP. MUR

Le Journal des Trois-Rivières, pour prouver que yous avez eu raison de me vilipender, cite les lettres d'approbation que vous avez obtenues de eertains évêques. Je me permettrai de lui dire que cela ne prouve rien. Ni Mgr. de Montréal, ni Mgr. de Birtha n'a pu avoir l'intention de confir-

mer les avancés gratuits que vous faites si dévote-

ment sur mon compte dans vos Caquseries ; et Leurs Grandeurs auraient-elles eu cette intention, que je serais justifiable de récuser leur w moignage dans une affaire dont les faits, s’il y en a, sont nécessairement en dehors de leur connaissance, Pas plus un évêque qu'un autre, n’a le droit de taxer quelqu'un d'irréligion, sans appuyer son jugement sur les écrits, les paroles ou les actes de la partie incriminée.

Et puis, ne vous faites pas illusion là-dessus, M, Basile ; la masse du clergé intelligent répudie anjourd’'hui votre école. Vous avez trop forcé la note ; vous avez été maladroits à force d’être zélés; vous êtes devenus importuns à force d’être offcieux. On s’est enfin aperçu que toute cette belle ferveur dont vous faites profession n’est qæ un pa ravent qui sert à cacaur. Les mutifs qui vous fon agir. Et comme les hautes autorités du 5 M sont de l'opinion «lu pape Innocent III, qui disait: Falsitas sub veiamine sanctilatis tolerari non debet, elles vous ont déjà désavoués par leurs écrits et par leurs actes. Elles ont noblement tendu la main à des hommes que vous aviez diffämés,—je parle toujours de votre école, —et que vous dénonciez chaque jour comme des ennemis de l'Eglise et de l'ordre social. Elles ont très-significativement invité à prendre la parole dans une grande démonstration religieuse, des orateurs dont l’un

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était, tout dernièrement encore, traité, par votre érgane québecquois, comme un renégat de la pire espèce, comme un socialiste dangereux qu’il: rm museler à tout prix...

Ah ! M. Basile, prenéz-en votre parti; vous avez beau jurer, maugréer, montrer vés canines, Île règne de l'hypocrisie alfait son temps. Les jours sont passés où tout un parti politique était pour dinsi dire mis hors la loi, et voué à l'animadversion publique, pour le seul crime de différer d'opinivn avec les hommes qui vous soudoient. On a compris que Mgr. Cœyr avait raison en disant que “Te vrai chrétien doit savoir aimer même céux qui ne pensent pas comme lui.”

Ce généreux esprit de conciliation ne vous à pas échappé, M. Basile; et c'est là surtout ce qui vous enrage. Vous exploitiez uné riche veine, et voilà que tout à coup le terrain manque sous vos pieds. On vous coupe les vivres, ni plus ni moins. Qu'allez-vous faire maintenant aux élections prochaines, si vous n'avez pa de prétexte pour montrer M. Pelletier comme un rouge, un commu niste, un démolisseur de colonnes, un assassin de l’'Archevêque de Paris, un commissaire de Satan, et, par contre, de vous comparer modestement à Mgr. Affre mourant sur les barricades ? Vous êtes tout bonnement flambé ; vos dernières chances de succès s’en vont. Vous l'avez compris, ét voilà pourquoi vous vous donnez tant de mal pour démontrer que Mgr. l'Archevêque de Québec, en traitant les libéraux comme des cätholiques, à agi comme une oie ; que l'opposition bas-canadienne he veut qu'une chôre, renverser l'Eglise ét saper les bases de la société, pour satisfaire ses instincts destructeurs, et qu’il n’y a qu’une bonne excom-

munication en masse qui puisse sauver l'ordre public et la religion menacés.

Muis, M. Basile, dans le cas même où vous auriez raison de nous attribuer tant de noirceur d'âme, pourquoi toute cette colère, pourquoi toutes ces injures, toutes ces acrimonies, tout ce fiel ? Ne serait-il pas plus chrétien de suivre les conseils

tout évangéliques du digne évêque du Bellai, qui

disait :

“ Mes frères, vivons tous en paix ; aimons même ‘ ceux qui s'égarent, et sachons vivre avec eux en “ harmonie, afin de les ramener par la charité ?"

Mgr. Maret a dit quelque part: “ Ce sont nos “injustices, nos colères et nos amertumes qui “ éloignent de la vérité les âmes faites pour s'éle- “ ver jusqu’à elle.”

Voilà de nobles paroles que vous devriez peser consciencieusement, M. Basile ; et si votre zèle pour le salut des âmes est siricère, peut-être auraient-elles pour effet de vous faire modifier considérablement votre manière d'agir vis-à-vis -de vos frères.

Mais non; mettant de côté ce conseil de St.

François de Salles : “ Point de sévérité ; reprenez

# toujours en toute sorte de patience, ” et ces belles

paroles de St. Jean-Chrysostôme : ‘“ Le langue de “ Ja vérité doit être calme et indulgent, ” vous ambitionnez de jouer au Canada le rôle que M. Veuillot s'est arrogé en Europe: celui, comme vous dites, d'éloigner de l'arche les profanateurs à coups de fouet et de bâton.

Il me semble, M. Pasile, que ce n’est pas là la morale que notre Sauveur enseigne dans sa parabole du Bon Pasteur, qui cherche ses brebis égarées et les ramène doucement au bercail, Jésus-

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